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L'Europe dans le monde du football

Genèse et formation de l’UEFA (1930-1960)

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Philippe Vonnard

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.

Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

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Chapitre 1. L’affirmation du pouvoir de la FIFA sur le football mondial (1930-1938)

Chapitre 1

L’affirmation du pouvoir de la FIFA sur le football mondial (1930-1938)

Introduction du chapitre

Ce premier chapitre, qui couvre la période de 1930 à 1938, a pour but de montrer que la politique de dynamisation du football européen rapidement développée par l’UEFA et la configuration particulière de son territoire ainsi que sa formation durant les années 1950 trouvent leurs racines dans les modifications structurelles que connaît la FIFA à partir des années 1930. En outre, ce retour en arrière a aussi comme avantage de bien souligner la nouveauté qu’implique, pour le football européen, la création de l’UEFA dans la seconde partie des années 1950.

Dans ce chapitre, nous décrivons premièrement la manière dont la FIFA accentue, durant les années 1930, les échanges de football (matchs internationaux, rencontres entre leurs dirigeants) entre les associations européennes. C’est notamment par l’entremise de la Coupe du monde, créée en 1930, que ces connexions plus étroites sont réalisées mais également qu’une géographie européenne du jeu se dessine progressivement. Toutefois, à cette époque, des associations considérées comme européennes, en particulier par les journalistes sportifs, ne sont pas sous la juridiction de la FIFA. C’est le cas des quatre associations britanniques et de l’Union soviétique. Malgré ces acteurs qui restent en dehors de son giron, au fil des années, la Fédération internationale pose des bases solides en matière de réunion des différents acteurs (dirigeants des associations nationales, dirigeants de clubs, journalistes) du football européen comme en témoignent les deux matchs de la FIFA de 1937 et 1938.

Deuxièmement, nous nous attelons à décrire la manière dont l’élite de la FIFA développe une politique visant à conférer à l’organisation une autonomie relative sur la scène internationale, démarche qui doit lui permettre de ne pas suivre strictement les configurations des relations politiques internationales. Cette vision correspond à celle défendue par le président de l’organisation, Jules Rimet, qui, sur un modèle s’inspirant des idéaux de Pierre de Coubertin, vise à « rapprocher les peuples par le ballon←45 | 46→ rond ». Durant les années 1930, le président Rimet est entouré d’une petite dizaine de dirigeants qui officient dans le comité exécutif de la FIFA. Si l’élite de la FIFA ne partage pas forcément l’ambition politique de Rimet, elle est mue par la volonté farouche de mener à bien le but de l’organisation : développer le football à l’échelle internationale. Sous cet angle, les dirigeants de la FIFA s’accordent donc sur la nécessité de renforcer la position de leur organisation sur la scène internationale, démarche qui doit in fine leur permettre de se réserver un monopole en matière d’administration du jeu à l’échelle internationale. Pour réaliser cette politique – renforcée par le fait qu’ils restent longtemps en poste et qu’ils partagent des visions proches du monde –, ils développent différentes stratégies, comme celle qui consiste à neutraliser la politique au sein de l’organisation ou, pour le dire autrement, à mener une « politique de l’apolitisme ». Dans cette optique, l’élite de la FIFA prend différentes mesures : renforcer les possibilités d’autofinancement de la FIFA pour limiter les ingérences extérieures, élire des dirigeants habiles et diplomates à la tête de la Fédération ou encore décider de ne pas intervenir dans les affaires internes des associations nationales. Ce dernier point permet d’éviter de se confronter aux patriotismes de ces associations – le football connaissant une politisation croissante durant l’entre-deux-guerres – et en particulier un investissement des États sur la scène internationale. De plus, le comité exécutif de la FIFA essaie au maximum de limiter les conflits au sein de l’organisation, plébiscitant par exemple la création de petites commissions dans lesquelles les sujets délicats seront traités. De même, il décide de nommer un secrétaire général dynamique, en l’occurrence Ivo Schricker, qui privilégie le dialogue et qui puisse s’entretenir linguistiquement parlant avec la majorité des dirigeants.

Troisièmement, nous prenons en compte l’aspect global de la FIFA. Certes, comme beaucoup d’autres organisations internationales de l’époque, la Fédération internationale reste largement dominée par les associations du Vieux Continent. Ce contexte implique une politique européocentrée de la part de son comité exécutif. Cette situation va néanmoins poser des problèmes car, dès les années 1920, de plus en plus d’associations extra-européennes deviennent membres de l’organisation. C’est notamment le cas des associations sud-américaines dont les plus grandes (Argentine, Brésil et, dans une moindre mesure, Chili et Uruguay) comptent des milliers d’adhérents. Ainsi, leurs représentants lors des congrès de la FIFA commencent à émettre des revendications en vue de disposer de davantage de reconnaissance au sein de l’organisation ainsi que de places fixes dans son comité exécutif. À ce titre, ils proposent, dès le milieu des années 1930, de décentraliser la FIFA. Une solution préconisée serait d’entamer sa régionalisation, en d’autres termes de créer des entités continentales – sur le modèle de la Confédération sud-←46 | 47→américaine créée en 1916 – qui s’occuperaient de la gestion du football dans chaque continent. Des discussions – assez houleuses – s’engagent donc sur cette question au sein de la FIFA et débouchent, en 1938, sur une première réforme de la composition du comité exécutif avec une place fixe réservée à un représentant directement nommé par l’entité sud-américaine.

1.1. Une organisation européenne du football ?

La FIFA est créée en 1904 à Paris avec comme objectif principal « de régler et de développer le football international et de prendre à cœur les intérêts de ses fédérations affiliées »1. Mais c’est surtout à partir des années 1920 qu’elle commence à prendre de l’importance. Administrant désormais le tournoi des Jeux olympiques, dont l’édition de 1924 marque un tournant2, la Fédération voit aussi constamment augmenter le nombre de ses membres3.

Malgré ces développements, à la fin des années 1920, la FIFA reste encore une organisation aux prérogatives limitées. En effet, elle n’organise pas sa propre compétition ; ne dispose pas d’un siège ni d’un secrétariat puisque le siège se trouve au domicile de Carl Hirschman – membre fondateur et secrétaire général de l’organisation ; enfin, les associations britanniques – considérées encore comme les « Masters of the Game » par les continentaux – sont en dehors de son giron, ce qui peut paraître problématique puisque, suite à la création de l’International Board (IB)4 en 1885, les associations britanniques sont les garantes des lois du jeu. Au regard de ces éléments, les années 1930 marquent une nouvelle étape du développement de la FIFA qui permet de la considérer comme un organe pré-régulateur du football européen (la majorité de ses membres provenant encore de ce continent).←47 | 48→

1.1.1. Une plateforme d’échanges

Dans un livre récemment publié, Éric Anceau, Jacques-Olivier Boudon et Olivier Dard abordent le cas des nombreuses « internationales » créées au XIXe et au XXe siècle5. Si leur ouvrage ne mentionne aucune internationale sportive, gageons qu’un article sur la FIFA aurait pu y avoir sa place. En effet, l’organisation se profile véritablement comme une internationale, regroupant différents acteurs du football européen et poursuivant comme but principal de « développer et de contrôler le football association international et de veiller à l’application de ses statuts et règlements »6.

Afin de mener à bien cette mission, les promoteurs de la FIFA ont, dès le départ, décidé de calquer la structure de leur organisation sur celle d’autres organisations internationales créées, comme elle, dans le « moment internationaliste »7 du début du siècle dernier. Un organe législatif, l’assemblée générale – appelée également congrès –, se réunit de manière annuelle. Le lieu de la réunion est choisi lors de l’assemblée précédente et il est de coutume qu’il ne peut être le même deux fois de suite. Des représentants des associations nationales de football8 composent l’assemblée et discutent, puis parfois statuent, sur des questions relatives aux nouvelles adhésions, aux changements dans les règlements de la FIFA ou encore sur des sujets ayant trait à différents aspects du jeu (compétitions internationales ; football professionnel et amateur ; relations avec l’IB ; discussions sur les Lois du jeu ; relations avec d’autres organismes comme le CIO). À noter qu’au contraire de plusieurs autres organisations, les dirigeants de la FIFA ont opté pour deux règles spécifiques : d’une part, une seule association nationale par État peut être membre de l’organisation ; d’autre part, chaque association nationale dispose d’une seule et unique voix lors des votations, ce qui les place de facto sur un pied d’égalité.

Entre les assemblées générales, la gestion de la FIFA est confiée au comité exécutif dont les membres sont élus par l’assemblée générale pour un mandat de trois ans renouvelable aussi longtemps qu’ils le souhaitent.←48 | 49→ Afin de pouvoir être élu au sein du comité, le dirigeant qui se présente doit – règle tacite sur laquelle nous reviendrons plus loin – avoir un poste au sein du comité exécutif d’une association nationale et ne pas être rémunéré pour des activités dans le football. En conséquence, les secrétaires généraux des associations nationales, qui commencent à disposer de contrats à temps plein depuis les années 1910, ne peuvent se présenter pour ce type de poste.

Au début des années 1930, le comité exécutif est composé d’un président et de sept vice-présidents ainsi que d’un secrétaire, qui fait également office de trésorier. Nous pouvons considérer que les dirigeants qui font partie de cet organe constituent l’élite de la FIFA. À noter que, sur des sujets considérés comme sensibles ou devant être traités rapidement, un comité d’urgence comprenant le président et le secrétaire-trésorier peut se réunir entre les séances du comité exécutif.

Depuis sa création en 1904, la FIFA ne connaît pas beaucoup de changements structurels. Certes, une première réorganisation des statuts a eu lieu au milieu des années 1920, toutefois celle-ci n’a pas énormément changé la structure de l’organisation. Au début de la décennie suivante, une partie des dirigeants des associations nationales estiment que celle-ci n’est plus en phase avec le développement croissant du football. En ce sens, ils préconisent une réorganisation de la FIFA. Ce sont notamment l’Italien Giovanni Mauro et l’Autrichien Hugo Meisl qui portent cette volonté devant l’assemblée de 1930. Leur idée se couple autant d’une envie de renforcer la position de la FIFA dans le champ sportif que d’une ambition personnelle, à savoir entrer dans son comité exécutif9. Acteurs disposant d’une écoute certaine auprès de nombreux autres dirigeants des associations nationales européennes, leurs doléances trouvent un écho au sein de l’élite de la FIFA. Toutefois, si des discussions ont lieu en son sein, aucune décision n’est prise de manière immédiate, sans doute en raison de la difficulté de la question à traiter.

Cependant, un élément va forcer le comité exécutif à finalement agir. En effet, l’organisation va se retrouver dans la tourmente car, suite à de mauvais placements – déroute encore amplifiée par la dévaluation de la livre qui suit le krach boursier de 1929 –, le secrétaire-trésorier de la FIFA, Carl Hirschman, se retrouve en faillite personnelle10. Or, signe d’un certain amateurisme dans la gestion de l’organisation, il n’avait pas←49 | 50→ dissocié ses comptes de ceux de la FIFA. Conséquence immédiate de cette situation, l’avenir financier de la Fédération internationale est directement menacé. Un match de secours est rapidement organisé entre la Belgique et les Pays-Bas – cette dernière se sent en effet responsable de la faute de son représentant – afin de collecter des fonds. La rencontre sauve effectivement la FIFA d’une déroute financière. Par contre, elle oblige Hirschman à démissionner, ce qu’il fait en automne 193111. Cette situation est instrumentalisée par Mauro et Meisl, qui l’utilisent comme argument en faveur d’une réorganisation de la FIFA et ainsi mettent une pression supplémentaire sur son comité exécutif afin qu’il agisse.

Dès septembre 1931, l’élite de la FIFA prend la décision de déléguer le travail de réorganisation à une commission spéciale12. Ce procédé permet d’éviter que les conflits n’éclatent lors de l’assemblée générale et il a même l’avantage d’éventuellement les prévenir. Par ailleurs, il offre la possibilité de discuter dans un petit organisme, au sein duquel les différentes forces de la FIFA sont représentées. En effet, nous retrouvons dans la commission l’Italien Mauro, représentant des associations de l’Europe centrale, et l’Allemand Félix Linnemann, deux dirigeants favorables à une réorganisation. La composition est complétée par le Suédois Johanson, représentant des pays du Nord, et du Tchèque Rudolf Pelikan. Ce dernier peut aussi être considéré comme un dirigeant de l’Europe centrale. Toutefois, il semble plus modéré sur la réorganisation que ses collègues Meisl ou Mauro, probablement en raison du fait qu’il occupe déjà une place dans le comité exécutif de la FIFA. Enfin, le Belge Rodolphe Seeldrayers officie en qualité de président de la commission. Celle-ci se réunit à plusieurs reprises, ce qui permet aux dirigeants de s’accorder sur un projet de réorganisation. Finalement, les propositions sont présentées lors de l’assemblée générale de 1932 et sont bien accueillies par les congressistes.

La réforme tend à augmenter les prérogatives du comité exécutif. Par exemple, les congrès se tiendront dorénavant tous les deux ans, disposition qui renforce le leadership de l’élite de la FIFA. De plus, la structure de l’organisation évolue, avec un comité exécutif dont le nombre de membres augmente (voir le tableau 1). Il sera désormais composé d’un président, de deux vice-présidents et de six membres.←50 | 51→

Pour déterminer la première composition du comité, les délégués présents choisissent de faire une élection uniquement pour les deux places de vice-présidents. Sans doute, mais nous n’avons pas de preuve formelle à apporter sur la question, la situation a-t-elle été négociée en amont, et de manière non officielle, entre les associations présentes. De plus, une interruption de séance précède cette élection, afin de sceller les dernières alliances. Ce procédé démontre la volonté d’effectuer la transition en douceur et de limiter d’éventuelles tensions au sein de l’organisation. Finalement, Rodolphe Seeldrayers et Giovanni Mauro sont élus comme vice-présidents et les six vice-présidents restants sont proposés à l’assemblée pour occuper les six postes de membres13.

Tableau 1. Ancienne et nouvelle composition du comité exécutif

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Afin d’être plus efficient, il est décidé que le comité se réunira moins souvent que par le passé, soit dorénavant deux à trois fois par année. Dans l’intervalle, il sera suppléé par le comité d’urgence, dont la composition est revue. Feront désormais partie de cet organe le président et les deux membres les plus anciens du comité exécutif14. Par ailleurs, la durée du mandat est étendue d’une année et passe de trois à quatre ans, ce qui permet une plus grande stabilité et offre la possibilité aux dirigeants du comité de conduire plus aisément les projets, d’autant qu’ils sont souvent réélus. Dans les mois qui suivent, le pouvoir de l’élite de la FIFA va encore être renforcé. En décembre de la même année, il est décidé que « dorénavant aucune commission n’aura le droit de se réunir [sans son] autorisation préalable ou éventuellement du comité d’urgence »15.←51 | 52→ Ces nouvelles prérogatives conférées au comité exécutif de l’organisation doivent permettre de mener une politique plus directrice et ainsi d’affirmer le monopole de la Fédération internationale sur le jeu, suivant en cela les souhaits émis par Meisl et Mauro.

Lors de l’assemblée générale de 1932, les congressistes prennent encore deux décisions qui vont dans ce sens. Premièrement, ils fixent un siège pour l’organisation. Deuxièmement, ils créent un poste de secrétaire général. Comme le notent Eisenberg et al., les changements opérés en 1932 permettent à la FIFA de consolider sa structure administrative16. Dès la nomination du nouveau secrétaire général, Ivo Schricker, les documents sont plus systématiques et davantage structurés que par le passé. De même, le nouveau secrétaire met en place une comptabilité double, avec un compte « A » qui contient le capital de la FIFA et un compte « B » qui est le compte courant pour le service financier. Ce système doit permettre à l’organisation de tenir plus sérieusement ses comptes.

Figure 1. Structure de la FIFA en 1932

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Légende : le bureau est formé du président, du premier vice-président et du secrétaire général.←52 | 53→

La FIFA dispose désormais d’une structure plus solide pour effectuer sa mission17. Durant les années 1930, le comité exécutif étend ses prérogatives et s’attelle à traiter de nombreux sujets. Nous pouvons les regrouper en huit sous-ensembles :

1) Administration (questions relatives au secrétariat et aux différentes commissions de la FIFA).

2) Sujets relatifs aux compétitions.

3) Relations avec le CIO et les autres fédérations internationales.

4) Discussions sur les modifications de statuts et du règlement de la FIFA.

5) Discussions sur les Lois du jeu et les relations avec l’IB.

6) Questions financières (rapports financiers, placements, pourcentage sur les matchs internationaux).

7) Cas de joueurs (suspension ou litige sur les transferts de joueurs).

8) Relation avec les associations nationales et les associations nationales non affiliées à la FIFA (comme les associations britanniques ou l’Union soviétique).

De même, la FIFA diffuse des informations sur elle-même, et plus largement sur le développement du football, par l’entremise d’un Bulletin officiel d’information, créé durant les années 1920. Un pas supplémentaire est effectué lorsqu’un mensuel, intitulé World’s Football, est mis sur pied à la fin de la décennie. Jusqu’au milieu des années 1930, celui-ci va être publié et distribué aux associations nationales, voire à des particuliers, à un rythme soutenu avec presque un numéro par mois. Cette entreprise de propagande18 permet aux lecteurs d’être au courant des décisions prises lors des congrès de la FIFA, de connaître tous les résultats des rencontres internationales, mais aussi de disposer d’articles sur le football dans différents pays. Bien que le titre du journal indique le terme « monde », celui-ci fait surtout la part belle au continent européen puisque le football en dehors d’Europe est certes traité, mais avec parcimonie et souvent sous des titres génériques comme le football « en Amérique du Sud ». A contrario, les articles sur le football européen sont plus nombreux et←53 | 54→ souvent, le jeu est abordé à l’échelon national comme le football « en Pologne », « aux Pays-Bas » ou « en Roumanie ».

Mais la FIFA ne fait pas que traiter ou diffuser des informations au sujet du football. Comme la grande majorité des organisations internationales, elle permet d’œuvrer au regroupement de nombreux acteurs du football européen (élite de la FIFA, dirigeants des associations nationales et parfois des dirigeants de clubs ou encore des journalistes), en particulier lors de ses assemblées générales.

De 1932 à 1938, les congrès réunissent une trentaine d’associations nationales, dont une bonne partie envoie systématiquement des délégués aux assemblées19. Tout au long de cette période, une assemblée générale de la FIFA convoque entre 70 et 80 dirigeants (entre un et quatre délégués par association nationale). Autour de l’élite de la FIFA, c’est donc une petite communauté européenne qui se réunit tous les deux ans. Ainsi, des dirigeants d’associations nationales comme les Autrichiens Eberstaller et Meisl, les Belges Verdyck et Jouveneau, le Danois Oestrup, l’Espagnol Cabot, les Français Delaunay et Chevallier, les Hongrois Fodor et Kenyeres, le Luxembourgeois Jacquemart, le Portuguais Ribeiro dos Reis, le Néerlandais Kips, le Norvégien Eie, le Polonais Mallow ou encore les Suisses Henninger et Gassmann participent à la grande majorité des congrès des années 1930.

Ces dirigeants, qui partagent une passion sincère pour le développement du football – ce sont souvent d’anciens joueurs – et disposent de profils sociologiques proches (parlant plusieurs langues et ayant une trajectoire souvent internationale) ne font pas que de discuter de jeu durant les deux ou trois jours que dure l’assemblée générale. En effet s’ajoutent aux sessions de discussion plusieurs moments de sociabilité. Outre d’assister à une partie de football international qui se joue dans la ville – toujours une grande capitale européenne – où se tient le congrès, un jour est souvent réservé pour des excursions culturelles (visite de « hauts lieux » historiques ou de musées). Par ailleurs, la manifestation se conclut systématiquement par un grand banquet dans un restaurant bien coté, auquel les journalistes sont souvent conviés. Par exemple, lors de l’assemblée générale de 1924 à Paris, le programme suivant est proposé aux congressistes. Le premier soir, ils assistent à une cérémonie à l’opéra Garnier. Le lendemain, ils sont conviés à une←54 | 55→ visite du château de Versailles20. Enfin, le dernier jour est le théâtre du traditionnel banquet de gala. Ces différentes activités doivent créer, ou maintenir, les liens entre les dirigeants. En certaines occasions, la FIFA continue à fortifier cette solidarité en dehors des assemblées officielles. Ainsi, lors du décès de l’Autrichien Hugo Meisl en 1938, le secrétaire général, Ivo Schricker, s’adresse aux associations nationales en vue de créer un fond d’assistance qui permettra à ses trois enfants de toucher un petit capital à leur majorité.

Durant les années 1930, la FIFA peut être considérée comme une « plateforme d’échanges »21, aidant à diffuser de l’information sur le football mais aussi œuvrant au renforcement des liens entre les dirigeants des associations nationales, voire permettant d’en créer de nouveaux. Avec la création de la Coupe du monde en 1930, cet aspect se renforce encore, l’épreuve permettant de dynamiser les échanges footballistiques entre les pays européens. Par ailleurs, la compétition permet aussi d’inventer une frontière et de délimiter les associations nationales qui font partie du continent européen et celles qui se tiennent en dehors de celui-ci.

1.1.2. Dynamiser les échanges et définir un territoire européen

Il faut s’arrêter ici quelque peu sur la création de la Coupe du monde, dont la première édition est organisée en 1930. Même si le terme « monde » apparaît dans son titre, le tournoi doit être plutôt appréhendé comme une compétition entre les associations du Vieux Continent. En effet, les éditions de 1934 en Italie et de 1938 en France s’apparentent à des championnats d’Europe, en raison de leur participation très largement européenne. Sous le régime de Mussolini, douze participants sur seize proviennent d’Europe22. Quatre ans plus tard, l’épreuve disputée dans l’Hexagone du Front populaire concerne uniquement trois pays extra-européens, à savoir le Brésil, Cuba et les Indes néerlandaises. Le cas de←55 | 56→ cette épreuve est néanmoins intéressant à développer car celle-ci permet non seulement d’accentuer les échanges entre les associations européennes mais aussi de déterminer les frontières géographiques de l’Europe dans le football.

La création de la Coupe du monde en 1930 est désormais bien connue et a notamment été abordée dans ses grandes lignes par Alfred Wahl23. Dans un texte publié en 2013, Grégory Quin est revenu plus précisément sur les discussions qui se déroulent sur le sujet, au sein de la FIFA, à la fin des années 1920. Sa recherche a permis de montrer que différents positionnements existent chez les acteurs européens du football, entre ceux qui préconisent une Coupe du monde et ceux qui défendent l’idée d’un Championnat d’Europe. Après plusieurs mois de discussions, notamment dans le cadre d’une commission spécialement mise sur pied pour traiter de la question, le congrès de 1929 opte en faveur d’une Coupe du monde, dont la première édition sera organisée en Uruguay24. C’est donc la vision « universaliste » défendue par les dirigeants français Jules Rimet et Henri Delaunay25 qui prévaut sur la solution plus européenne souhaitée, en particulier, par l’Autrichien Hugo Meisl.

Certes, l’attribution de la Coupe du monde à l’Uruguay peut être perçue comme une opportunité de créer davantage de liens avec les associations extra-européennes et en premier lieu avec les Sud-Américains. Toutefois, dans les faits, cette tentative se solde par un échec. En effet, alors que la majorité des congressistes avaient voté en faveur de l’Uruguay, seules quatre équipes nationales européennes font le déplacement, à savoir (par ordre alphabétique) la Belgique, la France, la Roumanie et la Yougoslavie. Pour expliquer leur non-participation, les associations nationales européennes évoquent le coût du long voyage pour se rendre à Montevideo (près d’un mois en bateau) et de l’entretien financier de l’équipe durant près de deux mois. Cependant, comme le note Lorenzo Jalabert d’Amado, c’est aussi un argument d’ordre sportif qui semble freiner la plupart des associations européennes. En effet, le haut niveau de jeu présenté par l’équipe uruguayenne lors du tournoi olympique de←56 | 57→ 1928 – qu’elle remporte facilement – semble ne donner que peu de chance de victoire aux équipes nationales européennes26.

