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L’empreinte anthropologique du monde

Méthode inductive illustrée

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Dominique Desjeux

Quel lien peut exister entre le corps des mines en France dans les années 1960, le retournement des morts à Madagascar et la sorcellerie au Congo dans les années 1970, la grande distribution en France, les émeutes urbaines dans les banlieues, le bricolage aux États-Unis dans les années 1990, la montée de la classe moyenne chinoise, les usages du SMS en Pologne, les courses au Danemark, la crise économique de 2008 et l’émergence d’une convergence compétitive au XXIe siècle entre l’Occident et l’Asie depuis le début des années 2000, etc. ? Et pourtant tous ces éléments de la vie quotidienne des consommateurs, des entreprises, des administrations ou des citoyens sont reliés par le fil invisible de la mondialisation. Tout cela prend sens au moment où il apparaît qu’une nouvelle classe moyenne mondiale de consommateurs est en train d’émerger et de transformer l’ensemble du jeu des forces sociales qui traversent toutes les sociétés.

Ce livre présente une méthode inductive en action, telle qu’elle a été mise en pratique pendant près de 50 ans d’enquêtes de terrain qualitatives dans les champs, les bureaux, les trains, les cuisines, les salles de bain ou les livings, et tout cela en Europe, en Asie, en Afrique, aux États-Unis et au Brésil. L’auteur promeut une nouvelle anthropologie de la modernité pour montrer que tout ce qui relève de la vie en société, du marché, de la famille ou de l’individu n’est pas observable en même temps. Il faut changer d’échelle d’observation pour les voir apparaître ou disparaître en fonction de la focale choisie. La compréhension du monde demande une connaissance mobile.

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Chapitre 5. La société paysanne Sundi au Congo : organisation du terroir, division sexuelle des tâches, tontine et gestion de l’incertitude (1975-1979)

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CHAPITRE 5

La société paysanne Sundi au Congo : organisation du terroir, division sexuelle des tâches, tontine et gestion de l’incertitude (1975-1979)

Introduction

En transposant l’analyse stratégique qui montre que dans les organisations les relations de pouvoir s’organisent autour des zones d’incertitudes, il est possible de montrer comment dans un autre domaine qui n’a rien à voir avec la fabrication des cigarettes et des pannes de machines décrites par Michel Crozier en 1963, « la logique de gestion de l’ensemble du système foncier renvoie en grande partie à une logique de gestion de l’incertitude » (D. Desjeux, 1987, Stratégies paysannes en Afrique Noire, p. 153).

« Le foncier matérialise, et signifie à la fois, la vie, la condition de la reproduction des lignages. C’est par l’agriculture que chaque famille peut se nourrir et vendre pour obtenir les revenus monétaires nécessaires aux besoins de la vie quotidienne. Cette reproduction est menacée par la qualité des sols et leur distribution inégale. Le manque de terres ou sa mauvaise répartition entraîne une incertitude quant aux possibilités de se nourrir et d’obtenir un revenu monétaire suffisant. Elle est aussi menacée par la maladie qui empêche une personne du lignage, une unité d’énergie disponible, de travailler la terre à tel ou tel moment crucial. La mort en est l’empêchement ultime. Cette menace est symbolisée par la “sorcellerie”, l’instance du magico-religieux et...

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