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L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880–1980)

Une autre histoire du service public

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François-Mathieu Poupeau

L’électricité, un service public jacobin ? À rebours des idées reçues, cet ouvrage montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans la construction de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu abordée dans l’historiographie, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives locales au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations actuelles du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques.

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Chapitre 6. Le pouvoir local au cœur d’EDF : la réforme tarifaire

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Chapitre 6

Le pouvoir local au cœur d’EDF : la réforme tarifaire

Faute d’avoir réussi à contrôler la branche distribution, les pouvoirs locaux doivent désormais passer par EDF pour diffuser leurs idées et défendre leur conception du service public. Cette nouvelle configuration d’action ne met pas fin à leur influence. Elle en modifie plutôt les termes et les contours. La réforme tarifaire, l’un des grands chantiers lancés par l’entreprise publique, nous en fournit un premier exemple. Forte des prérogatives conservées par les communes lors du vote de la loi (leur statut d’autorité concédante), la FNCCR se révèle être un acteur central dans ce processus. Il n’est pas exagéré de la présenter comme le principal artisan, aux côtés de Marcel Boiteux, du « tarif universel » proposé aux usagers domestiques à partir de 1963, tant son empreinte est manifeste.

La victoire d’un paradigme de l’intérêt général : la révolution marginaliste

Avec le rétablissement de l’appareil industriel et la mise en place d’un nouveau modèle d’organisation, la tarification constitue pour les dirigeants d’EDF l’un des dossiers majeurs de l’immédiat après-guerre1. Dès 1946, quelques ébauches de réforme apparaissent, alimentées notamment par les expériences des anciennes sociétés privées. Elles donnent lieu à de nombreux débats, dont la tarification au coût marginal sort vainqueur, pour devenir la doctrine...

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