De plus, la participation des quatre associations européennes qui acceptent de traverser l’Atlantique n’a été obtenue qu’in extremis. En Belgique, celle-ci fait suite à l’énergie déployée par le diplomate uruguayen, Enrique Buero27. Ministre de l’Uruguay dans le pays, Buero contacte le gouvernement belge à la suite du refus de l’Union belge d’accéder à sa demande d’envoyer une équipe. Finalement, le gouvernement intervient auprès de la Fédération de football, qui accepte bon gré mal gré de former une sélection28. La situation n’est guère plus positive en France et, à la fin du mois de mai 1930 – soit un peu plus de deux mois avant le début de l’épreuve –, L’Auto mentionne que la Fédération française « ne s’est pas encore prononcée pour la participation à la Coupe du monde »29.

Outre le déplacement des équipes en Amérique du Sud, l’organisation d’une autre compétition, la Coupe des nations, disputée en juin 1930 à Genève constitue une sérieuse concurrence à l’épreuve mondiale. Soutenu par la Société des intérêts de Genève, en partenariat avec le club local, le Servette, le tournoi disputé sur les bords du lac Léman convoque des clubs renommés (et donc potentiellement des joueurs qui auraient pu être sélectionnés dans leur équipe nationale) d’une dizaine de pays30. En raison du peu de documentation à disposition pour cette période conservée au siège de la FIFA, nous ne savons pas exactement quelle est la position de la Fédération internationale vis-à-vis de la Coupe des nations. Toutefois, les organisateurs ont pris la précaution de placer le président de la FIFA, Jules Rimet, dans le comité d’honneur. Est-ce une manière d’éviter l’ingérence ou la non-acceptation du tournoi par la FIFA ? Par ailleurs, il faut aussi←57 | 58→ souligner que malgré le terme « nations » utilisé dans la dénomination de l’épreuve, il s’agit ici d’une compétition pour les clubs. Or, à cette époque, la FIFA n’entretient pas de liens avec les clubs et n’a que des connexions avec les associations nationales. Une chose est néanmoins sûre, la Coupe des nations est perçue par de nombreux acteurs du football européen, et en particulier par les journalistes, comme un tournoi très important. Ainsi, le journal allemand Kicker n’hésite pas à la définir comme la « Genfer Kleine Olympiade ». De même, le journal L’Auto met sur pied, en collaboration avec la Compagnie des wagons-lits, un voyage spécial pour les lecteurs qui souhaiteraient se rendre à Genève31. Ce tournoi semble donc être la principale attraction de l’été footballistique et éclipse l’épreuve mondiale32.

Malgré la faible participation des Européens à cette première édition de la Coupe du monde, la compétition est reconduite pour l’année 1934, notamment en raison du fait que la première édition a apporté une nouvelle source de financement à la FIFA. Dans les années qui suivent, le tournoi va participer à une nouvelle étape dans l’affermissement des rencontres internationales entre les équipes européennes de football. Ce type de rencontres existe depuis le début du siècle et certaines confrontations, comme Autriche-Hongrie, Belgique-Pays-Bas, Suisse-Italie, Danemark-Suède, constituent de véritables traditions footballistiques entretenues de manière annuelle. À partir de la seconde moitié des années 1920, des compétitions régionales s’ajoutent à ces matchs dits « amicaux » et renforcent les liens entre les associations nationales voisines. En effet, en s’inspirant des championnats britannique qui se disputent entre l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles depuis 1885, diverses épreuves sont créées (par ordre de leur création) : Championnats scandinave (Danemark, Finlande, Norvège et Suède) ; Coupe internationale (Autriche, Hongrie, Italie, Suisse et Tchécoslovaquie)33 ; Coupe des Balkans (Bulgarie, Grèce, Roumanie et Yougoslavie)34. De même, des idées de nouvelles compétitions sont régulièrement lancées – comme celle que présente le Tchèque Rudolf Pelikan à ses collègues du comité exécutif de la FIFA en novembre 1936, entre la Roumanie, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie – sans toutefois être réalisées. Durant la même période, le football des clubs est aussi←58 | 59→ marqué par de nombreux matchs internationaux – les équipes des pays d’Europe centrale, en premier lieu celles basées à Budapest et à Vienne, faisant de véritables tournées afin de récolter des fonds permettant de financer leurs joueurs professionnels35. Des tournois commencent aussi à être organisés de manière régulière, telle la Mitropa (Mittel-Europa) Cup36 – qui à son apogée convoque quatre équipes issues de cinq à six pays –, ou de manière occasionnelle, comme la Coupe des nations ou le tournoi qui se dispute en 1937 durant l’Exposition universelle de Paris.

Cette importance du cadre régional s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il faut souligner les limites induites par les conditions de transport. Certes, les connexions sont en amélioration constante, en particulier entre les grandes villes d’Europe de l’Ouest. Ainsi, en 1933, l’avion permet désormais de relier Paris à Berlin en 4 heures 25 de vol37. Toutefois, cinq ans plus tard, il faut encore plus de 14 heures pour faire ce trajet en train de nuit38. De plus, il reste toujours difficile de rallier d’autres villes du Sud ou du Nord de l’Europe. Par ailleurs, c’est aussi l’habitude des échanges qu’il faut ici relever. En effet, comme dans d’autres domaines39, les liens privilégiés s’établissent avant tout sur un plan régional. C’est pourquoi l’entre-deux-guerres peut être perçu comme l’« âge d’or » en ce qui concerne les échanges footballistiques régionaux40.←59 | 60→

Au regard de cette configuration géographique, la Coupe du monde propose une première rupture, car le tournoi mondial permet de créer des confrontations encore inédites et qui dépassent le cadre géographique régional. Si nous tenons compte de toutes les rencontres internationales disputées entre 1923 et 1934 par les équipes nationales européennes prenant part à la Coupe du monde 1934, nous constatons que leurs principaux adversaires sont effectivement leurs voisins directs ou des pays géographiquement proches. Durant cette période, il n’y a par exemple aucun match entre la Belgique et des pays comme la Bulgarie ou la Roumanie. De même, la Suisse ne rencontre jamais la Grèce tandis que la Pologne n’entretient pas de relations footballistiques avec l’Espagne.

Tableau 2. Matchs internationaux (1923-1930) des participants européens à la Coupe du monde 1934

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Légende : * nombre de matchs joués.

Sous cet angle, la Coupe du monde propose de nouveaux rapprochements entre des associations nationales n’entretenant pas, ou peu, de relations footballistiques. Dès la deuxième édition de 1934, les équipes qui s’inscrivent à la compétition doivent, dans un premier temps,←60 | 61→ disputer une phase qualificative dont le but est de permettre la sélection des seize meilleures équipes. Dans un deuxième temps, ces formations se rencontrent lors de la phase finale, disputée sous la forme d’une coupe, c’est-à-dire dans des matchs à élimination directe41. Ainsi, entre 1933 et 1934, trente-deux équipes, dont dix-huit pays européens, sont réparties dans douze groupes de qualification42. Afin de rendre la phase qualificative plus facile à organiser (notamment en limitant les coûts de transport), le comité exécutif de la FIFA choisit de tenir compte « le plus possible de [la] situation géographique [des participants] »43. Il est dès lors décidé d’utiliser les matchs des compétitions régionales (Coupe des Balkans, Coupe internationale et Championnat scandinave) comme épreuve qualificative. Cependant, cette manière de procéder est, dans certains cas, problématique. En effet, l’élite de la FIFA estime que les meilleures équipes européennes ne doivent pas se rencontrer dans la phase de qualification, car leur élimination aurait pour conséquence de prétériter l’attractivité de la phase finale. Cette situation implique de créer des regroupements artificiels, procédé permettant notamment de réserver un statut préférentiel aux meilleures équipes. Dès lors, les groupes européens sont constitués de la manière suivante :

Espagne et Portugal (1 finaliste) ; Italie et Grèce (1 finaliste) ; Autriche, Hongrie et Bulgarie (2 finalistes) ; Tchécoslovaquie et Pologne (1 finaliste) ; Yougoslavie, Suisse et Roumanie (2 finalistes) ; Pays-Bas, Belgique et Irlande (2 finalistes), Allemagne, France et Luxembourg (2 finalistes)44.

Dans la plupart des cas, les relations régionales sont respectées et, afin de favoriser les grandes équipes, certains groupes bénéficient de deux places qualificatives pour la phase finale. La phase de qualification permet néanmoins l’organisation de quelques confrontations inédites. Ainsi, elle offre une première opposition entre la Suisse et la Roumanie, ainsi qu’entre la Suisse et la Yougoslavie. De même, jusqu’alors la Bulgarie n’avait rencontré qu’à une seule reprise l’Autriche et jamais la Hongrie. Un constat analogue peut être réalisé au sujet de la Grèce et de l’Italie, pays qui n’avaient jamais joué l’un contre l’autre. En ce sens, la Coupe du monde←61 | 62→ de 1934 permet une extension du cadre des échanges entre les associations européennes. En outre, elle ancre aussi des représentations géographiques de la zone Europe. Ainsi, pour les dirigeants de la FIFA, le territoire du Vieux Continent s’étend de l’Irlande à la Turquie, de l’Est à l’Ouest, et de la Scandinavie à la Grèce, du Nord au Sud.

Pour l’édition de 1938, le même modus operandi est appliqué. La zone Europe compte cette fois huit groupes de qualification et, comme quatre ans plus tôt, propose des rencontres inédites. Par exemple, l’Autriche rencontre deux pays baltes contre lesquels elle n’a jamais joué. De même, la Hongrie se voit proposer une opposition inédite face à la Grèce, et la confrontation Pologne-Irlande est aussi une première.

Par l’entremise de la Coupe du monde, la FIFA favorise indéniablement les échanges entre les différents acteurs du football du Vieux Continent. En effet, il faut souligner ici que les parties internationales dépassent le cadre du terrain et doivent servir à maintenir, voire développer, l’amitié entre les associations footballistiques nationales (d’où l’emploi du terme « amical » lorsque la rencontre ne se déroule pas dans le cadre d’une compétition officielle). En conséquence, les matchs internationaux disputés lors des qualifications de la Coupe du monde offrent des occasions aux dirigeants des associations nationales concernées de se rencontrer et d’échanger, souvent de manière informelle, sur des sujets du football européen et mondial. À ce titre, et comme lors des assemblées générales de la FIFA, des banquets sont organisés le plus souvent à la suite de la rencontre, auxquels participent les deux équipes mais aussi les dirigeants des deux fédérations concernées.

Par ailleurs, l’épreuve qualificative de la Coupe du monde délimite aussi les associations nationales qui font partie du territoire européen et celles qui en sont exclues. Ce territoire est d’autant plus légitime qu’il est ensuite largement repris par d’autres acteurs du football qui prennent de plus en plus d’importance : les journalistes. En effet, les rencontres sportives internationales connaissent, depuis le début des années 1920, une médiatisation croissante de la presse sportive45. À celle-ci s’ajoute progressivement une attention grandissante de la part de la presse écrite généraliste, puis de la radio46, envers les matchs internationaux. Lors des déplacements à l’étranger, les journalistes qui couvrent l’événement←62 | 63→ voyagent souvent avec les joueurs et les dirigeants de la fédération nationale qui les accompagnent, formant pour l’occasion une véritable délégation. Cette situation permet de créer des liens de proximité, prolongés par le fait que les membres de la presse participent au dîner de gala qui suit le match et, souvent, dorment dans le même hôtel que les joueurs et les dirigeants. Cette importance de la presse se repère lors de l’épreuve finale. Ainsi, à l’occasion du tournoi qui se dispute en Italie en 1934, L’Auto indique que 249 journaux européens ont envoyé des reporters en Italie. Le décompte se présente comme suit (par nombre) : Italie (65 journaux) ; France (27) ; l’Allemagne (23) ; Tchécoslovaquie (19), la Suisse (18), Pays-Bas (16) ; Belgique, Espagne, Hongrie (12), Yougoslavie (9) ; Suède (7) ; Autriche (6) ; Roumanie (5) ; Luxembourg (2) ; Angleterre, Bulgarie, Pologne, Turquie, Vatican et Pologne (1)47 . Les journalistes ne font pas que relayer de l’information, ils participent aussi activement à brosser les contours de cette Europe footballistique. Au travers de ces différentes rencontres internationales, ils opposent en effet régulièrement le « football européen » à un autre continent où le football est également très populaire : l’Amérique du Sud. Ainsi, leurs discours s’ajoutent à ceux de la FIFA et permettent d’affirmer les contours géographiques du football européen.

Enfin, dernier aspect qu’induit la Coupe du monde : le renforcement de l’échelle internationale dans les échanges footballistiques. Si, comme nous l’avons indiqué, les rencontres au niveau supranational sont déjà importantes avant la création du tournoi, celui-ci les dynamise encore davantage. Et ce d’autant plus qu’au travers de ces parties, les journalistes inventent des hiérarchies entre les équipes à partir des statistiques de matchs et n’hésitent pas à faire des rappels historiques sur les oppositions qui ont précédé la future opposition. En conséquence, ils légitiment l’existence, mais aussi l’importance de l’échelle internationale – ici principalement européenne – dans le football. Ces rencontres participent à la popularisation croissante du football car les matchs internationaux drainent, dans la plupart des pays européens, des milliers de spectateurs. De même, un petit nombre d’entre eux commencent à se déplacer pour voir jouer leur équipe nationale à l’étranger, propension qui augmente avec←63 | 64→ la portée de l’événement48. À ce titre, soulignons que les journaux sportifs comme L’Auto commencent à proposer des publicités pour des voyages d’accompagnement de l’équipe nationale de leur pays.

Tenant compte de cette importance des rencontres internationales, de nombreux auteurs ont justement montré que ces rencontres participent à la création de l’identité nationale49. Le propos présenté ici se veut différent et insiste plutôt sur l’importance prise, durant l’entre-deux-guerres, par ces parties entre les pays européens. Par l’entremise de la création de la Coupe du monde, qui connaît une rapide médiatisation, la FIFA participe grandement à les légitimer, voire à les naturaliser. Pour toutes les raisons évoquées dans les lignes ci-dessus, nous pouvons souligner qu’avec la création de la Coupe du monde, la FIFA œuvre à l’établissement d’une communauté footballistique européenne formée, en premier lieu, de dirigeants, de journalistes, voire de joueurs (bien que ces derniers ne participent finalement que peu à la création de ces échanges). Toutefois, pendant les années 1930, les limites géographiques de cette Europe du football ne sont pas totalement arrêtées et des associations nationales restent à la marge de celles-ci, ce qui s’explique, en partie, par leur non-appartenance à la FIFA.

1.1.3. En dehors de l’Europe. Le cas des Britanniques et des Soviétiques

C’est notamment le cas des associations britanniques de football, qui ont quitté la FIFA en 1928, et de l’Union soviétique, dont l’activité sportive internationale est surtout réalisée au travers de l’Internationale rouge communiste créée au début des années 192050. Quelle est donc la place de ces associations dans la communauté footballistique qui s’instaure progressivement en Europe ?

En ce qui concerne les associations britanniques, constatons que celles-ci ont un statut d’exception puisque, malgré leur non-affiliation, il leur est possible de jouer contre une association nationale membre de la←64 | 65→ FIFA51. Ainsi, une année après leur retrait de la FIFA, l’équipe d’Espagne reçoit l’équipe nationale anglaise à Madrid. Puis, dans les années qui suivent, ce sont les meilleures formations européennes, respectivement l’Autriche et l’Italie, qui font le déplacement à Londres. Ces rencontres montrent que le départ des Britanniques n’a pas altéré totalement leurs relations avec les associations membres de la Fédération internationale. En fait, des connexions se perpétuent entre la FIFA et les associations britanniques, mais en dehors de toute adhésion52 et il y a assurément une volonté de part et d’autre de ne pas couper totalement les liens. Tout d’abord, du côté de la FIFA, indiquons que ses deux représentants à l’IB ne sont sans doute pas choisis par hasard puisqu’il s’agit de l’Allemand Peco Bauwens, membre important du comité exécutif du DFB, et du Français Henri Delaunay, secrétaire de FFF53. Ces deux acteurs importants du football européen semblent avoir le profil pour entretenir de cordiales relations avec les Britanniques. Les deux dirigeants sont d’anciens arbitres et sont littéralement passionnés par les Lois du jeu – ils sont membres de la Commission des Lois du jeu de la FIFA. Des deux hommes, Delaunay est sans doute celui qui est le plus proche des dirigeants d’outre-Manche. Anglophile convaincu – ses collègues de la Fédération française, dont il est le secrétaire depuis 1919, le surnomment Sir Henry pour caractériser ce trait54 –, il est admiratif du football anglais qu’il a connu lors de son adolescence alors qu’il effectuait un stage commercial à Londres55. S’exprimant parfaitement dans la langue de Shakespeare, il est donc un atout pour la FIFA en vue de perpétuer de bonnes relations avec les associations britanniques. Côté anglais, les premières années de la décennie 1930 sont certes marquées par une certaine distance avec la FIFA, situation qui agace plusieurs des membres de son comité exécutif. C’est le cas par exemple du Belge Seeldrayers qui s’exclame en 1932 que « l’état actuel ne←65 | 66→ peut pas durer et qu’il n’est pas digne de la Fédération »56. Prenant sans doute conscience qu’il leur est de moins en moins possible de rester isolés, à partir du milieu des années 1930, les Britanniques, et en premier lieu les Anglais, commencent à rediscuter davantage avec la FIFA.

Il faut ici signaler que si une partie des acteurs du football britannique prônent l’isolationnisme, cette posture n’est pas communément partagée. Dans plusieurs recherches, Matthew Taylor a notamment montré que, dès les années 1910, de nombreux Anglais – il en a répertorié cent un pour la période de 1910 à 1940 – officient en tant que joueurs ou entraîneurs dans différents pays européens. Cet auteur affirme également que, durant l’entre-deux-guerres, plusieurs dirigeants de la FA ainsi que des journalistes s’intéressent au football continental et, à ce titre, se tiennent au courant des résultats des matchs entre les équipes nationales européennes, mais aussi des décisions prises lors des congrès de la FIFA57. De ce point de vue, la nomination de Stanley Rous au poste de secrétaire général de la FA va jouer un rôle particulièrement important dans le renforcement des liens entre Britanniques et Européens.

Engagé au poste de secrétaire de la Football Association (FA) en 1934 en remplacement de Sir Frederik Wall qui se retire pour des raisons de vieillesse, Rous est beaucoup plus enclin à créer des liens avec les dirigeants continentaux que son prédécesseur. Passionné de football, il se tourne vers l’arbitrage en raison de nombreuses blessures qui l’empêchent d’envisager une carrière de joueur professionnel. Dans ce domaine, il connaît une ascension fulgurante et devient arbitre international en 1927, ce qui lui permet d’effectuer plusieurs voyages en Europe. En effet, les continentaux font souvent appel à des arbitres britanniques, car ils sont considérés comme les plus aptes à faire respecter les règles du jeu. Ainsi, Rous est convié lors de matchs internationaux à enjeux ou de grands rendez-vous, comme lors de la Coupe des nations de Genève en 1930. Ces voyages lui permettent de rencontrer de nombreux acteurs du football européen (journalistes ou dirigeants) et développent en lui le goût pour les voyages. « “Être un arbitre et voir le monde” aurait pu être mon slogan »58, écrit-il dans son autobiographie au sujet de cette période de sa vie. Matthew Taylor le décrit comme faisant partie des Anglais qu’il définit comme « europhiles », à savoir « des hommes portés par le voyage, intéressés à s’informer au sujet←66 | 67→ du football hors d’Angleterre et qui ont pris fait et cause pour des liens plus proches avec le “continent” »59. Cette posture lui permet assurément de se montrer plus ouvert que ses prédécesseurs quant à un rapprochement du football britannique vis-à-vis de la FIFA et semble même constituer un atout dans sa nomination au poste de secrétaire général de la FA en 1934. En effet, dans son livre Scoring for Britain, Peter Beck indique brièvement que l’arrivée de Rous à ce poste fait suite à une pression exercée sur leur fédération nationale par des acteurs du football anglais plutôt tournés vers l’Europe (comme le célèbre journaliste Capel-Kirby ou l’entraîneur globe-trotter Jimmy Hogan). Ceux-ci critiquent le côté statique du jeu anglais qui aura comme conséquence à terme de déboucher sur une perte de supériorité des Anglais face aux équipes continentales. Ce risque est d’autant plus grand que, comme ils le soulignent, le niveau de jeu des équipes nationales progresse à grands pas sur le continent60. Le fait que le principal animateur de la plus importante association britannique en termes de membres soit plutôt favorable à un rapprochement avec les Européens est sans aucun doute un facteur décisif dans le rétablissement de liens plus fermes entre la FIFA et les associations britanniques. Signe que Rous incarne une plus grande ouverture avec le continent, sa nomination au poste de secrétaire de la FA est très bien perçue par le secrétaire de la FIFA Ivo Schricker. Ce dernier lui écrit immédiatement pour le féliciter de sa nomination et lui indiquer qu’il espère que les relations amicales entre les organisations pourront continuer, voire se renforcer, dans le futur61. Ce souhait semble partagé par l’intéressé, car Rous répond rapidement par l’affirmative au secrétaire et demande que Schricker lui fasse parvenir le dernier numéro de World’s Football afin d’être tenu « au courant [des] affaires du [football] continental »62.

Dans la seconde partie des années 1930, ces nouveaux liens se prolongent sur le terrain puisque l’équipe nationale anglaise entreprend différentes tournées en Europe, comme celle effectuée en Scandinavie en 1937. Une année plus tard, c’est du côté de l’Europe centrale que l’équipe nationale anglaise projette de se rendre. Cependant, en raison de l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne (l’Anschluss), la tournée est annulée, l’équipe←67 | 68→ nationale anglaise disputant néanmoins un match à Zurich contre la Suisse. Suivant l’exemple anglais, l’Écosse commence aussi à développer des échanges avec les associations continentales. Dès 1936, son équipe nationale se rend en Allemagne, partie qui est ensuite suivie d’autres confrontations contre l’Autriche et la Tchécoslovaquie. En juin 1937, Peco Bauwens se félicite que la réunion annuelle de l’IB se soit déroulée « dans une atmosphère très amicale »63. Quelques mois plus tard, une décision importante est prise par les associations britanniques, qui confirment le rapprochement en train de s’opérer avec la FIFA. En effet, en raison de la Coupe du monde de 1938, les Britanniques acceptent que la réunion de l’IB soit transférée d’Irlande du Nord à Paris. De plus, cette démarche s’accompagne d’une présence officielle de la Football Association et de la Fédération écossaise au dîner de gala de la Coupe du monde64. Deux ans plus tôt, les quatre associations britanniques avaient déjà pris une décision importante qui soulignait leur loyauté relative envers la FIFA, en refusant d’autoriser leurs clubs à jouer contre des clubs soviétiques65.

En effet, depuis le début de la décennie, il apparaît que l’URSS souhaite reprendre la place occupée par la Russie tsariste dans la FIFA66, ambition qui correspond à l’ambition nouvelle du régime soviétique de désormais concurrencer les pays « bourgeois » en matière sportive. Cette démarche s’explique aussi par les échecs de l’Internationale rouge sportive car, comme l’indique Sylvain Dufraisse dans sa thèse de doctorat, l’IRS reste « une organisation marginale, sans beaucoup d’argent, piètrement organisée. Les athlètes soviétiques n’y trouvent pas d’adversaires à leur hauteur. L’absence d’organisations ouvrières dans certains pays voisins contraint les Soviétiques à collaborer avec les organisations “bourgeoises” de certains pays »67.←68 | 69→

À partir de 1934, la participation des Soviétiques aux échanges footballistiques internationaux se fait plus précise en raison d’un double mouvement. Premièrement, un changement s’opère dans la politique internationale soviétique, qui est la conséquence de l’arrivée au pouvoir des nazis. Désormais, le fascisme est considéré comme le premier ennemi et l’URSS tente de créer de nouvelles alliances sur la scène internationale, notamment en adhérant à la Société des Nations. Cette nouvelle donne favorise donc l’établissement de liens dans différents domaines et notamment dans le champ sportif. Deuxièmement, le football connaît une nouvelle étape de structuration en Union soviétique68. Le niveau de jeu s’améliore et permet, d’une part, aux équipes soviétiques d’envisager de rivaliser davantage avec leurs homologues continentales ; d’autre part, que les dirigeants de clubs des grandes capitales européennes les considèrent comme des adversaires potentiels, le match pouvant connaître un certain succès financier notamment en raison du mystère qui plane autour de l’URSS, considérée alors comme « lointaine » (autant géographiquement que politiquement). Signe de ce changement, le comité exécutif de la FIFA reçoit des demandes concrètes des associations de Bulgarie et de Tchécoslovaquie69 afin que des clubs de leurs fédérations respectives puissent jouer contre leurs homologues soviétiques. Pour l’élite de la FIFA, la situation est toutefois délicate, car conférer une autorisation à ses associations membres risque de créer des vagues en son sein, l’organisation sportive russe entretenant « des relations avec les organisations sportives ouvrières, existant dans beaucoup de pays affiliés à la FIFA dont l’opposition prononcée contre les associations de la FIFA est connue »70. Face à ce dilemme, les dirigeants de la Fédération internationale optent néanmoins pour le choix de l’ouverture et acceptent provisoirement la tenue de ces rencontres. Ils expliquent cette position en argumentant que le rôle de la FIFA est avant tout d’encourager les relations internationales sportives.

En date du 19 octobre 1934, une circulaire est envoyée par la FIFA aux associations nationales pour leur indiquer la possibilité provisoire de←69 | 70→ jouer contre les Soviétiques71. À la même période, d’autres organisations sportives internationales, telle la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), prennent des décisions analogues. Dans les mois qui suivent, les échanges s’accélèrent, le secrétaire de la FIFA pouvant indiquer qu’entre le 30 août et le 11 septembre 1935, cinq matchs opposant des clubs continentaux à des formations soviétiques ont été joués. Le Tchèque Pelikan – membre du comité exécutif de la FIFA –, qui a assisté à des rencontres en Union soviétique, se montre très enthousiaste auprès du secrétaire général Schricker et souligne que ces rencontres se sont très bien déroulées et sans influence politique72. En 1935 et 1936, de nouvelles demandes sont transmises au secrétariat, provenant cette fois de Suède, d’Autriche, de France et de Roumanie. Des matchs ont notamment lieu à Paris entre des clubs français (Red Star, Racing Club de Paris) et des formations soviétiques et il semble que Jules Rimet, président de la FIFA mais aussi de la Fédération française de football, essaie de favoriser – de manière non officielle – ce type d’échanges73. Malgré les ouvertures de la FIFA vis-à-vis des Soviétiques, ces derniers ne font pas mine de vouloir s’affilier à la Fédération. Selon Barbara Keys, les dirigeants du sport soviétique74 considèrent que la FIFA est conduite par des dirigeants fascistes qui ont montré une « attitude négative à propos de l’URSS »75, c’est pourquoi il n’est pas question pour eux d’entrer dans la Fédération internationale. André Gounot ajoute que le refus de l’URSS d’adhérer à la FIFA se nourrit par la présence d’un secrétaire général allemand76. Estimant qu’ils ont fait assez de concessions aux Soviétiques, l’élite de la Fédération internationale réagit et interdit, dès←70 | 71→ mai 1936, les matchs contre des équipes soviétiques. Finalement, les liens entre les deux parties s’interrompent et, plus globalement, l’idée d’une affiliation de l’URSS dans les fédérations internationales est abandonnée par l’organe soviétique des sports. À la fin des années 1930, l’URSS reste donc en dehors du giron de la FIFA et en marge des relations footballistiques européennes.

Les cas des associations britanniques et soviétiques sont intéressants à mettre en parallèle car ils soulignent la manière dont la FIFA gère les relations avec des acteurs du football qui ne sont pas dans son giron. Tout d’abord, il faut mentionner que, dans les deux cas, la Fédération internationale fait preuve de souplesse et tente, sous l’impulsion notamment de son président, Jules Rimet, de réunir la grande famille du football européen sous son aile. En ce sens, elle donne des autorisations à ses associations membres de jouer contre ces fédérations non affiliées à la FIFA, démarche qui va à l’encontre de ses statuts. Toutefois, ces deux cas soulignent aussi que la Fédération internationale se profile comme l’organe suprême du football et souhaite se faire respecter. Sous cet angle, et voyant qu’aucune démarche n’est entreprise par les Soviétiques, la FIFA se montre finalement stricte et annule les possibilités de jouer contre eux. Au contraire, dans le cas britannique, l’amélioration des relations au fil des années 1930 permet une plus grande ouverture. Ainsi, à la fin de la décennie, il est possible d’envisager un retour des associations britanniques dans le giron de la Fédération internationale. Dans un texte paru en 2000, Peter Beck mentionnait déjà que les associations britanniques peuvent être considérées comme « des membres virtuels »77 de la FIFA dans les années 1930. Il soulignait notamment qu’elles entretiennent des liens étroits avec la FIFA et que celle-ci reste représentée par deux dirigeants aux réunions de l’International Board. À la vue des nouveaux éléments présentés ci-dessus, nous pouvons donc corroborer ces propos et indiquer que, si elles ne sont pas membres de la FIFA, les associations britanniques – en premier lieu les associations anglaises et écossaises – peuvent être englobées dans cette communauté européenne de football. Toutefois, il faut préciser que c’est véritablement autour des années 1937-1938 que cette situation se réalise, comme le confirment les matchs de la FIFA de 1937 et 1938.←71 | 72→

1.1.4. Réunir les Européens ? Les matchs de la FIFA de 1937 et 1938

À la fin des années 1930 prévaut une dynamique favorable à l’émergence de différents projets visant à rapprocher les Européens, que ce soit en vue de créer une entité supranationale ou de favoriser les coopérations intergouvernementales78. Sur le plan politique, les plus ambitieux sont les projets du Hongrois Coudenhove-Kalergi, avec son idée de PanEurope, et du Français Aristide Briand qui, à la fin des années 1920, évoque l’idée de mettre sur pied les États-Unis d’Europe. Les organisations internationales créées après la Première Guerre mondiale, et en premier lieu la Société des Nations (SDN) et l’Organisation internationale du travail (OIT), favorisent des actions s’opérant à l’échelle européenne – ces organismes sont composés en majorité de pays européens – ou aident à la création de réseaux d’experts dans les domaines économiques79, juridiques80 ou intellectuels81. En fait, dans de très nombreux domaines, la problématique européenne tend à se profiler progressivement comme digne d’intérêt. Joan Schot et Vincent Lagendijk évoquent par exemple le projet de l’Italien Piero Puricelli visant à créer un réseau européen d’autoroutes82 qui est, au début des années 1930, discuté au sein de l’OIT et soutenu par le directeur de son bureau, Albert Thomas. Léonard Laborie et Suzanne Lommers ont travaillé quant à eux sur l’élaboration des concerts européens qui sont diffusés par de nombreuses radios nationales à partir de 1931 avec le concours de l’Union internationale de radio (UIR). À ce sujet, ces deux auteurs ont proposé la jolie formule de « métaphore diplomatique » car outre des objectifs techniques et financiers, les promoteurs des concerts poursuivent également un objectif plus diplomatique, à savoir « donner corps [à] un idéal de paix européenne, qui, après la Grande Guerre et avec les nouveaux moyens de communication qui [s’offrent] à la société,←72 | 73→ [semble] devoir ou pouvoir passer par la quête d’une forme d’unité respectueuse de la diversité, un “rapprochement”, une vie internationale concertée »83.

L’élite de la FIFA participe également au développement de ces synergies continentales. En premier lieu, et d’un point de vue réglementaire, la Fédération internationale publie des directives sur les Lois du jeu et « chaque année [elle doit adresser] une copie [des Lois du jeu] conforme à chaque association »84. De même, elle contrôle leur bonne application lors des rencontres internationales et n’hésite pas, comme le montrent les correspondances entre le secrétariat et les fédérations nationales, à les interpeller en cas d’infraction. Par ailleurs, elle régule aussi les transferts de joueurs internationaux, les associations nationales devant lui demander l’autorisation pour qu’un joueur puisse changer de club. Ainsi, la Fédération crée une sorte d’homogénéisation de la pratique du ballon rond sur le continent et joue son rôle dans l’européanisation du jeu.

De plus, elle organise des événements qui convoquent, l’espace d’un temps donné, une grande partie des acteurs footballistiques européens. Outre la Coupe du monde, il faut citer les matchs dits de la FIFA, de 1937 et 1938. Le premier, qui a lieu en juin 1937, oppose l’Europe de l’Est à l’Europe de l’Ouest. Le deuxième, joué en octobre 1938, met aux prises l’Angleterre au Continent. À ce jour, ces deux parties n’ont pas vraiment fait l’objet d’investigations dans l’historiographie. Il s’agit ici de revenir plus précisément sur ces deux rencontres en soulignant qu’elles participent à l’établissement de connexions plus fermes à l’échelle continentale entre les associations nationales.

L’idée de faire jouer un match entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest est évoquée au sein de la FIFA depuis 1933 déjà85, mais c’est en 1936 que le projet est véritablement lancé86. Durant l’entre-deux-guerres, l’idée qu’il existe « deux Europe » n’est pas propre à l’élite de la FIFA et←73 | 74→ plusieurs auteurs écrivent sur la question87. En football, une distinction peut être également faite car les associations de l’Est sont passées plus tôt à la pratique professionnelle et leurs clubs sont mieux structurés qu’à l’Ouest. Dès lors, leur football (nommé « football danubien » par les chroniqueurs) est considéré comme l’exemple à suivre pour les associations nationales de l’Ouest.

L’organisation de la partie s’explique notamment par son enjeu financier, la rencontre apparaissant comme un moyen de pérenniser la santé financière de la FIFA88. En effet, la FIFA touchera un pourcentage de la recette brute du match. Au sein de son comité exécutif, c’est le Néerlandais Karel Lotsy qui prend en charge l’organisation de la rencontre. Lotsy va s’atteler à rendre la partie la plus attractive possible, condition nécessaire en vue d’optimiser les gains de la rencontre. Il réussit tout d’abord à insérer la partie dans le cadre de la journée annuelle olympique néerlandaise, ce qui permet de recueillir une publicité supplémentaire pour l’événement. De même, il préconise de contacter le plus de journalistes possible et de les convaincre d’évoquer cette rencontre avec bienveillance (notamment en relayant les informations sur la composition des équipes, afin d’intéresser au maximum le public). En outre, il souhaite assurer la présence des meilleurs joueurs européens car, comme il l’indique à ses collègues du comité exécutif de la FIFA, seule « la collaboration de ces “stars” pourra assurer un succès complet de ce match »89. Cette volonté de publicité exerce un impact sur la composition des équipes, les nations de faible niveau footballistique n’étant pas conviées à la fête. Ainsi, la formation de l’Europe de l’Est est composée uniquement de joueurs provenant d’Autriche, d’Italie, de Hongrie et de Tchécoslovaquie, soit les pays dominants du football de l’Europe de l’Est. La Suisse, par exemple, qui participe pourtant à l’épreuve phare du football « danubien », à savoir la Coupe internationale, n’est pas invitée à envoyer des joueurs. De même pour l’Europe de l’Ouest, dont l’équipe est composée de footballeurs issus d’Allemagne, de Belgique, de France et des Pays-Bas90. Les joueurs des associations balkaniques et scandinaves, qui sont les plus faibles sur le plan←74 | 75→ footballistique, ne sont donc pas sélectionnés pour disputer la rencontre. Quant à la non-présence de joueurs britanniques, elle s’explique par le fait que si des rapprochements ont lieu entre les associations britanniques et la FIFA, celles-ci ne sont pas officiellement membres de l’organisation. Enfin, signalons que la Fédération espagnole, qui aurait pu alimenter l’équipe d’Europe de l’Ouest par quelques bons éléments, n’est pas contactée en raison de la Guerre civile qui fait rage dans le pays.

L’Europe proposée sur le terrain est donc limitée géographiquement. Cependant, l’idée de créer davantage de synergies à l’échelle continentale au travers de cette rencontre existe réellement. Tout d’abord, comme le note le journaliste Lucien Gamblin, le match réunit tous les acteurs influents qui officient dans le football européen, auxquels s’ajoutent des dirigeants de la FA, comme Stanley Rous. De plus, les joueurs doivent témoigner de cette unité continentale, ce qui se perçoit dans l’organisation même de leur séjour. En effet, Gamblin ajoute que si les joueurs des deux équipes prennent leur repas de manière séparée à l’établissement, il s’agit de « la seule démarcation qu’on ait faite entre les deux formations »91 car ils logent dans le même hôtel en compagnie des dirigeants du comité exécutif de la FIFA. Cette volonté de créer des liens est aussi l’apanage des journalistes qui, curieux, sont venus en nombre. Dès lors, en marge de la partie, l’Association des journalistes sportifs de la capitale des Pays-Bas décide d’offrir « un petit souper aux principaux journalistes étrangers »92.

C’est sans doute pourquoi, pour de nombreux chroniqueurs, cette rencontre recèle un caractère exceptionnel et semble même préfigurer de futurs regroupements continentaux. Un journaliste du Sport suisse indique que ce match « représente un pas de plus dans la voie de la concentration des forces du football, de la formation de blocs de plus en plus étendus. Le prochain pas sera un match Europe-Asie ou Europe-Amérique »93. De même, Pierre Gosset du quotidien généraliste français Ce soir n’hésite pas à écrire que « la rencontre d’Amsterdam est une des plus grandes qui se soient jamais déroulées dans le domaine de la balle ronde »94. Par l’entremise de cette rencontre, la FIFA dynamise donc les échanges entre les acteurs européens du football et, in fine, matérialise l’existence d’un territoire européen du football.←75 | 76→

L’opération semble d’autant plus réussie que le match rencontre un bel engouement, se jouant devant 70 000 spectateurs. Il permet de récolter 80 000 florins, un montant qui solidifie les finances de la FIFA et pose les jalons de la création d’un fonds d’assistance en vue de soutenir des projets footballistiques divers. La rencontre offre donc l’illusion d’un continent pour le moins uni puisque la rencontre propose un agencement inédit entre des joueurs issus de huit pays différents et cette situation contraste avec la situation politique tendue dans laquelle plonge le continent. En effet, l’Allemagne et l’Italie viennent de sceller un an plus tôt l’Axe Rome-Berlin, alliance qui fait peser de graves menaces sur la paix en Europe.

Une année après la partie de 1937, une autre rencontre tout aussi exceptionnelle est organisée, opposant cette fois l’Angleterre au Continent. Cette rencontre doit toutefois être considérée sous un angle quelque peu différent car son initiative ne provient pas directement de la Fédération internationale mais de l’association anglaise95. En effet, le match doit permettre de fêter les soixante-quinze ans d’existence de la FA, tout en s’inscrivant dans la volonté d’améliorer les relations entre les dirigeants de la FIFA et les associations britanniques. Le comité exécutif de la Fédération internationale se montre enthousiaste vis-à-vis de l’idée et s’accorde pour opposer une équipe continentale à l’équipe nationale anglaise96. Outre cet aspect commémoratif, la rencontre recèle également un objectif financier, puisqu’il est prévu que la FIFA touche 30 % des recettes nettes de l’événement97. Paul Dietschy souligne – en se basant sur une phrase de l’autobiographie de Stanley Rous – que la rencontre a aussi été organisée pour supporter les coûts du grand banquet lié à la soirée de gala (de nombreux dirigeants d’associations européennes sont invités à y participer) qui suit la rencontre98. L’objectif financier semble toutefois passer au second plan tant cette rencontre comporte, comme celle de l’année précédente, une forte portée symbolique.

Cette symbolique s’entrechoque néanmoins avec une autre : celle de faire bonne figure face aux Anglais, toujours considérés comme←76 | 77→ la meilleure équipe du monde. Or l’élite de la FIFA et de nombreux journalistes continentaux craignent qu’une médiocre prestation ne constitue une mauvaise publicité pour le football européen. Ce point peut paraître anecdotique, mais pour le comité exécutif de la FIFA il est très important. En effet, dans le cadre de cette recherche de légitimité constante vis-à-vis des Anglais – si de nets rapprochements ont eu lieu, il faut rappeler que ces derniers ne sont toujours pas membres de l’organisation –, il est important que l’équipe de la FIFA puisse donner le change aux Anglais. C’est pourquoi, quelques mois avant la rencontre, Rodolphe Seeldrayers rappelle à ses collègues du comité exécutif de la Fédération internationale : « [Si l’]équipe, qui, sur le papier, représentera le football continental tout entier est battue, il en résultera pour [le football continental] et pour la FIFA une diminution considérable de prestige99. En conséquence, il s’agit pour la FIFA de former la meilleure équipe possible. C’est pourquoi, afin de procéder à la sélection des joueurs, elle met en place une commission ad hoc. Celle-ci comprend plusieurs commissaires techniques de fédérations : l’Allemand Herberger, le Français Barreau, le Hongrois Dietz, l’Italien Pozzo accompagnés de dirigeants de la FIFA. Cette commission se réunit à deux reprises, respectivement le 22 septembre et le 12 octobre 1938, dans le but de déterminer les quinze ou seize joueurs de l’équipe européenne. Il est décidé de confier les destinées de l’équipe durant le match au sélectionneur italien Vittorio Pozzo. Double champion du monde à la tête de la sélection italienne, il a aussi le bénéfice d’avoir tenu tête aux Anglais sur leur sol en 1934 lors de la « bataille de Highbury » (défaite trois buts à deux). En outre, Pozzo connaît bien le jeu anglais puisqu’il a entretenu une correspondance soutenue avec le célèbre manager anglais Chapman jusqu’à son décès en 1934100. La représentation italienne au sein de l’équipe est forte puisque cinq joueurs en font partie, situation « qui doit inspirer confiance », selon le journaliste suisse Émile Birnbaum101. Ils sont accompagnés de deux Allemands et d’un Hongrois, alors qu’un Belge, un Français et un Norvégien font partie des cinq attaquants. De fait, les postes les plus stratégiques ont été confiés aux Allemands et aux Italiens et l’équipe européenne peut même être perçue comme une transposition footballistique de l’axe Rome-Berlin, et ce d’autant plus que la rencontre fait suite à la signature des Accords de Munich.←77 | 78→

Au premier abord, la composition de l’équipe remet donc quelque peu en question la deuxième symbolique du match, à savoir que celui-ci doit servir à l’affirmation d’un rapprochement des peuples européens par l’entremise du football. Cet aspect est souligné par le président de la FIFA, Jules Rimet. Ce dernier n’hésite pas à écrire dans le Bulletin officiel de la FIFA que la rencontre dépasse largement le cadre du football et doit être perçue comme « un symbole de l’amitié internationale établie sous l’égide du sport, de la communauté spirituelle qui englobe les joueurs de balle à travers le monde »102. En fait, si sur le terrain, la représentation européenne est limitée – à noter que des joueurs hongrois, suisses ou scandinaves accompagnent l’équipe en qualité de remplaçants103 –, de nombreux dirigeants d’associations font le déplacement pour venir commémorer l’anniversaire de la Football Association. Quelques jours avant les festivités, Stanley Rous indique à Ivo Schricker que les associations continentales suivantes lui ont confirmé leur présence (par ordre alphabétique) : Allemagne, Belgique, Finlande, France, Hongrie, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Suède et Yougoslavie104. De plus, la rencontre mobilise l’attention de nombreux autres acteurs européens du jeu. Ainsi, la veille du match, le journaliste Jacques de Riswyck note que « le hall du Central Hôtel est ce soir très animé et l’on peut y entendre à peu près toutes les langues du continent, car si les joueurs enfouis dans ces profonds fauteuils attendent tranquillement l’heure du coucher, dirigeants et journalistes sont arrivés en nombre aujourd’hui »105. Lors de la partie, dans la tribune officielle, les dirigeants de la FA côtoient bien entendu ceux du comité exécutif de la FIFA. S’ajoutent à cette cohorte, de nombreux autres importants dirigeants du football européen comme l’Italien Ottorino Barassi, le Luxembourgeois Gustave Jacquemart, les Français Henri Delaunay et Pierre Pochonet. De même, de nombreux dirigeants de clubs sont également présents. Une grande partie de ce beau monde se retrouve le soir lors du banquet qui suit la partie106.

Alors que l’équipe de la FIFA – appelée « Équipe du continent » ou équipe du « Reste de l’Europe » par les Britanniques – a été surclassée par les Anglais (trois buts à zéro), au terme de la partie, le sélectionneur Pozzo souligne que ce n’est pas le résultat qu’il faut retenir de ce match (sous cet angle, l’expérience ne serait pas à renouveler) mais bien le fait qu’il←78 | 79→ permet de commémorer l’amitié qui existe entre les associations nationales du continent et leur homologue anglaise. Comme la Coupe du monde, il n’est pas usurpé de penser que les deux parties de 1937 et 1938 permettent de renforcer l’existence de cette communauté sportive européenne. Il faut bien prendre la mesure de cet objectif puisqu’il est affiché par une partie de l’élite de la FIFA. En effet, pour des dirigeants comme le président Jules Rimet, il ne s’agit pas seulement de renforcer la dynamique internationale du jeu mais aussi de proposer des échanges qui se réalisent en dehors de toute ingérence politique.

1.2. Créer une « Société des nations sportives »

C’est en ces termes que le secrétaire-trésorier de la FIFA, Carl Hirschman présente l’organisation. Cette idée d’apparenter la Fédération internationale de football à la SDN témoigne d’une volonté affichée de jouer un rôle dans les échanges diplomatiques qui s’opèrent sur la scène internationale. Ce souhait nécessite toutefois que deux éléments complémentaires soient réalisés. Premièrement, il faut que la FIFA se présente comme une organisation forte et unie. Or, en son sein, les associations européennes de football sont amenées à aborder de nombreux sujets relatifs au football dont certains sont parfois hautement problématiques. Ainsi, dans les années 1920, des discussions sur la légalisation de la pratique professionnelle ont provoqué de sérieux remous en interne. De fait, comment faire pour régler ces différends sans qu’ils ne créent de fortes dissensions au sein de la FIFA, ce qui aurait pour risque de pénaliser son action en faveur du développement du football. Deuxièmement, la FIFA doit faire face à la politisation croissante du football. En effet, en raison de sa popularité, le football – comme d’autres sports – est désormais investi par les gouvernements. Ceux-ci tentent de contrôler le jeu au niveau national, avec néanmoins un degré d’investissement qui varie selon le régime de l’État, autoritaire107 ou démocratique108. De même,←79 | 80→ les gouvernements surveillent ou se tiennent au courant des rencontres internationales disputées par la sélection nationale car ces échanges peuvent constituer autant une occasion de démontrer sa puissance qu’une bonne manière d’entretenir des relations diplomatiques, en particulier avec des États considérés comme ennemis109. En conséquence, le risque n’existe-t-il pas que des États essaient d’influencer la politique de la Fédération internationale ? Il faut d’ailleurs rappeler qu’à la fin de la Première Guerre mondiale, la FIFA a failli connaître une scission puisque les associations britanniques, accompagnées de la Belgique et de la France, avaient demandé l’exclusion de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Hongrie, se calquant sur la politique menée par leur gouvernement. Or cette décision était contestée par les pays scandinaves ainsi que par les Pays-Bas et la Suisse110.

Durant les années 1930, l’élite dirigeante de la FIFA va mettre en place différentes stratégies permettant de limiter les tensions en interne et de conférer à l’organisation une autonomie sur la scène internationale. Pour bien saisir les raisons de ces décisions, arrêtons-nous tout d’abord sur l’élite dirigeante de la FIFA et en premier lieu sur le président de la FIFA, Jules Rimet. Se focaliser sur le cas de Rimet est très important puisque, tout au long de ses 34 années de mandat à la tête de la FIFA, il va imprégner l’organisation de la manière dont il faut gérer le football international, voire essayer d’y développer certains idéaux.

1.2.1. Jules Rimet : l’autre Coubertin ?

Au début des années 1920, le Français entame un mandat qu’il achèvera en 1954, ce qui en fait encore aujourd’hui le président qui est resté le plus longtemps en place à la FIFA111. Comment expliquer cette longévité à la tête de la FIFA ? Par ailleurs, quels buts Rimet vise-t-il au travers de son investissement dans le football ? Enfin, quelle est la vision de la Fédération internationale défendue par ce dirigeant français ?

Jules Ernest Séraphin Valentin Rimet est proche de ses cinquante ans (il est né en 1873) lorsqu’il accède à la présidence de la FIFA, ce poste venant couronner une carrière déjà longue dans les arcanes du football français. Celle-ci commence tôt, plus précisément à l’âge de vingt-quatre←80 | 81→ ans lorsqu’il participe activement à la création d’un club de la région parisienne, le Red Star112, dont il devient rapidement le président. Dans la première décennie du siècle dernier, l’action de Rimet dépasse le cercle parisien et s’inscrit à l’échelle nationale. Il commence à tisser autour de lui un réseau de dirigeants également animés par la volonté de développer le football en France. Ses appartenances au camp catholique lui permettent de se rapprocher de deux autres dirigeants qui ont préalablement œuvré au développement du jeu dans les patronages catholiques, Charles Simon113 et Henri Delaunay. Un événement va jouer en la faveur de ces trois hommes : l’exclusion de la FIFA, en 1907, de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) – fédération multisportive qui contrôle le football en France114. En effet, l’USFSA prône avant tout la pratique du football amateur et, en ce sens, souhaite favoriser les rapprochements avec l’association anglaise de football amateur. Or la FIFA ne reconnaît pas cette organisation comme légitime, puisque la représentation anglaise est déjà assurée en son sein, par la Football Association. L’USFSA n’entend toutefois pas les menaces de la FIFA qui lui interdit d’entretenir des relations avec cet organisme et, en conséquence, se voit finalement exclue de la Fédération internationale. Cette situation est problématique puisque la France ne dispose dès lors plus de représentants au sein de la Fédération internationale, mais elle constitue une aubaine pour Rimet et ses collègues. Profitant de la situation, ils mettent en place une structure nommée le Comité français interfédéral (CFI) qui reprend le dialogue avec la FIFA. Par l’entremise des actions du CFI, la France est rapidement réintégrée dans le giron international. Le Comité interfédéral prend ainsi progressivement le leadership de l’organisation du football dans l’Hexagone. Pour Jules Rimet, il s’agit d’une première consécration et il se profile comme l’un des principaux dirigeants du ballon rond en France.

La Première Guerre mondiale met toutefois un frein à l’engagement de Rimet dans le football et c’est après le conflit qu’il prend une part active à la relance des activités footballistiques en France. En compagnie d’Henri←81 | 82→ Delaunay, il participe, en 1919, à la fondation de la Fédération française de football dont il devient le premier président115. Dans les années qui suivent, Rimet va affirmer sa position de dirigeant incontournable du football français, et, plus largement, d’acteur majeur du sport en France. Durant les années 1920, il devient vice-président puis président du Comité national des sports – organisme qui doit coordonner les actions des sports au niveau national. Il occupe également le poste de membre du Conseil supérieur des sports au ministère de l’Éducation nationale. Durant cette période, Jules Rimet développe des liens étroits avec de nombreuses personnalités du sport hexagonal (dirigeants et journalistes). Signe d’une certaine notoriété, il a notamment la possibilité de publier facilement dans L’Auto, journal phare de la presse sportive française à cette époque. De même, il prend part au lancement du journal sportif L’Équipe, au sortir de la guerre, en devenant actionnaire de sa société éditrice, la SOPUSI. Son emprise sur le football français est telle que lorsqu’il est battu aux élections pour la présidence de la FFFA en 1949 par Emmanuel Gambardella, le journal France football n’hésite pas à titrer qu’il s’agit d’un « Hiroshima du football »116.

C’est en 1920 que Rimet débute son long mandat à la présidence de la FIFA. Or, contrairement à la majorité de ses collègues du comité exécutif de la FIFA, le Français n’officie pas en tant que joueur de haut niveau pendant sa jeunesse. D’après ses propres aveux, il ne serait pas très doué pour le jeu117. De plus, les lettres de sa correspondance personnelle conservée à la FIFA n’abordent, au contraire d’autres membres de l’élite de la Fédération internationale118, que rarement la joute footballistique en tant que telle. Dès lors, au regard de cette moindre passion pour le jeu, comment expliquer le très fort investissement de Rimet pour le football ?

Son implication est animée par plusieurs raisons. Premièrement, le jeu peut lui permettre de réaliser une ambition personnelle, celle de gravir les échelons de la société et ainsi d’acquérir une certaine notoriété. Issu d’un milieu relativement modeste – son père est un petit commerçant dans le quartier populaire du Gros-Caillou à Paris –, le jeune homme est ambitieux, ce qui se reflète dans son parcours professionnel. En effet, il entreprend des études, suivant des cours du soir, ce qui lui permet d’obtenir un baccalauréat, puis une licence en droit. Ce diplôme lui offre la possibilité d’intégrer un cabinet de contentieux de la place parisienne,←82 | 83→ plus précisément le comptoir fiduciaire de Paris (cabinet de contentieux et de recouvrement). Il va y faire carrière et progressivement intégrer la bourgeoisie parisienne119. Sous cet angle, ses actions dans le football local, national puis international peuvent servir ce parcours mais aussi, en retour, lui offrir une renommée. Témoin de cette volonté, à la fin de sa vie, il espère que ses actions dans le domaine du football, en particulier à l’échelle internationale, lui permettront d’être candidat au prix Nobel de 1955120.

Deuxièmement, le football lui offre l’opportunité de réaliser un projet plus politique. En effet, Rimet est attiré par le domaine politique et, en avril 1928, il franchit le Rubicon et déclare sa candidature à la députation du 7e arrondissement de Paris. Se présentant sur la liste des indépendants, son engagement dans l’administration du sport est un argument central de sa campagne. Cependant, sa candidature est un échec et restera comme une unique tentative. En conséquence, c’est au travers du football que, durant toute sa vie, Rimet va faire « de la politique sans en avoir l’air »121. Car, dès sa jeunesse, Jules Rimet développe l’ambition d’améliorer la société, en fervent adepte des idées du catholicisme social, un courant dont les promoteurs critiquent les ravages du libéralisme et visent à instaurer une société plus juste. Si des améliorations doivent être faites, il n’est par contre pas question de révolution. Au contraire, les tenants de ce courant sont des conservateurs qui proposent des réformes de la société en vue de maintenir l’équilibre social122. Jules Rimet œuvre tout d’abord dans le Cercle catholique ouvrier du Gros-Caillou. Puis, en compagnie de son père qui semble jouer un grand rôle de socialisation, il participe à la création de l’Union sociale du 7e arrondissement, qui a pour but d’aider les plus démunis à obtenir une assistance médicale et sociale. Très actif, il aide←83 | 84→ ensuite à la fondation d’un journal intitulé La Revue en 1898 qui, deux ans plus tard, est incorporé dans Le Sillon de Marc Sangnier, l’un des leaders du catholicisme social en France.

Au début du siècle, c’est par l’intermédiaire du football qu’il va continuer son action, le jeu lui permettant d’incarner un rapport à la modernité qui le détache sans doute quelque peu du mouvement – des études supplémentaires devraient être conduites pour confirmer ce point. En effet, il semble saisir le potentiel du football comme un « instrument de civilisation » et un vecteur privilégié des idéaux du catholicisme social, la pratique sportive favorisant la tempérance, le dévouement, mais aussi une acceptation des hiérarchies sociales existantes et qui sont, dans la compétition, naturalisées. Tout au long de sa carrière de dirigeant, Rimet va rappeler avec force cette utilité du football pour améliorer la société. Ainsi, le 1er janvier 1935, il écrit une longue tribune dans le journal L’Auto, dans laquelle il tente de démontrer que le sport peut constituer un remède contre les maux (il parle de crise économique, sociale et morale) qui touchent alors la société française. Selon lui, les sportifs échappent à l’apathie générale et sont des exemples au regard de l’optimisme dont ils témoignent, car ils sont à la recherche constante de progrès (ce dont témoigne bien la recherche des records). En définitive, les regroupements sportifs, les clubs ou les équipes donnent un exemple à la société, puisqu’une équipe c’est « une réunion d’hommes qui, s’étant perfectionnés individuellement, harmonisent leurs efforts en vue d’atteindre le même but, qui obéissent à une autorité librement acceptée, font tout ce que celle-ci leur impose et ne font que cela »123.

Troisièmement, et comme beaucoup de ses contemporains, Rimet est fortement marqué par les horreurs de la Première Guerre mondiale. Patriote, il part au front alors qu’il a dépassé l’âge obligatoire d’engagement. En raison de son action et de sa bravoure, voire de son ingéniosité – il invente, en 1915, un appareil balistique nommé le « télémire » –, il reçoit trois citations à la Croix de Guerre. Pourtant, au sortir du conflit, il s’agit pour lui de dépasser les antagonismes créés par celui-ci et de recréer une société internationale harmonieuse et pacifique. Or le football semble constituer un moyen de surpasser les tragiques événements et, sous cet angle, Rimet semble ici être inspiré par des idéaux de type courbertien124. Ceux-ci sont←84 | 85→ d’ailleurs des sources d’inspiration pour une nouvelle élite qui sévit dans le sport international durant l’entre-deux-guerres125. Dans l’article qu’il écrit pour le livre commémoratif célébrant les vingt-cinq ans de la Fédération internationale, Rimet évoque les sportsmen comme des « chevaliers des temps modernes ». Vingt-cinq ans plus tard, alors qu’il vient de quitter son poste et qu’il est immédiatement élu par le congrès comme président d’honneur, il réitère sa vision dans une sorte de testament politique intitulé « Le football et le rapprochement des peuples ». Ce document discute, sur une quinzaine de pages, de l’apport du football dans la paix. Dès les premières lignes, le ton est donné, l’auteur indiquant : « Le sport [a] une mission internationale, celle de favoriser la compréhension réciproque des peuples, leur réconciliation – voire, peut-être, dans un avenir plus ou moins proche, l’abolition du hideux et stupide fléau de la guerre126. Et il ajoute plus loin que son expérience de trente-cinq années à la tête de la FIFA a « renforcé [sa] conviction que les hommes sont plus près les uns des autres qu’on ne le croit généralement. Et “la paix sur terre”, depuis si longtemps promise “aux hommes de bonne volonté” je crois qu’il est dans le destin du football d’en faciliter beaucoup, un jour ou l’autre, l’avènement tant souhaité. ».

Si Jules Rimet dispose d’une longue expérience de dirigeant au sein du football français, lorsqu’il accède à la tête de la FIFA au début des années 1920, il n’a toutefois pas toutes les ressources nécessaires pour exercer au niveau international. En effet, comme évoqué ci-dessus, ce n’est pas un ancien joueur et sa passion pour le jeu paraît modérée. De plus, ses ressources pour être écouté à l’échelle internationale sont limitées puisqu’il ne parle que le français, là où, comme nous allons le décrire dans le sous-chapitre suivant, ses collègues sont polyglottes. En outre, il ne semble pas avoir énormément voyagé dans sa jeunesse, a contrario de la majorité des autres membres de l’élite de la FIFA qui ont un capital cosmopolite plutôt bien développé. Selon nos analyses, outre une capacité oratoire reconnue de tous127, c’est surtout le sens de la diplomatie de Jules Rimet – même si, lors de ses allocutions lors des congrès il peut aussi se montrer offensif contre les possibles adversaires de sa politique –, son réseau de connaissances à l’extérieur de la sphère footballistique et sa volonté farouche d’utiliser le football comme un instrument de paix sur la scène←85 | 86→ internationale qui expliquent sa longévité à la tête de la FIFA. Choisi lors d’un congrès officieux qui se déroule à Anvers durant les Jeux olympiques, la nomination de Rimet porte elle-même, selon Paul Dietschy, « l’abandon progressif d’une politique radicale à l’égard des vaincus »128. Tout au long de son mandat, il va s’atteler à prôner le consensus au sein de la FIFA car, comme il le souligne dans le livre commémoratif des vingt-cinq ans de l’organisation, ce qui importe est de renforcer « la confiance réciproque entre les associations nationales, le sacrifice des intérêts particuliers, l’abnégation de soi-même, le dévouement à la cause commune »129. C’est pourquoi Jules Rimet n’hésite pas à faire de nombreux voyages (pour les réunions de la FIFA mais aussi en qualité de représentation, le président de la FIFA assistant à de multiples événements footballistiques en Europe et, parfois, en Amérique du Sud) afin d’entretenir cette « grande famille du football mondial », comme il aime à le rappeler lors de ses allocutions au début des congrès de la FIFA. Renforcer l’amitié entre les associations nationales de football devient un but à atteindre qui est inséré dans les statuts de la Fédération internationale à partir de 1938130.

Au regard de ces différents objectifs, Rimet paraît être davantage que « le missionnaire du jeu », brièvement décrit par Alan Tomlinson131. En fait, il peut être considéré comme un diplomate du sport international qui tente, au travers de son action au sein de la FIFA, de proposer des échanges entre des pays parfois politiquement divisés. Si cet objectif n’est pas forcément partagé – ou du moins formellement affiché – par ses collègues du comité exécutif, ceux-ci ont également l’ambition de développer la FIFA en dehors de tout conflit.

1.2.2. Développer les échanges footballistiques internationaux : sociographie de l’élite dirigeante

Lors d’une étude réalisée dans le cadre de la bourse de recherche de l’UEFA 2011-2012, Grégory Quin a évoqué l’émergence d’une élite du football européen durant l’entre-deux-guerres, développant une proposition←86 | 87→ faite par Pierre Lanfranchi au début des années 1990132. Sans qu’il ne donne de définition précise du mot « élite », nous comprenons aisément, à la lecture de son travail, que le terme est utilisé pour traiter des principaux dirigeants du football européen et notamment ceux qui officient dans les diverses commissions permanentes de la FIFA. Grégory Quin a souligné notamment que cette élite du football européen est « polyglotte, cultivée, engagée dans les associations nationales, proches des journalistes et [se côtoie] régulièrement autour des rencontres internationales »133.

Dans les lignes qui suivent, nous souhaitons revenir plus précisément sur le profil des membres de l’élite de la FIFA c’est-à-dire, pour rappel, les dirigeants qui composent exclusivement le comité exécutif de la Fédération internationale. Comme pour le président Rimet, la majorité de ces dirigeants restent de longues années en place (entre dix et vingt ans) et sont donc capables d’imprégner l’orientation de l’organisation. Ainsi, se focaliser sur ces acteurs est important pour comprendre le développement de la FIFA mais aussi la politique de consensus menée en son sein. Deux questions principales nous intéressent. Premièrement, il s’agit de comprendre les raisons de la longue présence de ces dirigeants dans le comité exécutif de la FIFA.

Tableau 3. Composition du comité exécutif de la FIFA (1930-1938)

image

Légende : * nous avons découpé les périodes suivant les congrès car, lors de ceux-ci, des élections peuvent faire évoluer la composition du comité exécutif.←87 | 88→

Au regard du tableau ci-dessus, l’élite de la FIFA est composée d’une petite dizaine de membres (par ordre alphabétique) : le Belge Rodolphe Seeldrayers, les Allemands Peco Bauwens et Ivo Schricker, le Hongrois Mor Fischer, l’Italien Giovanni Mauro, le Néerlandais Karel Lotsy, le Tchèque Rudolf Pelikan auxquels il faut bien entendu ajouter le président, Jules Rimet. Savoir pourquoi ces acteurs sont choisis par leurs collègues des associations nationales pour faire partie du comité exécutif de la FIFA et connaître les raisons de leur longue présence dans les arcanes de la Fédération internationale impliquent de saisir les dispositions qui leur permettent d’officier à la tête de la FIFA. En effet, pour être présent à l’international, il est nécessaire que les dirigeants possèdent des dispositions particulières ou, en d’autres termes, des « capitaux » spécifiques134.

Le premier capital de l’élite de la FIFA est d’ordre footballistique et concerne leur rapport au jeu135 et à son administration. Si ce trait peut paraître banal, Manuel Schotté a montré, dans un texte récent sur les présidents de clubs de l’élite du football français, que pour ces dirigeants, la pratique sportive – si ce n’est la passion pour le jeu – n’allait pas forcément de soi136. Soulignons que les dirigeants qui officient à la tête de la FIFA ont un passé de joueur de ballon rond et souvent à un niveau international. Lorsque cela n’est pas le cas, comme pour Giovanni Mauro, ils ont un passé dans l’arbitrage. Mais cette proximité avec le jeu n’est pas une caractéristique suffisante pour arriver au sommet de la FIFA et doit être couplée à une carrière d’administrateur dans le football national. Comme dans les autres organisations sportives internationales, les membres de l’élite de la FIFA ont ainsi occupé, souvent pendant plusieurs années, des fonctions exécutives – non rémunérées – dans leurs associations nationales←88 | 89→ respectives avant d’entrer au sein de l’organisation. En conséquence, ce sont des dirigeants aguerris aux discussions sur le football et qui disposent d’une expérience certaine dans la conduite des affaires footballistiques. Le capital footballistique paraît donc une condition indispensable pour pouvoir œuvrer à la tête de la Fédération internationale.

D’autres capitaux se superposent néanmoins à celui-ci, et notamment le capital cosmopolite. Si nous suivons la proposition d’André Mach, Thomas David et Félix Bühlmann, ce capital « renvoie à la capacité [du dirigeant] d’évoluer dans un contexte international »137. Dans le cadre d’une organisation internationale, ce trait paraît particulièrement important car, pour y officier, il est souvent nécessaire de parler plusieurs langues. De plus, le milieu international nécessite un apprentissage particulier de codes et de normes (manière de se tenir, de communiquer et de prendre la parole en public). C’est pourquoi ces dirigeants ont souvent étudié à l’étranger, voire ont fait de multiples voyages dans leur jeunesse puisque, comme le souligne Anne-Catherine Wagner, « au-delà des langues, les voyages dotent de compétences sociales et relationnelles internationales. Les enfants se familiarisent avec la diversité des codes sociaux et des normes de sociabilité d’un pays à l’autre, ils apprennent à retrouver rapidement leurs repères dans les milieux nationaux, sociaux et culturels les plus divers et ils acquièrent des compétences d’interaction précieuses »138. Par ailleurs, une éducation internationale et les voyages permettent de disposer d’une grande ouverture d’esprit, qui est d’autant plus nécessaire dans une organisation internationale où des acteurs du monde entier se côtoient et doivent tenter de se comprendre par-delà leurs différences.

Dans le cas de l’élite de la FIFA, nous pouvons constater que plusieurs de ses membres ont vécu quelques années hors de leur pays natal, que ce soit pendant leurs études ou plus tard, pour des raisons professionnelles. C’est notamment le cas de l’Allemand Ivo Schricker, qui travaille plusieurs années dans une banque en Égypte. De même, après avoir fini ses études en ingénierie, Mor Fischer vit à Londres où il gagne de l’expérience en matière de gestion du trafic ferroviaire. La pratique du football, les matchs internationaux de leur équipe nationale puis les quelques congrès de la FIFA avant leur nomination – auxquels ils participent en tant que←89 | 90→ représentants de leur association nationale – leur ont permis de continuer à voyager. Enfin, soulignons qu’ils parlent, voire écrivent, dans plusieurs langues (souvent les langues officielles de la FIFA : allemand, anglais et français) comme en témoignent leurs correspondances personnelles conservées dans les archives de la FIFA. Ce trait s’explique en premier lieu par leurs études supérieures (de niveau universitaire) ou par leur profession (ils officient souvent dans des professions de type libéral) qui les amènent à jongler avec plusieurs langues. Brossons brièvement la trajectoire d’un dirigeant qui illustre bien ce profil transnational : le Néerlandais Karel Lotsy. Né aux États-Unis (à Baltimore), il suit ensuite sa famille en Indonésie où son père, un biologiste renommé, a trouvé une opportunité professionnelle. Après quelques années, il est envoyé par ses parents dans un collège en Angleterre afin de parfaire son éducation. Ce séjour lui permet de découvrir les vertus du football et, plus globalement, des sports modernes. Puis il rejoint ses parents aux Pays-Bas, où son père a obtenu un poste fixe dans une université. Ce parcours lui permet de maîtriser plusieurs langues et lui offre également la possibilité d’être rapidement baigné dans une ambiance cosmopolite.

Ces informations, bien que relativement sommaires, nous permettent de construire un idéal-type du dirigeant de la FIFA des années 1930. Il a entre quarante et cinquante ans, bénéficie d’un niveau d’études supérieures et officie soit dans une profession libérale, soit en tant que professeur ou entrepreneur. Son activité professionnelle lui laisse le temps, et les ressources financières, de pouvoir s’investir dans des organismes footballistiques. Sa position au sein de l’élite de la FIFA s’explique, tout d’abord, par une forte passion pour le football et la conviction de le développer. Une trajectoire transnationale dès le jeune âge lui apporte des ressources lui permettant d’œuvrer à l’échelle internationale. Ce parcours lui permet d’être plus ouvert vis-à-vis de la diversité et de faire preuve de suffisamment de tact et de diplomatie dans un contexte globalisé. En fait, il est à l’aise à l’échelle internationale puisqu’il parle souvent plusieurs langues. Cependant, avant d’entrer au sein du comité exécutif de la FIFA, le dirigeant doit faire ses preuves. C’est pourquoi il dispose d’une expérience de plusieurs années au niveau de sa fédération nationale et participe, préalablement, à quelques congrès de la FIFA, démarche qui lui permet notamment d’être socialisé aux us et coutumes de la Fédération.

Notre deuxième question vise à comprendre les rapports qu’entretiennent les membres de l’élite de la FIFA entre eux. Comme nous l’avons indiqué, de par leur passion pour le jeu, leur formation et leur profession, ils partagent des visions relativement similaires de la société et, sans aucun doute, une certaine foi dans le libéralisme comme source de←90 | 91→ progrès et de paix. Sur l’échiquier politique, nous les placerions plutôt du côté des sociaux-démocrates ou des démocrates-chrétiens, même si sur ce point des études supplémentaires sont à mener139.

Leurs activités à la tête de la FIFA renforcent ces liens car les membres du comité exécutif se rencontrent entre trois et six fois par année. En outre s’ajoutent aux réunions de travail qui se tiennent dans de grandes capitales européennes, la présence à des rencontres internationales de football mais aussi des visites culturelles et des dîners. Ces activités sociales permettent donc aux dirigeants d’éprouver leur fort internationalisme et de découvrir de nouveaux endroits. Nous pouvons supposer qu’outre les discussions sur le football, ils abordent également d’autres domaines relatifs à la culture (musique, cuisine ou arts)140. De plus, ces rencontres se superposent aux retrouvailles lors des matchs internationaux, aux banquets organisés à l’occasion d’événements spéciaux (match de la FIFA ou match commémoratif pour fêter les vingt ou vingt-cinq ans d’une association nationale), voire des discussions informelles tenues pour aborder un sujet précis. Malgré cette proximité, tous ne sont pas des amis proches et les connexions les plus intenses sont celles qui existent entre les dirigeants de pays voisins. Toutefois, il y a assurément une entente cordiale entre eux, qui se remarque dans les moments difficiles comme lors de la maladie d’un des leurs141 ou d’un décès142.←91 | 92→

Ces éléments nous permettent d’avancer que ces dirigeants forment un noyau dur qui officie dans le comité exécutif de la FIFA durant de longues années. Fortement liés les uns, ils vont œuvrer au renforcement du rayonnement de la Fédération internationale. Il est difficile de savoir s’ils partagent l’ambition de Jules Rimet d’utiliser le football pour le rapprochement des peuples. Par contre, comme lui, ils ont un profil de diplomate et souhaitent éviter les conflits au sein de l’organisation. En outre, ils ont également pour but que la FIFA développe toujours davantage les liens entre les associations européennes de football, et ce en passant outre les antagonismes qui existent entre les États sur la scène internationale.

1.2.3. Construire une « autonomie » sur la scène internationale

Dans un texte paru en 1995, Jacques Defrance a développé une réflexion intéressante autour de l’autonomisation du champ sportif143. En complément de quelques travaux réalisés sur l’autonomie des organisations non gouvernementales144, les propos de Defrance nous offrent la possibilité de réfléchir sur l’autonomie que se construit la FIFA durant les années 1930 vis-à-vis des acteurs étatiques sur la scène internationale. Dans cette perspective, nous nous attachons à décrire les actions des dirigeants du comité exécutif de la FIFA en vue de consolider la position de leur organisation sur la scène internationale.

Afin de construire l’autonomie de leur organisation, les dirigeants mettent en place différents mécanismes de gouvernance que nous pouvons qualifier de permanents. L’un des plus importants mécanismes permanents consiste dans la recherche d’une autonomie financière. En effet, garantir son propre financement est crucial pour la FIFA car ce procédé limite l’ingérence de bailleurs de fonds externes, en particulier des États. Sous cet angle, la création de la Coupe du monde est très importante. En effet, dans le règlement établi pour le tournoi de 1934, il est prévu qu’elle touche 5 % de la recette brute sur les rencontres jusqu’aux demi-finales, puis 10 % des demi-finales et enfin 20 % de la finale145. Selon Heidrun Homburg,←92 | 93→ la première épreuve rapporte 38 805 francs suisses, montant qui passe à 59 963 pour la troisième édition146. Cette somme n’est pas négligeable et elle correspond à près de 40 % du chiffre d’affaires de la Fédération147. Ainsi, la compétition permet à la FIFA de combler un déficit de quatre années et lui assure une relative sécurité financière.

Parallèlement, la Fédération internationale perçoit aussi un pourcentage sur les matchs internationaux disputés entre ses associations membres. Pour l’année 1935, durant laquelle aucune Coupe du monde n’est disputée, la FIFA touche 17 300 francs suisses de la part des associations nationales. Ce chiffre correspond à 59 % de ses recettes pour l’année. En 1937, celui passe même à plus de 81 % en raison de l’augmentation du nombre de matchs qui fait suite à l’adhésion de nouvelles associations nationales. Dans le dernier tiers de la décennie, la situation financière de la FIFA est au beau fixe, comme le montre le tableau ci-dessous.

Tableau 4. Résumé des recettes et dépenses de la FIFA en 1938 (en francs suisses)

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Grâce aux résultats financiers de la Coupe du monde, à l’augmentation des pourcentages reçus sur les matchs internationaux et à une meilleure gestion des finances – dès les années 1932-1933, un membre de l’élite de la FIFA est chargé de contrôler la gestion financière de la Fédération –, les dirigeants du comité exécutif peuvent constater avec satisfaction, en mars 1938, que « pour la première fois depuis [sa] fondation [la FIFA connaît] un excédent assez considérable de recettes sur les dépenses »148.

Au fil des années, la FIFA se constitue un capital. Ainsi, en date du 4 novembre 1938, le secrétaire général Schricker fait parvenir à ses collègues du comité exécutif un relevé sur l’état de la situation des avoirs de la Fédération. Cette dernière dispose désormais de trois comptes qui contiennent au total 170 000 francs suisses d’obligations de premier ordre. En effet, la FIFA a souscrit des obligations entre 3 et 4 % des chemins de fer fédéraux et de plusieurs cantons suisses (Bâle, Berne, Grisons, Saint-Gall, Soleure, Tessin Valais et Zurich)149. Cette nouvelle donne financière permet à l’organisation, d’une part, de soutenir sa politique consistant à favoriser le développement du jeu et donc de renforcer sa position en tant qu’administrateur du football mondial ; d’autre part, de consolider son autonomie sur la scène internationale car cette posture confirme sa position en tant qu’organisation internationale non gouvernementale150.

Remarquons néanmoins que son autonomie financière vis-à-vis des États n’est pas totale, car la politisation croissante du football a pour conséquence un rattachement direct de certaines fédérations nationales à leur État, comme c’est le cas en Allemagne ou en Italie. Or rappelons que la Coupe du monde de 1934 se joue en Italie et que ces deux équipes nationales comptent parmi celles qui jouent le plus de rencontres dans la seconde partie des années 1930. Ainsi, ces deux pays participent activement au financement de la FIFA, ce qui leur confère une position importante en son sein (ils disposent chacun de deux représentants de leur fédération nationale au sein du comité exécutif de la FIFA). En conséquence, cette autonomie financière n’est pas suffisante pour garantir l’autonomie à la FIFA sur la scène internationale et se retrouve doublée d’autres mécanismes permanents qui doivent permettre à la Fédération de se prémunir des possibles soubresauts de la politique internationale.←94 | 95→

Parmi ceux-ci, la place du siège de l’organisation a son importance et dans le cadre de la réorganisation de la FIFA qui s’opère entre 1931 et 1932, des discussions ont lieu sur l’idée de créer un secrétariat fixe pour la Fédération. En effet, jusqu’ici, la FIFA ne dispose pas d’un véritable siège et ses archives sont domiciliées au bureau du secrétaire-trésorier, Carl Hirschman. Il ressort des premiers échanges sur la question entre les dirigeants du comité exécutif de la FIFA que le futur siège devrait se trouver « dans une des villes du centre de l’Europe, disposant de bonnes communications par chemins de fer et située par préférence dans un pays dont les combinaisons politiques et la constitution ne peuvent pas causer des difficultés »151. Deux endroits sont préconisés. Premièrement, Paris est plébiscitée par Rodolphe Seeldrayers et Jules Rimet. Cité de villégiature du président de la FIFA, la présence de plusieurs autres organisations sportives telles que certaines Fédérations internationales sportives (aéronautique, automobiles, bobsleigh et tobogganing, cyclisme, gymnastique, hockey ou encore tennis)152 plaide largement en sa faveur. Deuxièmement, les dirigeants de l’Europe centrale, soutenus par le dirigeant allemand Félix Linnemann, souhaitent plutôt que le siège de la FIFA soit placé sur le territoire de la Confédération helvétique. Plusieurs arguments sont avancés pour expliquer le choix de la Suisse. Tout d’abord, Rimet semble avoir eu des difficultés à ouvrir un compte dans une agence bancaire parisienne pour la FIFA, car « étant une organisation internationale [elle] n’a pas de siège social avec des signatures autorisées en France »153. A contrario, grâce à son système bancaire en plein développement – option à laquelle s’ajoute la stabilité du franc suisse –, ouvrir un compte en Suisse est plus facilement envisageable pour une organisation comme la FIFA. Par ailleurs, ce pays accueille également de nombreuses organisations internationales, dont les plus connues sont la SDN, la Croix-Rouge et, élément sans doute d’importance, le CIO154, avec qui il serait ainsi plus facile de communiquer.←95 | 96→ De plus, d’un point de vue géographique, la Suisse se trouve au centre de l’Europe. Or, comme la majorité de ces associations proviennent d’Europe, il sera plus facile pour les dirigeants des associations nationales de se rendre à son siège, que ce soit pour les éventuelles sessions des différentes commissions de la FIFA ou lors de rencontres informelles avec le futur secrétaire général – ces discussions sur le siège se couplent aux discussions sur la nomination d’un secrétaire général permanent, sur lesquelles nous revenons ultérieurement. Enfin, la Suisse est considérée comme étant neutre sur la scène internationale, même si la neutralité suisse de cette période n’est pas dite « intégrale », le pays participant par exemple aux travaux de la SDN155. Dès lors, en cas de conflit, le siège de la FIFA se trouverait en sûreté, ce qu’a démontré la Première Guerre mondiale, le pays n’ayant pas été envahi. Certes, un nouveau conflit n’est pas encore d’actualité, mais les tensions ponctuelles qui opposent plusieurs États européens et la montée des fascismes, invitent sans doute à prendre quelques précautions.

La faillite du secrétaire-trésorier Hirschman156 rend nécessaire la création d’un siège, sujet qui est discuté lors de l’assemblée générale de 1932. Au terme des débats, les représentants présents décident par quatorze voix contre onze que le siège de la FIFA se trouvera en Suisse157. Certes, le scrutin est serré mais la décision témoigne d’une volonté manifeste de plusieurs dirigeants de placer le siège de la Fédération dans un endroit sûr et éloigné du pouvoir présidentiel (ce qui permettra au secrétaire général de disposer d’une certaine indépendance pour réaliser son travail). Quelques semaines plus tard, le comité exécutif opte pour la ville de Zurich158, où un bâtiment est loué à la Bahnofstrasse. L’emplacement au centre de la ville, à proximité de la gare, est idéal pour accueillir des visiteurs étrangers. Malgré cela, peu de réunions se déroulent à Zurich. En fait, jusqu’en 1939, la majorité des réunions se déroulent à Paris, soit dans la ville du président. La décision prise en 1932 par les congressistes va surtout s’avérer cruciale durant la Deuxième Guerre mondiale, car, nous le verrons, la place du siège à Zurich va permettre au secrétaire Schricker de disposer d’une certaine sécurité lui donnant la possibilité de continuer son travail.←96 | 97→

Au début des années 1930, les dirigeants du comité exécutif de la FIFA envisagent également une autre stratégie devant permettre de garantir l’autonomie, à savoir d’inscrire cette neutralité de la FIFA dans le droit international. À ce titre, ils engagent des discussions avec la SDN. Il faut tout d’abord souligner que l’organisme basé à Genève n’est pas totalement étranger au domaine sportif, comme le montrent des correspondances avec l’Union cycliste internationale159 ou l’intérêt pour la question des activités physiques dans le cadre de sa commission d’hygiène (qui traite de questions très diverses relatives à la santé des populations ou à la salubrité). Ainsi, pour la Fédération internationale de football, entreprendre des démarches auprès de la SDN s’apparente autant à contacter un interlocuteur qui pourrait être sensible à sa requête qu’à contrôler les éventuelles actions en matière footballistique qu’il pourrait développer. Car des rapprochements initiaux entre la SDN et le domaine du football se sont déjà réalisés à l’occasion de la Coupe des nations, organisée à Genève en juin 1930. En effet, les promoteurs de la compétition contactent la Société des Nations pour inviter son secrétaire général à faire partie du Comité d’honneur de la manifestation. De même, il semble qu’une visite du Palais des Nations ait été organisée pour les joueurs des équipes participantes.

Les premiers échanges entre la FIFA et la SDN datent de l’été 1931 et sont établis par le Tchèque Rudolf Pelikan. Ceux-ci ont avant tout un but informatif, car il s’agit pour la FIFA de savoir quelle est la teneur des discussions sportives des membres de la commission d’hygiène de la SDN160. Toutefois, si cette démarche est enregistrée par l’organisme basé à Genève, aucun lien concret n’est établi. Une année plus tard, la FIFA contacte à nouveau la SDN avec, cette fois, l’idée que cette dernière peut l’aider à consolider son autonomie sur la scène internationale en lui conférant un statut juridique particulier. Afin de traiter de cette question complexe, un avocat suisse du nom de Streuli est contacté. Parallèlement, un petit rapport est réalisé par le vice-président Seeldrayers, avocat de formation, et soumis à un juriste de la SDN du nom de Nisot. C’est l’Uruguayen Enrique Buero, vice-président de la FIFA et dont le frère, Juan-Antonio, y officie alors en qualité de conseiller juridique, qui se charge de transmettre le dossier. Le comité exécutif fait donc fonctionner←97 | 98→ ses réseaux afin de plaider sa cause auprès de la SDN. Quelques semaines plus tard, Nisot indique que la question est complexe et que seule la Croix-Rouge dispose en fait d’un tel statut sur la scène internationale161. Si ces démarches au sujet du statut juridique de la FIFA n’aboutissent pas, elles révèlent que les dirigeants de son comité exécutif recherchent différents moyens pour garantir l’autonomie de la Fédération sur la scène internationale.

Les actions de l’élite de la FIFA décrites dans les lignes précédentes doivent in fine permettre à l’organisation de réussir au mieux sa mission : développer, toujours et encore, les échanges footballistiques internationaux. Dans ce but, il est très important que l’entité dispose également d’une forte cohésion en interne. En ce sens, et sous la conduite de Jules Rimet, ses principaux dirigeants vont œuvrer à neutraliser au maximum les conflits au sein de la FIFA et développer une politique visant à créer du consensus.

1.2.4. Prôner l’apolitisme et le consensus

Garante de la gestion du football mondial, la Fédération internationale doit néanmoins faire face aux associations nationales, jalouses de leurs prérogatives sur leur territoire. Par ailleurs, en raison de la politisation croissante du football, la FIFA peut également être le théâtre de tensions entre des pays divisés sur la scène internationale. En conséquence, il est très important pour son élite dirigeante de trouver des moyens afin de maintenir la politique en dehors de la FIFA162. Dans son Histoire du football, Paul Dietschy s’est questionné sur l’influence de la politisation croissante du football durant l’entre-deux-guerres sur la FIFA. Selon lui, pendant cette période, la Fédération internationale entretient « un rapport ambivalent avec le monde politique. D’un côté, elle [copie] d’une certaine manière la Société des Nations, ses congrès annuels constituant le pendant sportif des rendez-vous de septembre au bord du lac Léman. De l’autre, elle se [proclame] apolitique tout en considérant que la géographique du football [doit] épouser celle des États163. »

Nous savons depuis les travaux pionniers de Jacques Defrance sur la « politique de l’apolitisme » des dirigeants sportifs que l’apolitisme←98 | 99→ peut être considéré comme une stratégie développée par les acteurs du domaine afin de se préserver de l’ingérence des États164. Manuel Schotté a repris cette thèse et en a précisé les contours, car le propos de Defrance était d’ordre général et théorique. À partir d’un cas contemporain étudié empiriquement, celui des principaux dirigeants du football européen (dirigeants du comité exécutif de l’UEFA et présidents de grands clubs), Schotté relève que cette manière d’agir est une « façon de [faire] prévaloir [la] centralité dans la gestion des affaires sportives et de mettre à distance d’autres modes de régulation »165. Nous souhaitons nous inspirer de cette analyse et postulons que l’apolitisme des dirigeants est avant tout une stratégie devant permettre d’assurer le développement des activités de la FIFA.

Tout d’abord, la posture apolitique est régulièrement présente dans le discours de l’élite dirigeante de la FIFA. Par exemple, en septembre 1932, lors d’une discussion au sein du comité exécutif sur le cas soviétique, Jules Rimet souligne que la FIFA « ne fait pas de politique »166. De même, dans le livre commémoratif de 1929, Ivo Schricker n’hésite pas à écrire un petit texte intitulé « Sport et politique »167 dans lequel il insiste sur l’importance des liens que le football crée entre les dirigeants, permettant ainsi de dépasser les antagonismes de la politique internationale. Il existe plusieurs autres exemples de ce type de discours, en particulier des publications parues dans le Bulletin de la FIFA. Cette posture apolitique implique pour les dirigeants du comité exécutif de la FIFA de ne pas s’y intéresser dans le cadre de leurs activités footballistiques. L’une des postures mises en œuvre par l’élite de la FIFA consiste donc à ne pas s’occuper des affaires internes à ses associations membres. Ce procédé est discuté dans le cadre de la réorganisation de la FIFA du début des années 1930. Un journaliste de L’Auto résume en affirmant, quelques jours avant le congrès de 1932, que le changement préconisé à ce sujet « tend à donner à la FIFA le caractère d’une confédération, alors que les textes actuels, trop strictement interprétés, pourraient lui faire jouer le rôle d’une superfédération »168. Quelques jours plus tard, les congressistes suivent effectivement cette voie et décident à l’unanimité que la FIFA doit être avant tout une←99 | 100→ union d’associations « qui se gouverne elle-même sans interférence de la [FIFA] »169. C’est donc une politique non interventionniste qui est décidée par les congressistes. Cette disposition a l’avantage d’éluder, au sein de la FIFA, toutes les questions relatives à la possible ingérence des États dans les affaires des fédérations nationales. La non-interférence avec les affaires des fédérations nationales permet de limiter les tensions en interne, d’autant que la Fédération internationale est composée de pays entretenant parfois des relations tendues sur la scène internationale. Les dirigeants sportifs de ces pays pourraient dès lors être tentés d’utiliser l’arène footballistique internationale pour faire passer des messages d’ordre politique170.

Dans les années qui suivent le congrès de 1932, plusieurs décisions prises par le comité exécutif de la FIFA confirment cette posture de neutralité. En février 1934, l’Irlande fait par exemple part à l’élite de la Fédération internationale de ses grandes difficultés à organiser des rencontres contre les associations britanniques. En effet, le pays n’entretient aucune relation sportive avec ces dernières171, situation qui s’explique en raison des relations politiques tendues entre les deux camps depuis que l’Irlande s’est détachée de la Grande-Bretagne en 1922. L’association irlandaise souhaiterait que l’assemblée générale autorise « dorénavant [la FIFA] à arranger deux matchs inter-nations par année pour l’État Libre d’Irlande »172. Il s’agit donc d’un appel envers la FIFA pour qu’elle endosse un rôle d’arbitre dans cette situation. Malgré une sympathie affichée pour la requête irlandaise, le comité exécutif refuse de présenter officiellement cette demande aux associations membres de la FIFA et se contente de signifier à l’association irlandaise qu’il va essayer d’encourager, de manière informelle, ce type de rencontres. Le cas des deux fédérations espagnoles durant la Guerre d’Espagne constitue un autre exemple, beaucoup plus significatif en raison de la situation politique du pays concerné, du comportement apolitique de la FIFA. À partir du déclenchement de la Guerre civile en 1936, l’Espagne connaît une querelle footballistique qui voit deux fédérations concurrentes s’affronter. La première poursuit le travail de l’organisme qui existait sous←100 | 101→ la République alors que la seconde se place sous la coupe des nationalistes du général Franco. Pendant plusieurs mois, chaque entité écrit tour à tour à la FIFA pour gagner la légitimité d’y représenter le pays. Dans un article récemment paru qui retrace brièvement l’histoire de la sélection espagnole, Juan Antonio Simón indique que « le camp des Nationaux [parvient] à être reconnu en 1937 par la FIFA comme son représentant en Espagne »173. Cet auteur base son argumentaire sur un article du journal ABC paru le 13 novembre 1937. Ce journal d’obédience monarchiste, donc proche du camp nationaliste, détourne en fait le propos en faveur des partisans de Franco. Au vu des archives de la FIFA, cette affirmation nous paraît erronée. Au contraire, la documentation indique que les dirigeants de la FIFA ne prennent pas position, considérant qu’il s’agit d’une « affaire domestique »174. En fait, ils choisissent de ne pas choisir pour un camp ou l’autre et d’attendre que la situation se règle. Dès 1939, la collaboration avec la Fédération espagnole, désormais sous le joug du régime franquiste, est reprise comme si rien ne s’était passé. Dernier exemple qui témoigne de cette politique de non-intervention, le simple enregistrement administratif effectué lors de l’incorporation de la Fédération autrichienne dans celle de l’Allemagne, à la suite de l’incorporation du pays dans le Troisième Reich (Anschluss). Ce changement s’opère suite à une lettre reçue par Schricker de la part de l’organisme autrichien expliquant la nouvelle situation politique du pays175. Constatons que ni le comité exécutif ni l’assemblée générale ne statuent sur cette question qui implique pourtant la disparition d’une des plus importantes associations membres de la FIFA. Pourtant, des protestations ont lieu dans le monde footballistique. Par exemple, en signe de contestation, le célèbre attaquant autrichien Matthias Sindelaar réalise une courbette face aux représentants nazis présents dans la tribune pour célébrer un but lors de l’ultime match joué par l’équipe d’Autriche (disputé contre l’Allemagne)176. Mais, dans les arcanes de la FIFA, la nouvelle donne semble – officiellement du moins – ne poser aucun problème. Paul Dietschy corrobore cette vision des faits puisqu’il note à ce sujet que←101 | 102→ « l’Anschluss footballistique fut enregistré par une lettre-circulaire »177. Ces exemples montrent que le comité exécutif de la FIFA prend le parti de ne pas intervenir dans les affaires internes de leurs associations membres. Et lorsque le contexte est véritablement tendu, nous pouvons considérer que l’élite de la FIFA ferme volontairement les yeux face à certaines situations, alors même que leurs correspondances personnelles montrent que ses membres sont bien informés et qu’ils s’intéressent de près à la politique internationale.

Cette politique sur la scène extérieure s’accompagne d’une politique interne visant à favoriser le consensus. À ce titre, les dirigeants de la Fédération internationale développent, depuis sa création, un corpus réglementaire conséquent – en 1929, il comporte déjà cinquante-deux pages. Le document est scindé en deux parties. La première, intitulée « Statuts », est composée de vingt-trois articles qui traitent de manière générale de l’activité de l’organisation. La seconde, nommée « Règlement », est formée de cinquante-deux articles qui précisent plusieurs points des « statuts ». Cette réglementation n’est pas statique mais, au contraire, sujette à de constantes modifications qui sont discutées lors des séances du comité exécutif et votées pendant les congrès. S’ajoutent à ce corpus réglementaire des stratégies plus informelles qui doivent renforcer l’unité au sein de la FIFA. Dans un texte portant sur la négociation des conflits au sein d’une organisation internationale, l’anthropologue Birgit Müller étudie la capacité de ces entités « à gommer les contradictions et à normaliser le comportement des États et des individus »178. Cette remarque nous inspire et il s’agit de montrer qu’une sorte de « coutume » – rien n’étant formellement écrit dans les statuts de la FIFA à ce sujet – existe au sein de la FIFA. Par exemple, les débats durant les congrès montrent que des regroupements régionaux existent au sein de la Fédération internationale. Lors de l’assemblée de 1936, le Roumain Luchidy se permet de souligner que « les associations du Sud-Est de l’Europe n’ont jamais eu un représentant au comité exécutif »179, raison pour laquelle il propose la candidature du Yougoslave Andrejevic. Bien que non retenue, cette proposition montre que des discussions préliminaires ont eu lieu entre les pays de cette région, probablement entre des dirigeants de la←102 | 103→ Bulgarie, de la Grèce, de la Roumanie et de la Yougoslavie. De même, en mars 1938, le secrétaire général reçoit, en vue du prochain congrès de la FIFA, un courrier signé des présidents des associations du Nord, respectivement le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède, sur la question des remplacements des joueurs blessés180. Les statuts de la FIFA interdisent formellement l’existence des blocs en son sein. En effet, l’article 14 de l’édition de 1929 indique que « sans autorisation spéciale de la Fédération, les Associations nationales affiliées ne sont pas autorisées à former des groupes entre elles »181. Cependant, le comité exécutif de la FIFA doit tenir compte de l’existence d’affinités particulières entre les pays. Ainsi, des accords tacites se créent entre les dirigeants du comité exécutif, voire avec une partie des représentants des associations nationales, souvent avant les congrès ou alors pendant des réunions informelles ayant lieu en marge des séances. Le but est de réserver des places aux différents blocs dans les commissions permanentes de la FIFA. En conséquence, un jeu subtil se met en place qui consiste à faire coexister les différentes forces au sein de la FIFA182, tout en évitant de conférer trop de place à l’une d’elles. Par exemple, en 1934, lors du remplacement de l’Uruguayen Buero dans le comité exécutif – Buero se retire car il retourne en Amérique du Sud pour des raisons professionnelles –, Giovanni Mauro signale à ses collègues que « lui et ses amis [souhaitent] proposer le Dr. Eberstaller »183. Toutefois, force est de constater que sa requête renforcerait le pouvoir du bloc de l’Europe centrale puisqu’il s’agirait de son quatrième représentant au sein de l’élite de la FIFA, Eberstaller étant autrichien. C’est sans doute pourquoi il souhaite sonder le terrain et demande l’avis de ses collègues, et en particulier celui du président Rimet. En fait, ses collègues du comité exécutif ne sont pas favorables à cette idée et souhaitent plutôt que la fonction soit à nouveau occupée par un dirigeant sud-américain. Dès lors, même si la candidature d’Eberstaller est maintenue devant l’assemblée générale, il n’est pas élu, obtenant d’ailleurs le plus faible résultat des←103 | 104→ suffrages184. Le poste échoit finalement à l’Espagnol Garcia Duran. Nous pouvons penser que, dans l’esprit des congressistes présents, ce dirigeant a comme avantage d’être celui qui représente des pays plus latins et qui pourrait donc faire office de porte-parole des Sud-Américains.

Enfin, dernier volet de la volonté de neutraliser les conflits au sein de la FIFA, le traitement de sujets délicats. Dans le cas de la réorganisation de 1931-1932 dont nous avons déjà parlé, les discussions ont lieu au sein d’une commission ad hoc représentant les différentes forces au sein de la FIFA. Ce procédé a comme avantage d’éviter de trop longues discussions, et un possible conflit, durant l’assemblée générale. De même, il est intéressant de s’arrêter brièvement sur l’engagement d’un secrétaire général au début des années 1930. Cette décision fait suite aux souhaits de réorganisation portés par Mauro et Meisl dont un des points était de créer un secrétariat185 et devient effective au moment de la démission de Carl Hirschman qui intervient en automne 1931. Dans un premier temps, l’Allemand Ivo Schricker, vice-président depuis 1927, fait office de secrétaire ad interim. Cependant, en mai 1932, Schricker est finalement choisi comme secrétaire général de la FIFA186, et ce au détriment de la centaine de personnes ayant postulé. Le profil de Schricker correspond parfaitement au poste tel qu’il est imaginé par Rimet ou Seeldrayers. Premièrement, c’est un diplomate qui travaillera en étroite collaboration avec le président. Au contraire, Meisl – également candidat déclaré au poste – est considéré comme un acteur plutôt dirigiste et qui souhaite avant tout appliquer ses idées. Dans ses mémoires, le dirigeant anglais Stanley Rous – qui deviendra deux ans plus tard secrétaire de la Fédération anglaise – le surnomme le « dictateur du football autrichien »187. Meisl peut donc être perçu comme une menace pour la stabilité de l’organisation. Deuxièmement, Ivo Schricker parle et écrit dans plusieurs langues (allemand, anglais, français et, dans une moindre mesure, espagnol) et en ce sens répond aux besoins de la Fédération internationale. Troisièmement, il connaît extrêmement bien l’organisation du jeu tant sur le plan national (il a été secrétaire de la Fédération d’Allemagne du Sud) qu’international et←104 | 105→ possède assurément les compétences pour mener le travail administratif de la FIFA. Quatrièmement, vice-président de la FIFA depuis 1927, il est déjà intégré dans le comité exécutif et fait donc partie de la « famille », ce qui facilitera son intégration.

La gestion de la nomination du nouveau secrétaire général de la FIFA révèle différents aspects de la gouvernance qui est en train de se mettre en place à la tête de la FIFA. Tout d’abord, comme dans le cas de la réorganisation, les dirigeants tentent de limiter les conflits, agissant avec tact et discrétion. Quelques jours avant le congrès de 1932, durant lequel Schricker va être confirmé dans ses fonctions, un journaliste de L’Auto fait remarquer que si l’Allemand est pressenti pour le poste, « il serait prématuré d’indiquer un favori, car une discrétion diplomatique règne à ce sujet dans les milieux internationaux »188. De plus, Schricker illustre le profil type du secrétaire qui va désormais agir dans les arcanes de la FIFA. Proche des dirigeants influents, mais sachant rester à sa place, le secrétaire est l’homme à tout faire, mais aussi l’homme de confiance du président. Son dynamisme va permettre à la FIFA de connaître une phase de développement dans les années à venir mais aussi de faire face à un conflit qui couve depuis le début des années 1930 entre la Fédération internationale et la Confédération sud-américaine de football.

1.3. Quelle place pour « l’autre continent du football » ?

Comme beaucoup d’autres organisations estampillées « internationales » de l’époque189, la FIFA est gouvernée majoritairement par des Européens, qui y mènent une politique européocentrée, et son véritable terrain d’action est l’Europe. Or, depuis les années 1910, plusieurs pays extra-européens font leur entrée au sein de l’organisation et, en premier lieu, les associations nationales sud-américaines.

Fabien Archambault a eu raison de nommer l’Amérique du Sud « le continent du football »190 car le ballon rond y connaît un développement←105 | 106→ constant, et ce dès la fin du XIXe siècle191. Par ailleurs, depuis 1915, un organisme continental y existe : la Confédération sud-américaine de football. Au début des années 1930, celle-ci regroupe toutes les associations nationales du continent (excepté la Colombie et le Venezuela) et paraît se profiler comme le garant du football sud-américain. Elle semble capable de fédérer une voix sud-américaine au sein de la FIFA qui a pour but de réclamer davantage de place dans les organes de la Fédération internationale. Avant d’expliciter ces requêtes et dans le but de les comprendre, il est nécessaire de décrire l’européocentrisme qui règne au sein de la FIFA.

1.3.1. L’Europe comme épicentre

Les revendications sud-américaines reposent sur le fait que les dirigeants à la tête de la FIFA mènent une politique européocentrée. En 1931, la FIFA est officiellement composée de quarante-six membres, dont vingt-huit pays européens192. Si 40 % des associations ne proviennent pas du Vieux Continent, durant les années 1930, toutes les réunions du comité exécutif – au nombre de quarante-deux – et les congrès annuels – il y en a treize193 – sont organisés en Europe. Ces chiffres témoignent de l’emprise des Européens sur la gestion des affaires de la FIFA. Le tableau ci-dessous, qui aborde la participation lors des congrès de la FIFA de 1930 à 1938, confirme cette situation.

Tableau 5. Répartition continentale lors des congrès de la FIFA entre 1930 et 1938194

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Légende : * : à partir de 1934, les congrès de la FIFA s’organisent tous les deux ans.

Durant ces huit années, les associations du Vieux Continent composent entre 60 % (congrès de 1938) et 90 % (congrès de 1932) des associations présentes. Hormis les Européens, les autres associations participant aux réunions proviennent surtout d’Amérique du Sud. La faible présence des régions asiatiques et africaines s’explique en raison du fait qu’elles restent largement sous domination coloniale195. Le congrès de 1938 montre malgré tout que la FIFA se mondialise progressivement puisque quatre associations asiatiques font le déplacement jusqu’à Paris. Un autre tableau peut être établi avec le nombre de dirigeants présents à ces assemblées, qui confirme la prédominance des Européens dans la FIFA.

Tableau 6. Pays et dirigeants présents durant les congrès de la FIFA de 1930 à 1936

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Légende : * : en tenant compte des membres du comité exécutif. ** : à partir de 1934, les congrès de la FIFA s’organisent tous les deux ans.

À la vue de ce tableau, nous voyons clairement que la majorité des dirigeants (qu’ils représentent leur association nationale ou qu’ils fassent partie de l’élite de la FIFA) proviennent d’Europe. Ainsi, lors du congrès de Paris de 1938, ils constituent 75 % de l’assemblée. Pour rappel, à cette période, chaque association a le droit d’envoyer trois de ses dirigeants à l’assemblée générale. Toutefois, ce sont uniquement les Européens qui utilisent ce droit, ce qui s’explique aisément en raison de l’organisation de la manifestation dans une ville de leur continent. A contrario, les associations extra-européennes ne sont souvent représentées que par un, parfois deux dirigeants. Cette situation n’est pas sans incidence sur les discussions car elle favorise indéniablement la mainmise du Vieux Continent sur l’organisation du football mondial. Il est en effet plus facile pour les dirigeants européens d’être actifs et attentifs – ils peuvent se relayer dans les discussions, voire se répartir les sujets196 – durant toute la durée des débats.

Le choix des lieux de congrès témoigne bien de ce que nous pouvons qualifier d’une hégémonie européenne sur l’organisation. En effet, les réunions sont toujours organisées sur le Vieux Continent, et ce en dépit de propositions visant à les délocaliser en dehors d’Europe. En 1930, un délégué égyptien, Youssof Mohamed, propose par exemple de tenir le congrès dans son pays, plus précisément au Caire197. Depuis 1924, il s’agit de la troisième candidature égyptienne soumise en vue de l’organisation de l’assemblée générale. Pour la majorité des dirigeants européens présents, il est cependant impensable de choisir cette option. Alors que le délégué←108 | 109→ autrichien Eberstaller se montre farouchement opposé à la possibilité d’organiser le congrès au Caire et que le Polonais Kuchar propose qu’il soit prochainement tenu à Varsovie, l’Allemand Linnemann se permet de rappeler quant à lui qu’il attend depuis trois ans que la ville de Berlin soit choisie par la FIFA. Finalement, par 19 voix contre 4 pour le Caire, Berlin est désignée pour accueillir l’assemblée générale de 1931. Constatons que les trois années d’attente de l’Allemagne ont pesé nettement plus lourd dans la balance que les trois propositions en faveur du Caire déposées depuis sept ans. Si l’argument qui consiste à évoquer le coût du transport pour ne pas se rendre en Égypte est sans doute recevable, il nous semble toutefois que cette décision révèle également les rapports de force qui existent au sein de la FIFA. En effet, l’association égyptienne n’y a que peu d’influence, ce qui s’explique avant tout par le manque de structuration de sa fédération et le faible niveau de jeu de son équipe nationale. Malgré d’autres tentatives, notamment en 1931 lorsque des villes comme New York et Le Caire sont à nouveau proposées comme lieu de réception du congrès198, aucune assemblée générale de la Fédération internationale ne s’organise en dehors de l’Europe durant les années 1930.

Cette hégémonie européenne se remarque dans la composition du comité exécutif de la FIFA car, jusqu’en 1938, ses membres proviennent uniquement d’Europe, à l’unique exception de l’Uruguayen Buero qui y siège entre 1928 et 1934. Le comité exécutif conduit la politique de la FIFA et règle les questions ou litiges que lui soumettent les associations membres. Disposer d’un représentant dans l’élite de la FIFA est donc crucial pour un groupe d’associations qui souhaiterait y faire passer ses idées en matière d’organisation du jeu ou défendre sa position sur certaines thématiques. La lecture des procès-verbaux des séances nous montre que les problématiques abordées par le comité exécutif durant les années 1930 concernent principalement le football européen. Cette prédominance européenne sur la gouvernance de l’organisation est encore amplifiée par la composition dans les commissions permanentes de la FIFA. Comme les mandats dans les commissions ont une durée indéterminée, leur composition change peu. Ainsi, de 1930 à 1938, la commission des Lois du jeu et des arbitres, qui s’occupe de l’uniformisation des règles du jeu et met à jour une liste d’arbitres ayant l’aptitude d’officier lors des rencontres internationales, est composée de l’Allemand Peco Bauwens qui la préside, du Français Henri Delaunay qui en est le secrétaire, du Belge Albert Verdyck et de l’Italien Giovanni Mauro. La commission de l’amateurisme – renommée en 1935 la commission pour l’amateurisme←109 | 110→ et les transferts199 – est présidée par le Tchèque Rudolf Pelikan et sa composition est complétée par le Néerlandais Karel Lotsy, qui y officie comme secrétaire, par l’Autrichien Hugo Meisl et le Hongrois Mor Fischer. Enfin, aucune trace d’un non-Européen dans la Commission de la Coupe du monde, dans les commissions ad hoc (comme la commission qui s’occupe de la réorganisation de la FIFA en 1931) ou encore chez les vérificateurs de compte et du procès-verbal de l’assemblée générale qui sont élus durant celle-ci. Soulignons donc que toutes les places dans les organes de la FIFA sont occupées par des Européens.

Enfin, l’emprise du Vieux Continent sur la FIFA apparaît également dans les publications officielles de la FIFA. Dans le livre commémoratif des vingt-cinq ans de la FIFA paru en 1929, plusieurs acteurs ayant officié ou qui officient encore au sein la Fédération internationale signent une petite tribune (entre une et trois pages). Or aucune ligne n’est écrite par un dirigeant d’association extra-européenne. Seules les photos du vice-président, Enrique Buero, et du conseiller200 pour l’Amérique du Sud, César Seoane, sont présentées sur une page ne comportant pas de texte hormis l’indication de leur fonction201.

De même, dans le Bulletin officiel d’information, puis dans World’s Football, la part belle est faite au continent européen puisque le football en dehors d’Europe est certes traité, mais avec parcimonie et souvent sous des titres génériques comme le football « en Amérique du Sud » ce qui contraste avec les articles plus précis qui traitent des régions – voire de l’activité des associations nationales européennes – en Europe.

Durant les années 1930, la FIFA est une organisation avant tout européenne. Les informations données ci-dessus confirment dès lors les←110 | 111→ propos de Paul Dietschy qui, en 2015, soulignait : « Bien que la FIFA [donne] l’apparence d’opter pour un cadre de référence mondial, elle [est] menée en premier lieu par les Européens202. » Toutefois, durant cette décennie, l’hégémonie de l’Europe au sein de la FIFA commence à être contestée par les associations sud-américaines.

1.3.2. Une première contestation de l’hégémonie européenne

Alors que la Coupe du monde de 1930 est un succès pour le pays organisateur, l’Uruguay, les dirigeants des associations sud-américaines sont déçus du manque d’enthousiasme de leurs homologues européennes à y participer203. Quelques mois avant l’épreuve, un article du journal français Football soulignait les conséquences qu’impliquerait une non-participation massive des Européens à la compétition. Le journal notait que si un tel cas se présentait, il y aurait le risque de voir émerger un « “bloc sud-américain” dont les équipes se [refuseraient de] jouer contre les clubs des nations qui se sont désintéressées de la première épreuve mondiale de football »204. Durant le tournoi, les associations sud-américaines présentes décident de créer davantage d’unité entre elles afin d’être mieux représentées au sein de la FIFA. Dans ce but, c’est la Confédération sud-américaine qui se chargera de communiquer sur ce point avec le comité exécutif de la FIFA205.

Nous n’avons pas retrouvé les statuts de cet organisme pour la période étudiée. Cependant, nous pouvons nous baser sur ceux de 1939 car il ne semble pas y avoir de grands bouleversements dans la structure de l’organisation durant les années 1930. Entité modeste206, la Confédération sud-américaine se donne deux objectifs principaux. Premièrement, elle a pour but d’unir les associations nationales sud-américaines, union qu’une possible opposition face aux Européens pourrait renforcer. Deuxièmement, de contrôler le football sur le continent sud-américain – ce dont témoigne←111 | 112→ notamment l’organisation de la Copa America depuis 1916 – et, sous cet angle, se détacher de la tutelle de la FIFA lui permettrait de renforcer cet aspect.

Consciente du mécontentement des Sud-Américains, le comité exécutif de la FIFA tente de limiter l’impact négatif de la faible participation européenne à la première Coupe du monde. Il faut dire que le comité exécutif de la FIFA a tout intérêt à ménager les associations d’Amérique latine, en particulier parce que leur présence à la deuxième édition du tournoi mondial est « nécessaire pour démontrer le caractère universel et mondial de la FIFA et de sa grande compétition »207. Mais, bien que le comité exécutif considère l’Amérique du Sud comme « la région la plus importante pour la FIFA [après l’Europe] », peu de gestes sont réalisés dans les faits en leur faveur. Lors de l’assemblée générale de la FIFA qui se déroule pendant la Coupe du monde de 1934, la discussion sur le siège occupé par l’Uruguayen Buero dans l’élite de la FIFA confirme une césure entre le comité exécutif et les associations sud-américaines. En effet, Buero est obligé de démissionner pour des raisons professionnelles208 et les congressistes se questionnent sur son remplacement. Des discussions ont préalablement lieu au sein du comité exécutif de la FIFA pour savoir s’il doit être remplacé par un de ses collègues sud-américains. Si cette idée semble préconisée a priori par ses membres, ceux-ci décident toutefois que deux points doivent être respectés par le futur représentant. Premièrement, ils considèrent que l’expérience d’un diplomate – pour rappel, Buero est ministre de l’Uruguay en Belgique – n’est plus souhaitable. Au contraire, il faudrait que le dirigeant dispose « de force et d’influence auprès des Associations [qu’il représente] »209. Deuxièmement, il doit vivre en Europe. Ce souhait rappelle la vision européocentrée des dirigeants, car il indique que les futures réunions du comité exécutif s’organiseront uniquement sur le Vieux Continent. Mais il peut aussi s’agir d’un manque de réalisme de la part des dirigeants de la FIFA, car il semble peu crédible qu’un dirigeant influent du football sud-américain habite en Europe. En tous les cas, par cette décision, les membres du comité exécutif ne se montrent guère enclins à faire des concessions aux dirigeants sud-américains.←112 | 113→

L’assemblée générale réunie à Rome décide finalement de nommer l’Espagnol Garcia Duran en remplacement de Buero210. Alors que l’Argentine et le Brésil sont les seuls pays d’Amérique du Sud à disputer la Coupe du monde de 1934, la décision prise dans la capitale italienne marque véritablement le début d’une discorde entre Sud-Américains et Européens. En effet, au même moment que le congrès de Rome, de l’autre côté de l’Atlantique, la Confédération sud-américaine organise un congrès extraordinaire durant lequel il s’agit notamment de traiter des rapports avec la FIFA. Pendant les discussions, des griefs sont adressés envers la Fédération internationale et l’idée d’une prise d’indépendance vis-à-vis de son autorité sur certains sujets est même évoquée. Par exemple, il s’agirait que la Confédération sud-américaine se charge elle-même de l’organisation des éliminatoires de la Coupe du monde. Par ses positions, les dirigeants présents n’hésitent donc pas à remettre en question la souveraineté de la FIFA. Il s’agit du début d’une fronde interne qui va prendre de l’ampleur dans les mois qui suivent. À noter que cette remise en question de l’hégémonie européenne correspond à un mouvement plus général de contestation au sein des organisations internationales dans lesquelles les Sud-Américains essaient de faire entendre leur voix – à l’OIT211 et à la Société des Nations212 entre autres exemples.

En novembre 1934, le conseiller pour l’Amérique du Sud auprès du comité exécutif, Bermudez, se fait le porte-parole des doléances émises lors du dernier congrès de la Confédération sud-américaine auprès du secrétariat de la FIFA. Il souligne que les associations sud-américaines regrettent le manque « de compréhension ou d’attention approfondie démontrée par la FIFA vis-à-vis du football panaméricain »213. S’ajoute à cette critique un document intitulé « Question de la modification des Lois de la FIFA en ce qui concerne la représentation des groupements extra-européens », qui doit ouvrir une discussion sur une meilleure←113 | 114→ représentation des associations sud-américaines dans la Fédération internationale. Une transformation des statuts de la FIFA est préconisée, de sorte que son comité exécutif soit élu différemment. Il s’agirait de créer des groupes régionaux au sein de la FIFA, groupes qui disposeraient d’une « autonomie relative » et qui seraient « représentés dans la direction de la Fédération »214. Le projet soumis par Bermudez est novateur puisqu’en invitant à la création d’organismes régionaux, il envisage une décentralisation de la Fédération mondiale.

Comment le comité exécutif de la FIFA réagit-il face à cette proposition pouvant être perçue comme une remise en question de la position hégémonique de la Fédération internationale sur le football mondial ? Tout d’abord, l’élite de la FIFA tente de minimiser l’impact de ces revendications en s’appuyant sur d’autres associations du continent américain. Ainsi, il est demandé au conseiller pour l’Amérique centrale, Campbell – dont les visions du football sont proches de celles défendues par l’élite de la FIFA – d’intervenir auprès des associations sud-américaines. Dans ce but, ce dernier va tenter de nouer des contacts entre les dirigeants sud-américains et ceux de l’Amérique centrale et du Nord. À cet effet, il propose de convoquer un congrès panaméricain en 1935 « pour discuter les intérêts mutuels des associations américaines et pour resserrer les liens entre ces associations et la FIFA »215. Jouer sur l’échelle panaméricaine pourrait permettre de contrebalancer les velléités de la Confédération sud-américaine. De plus, une telle conférence correspond à l’air du temps car les échanges panaméricains se développent durant les années 1930, notamment sous l’influence de la politique de « bon voisinage » instaurée par le président américain Franklin Roosevelt. Ainsi, dans le domaine sportif, des Jeux panaméricains voient le jour en 1937 à Dallas216.←114 | 115→ Toutefois, le conseiller pour l’Amérique du Sud Bermudez ne se montre guère favorable à l’organisation de ce congrès car, selon lui, la réunion convoquerait trop de représentants, ce qui aurait comme conséquence de ne « pas [donner] de résultats pratiques »217. Cet argument est sans doute techniquement recevable, mais les réserves apportées par ce dirigeant montrent peut-être également que les Sud-Américains préfèrent agir de leur côté : Campbell étant en lien étroit avec le comité exécutif de la FIFA, il pourrait court-circuiter l’idée de possibles réformes.

Suite à ce refus, le comité exécutif de la FIFA décide de ne pas répondre favorablement au projet présenté par Bermudez car il le juge dangereux pour l’autorité de la FIFA. En effet, comme le souligne Rodolphe Seeldrayers, une « fois réunies, ces associations, au premier conflit avec des fédérations européennes, feraient bloc et [les] menaceraient d’une scission »218. Afin de disposer de davantage d’arguments sur la question, voire d’entamer éventuellement quelques réformes statutaires qui permettraient de répondre, en partie, aux souhaits des associations nationales sud-américaines, il est décidé de confier au Néerlandais Karel Lotsy la tâche d’étudier plus dans le détail cette question. Lotsy est un des plus jeunes membres de l’élite de la FIFA et, à ce titre, il semble être plus ouvert que certains de ses collègues à l’élaboration d’un plan visant à une décentralisation future de la FIFA. Dans le rapport qu’il établit à la suite de son étude, Lotsy ne se montre effectivement pas totalement hostile à l’idée de régionaliser la FIFA. Pour lui, l’important est que la FIFA agisse « par une influence morale, par l’autorité de son expérience et le poids de l’équité »219 et non pas qu’elle se montre dirigiste sur certains sujets qui pourraient être administrés par des groupements continentaux. Cependant, conscient des risques que créerait une trop grande décentralisation, il confirme la position du comité exécutif, à savoir de rejeter la proposition de Bermudez. À ce stade, il préconise surtout d’améliorer le dialogue entre l’élite de la FIFA et les conseillers continentaux. En effet, écrit-il, « si l’on avait connu les intérêts [de la Confédération sud-américaine] et si l’on avait été disposé d’en tenir←115 | 116→ compte, on aurait probablement quelquefois pu éviter – par une petite modification ou par un petit supplément – des mécontentements et de l’amertume »220.

En date du 20 avril 1935, et en suivant les recommandations de Lotsy, le comité exécutif de la FIFA propose une timide ouverture vis-à-vis de la Confédération sud-américaine puisqu’elle obtient le droit de nommer un représentant en son sein. Ce dernier pourra prendre part « [aux travaux] du comité [exécutif] chaque fois qu’il y aurait à prendre une décision concernant l’Amérique du Sud »221. Cette proposition confirme, une fois encore, l’européocentrisme de l’élite de la FIFA. D’une part, le représentant sud-américain devra habiter en Europe. D’autre part, il ne pourra participer qu’aux discussions concernant le football de son continent et n’aura ainsi pas la possibilité de prendre position sur d’autres sujets, ce qui limitera fortement ses possibilités d’action sur la politique de la FIFA. De fait, il ne s’agit pas d’accepter que la Confédération sud-américaine nomme un membre à part entière du comité, mais plutôt un « super-conseiller ». La proposition du comité exécutif ne répond donc pas véritablement aux demandes transmises par les dirigeants sud-américains.

Dès lors, ceux-ci ne tardent pas à faire savoir leur mécontentement face à la position de l’élite de la FIFA. Lors d’un nouveau congrès extraordinaire de la Confédération sud-américaine organisé au printemps 1935, les dirigeants présents demandent à la FIFA que la Confédération sud-américaine puisse être reconnue comme l’organe s’occupant de la gestion du football amateur et professionnel en Amérique du Sud. Il s’agit pour eux de créer une force continentale qui doit tout bonnement leur permettre de se libérer « de l’oppression de la FIFA »222. Les mots sont forts et ils indiquent le sentiment de soumission ressenti par les dirigeants sud-américains. Les divergences entre les deux camps vont donc en s’accentuant et les associations nationales les plus virulentes comme celles du Chili et du Pérou évoquent même ouvertement l’éventualité de quitter la Fédération internationale. Le comité exécutif de la FIFA se doit de réagir pour éviter l’éclatement d’un conflit. À la veille du congrès de la FIFA, qui doit se dérouler à Berlin en juin 1936 – soit pendant les Jeux olympiques –, il propose de réserver une place de vice-président à un dirigeant désigné par←116 | 117→ la Confédération sud-américaine pour une période test de deux ans. Les congressistes acceptent cette proposition et, à la fin des débats, Jules Rimet profite de l’occasion pour faire preuve de son habituel sens de la diplomatie en soulignant qu’« il désire que les pays de l’Amérique du Sud emportent de ce vote l’impression que le congrès de la FIFA est animé du plus ardent esprit de collaboration entre tous les éléments qui la composent et du plus grand désir de voir régner l’harmonie la plus parfaite »223.

Si cette place provisoire confiée à un représentant de la Confédération sud-américaine au sein du comité exécutif peut faire office de pas en avant de la part de l’élite de la FIFA envers les Sud-Américains, cette décision est néanmoins largement occultée par deux autres qui vont en fait accentuer la tension entre les dirigeants des deux continents. Premièrement, il y a l’affaire du match Autriche-Pérou : lors du deuxième tour du tournoi olympique, l’équipe péruvienne voit sa victoire sur le terrain annulée après coup en raison de débordements causés par ses supporters. Refusant de rejouer le match comme le demande le jury d’appel du tournoi (uniquement composé d’Européens), les Péruviens quittent de suite les Jeux olympiques. Ils sont certes accompagnés de quelques athlètes sud-américains mais, grâce à l’intervention et à la diplomatie des hautes instances olympiques, un retrait massif des délégations des autres pays sud-américains est finalement évité224. Le congrès de la FIFA est fortement marqué par ce contexte. Dès les premières minutes de l’assemblée, des délégués sud-américains demandent de modifier l’ordre du jour et de traiter du cas de cette rencontre, proposition refusée par le président Rimet qui dirige les débats. La tension est palpable, ces discussions préliminaires durant plusieurs heures et retardant fortement l’avancée d’un congrès qui a été initialement prévu sur un seul jour225. Au moment d’aborder la question du match Autriche-Pérou, le délégué de l’Uruguay, Dupuy, déclare sans ambages qu’il y a une grande excitation au Pérou et plus généralement en Amérique du Sud. Les Sud-Américains ressentent la décision d’exclure l’équipe sud-américaine prise par le jury d’appel comme une injustice. Ils demandent donc que l’équipe du Pérou soit déclarée vainqueur et puisse jouer la demi-finale du tournoi. Après discussion, la majorité des congressistes décident de ne pas remettre en cause la décision du jury←117 | 118→ d’appel du tournoi, mais afin de minimiser le conflit qui couve, ils demandent qu’une commission se réunisse immédiatement pour essayer de trouver une alternative aux requêtes des dirigeants des associations sud-américaines. Il ressort de ces échanges que les équipes d’Allemagne et d’Autriche se proposent chacune de disputer une rencontre contre le Pérou afin de financer les coûts du voyage de l’équipe. L’affaire se clôt sur cette proposition, mais l’amertume est palpable chez les dirigeants sud-américains.

Deuxièmement, les congressistes doivent discuter de l’organisation de la Coupe du monde de 1938. Après l’épreuve de 1934 disputée en Italie, les associations nationales sud-américaines souhaitent qu’une rotation continentale ait lieu et appuient fortement la candidature de l’Argentine. Disposant de plusieurs grands stades et d’une ferveur incontestable pour le ballon rond226, le pays semble à même d’organiser l’épreuve dans les meilleures conditions, ce que soulignent différents orateurs sud-américains. En outre, durant la discussion, Luis Dupuy mentionne qu’après l’épisode du match Autriche-Pérou, l’organisation de la Coupe du monde en Argentine « aurait une répercussion très favorable dans l’Amérique du Sud »227. Malgré ces interventions, les congressistes présents décident, à une très grande majorité, d’attribuer l’organisation de la future épreuve à la France. Cette décision constitue une déconvenue supplémentaire pour les Sud-Américains et alimente leur rancœur vis-à-vis de la FIFA.

Quelques mois après la réunion de Berlin, un congrès extraordinaire de la Confédération sud-américaine se déroule dans une atmosphère tendue et révèle la rancœur des associations sud-américaine envers la FIFA. Le Pérou, appuyé dans sa démarche par le Chili, propose une résolution visant la « désaffiliation de l’Amérique du Sud de la FIFA »228. Si cette idée n’est pas acceptée par l’assemblée229, des décisions importantes (sept au total) sont prises. Connus sous le nom d’« Accords de Santiago », ceux-ci soulignent la défiance des Sud-Américains vis-à-vis du comité exécutif de la FIFA. Parmi les décisions prises, il s’agit en particulier de « ne plus←118 | 119→ participer [à des tournois] organisés par la FIFA ; aussi longtemps que la structure et la composition actuelle des jurys chargés de la direction et du règlement des conflits internationaux de caractère mondial ne seront pas modifiés »230. Une telle disposition permettrait d’instaurer davantage d’impartialité au sein de la FIFA et éviterait in fine des événements comme celui de la rencontre Autriche-Pérou. Une autre revendication émise par les congressistes consiste à revendiquer une autonomie en ce qui concerne la gestion des affaires footballistiques sur le continent sud-américain. En conséquence, l’organisme principal en matière de football sud-américain ne serait plus la FIFA mais la Confédération sud-américaine. Dans ce cas, c’est donc la souveraineté de la Fédération internationale qui est directement remise en cause. Dernier élément révélateur de la position d’obstruction des Sud-Américains vis-à-vis de la FIFA, il faut plusieurs mois pour que leur représentant continental au sein du comité exécutif de la Fédération internationale soit nommé. Le dirigeant finalement choisi est le diplomate Luis Dupuy, ambassadeur d’Uruguay en Allemagne puis, à partir de 1936, en Belgique.

Dupuy peut être perçu comme un successeur de Buero, autant au regard de sa position vis-à-vis du football sud-américain que de sa fonction professionnelle. Par contre, il se montre plus actif que son prédécesseur et, dès sa nomination, développe une politique offensive au sein du comité exécutif de la FIFA. Il appuie avec force les revendications portées par sa Confédération continentale en matière de composition des jurys d’appel lors des compétitions de football international. Leurs membres doivent désormais être issus de différents continents, ce qui permettra d’éviter « des cas fâcheux »231, propos faisant référence au match Pérou-Autriche de l’année précédente. De plus, en juin 1937, Dupuy propose la création d’une « Copa de Europa », qui verrait le vainqueur de la Copa America affronter une association européenne choisie par la FIFA. Selon lui, cette coupe « serait un moyen excellent pour faire disparaître certaines tensions existantes et pour amener un rapprochement entre les organisations sportives de l’Europe et de l’Amérique du Sud »232. Toutefois, les dirigeants du comité exécutif de la FIFA rejettent l’idée, argumentant notamment qu’il y a déjà passablement de compétitions en Europe.←119 | 120→

Si les deux camps maintiennent leurs positions dans un premier temps, la situation évolue véritablement durant l’année 1938. En janvier, un énième congrès extraordinaire de la Confédération sud-américaine poursuit les discussions sur les relations avec la FIFA. Tout d’abord, il est décidé de soumettre au prochain congrès de la Fédération internationale la proposition visant à nommer des dirigeants extra-européens dans les jurys d’appel des compétitions internationales gérées par la FIFA233. Mais les congressistes émettent aussi une idée plus ambitieuse en souhaitant « simplifier l’appareil administratif de la FIFA en le décentralisant »234. Dans les faits, il s’agirait de créer cinq confédérations continentales représentant l’Afrique, l’Amérique, l’Asie, l’Europe et l’Océanie. Ces cinq groupements éliraient les membres du comité exécutif de la FIFA. Quatre ans après la proposition formulée par Bermudez, les associations sud-américaines développent donc un nouveau projet, qui doit être soumis en vue d’une discussion lors du congrès de la FIFA de juin 1938, visant à la décentralisation de la Fédération internationale. Il faut signaler que, dans l’intervalle, une Confédération d’Amérique centrale de football a vu le jour en février 1938 sous les actions du Costaricain, Hector Beeche, ce qui renforce la proposition de la Confédération sud-américaine. Celle-ci remet directement en cause la domination européenne sur le monde du football puisque l’Europe est placée sur le même plan que des régions qui n’ont à ce jour aucun conseiller, comme l’Afrique, encore sous domination coloniale235, ou l’Océanie, région dont l’existence n’a jusque-là jamais été nommée au sein de la FIFA. Dans le courrier qui accompagne le projet, le secrétaire général de la Confédération sud-américaine souligne à Schricker que « l’Amérique ne peut pas être une colonie de l’Europe en matière de football »236. Le ton de la lettre révèle la détermination qui anime les dirigeants sud-américains, position qui←120 | 121→ est d’ailleurs soulignée dans un article du journal L’Auto écrit à la veille de l’assemblée générale de 1938237.

La radicalité de cette position ne semble toutefois pas être partagée par toutes les associations sud-américaines, ce qui pénalise son impact au sein de la FIFA. Premièrement, à la fin de l’année 1937, l’Argentine s’est retirée de la Confédération sud-américaine, comme elle l’explique dans une lettre adressée à la FIFA en date du 29 décembre238. Lors du congrès de la FIFA de 1938, son délégué revient sur cette décision et précise que si son association nationale est d’accord avec la proposition concernant la modification de la composition des jurys d’appel lors des compétitions internationales, elle est par contre opposée aux propositions visant à la décentralisation de la FIFA. En effet, selon lui, la création de groupements continentaux risquerait de faire du tort au pouvoir de la FIFA et, par ailleurs, cette idée ne correspond pas à la volonté de « beaucoup de pays [lui] appartenant »239. Il s’agit donc, pour cette association, de rester dans le giron de la Fédération internationale, qu’elle considère comme l’organe suprême en matière de football. Deuxièmement, le Brésil – seule association sud-américaine à avoir envoyé son équipe nationale en France pour y disputer la Coupe du monde – se montre également peu favorable aux volontés de la Confédération sud-américaine. À la suite de l’Argentin, le dirigeant brésilien déclare que si son association reste membre de l’entité continentale, par contre elle « ne reconnaît aucune restriction ni intervention de [sa] part et entend maintenir ses relations directes avec la FIFA »240. Ces positionnements affaiblissent assurément la portée du projet porté au sein de la Confédération sud-américaine, car l’Argentine et le Brésil sont des pays très influents sur le plan du football continental au vu de la qualité de leurs équipes nationales respectives et du nombre de footballeurs qu’elles regroupent. En outre, ces interventions soulignent que, malgré l’existence d’un organisme continental, les associations sud-américaines peinent à créer une voix unique au sein de la FIFA.←121 | 122→

En fins tacticiens, les membres de l’élite de la FIFA, Jules Rimet en tête, tentent de profiter de cette situation, sentant que les revendications sud-américaines en vue d’une décentralisation de la FIFA manquent de tranchant. Pour autant, Rimet ne choisit pas d’attaquer de front le projet de création de cinq fédérations continentales et discute en premier lieu de sa faisabilité. Comme il l’explique quelques semaines plus tôt à ses collègues du comité exécutif, les autres continents n’ont pas d’organisation comparable à la Confédération sud-américaine. Dès lors, selon lui, il n’est pas possible, pratiquement parlant, de mettre en œuvre cette idée. Par contre, les dirigeants du comité exécutif semblent conscients que, pour éviter que le conflit ne perdure entre la FIFA et l’Organisation sud-américaine, ils doivent faire un geste en faveur de leurs homologues sud-américains. En ce sens, il s’agit notamment de faire accepter par le congrès la proposition de la Confédération sud-américaine concernant les jurys d’appel. De même, ils préconisent que le délai test de deux ans soit accepté et que, dorénavant, la Confédération sud-américaine puisse élire un représentant fixe au sein du comité exécutif. Avec ces deux propositions, ils pensent pouvoir endiguer les revendications sud-américaines.

Ces deux points sont acceptés par les congressistes et, à la suite de ces décisions, le président Rimet peut indiquer à l’assemblée que les propositions de la Confédération sud-américaine de revoir la structure de la FIFA ont été retirées. Au sortir du congrès de 1938, une sérénité semble quelque peu revenue au sein de la FIFA, conformée dans les mois qui suivent par le fait que les associations nationales sud-américaines décident d’annuler les Accords de Santiago. La décision de permettre à la Confédération sud-américaine de choisir son représentant au sein de l’élite de la FIFA marque néanmoins un précédent. Ainsi, cette décision ouvre la porte à une possible décentralisation du comité exécutif et, par-delà, de la structure de la FIFA241. Les événements qui se déroulent dans la décennie suivante vont créer de nouvelles possibilités à cet égard.←122 | 123→


1 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1904], art. 2. Archives de la Fédération internationale de football association (FIFA), statuts, 1904-1981.

2 Charroin P., Waquet A., « Paris 1924 : l’universalisme professionnalisant du football contre l’amateur internationaliste des Jeux olympiques », dans Terret T. (dir.), Les Paris des Jeux Olympiques de 1924, Biarritz, Atlantica, 2004, pp. 445-490.

3 En 1927, la FIFA compte quarante-quatre membres selon le Handbook de l’organisation paru cette même année.

4 L’International Board se veut l’organisme qui gère les Lois du jeu et, pour tout changement sur celles-ci, il faut l’approbation de la majorité de ses membres. À cette période, il est composé d’un membre des quatre associations britanniques (Angleterre, Écosse, Irlande du Nord et Pays de Galles) et de deux représentants de la FIFA. Sur la création de l’International Board, voir : Brown T., The Football Association 1863-1883: A source book, Nottingham, Soccer Data Publication, 2011.

5 Anceau É., Boudon J.-O., Dard O. (dir.), Histoire des internationales. Europe, XIXe-XXe siècles, Paris, Nouveau Monde, 2017.

6 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1929], art. 2 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

7 Rasmussen A., « Tournant, inflexions, ruptures : le moment internationaliste », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, vol. 19, n° 1, 2001, pp. 27-41.

8 En Europe, ces entités voient le jour entre la fin du XIXe siècle et les deux premières décennies du XXe siècle.

9 « MM. Mauro et Meisl entrent en scène », Football, 6 août 1931.

10 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 12 décembre 1931, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

11 « Le comité exécutif de la FIFA s’est réuni samedi à Paris », Football-association, 17 décembre 1931.

12 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 26 septembre 1931, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

13 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13 et 14 mai 1932, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

14 Auxquels il faut également ajouter le secrétaire général.

15 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 10 décembre 1932, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

16 Eisenberg C. et al., FIFA 1904-2004, op. cit., p. 74.

17 À côté du comité exécutif, trois autres organismes s’occupent de sujets précis : la commission des Lois du jeu, la commission de la Coupe du monde et la commission de l’amateurisme.

18 Le terme « propagande » est couramment utilisé à cette époque et n’a pas la connotation négative que nous lui connaissons aujourd’hui.

19 En particulier (par ordre alphabétique) : Allemagne, Belgique, Danemark, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie et Yougoslavie.

20 Hirschman C.A.W., « Congress », 15 avril 1924, FIFA Official Communications, n° 3, p. 1. Voir également : « Les congrès internationaux ont eux aussi leurs histoires », Football, 12 août 1936.

21 Maurel C., « L’Unesco : une plate-forme pour les circulations transnationales de savoirs et d’idées (1945-1980) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, vol. 15, 2014, publié en ligne.

22 À savoir (par ordre alphabétique) : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Hongrie, Italie, Roumanie, Suède, Suisse, Pays-Bas et Tchécoslovaquie.

23 Wahl A., Histoire de la Coupe du monde de football : une mondialisation réussie, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2013.

24 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 17 et 18 mai 1929, n.d. FIFA, XII-XIX congrès ordinaires (1923-1930, rapport d’activité).

25 Dietschy P., « French sport: caught between universalism and exceptionalism », European Review, vol. 19, n° 4, 2011, pp. 509-525.

26 Jalabert D’Amado L., « “Montevideo 1930” ou l’amnésie européenne. Étude d’une Coupe du monde ignorée », Mémoire de master II réalisé sous la direction d’Olivier Compagnon, Université de Paris III, 2014, p. 139.

27 En fait, Enrique Buero mène de nombreuses actions vis-à-vis des associations de football, mais aussi de plusieurs gouvernements européens. Celles-ci sont relatées dans un document imprimé après l’épreuve, intitulé Negociaciones internacionales.

28 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de l’Union belge du 23 avril 1930. Archives générales du Royaume de Belgique (AGRB), Union royale belge des Sociétés de Football-Association (URBSFA), dossier : comité exécutif (procès-verbaux du 7 avril 1928-25 mars 1931).

29 « La FFFA ne s’est pas encore prononcée pour la participation à la Coupe du monde », L’Auto, 28 mai 1930.

30 Lüscher L., La Coupe des nations 1930. Une compétition « européenne » dans la Genève internationale, Mémoire de fin d’études réalisé sous la direction de Nicolas Bancel, Université de Lausanne, 2015.

31 « La Coupe des Nations. Un train spécial avec séjour à Genève », L’Auto, 7 juin 1930.

32 Celle-ci est malgré tout traitée, mais de manière différée. Par exemple, Le Sport suisse consacre de longs articles sur l’épreuve du mois d’août au mois d’octobre 1930.

33 Quin G., « La Coupe de l’Europe centrale (1927-1938), une compétition internationale oubliée ? », Stadion. Revue internationale d’histoire du sport, vol. 37, n° 2, 2013, pp. 285-304.

34 Breuil X., Constantin P.N., « The Balkan cups as a vector of European Integration », Sport History, vol. 35, n° 4, 2015, pp. 591-603.

35 Suivant le modèle britannique, le professionnalisme est adpoté au milieu des années 1920 par les associations nationales de l’Autriche, de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Au début des années 1930, l’Espagne, la France et la Suisse franchissent à leur tour leur Rubicon. En Italie, si le professionnalisme n’est pas officiellement toléré, les joueurs sont de facto des professionnels et sans doute les mieux payés d’Europe. Toutefois, la pratique professionnelle est encore délicate à mettre en œuvre dans beaucoup de clubs. Dans le cas de la France, des auteurs ont postulé qu’il fallait plutôt parler de « professionnalisme marron ». De même, l’association suisse fait marche arrière à la fin des années 1930 et interdit la pratique professionnelle.

36 Marschick M., « Mitropa: representations of “Central Europe” in football », International Review for the Sociology of Sport, vol. 36, n° 7, 2001, pp. 7-23.

37 Studeny C., L’invention de la vitesse. France, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Gallimard, 1995, p. 348.

38 Information donnée dans une publicité du journal L’Auto du 2 mai 1938 en vue d’un déplacement pour assister au match de football Allemagne-France à Berlin.

39 Pour une synthèse sur les espaces régionaux de cette période, voir : Dumoulin M., « La réflexion sur les espaces régionaux en Europe à l’aube des années trente », dans Schirmann, S. (dir.), Organisations internationales et architectures européennes 1929-1939, Metz, Université de Metz, 2003, pp. 17-33.

40 Quin G., « Central Europe rules European Football. The “golden age” of regional connections in European Football (1926-38) », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 53-73.

41 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 19 avril 1931, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

42 Schricker I., Rapport du secrétaire général de la FIFA (1932-1934), n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

43 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 22-23 avril 1933, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1933).

44 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 26 juin 1933, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1933).

45 Pour un propos général sur l’essor de la presse sportive à cette époque, voir : Tétart P., « Spectacle sportif, médias et représentations sociales », dans Terret T., Froissart T. (dir.), Le sport, l’historien et l’histoire, Reims, Epure, 2012, pp. 149-191.

46 Sur la radio et le football durant l’entre-deux-guerres voir : Isola G., « Les hérauts du foot : l’invention du reportage sportif à la radio italienne », Sociétés et représentations, vol. 7, 1998, pp. 295-307 ; Haynes R. « “Lobby”and the formative years of radio sports commentary, 1935-1952 », Sport in History, vol. 29, n° 1, 2009, pp. 25-48.

47 « Chronique de la Coupe du monde ». L’Auto, 25 mai 1934. Sur la médiatisation de la Coupe du monde de 1934 : Chisari F., « “Une organisation parfaite” : la Coupe du monde de football de 1934 selon la presse européenne », dans Mourlane S., Gastaud Y. (dir.), Le football dans nos sociétés. Une culture populaire. 1914-1998, Paris, Autrement, 2006, pp. 174-189.

48 Lors de la Coupe du monde de 1934, environ 10 000 Suisses font le déplacement de Milan à l’occasion du huitième de finale disputé entre les Pays-Bas et la Suisse.

49 Une riche littérature existe sur ce sujet. Voir en particulier le numéro spécial de la revue Vingtième siècle, « Le foot, du local au mondial », coordonné par Paul Dietschy en 2011. Pour un panorama général, voir également Archambault F., Beaud S., Gasparini W. (dir.), Le football des nations, op. cit.

50 Sur cette organisation : Gounot A., Die Rote Sportinternationale, 1921-1937. Kommunistische Massenpolitik im europäischen Arbeitersport, Münster, Lit Verlag, 2002.

51 Selon l’article 14, ce type de relation est normalement prohibé sauf si le comité exécutif confère une autorisation spéciale. Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1929], art. 14 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

52 La décision fait suite à une réunion qui a eu lieu entre les quatre associations britanniques en date du 7 janvier. Lettre de T. Robbins à C.A.W. Hirschman, 10 février 1931. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1928-1947.

53 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 17 et 18 mai 1929, n.d. FIFA, XII-XIX congrès ordinaires (1923-1930, rapport d’activité).

54 Paul Dietschy a réalisé une brève notice bibliographique sur Henri Delaunay qui a été publiée sur le site wearefootball : http://www.wearefootball.org/PDF/henri-delaunay.pdf (consulté le 28 septembre 2015).

55 Entretien avec Pierre Delaunay réalisé le 19 septembre 2012 à Versailles.

56 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 27 et 28 février 1932, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

57 Taylor M., « England and the “Continent” reconsidered (1920-1960) », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 75-97.

58 Rous S., Football worlds, op. cit., p. 30.

59 Taylor M., « Four nations against the world: Britain, “Britishness” and World Cup », dans Wahl A., Histoire de la Coupe du monde de football, op. cit., p. 68.

60 Beck P.J., Scoring for Britain: international football and international politics, 1900-1939, London, F. Cass, 1999, p. 164.

61 Lettre de I. Schricker à S. Rous, 18 août 1934. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1928-1947.

62 Lettre de S. Rous à I. Schricker, 22 août 1934. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1928-1947.

63 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 19 juin 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

64 Beck P.J., « Going to War, peaceful co-existence or virtual membership? Bristish Football and FIFA, 1928-46 », The International Journal of The History of Sport, vol. 17, n° 1, 2000, p. 124.

65 Lettre de G. Graham à I. Schricker, 15 juin 1936. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Russie/URSS (1932-1983), dossier : 1932-1936.

66 La Russie tsariste est membre de la FIFA et il est à constater qu’aucune demande de démission n’a été transmise à la FIFA par l’URSS. Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 10 décembre 1932, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

67 Dufraisse S., Les “Héros du sport. La fabrique de l’élite sportive soviétique (1934-1980), thèse réalisée sous la direction de Marie-Pierre Rey, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, 2016, p. 65.

68 Une transition vers une pratique professionnelle s’opère sous l’impulsion de grands clubs moscovites. Pour un aperçu, voir : Edelman R., « Le football sous Staline. Le Spartak au Goulag, 1937-1945 », dans Bensoussan G. et al., Sport, corps et sociétés de masse. Le projet d’un homme nouveau, Paris, Armand Colin, 2012, pp. 135-145.

69 Schricker I., Circulaire 36, n° 3, septembre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

70 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité d’urgence de la FIFA du 7 octobre 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

71 Schricker I., Circulaire n° 38, 19 octobre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

72 Anonyme, « Relations sportives avec la Russie », Annexe II.3 de la réunion du comité exécutif du 5 octobre 1935, 5 octobre 1935. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

73 Un dossier conservé aux archives de la préfecture de police de Paris recèle des informations à ce sujet. À la veille du congrès de la FIFA d’août 1936, le journal Football relaie une information officieuse au sujet d’une possible entrée des Soviétiques dans l’organisation. « Les Russes sont-ils à la veille d’entrer à la FIFA ? », Football, 5 août 1936. Nous remercions Yannick Deschamps pour cette information.

74 La Fédération de football est intégrée dans un organisme étatique qui s’occupe du domaine sportif.

75 Keys B., Globalizing sport, op. cit., p. 171.

76 Gounot A., « Vom “Rotsport” zur FIFA. Der Sowjetfußball und seine internationalen Kontakte, 1922-1946 », dans Dahlmann D., Hilbrenner A., Lenz B. (eds.), Überall ist der Ball rund. Zur Geschichte und Gegenwart des Fußballs in Ost- und Südosteuropa, vol. 2, Essen, Klartext, 2007, p. 277.

77 Beck P.J., « Going to War, peaceful co-existence or virtual membership? », op. cit.

78 Sur l’idée d’Europe durant l’entre-deux-guerres, voir : Chabot J.-L., Aux origines intellectuelles de l’Union européenne. L’idée d’Europe unie de 1919 à 1939, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2005.

79 Clavin P., Securing the world economy. The reinvention of the League of Nations, 1920-1946, Oxford, Oxford University, 2013.

80 Decorzant Y., La Société des Nations et la naissance d’une conception de la régulation économique internationale, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2011.

81 Renoliet J.-J., L’Unesco oubliée. La Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919-1946), Paris, Publications de la Sorbonne, 1999.

82 Schot J., Lagendijk V. « Technocratic internationalism in the Interwar years: building Europe on motorways and electricity networks », Journal of Modern European History, vol. 6, n° 2, 2008, pp. 196-217.

83 Laborie L., Lommers S., « Les concerts européens à la radio dans l’entre-deux-guerres. Mise en onde d’une métaphore diplomatique », Le Temps des médias, vol. 11, 2008, p. 119.

84 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1929], art. 19 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

85 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de l’Union belge, 5 janvier 1933. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux du 1er janvier 1931-3 mars 1933).

86 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13 et 14 août 1936, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

87 C’est notamment le cas de Francis Delaisi qui publie en 1929 un livre intitulé Les Deux Europes dans lequel il fait une distinction de type économique entre l’Europe du cheval de fer (Ouest) et l’Europe du cheval de trait (Est).

88 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 14 mars 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

89 Schricker I., Circulaire n° 21 (13 avril) et n° 23 (29 avril) de l’année 1937. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

90 Schricker I., Rapport du secrétaire général de la FIFA (1936-1937), n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

91 « Aujourd’hui à Amsterdam. Le pronostic impossible : Europe de l’Ouest-Europe centrale », L’Auto, 20 juin 1937.

92 Schricker I., Circulaire n° 35, 11 juin 1937. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

93 « Échos de partout », Le Sport suisse, 23 juin 1937.

94 « Le match des deux Europes grand œuvre de Karel Lotsy », Ce soir, 19 juin 1937.

95 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 6-7 novembre 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

96 Cette décision souligne l’européocentrisme de l’élite de la FIFA puisque, d’un point de vue de qualité sportive, nous aurions pu imaginer qu’ils proposent d’opposer aux Anglais une équipe composée également de joueurs des associations de l’Amérique du Sud.

97 Lettre de S. Rous à I. Schricker, 3 mai 1938. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1928-1947.

98 Dietschy P., « Did a “Europe of football” exist in the 1930’s », op. cit, p. 11.

99 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 13 juillet 1938. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

100 « Les Napoléons du football », Football, 15 juin 1933.

101 « Le match de l’année. Angleterre ? Continent ?», Le Sport suisse, 19 octobre 1938.

102 Rimet J., « Un match symbolique », Football World, n° 1, 1938, p. 1.

103 Aucun changement de joueurs en cours de match n’est alors autorisé par l’IB.

104 Lettre de S. Rous à I. Schricker, 20 octobre 1938. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1928-1947.

105 « Les Anglais favoris de tous et d’eux-mêmes », L’Auto, 26 octobre 1938.

106 « Le stade, la table et… le départ », L’Auto, 27 octobre 1938.

107 De nombreuses études ont été réalisées sur l’emploi du football par l’Italie faciste et l’Allemagne nazie sur la scène internationale. Sur le cas allemand, voir en particulier : Havemann N., Fußball unterm Hakenkreuz. Der DFB zwischen Sport, Politik und Kommerz, Francfort, Campus-Verlag, 2005 ; Herzog M., Bahro B. (eds.), Die “Gleischschaltung des Fussballsports im Nationalsozalististischen Deutschland, Stuttgart, Kohlhammer, 2016. Pour un aperçu sur la « querelle des historiens » qui a éclaté autour de la position des dirigeants du DFB vis-à-vis du régime nazi, voir : Pfeil U., « Le football allemand sous le national-socialisme », dans Bensoussan G. et al., Sport, corps et sociétés de masse, op. cit., pp. 117-133. Et sur le cas italien : Martin S., Football and Fascism. The National Game Under Mussolini, Berg, Oxford, 2004.

108 Beck P.J., Scoring for Britain, op. cit.

109 Macon B., « The politization of football », op. cit.

110 Onyestak N., « Boycott, exclusion or non-participation? Hungary in the years of the 1920 and 1984 Olympic games », The International Journal of the History of Sport, vol. 27, n° 11, 2010, pp. 1920-1941.

111 La deuxième place est occupée par le Brésilien João Havelange qui est resté vingt-quatre ans en poste, soit de 1974 à 1998.

112 Club réunissant surtout des individus appartenant aux classes moyennes en émergence (fonctionnaires, commerçants, hommes de loi) et qui, en raison d’enjeux immobiliers, déménagent, en 1909, dans la « banlieue rouge », plus précisément à Saint-Ouen. Sur le football à Paris de cette époque, voir : Sorez J., Le football dans Paris et ses banlieues. Un sport devenu spectacle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.

113 Sur Charles Simon, voir : Munoz L., « L’itinéraire abrégé d’un fondateur du sport français, Charles Simon, 1882-1915 », dans Robène L. (dir.), Le sport et la guerre. XIXe et XXe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, pp. 399-410.

114 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 19 et 20 mai 1907, n.d. FIFA, I-XI congrès ordinaires (1904-1914, rapport d’activité).

115 Sur la création de la 3F, voir : Wahl A., Les archives du football, op. cit., pp. 107-121.

116 « Hiroshima du football », France football, 26 juillet 1949.

117 Rimet J. (1954), « Le football et le rapprochement des peuples », op. cit., p. 25.

118 Comme Andrejevic, Mauro ou Seeldrayers.

119 À ce titre, il faudrait aussi se pencher sur le statut social de l’épouse de Jules Rimet, démarche que nous n’avons pas entreprise.

120 Lettre de J. Rimet à P. Bauwens, 17 février 1955. Archives du Deutsche Fussball Bund (DFB), Korrespondenz Peco Bauwens, dossier Korrespondenzen [28]. Le prix Nobel n’est finalement pas attribué lors de l’année 1955.

121 Sur cette thématique, voir : Le Gali L., Offerle M., Ploux F. (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle, XIXe-XXIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012.

122 À la fin du XIXe siècle, le catholicisme social prend de l’essor et connaît en France une phase d’intense développement. En effet, l’Association catholique de la jeunesse française passe de 15 000 à 140 000 membres entre 1898 et 1913. Cette expansion s’accompagne, en 1901, de la création de la Ligue des femmes françaises, puis de la Ligue patriotique française une année plus tard. Sur ce développement, voir : Hilaire P.-Y., « Un siglo de catolicismo social en Francia desde una perspectiva Europea », dans Pazos A.M. (ed.), Un siglo de catolicismo social en Europa 1891-1991, Pamplona, Ediciones Universitad de Navarra, 1991, pp. 93-119.

123 « L’idée sportive », L’Auto, 1er janvier 1935. Texte intégralement reproduit dans Leblond R. (dir.), Le journal de Jules Rimet : le récit rare du fondateur de la Coupe du monde de football, Paris, First, 2014, p. 142.

124 Clastres P., « Inventer une élite : Pierre de Coubertin et la “chevalerie sportive” », Revue française d’histoire des idées politiques, vol. 22, n° 2, 2005, pp. 51-71.

125 Pour un autre exemple : Artiaga L., « Jeux de pouvoir aux premiers temps de la Fédération internationale de basket-ball », dans Archambault F., Artiaga L., Bosc G., Le continent basket. L’Europe et le basket-ball au XXe siècle, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2015, pp. 47-65.

126 Rimet J., « Le football et le rapprochement des peuples », op. cit., p. 1.

127 « Gens de revue et… corrigés », L’Auto, 18 octobre 1938.

128 Dietschy P., « Histoire du football » op. cit., p. 159.

129 Rimet J., « La Chevalerie des temps modernes », dans Anonyme, Fédération internationale de football-association 1904-1929, Amsterdam, J.H. de Bussy-FIFA, 1929, p. 3.

130 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1938], art. 2. [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

131 Tomlinson A., « FIFA and the men who made It », Soccer and Society, vol. 1, n° 1, 2000, pp. 55-71.

132 Lanfranchi P., « Fussball in Europa 1920-1938: die Entwicklung eines Internationalen Netzwerkes », dans Horak R., Reiter W. (eds.), Die Kanten des Runden Leders. Beitrage zur Europäischen Fussballkultur, Vienna, Promedia, 1991, pp. 163-172.

133 Quin G., Une première élite du football européen (1904-1956), op. cit.

134 Deux textes ont particulièrement inspiré notre démarche : Miercejewski S., El Boujoufi T., « Le recrutement socio-professionnel du personnel enseignant des instituts régionaux d’éducation physique (1927-1939) », Staps, vol. 75, n° 1, 2007, pp. 9-24 ; Genin V., « Recrutement et réseaux des représentants diplomatiques belges auprès du royaume d’Italie (1861-1911), dans Dumoulin M., Lanneau C. (dir.), La biographie individuelle et collective dans le champ des relations internationales, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, pp. 131-154.

135 En particulier, leur rapport presque passionnel au football. Dans leurs correspondances personnelles, il n’est pas rare de retrouver des échanges sur les rencontres qui viennent de se dérouler. Par ailleurs, comme évoqué plus haut, les congrès et les réunions du comité exécutif sont très souvent organisés au même moment qu’une rencontre internationale, ce qui permet à ces dirigeants de profiter d’une récréation sous la forme d’une partie de football.

136 Schotté M., « Monter en première division. Trajectoires de notabilisation des présidents de clubs de football professionnel (1960-1999), Politix, vol. 114, n° 2, 2016, pp. 99-120.

137 Mach A., David T., Bühlmann F., « La fragilité des liens nationaux. La reconfiguration de l’élite du pouvoir en Suisse, 1980-2010 », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 190, n° 5, 2011, p. 83.

138 Wagner A.-C., « La place du voyage dans la formation des élites », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 170, n° 5, 2007, p. 60.

139 Au sujet du secrétaire général de la FIFA, Ivo Schricker, Henri Wahlig a indiqué qu’il était un « libéral-conservateur », concept qui nous semble particulièrement fécond et qui mériterait d’être développé. Wahlig H., « Dr. Ivo Schricker: Ein Deutscher in Diensten des Weltfussballs », dans Peiffer L., Schulze-Marmeling D. (eds.), Hakenkreuz und Rundes Leder. Fussball im Nationalsozialismus, Göttingen, Verlag die Werkstatt, 2008, pp. 197-206.

140 Dans un article du journal Football, le Hongrois Mor Fischer est décrit comme un voyageur incessant, polyglotte et qui s’intéresse de près à de nombreux domaines culturels. Selon le journaliste, il donne des conférences lors de ses voyages à l’étranger sur l’histoire artistique ou politique de son pays. « Un autre grand voyageur… L’ingénieur Fischer », Football, 3 juillet 1930.

141 Schricker fait par exemple parvenir du tabac à Lotsy afin de l’aider à surmonter une longue hospitalisation au début des années 1950. Lettre de K. Lotsy à I. Schricker, 21 décembre 1950. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance K. Lotsy (1.1.49-31.12.50).

142 « Avec Mr. Pelikan un ami personnel dont [il gardera] toujours le souvenir d’un ami dans le meilleur sens du mot », écrit Ivo Schricker en apprenant la mort de Rudolph Pelikan. Lettre de I. Schricker à la Fédération tchèque de football, 20 mai 1946, FIFA, correspondance avec les associations nationales : Tchécoslovaquie (1938-1998), dossier : 1939-1950.

143 Defrance J., « L’autonomisation du champ sportif. 1890-1970 », Sociologie et sociétés, vol. 27, n° 1, 1995, pp. 15-31.

144 Par exemple : Denéchère Y., « Diplomatie privées et autonomisation des ONG humanitaires dans l’espace de la cause des enfants », Monde(s), vol. 5, n° 1, 2014, pp. 119-135.

145 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 8 et 9 octobre 1932, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

146 Homburg H., « Financial aspects of FIFA’s World cup or the structural challenges of growth », dans Wahl A., Histoire de la Coupe du monde de football, op. cit., pp. 157-209.

147 Schricker I., Rapport financier 1938, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

148 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 5-6 mai 1938, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

149 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 4 novembre 1938. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

150 Pour une réflexion sur le statut de la FIFA, voir : Eisenberg C., « FIFA et politique. 1945-2000 », dans Mourlane S., Gastaud Y. (dir.), Le football dans nos sociétés, op. cit., pp. 119-134.

151 Anonyme, Appendice à l’ordre du jour de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 14 mars 1931, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

152 Dietschy P., Clastres P., Sport, société et culture en France du XIXe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 2006, p. 116.

153 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 15 mai 1932, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

154 Sur l’implantation du CIO à Lausanne, voir : Morath P., Le C.I.O. à Lausanne. 1939-1999, Yens-sur-Morges, Cabédita, 2000. Cette relation avec le CIO peut s’avérer importante car des divergences ont eu lieu entre les deux organisations durant les années 1920, en particulier autour de la question du professionnalisme. Sur ce point, voir : Carpentier F., « Le conflit entre le CIO et la FIFA dans l’entre-deux-guerres. Les Jeux olympiques contre la Coupe du monde de football », Staps, vol. 68, n° 2, 2005, pp. 25-39.

155 Pour un exemple de négociation de cette neutralité dans l’arène internationale, voir : Vonèche Cardia I., Neutralité et engagement : les relations entre le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le gouvernement suisse, 1938-1945, Lausanne, Société d’histoire de la Suisse romande, 2012.

156 Infra 1.2.4.

157 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13-14 mai 1932, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

158 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 15 mai 1932, n.d. FIFA, classeur : comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

159 Par exemple, nous avons retrouvé dans ces archives des échanges entre la SDN et l’Union cycliste internationale. Archives de la Société des nations (SDN), 5A International Bureaux Général, 1928-1932, dossier (11713) : Union cycliste internationales (correspondances et documents divers).

160 Lettre de C. Hirschman à la Société des Nations, 1er juin 1931. SDN, 8A Santé divers Healt, dossier (29252) : Éducation physique. Correspondance avec la Fédération Internationale de Football Association.

161 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 10 décembre 1932, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

162 Sur ces stratégies dites de dépolitisation ou de refoulement du politique, voir le numéro spécial de la revue Critique internationale, « La (dé)politisation des organisations internationales », coordonné par Franck Petiteville en 2017.

163 Dietschy P., Histoire du football, op. cit., p. 223.

164 Defrance J., « La politique de l’apolitisme. Sur l’autonomisation du champ sportif », Politix, vol. 50, n° 2, 2000, pp. 13-27.

165 Schotté M., « La structuration du football professionnel européen », op. cit., p. 13.

166 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 26 septembre 1931, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

167 Anonyme, Fédération internationale de football-association 1904-1929, op. cit., p. 55.

168 « Le 21e congrès de la FIFA doit prendre, à Stockholm des décisions importantes », L’Auto, 11 mai 1932.

169 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13 et 14 mai 1932, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

170 Laqua D., « Internationalisme ou affirmation de la nation ? La coopération intellectuelle transnationale dans l’entre-deux-guerres, Critique internationale, vol. 52, n° 3, 2011, pp. 51-67.

171 Sur les relations sportives entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, voir : Liston K., Maguire J., « Sport, Empire, and diplomacy: “Irleand” at the 1930 British empire games », Diplomacy & Statecraft, vol. 27, n° 2, 2016, pp. 314-339.

172 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 24-25 février 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

173 Simón, J.A., « De la furia espagnole au tiki-taka. Football et construction identitaire en Espagne (1920-2015) », dans Archambault F., Beaud S., Gasparini W., Le football des nations, op. cit., p. 79.

174 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 6-7 novembre 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

175 Lettre de la Fédération autrichienne de football au secrétaire général de la FIFA, 28 mars 1938. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Autriche (1935-1963), dossier : 1935-1950.

176 Marschick M, « Wiener Melange: Fussball in Österreich 1918-1939 », dans Koller C., Brändle F., Fussball zwischen den Kriegen, op. cit, p. 262.

177 Dietschy P., Histoire du football, op. cit., p. 223.

178 Müller B., « Comment rendre le monde gouvernable sans le gouverner : les organisations internationales analysées par les anthropologues », Critique internationale, vol. 54, n° 1, 2011, p. 14.

179 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA du 3 juin 1938, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

180 Lettre des présidents des associations du Danemark, de la Finlande, de la Norvège et de la Suède à I. Schricker, 16 mars 1938. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Danemark (1932-1974), dossier : 1935-1950.

181 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1929], art. 14. [des règlements]. FIFA, statuts, 1904-1981.

182 Il est possible de repérer trois blocs en Europe : l’Europe centrale (ou Europe danubienne), les pays du Nord et les pays des Balkans, qui s’y ajoutent à la fin des années 1930. À noter également que les associations britanniques forment un groupe en dehors de la FIFA.

183 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 23 mai 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934)

184 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 24 et 25 mai 1934, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

185 Schricker I., « Bericht über die Anträge auf Reorganisation der FIFA », n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

186 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 15 mai 1932 », n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1927-1932).

187 Rous S., « Hugo Meisl † », World’s football, n° 48, novembre 1937, p. 327.

188 « Le 21e congrès de la FIFA doit prendre à Stockholm des décisions importantes », L’Auto, 11 mai 1932.

189 Laborie L., « De quoi l’universel est-il fait ? L’Europe, les empires et les premières organisations internationales », Les Cahiers Irice, vol. 9, n° 1, 2012, pp. 11-22.

190 Archambault F., « Le continent du football », Cahiers des Amériques latines, vol. 74, 2014, pp. 15-35.

191 Pour une synthèse sur le développement du football en Amérique du Sud, voir : Mason T., Passion of the People? Football in South America, London, Verso, 1995.

192 Hirschman C.A.W., Handbook 1931, Amsterdam, J.H. de Bussy, 1931, pp. 11-16.

193 Schricker I., Handbook 1950, Zürich, Buchdruckerei Lienberger, 1950, pp. 5-7.

194 Cette répartition est effectuée au regard de la continentalisation qui se produira au sein de la FIFA lors de l’année 1953. Infra 3.2.2.

195 Pour un état de la situation coloniale à cette période, voir : Singaravélou P. (dir.), Les empires coloniaux, XIXe-XXe siècle, Paris, Éditions Points, 2013.

196 Déduction réalisée à partir des procès-verbaux du comité exécutif de l’Union belge de football et de la Fédération française.

197 Hirschman C.A.W., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 6 et 7 juin 1930, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

198 Ibid.

199 Qui est « chargée d’étudier les questions de l’amateurisme, de l’examen des principes en vigueur dans les différentes Associations nationales, d’établir des rapports et de formuler des propositions à soumettre au congrès ». Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1929], art. 49 [des règlements]. FIFA, statuts, 1904-1981.

200 Ce poste est créé au milieu des années 1920 afin d’établir des liens plus étroits entre le comité exécutif et les pays extra-européens. Ainsi, chaque continent, hormis l’Europe, dispose d’un conseiller. Si cette décision a pour but d’entretenir un dialogue plus étroit entre le comité exécutif de la FIFA et ces régions éloignées – un comité général, composé de représentants du comité exécutif et des conseillers, se réunit une à deux fois par année –, le système ne fonctionne pas très bien. En effet, le conseiller est parfois trop occupé par ses affaires professionnelles pour correctement gérer les affaires footballistiques de la région ou alors il n’est pas forcément bien intégré dans le réseau des dirigeants du football du continent qu’il est censé représenter (perçu comme trop proche du comité exécutif de la FIFA).

201 Anonyme, Fédération internationale de football-association 1904-1929, op. cit., p. 50.

202 Dietschy P., « Did a “Europe of football” exist during the 1930’s? », op. cit., p. 13.

203 Supra 1.1.2.

204 « Les Sud-Américains se fâchent…. », Football, 20 mars 1930.

205 Anonyme, Confederación sudamericana de fútbol. Estatutos [édition de 1939], art. 48. FIFA, CSF statutes.

206 L’entité est dirigée par un comité exécutif composé du président, d’un vice-président et du secrétaire-trésorier. Celui-ci est désigné pour deux ans par l’assemblée générale, qui peut se réunir de manière ordinaire ou extraordinaire, si le sujet est urgent ou délicat, sans que des dates précises soient fixées.

207 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 24-25 février 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

208 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 7 octobre 1933, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1933).

209 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 23 mai 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

210 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 24-25 mai 1934, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

211 Stenger V., « “To Raise Awareness of Difficulties and to Assert their Opinion”. The International Labour Office and the Regionalization of International Cooperation in the 1930s », dans McPherson A., Wehrli Y. (eds.), Beyond Geopolitics. New Histories of Latin America, Albuquerque, University of New Mexico Press, 2015, pp. 97-113.

212 Richard A.-I., « Competition and complementarity: civil society networks and the question of decentralizing the League of Nations », Journal of Global History, vol. 7, n° 2, 2012, pp. 233-256.

213 Anonyme, « Question d’un congrès et championnat pan-américain », Annexe n° II.5.B de la réunion du comité exécutif du 17 novembre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

214 Anonyme, « Question de la modification des Lois de la FIFA en ce qui concerne la représentation des groupements extra-européens », n.d. Annexe n° II. 4 b de la réunion du comité exécutif du 17 novembre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

215 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 17 novembre 1934, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

216 Dyreson M., « The Original Pan-American Games? The 1937 Dallas Pan-American Olympics », The International Journal of the History of Sport, vol. 33, n° 1-2, 2016, pp. 6-28. À noter que, dans un document datant de 1947 et qui retrace brièvement les étapes majeures de la constitution d’une confédération panaméricaine de football – sur laquelle nous allons revenir plus loin –, son président, Luis Valenzuela, ne fait pas allusion à cette manifestation. Par contre, il souligne que des contacts ont eu lieu lors des Jeux d’Amérique centrale et des Caraïbes qui sont organisés depuis la seconde partie des années 1920. Des recherches sont donc à mener sur ce que signifie l’échelle panaméricaine en football à la fin des années 1930.

217 Anonyme, « Question d’un congrès et championnat pan-américain », n.d. Annexe n0 II.5 de la réunion du comité exécutif du 17 novembre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

218 Anonyme, « Question de la modification des Lois de la FIFA en ce qui concerne la représentation des groupements extra-européens », n.d. Annexe n° II. 4 c de la réunion du comité exécutif du 17 novembre 1934. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1934).

219 Lotsy K., « Rapport de Mr. K.J.J. Lotsy », Annexe n° III.4 de la réunion du comité du 20 avril 1935. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

220 Ibid.

221 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 20 avril 1935, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

222 Schricker I., « Congrès de Lima », Annexe n° III.5 de la réunion du comité exécutif du 20 avril 1935 à Paris, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

223 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13 et 14 août 1936, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

224 « Le Pérou s’est retiré des Jeux olympiques. Le comte de Baillet-Latour nous déclare que le CIO n’avait pas à intervenir », L’Auto, 12 août 1936.

225 « Le congrès de la FIFA a été mouvementé et il n’est pas terminé », L’Auto, 14 août 1936.

226 Hémeury L., « Le pouvoir hors-jeu ? Football et péronisme en Argentine (1946-1955), Cahiers de l’Amérique latine, vol. 74, 2014, publié en ligne.

227 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 13-14 août 1936, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

228 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 21 novembre 1936. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

229 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 28 novembre 1936, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

230 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 21 novembre 1936. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1935-1936).

231 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 6-7 novembre 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

232 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 19 juin 1937, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1937).

233 Tochetti Lespade F. « Proposition de la Confederación Sud-Americana concernant la composition des Comités et Jury d’appel des tournois organisées par la FIFA », Annexe n° II.3.i de la réunion du comité exécutif du 5 mars 1938. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

234 Anonyme, « Proposition de la Confederación Sud-Americana concernant l’organisation de la FIFA par continents et la composition du comité exécutif », Annexe n° II.3.j de la réunion du comité exécutif du 5 mars 1938. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

235 Seuls l’Éthiopie et le Liberia ne sont pas sous domination coloniale. En football, l’Égypte dispose d’une certaine autonomie et, comme déjà signalé, est présente à la FIFA depuis les années 1920.

236 Dietschy P., Histoire du football, op. cit., p. 251.

237 La veille du congrès, un article de L’Auto évoque les possibles discussions autour de cette réforme. « La FIFA deviendra-t-elle une Confédération ? La proposition déposée par les fédérations sud-américaines sera discutée au congrès de la FIFA qui s’ouvre aujourd’hui », L’Auto, 3 juin 1938.

238 Lettre du président de l’Association d’Argentine à J. Rimet, 29 décembre 1937. FIFA, correspondance avec les associations nationales, Argentine (1934-1968), dossier : 1934-1950.

239 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA du 3 juin 1938 à Paris, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

240 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 5-6 mars 1938, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1938).

241 Décisions qui sont reprises dans les statuts de la Confédération sud-américaine. Anonyme, Confederación Sudamericana de Fútbol. Estatutos [édition de 1939], art. 48. FIFA, CSF statutes.