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L’empreinte anthropologique du monde

Méthode inductive illustrée

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Dominique Desjeux

Quel lien peut exister entre le corps des mines en France dans les années 1960, le retournement des morts à Madagascar et la sorcellerie au Congo dans les années 1970, la grande distribution en France, les émeutes urbaines dans les banlieues, le bricolage aux États-Unis dans les années 1990, la montée de la classe moyenne chinoise, les usages du SMS en Pologne, les courses au Danemark, la crise économique de 2008 et l’émergence d’une convergence compétitive au XXIe siècle entre l’Occident et l’Asie depuis le début des années 2000, etc. ? Et pourtant tous ces éléments de la vie quotidienne des consommateurs, des entreprises, des administrations ou des citoyens sont reliés par le fil invisible de la mondialisation. Tout cela prend sens au moment où il apparaît qu’une nouvelle classe moyenne mondiale de consommateurs est en train d’émerger et de transformer l’ensemble du jeu des forces sociales qui traversent toutes les sociétés.

Ce livre présente une méthode inductive en action, telle qu’elle a été mise en pratique pendant près de 50 ans d’enquêtes de terrain qualitatives dans les champs, les bureaux, les trains, les cuisines, les salles de bain ou les livings, et tout cela en Europe, en Asie, en Afrique, aux États-Unis et au Brésil. L’auteur promeut une nouvelle anthropologie de la modernité pour montrer que tout ce qui relève de la vie en société, du marché, de la famille ou de l’individu n’est pas observable en même temps. Il faut changer d’échelle d’observation pour les voir apparaître ou disparaître en fonction de la focale choisie. La compréhension du monde demande une connaissance mobile.

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Introduction

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Ce livre n’a ni début, ni fin. Il prend en cours le train de l’histoire, celle qui se construit au quotidien. Il parcourt la France, la Chine, les États-Unis, le Brésil, le Danemark après avoir traversé l’Afrique noire, le Maghreb et Madagascar, ainsi qu’une partie de l’Europe du Nord et du Sud, Israël, la Thaïlande, Taiwan et Singapour. Il est fait d’enquêtes sociologiques sur les grandes organisations, les administrations, les projets de développement ruraux, la grande distribution ou les quartiers de banlieue qui structurent le jeu des acteurs collectifs et les réseaux sociaux. Il est nourri d’observations anthropologiques recueillies au raz des acteurs sociaux, enquêtes après enquêtes. Bien souvent ce sont des tranches de vie qui appartiennent à une classe moyenne urbaine qui est en train de se généraliser au niveau mondial. Les observations ont porté sur l’alimentation, les courses, les grandes surfaces, les soins du corps, la voiture, les nouvelles technologies agricoles, les pratiques du numérique, le jeu, le bricolage, l’habitat, les médicaments, les consommations « ethniques », les SDF, l’énergie électrique ou la consommation économe. Elles traitent peu du travail même si cette dimension est présente en filigrane, tant elle est transformée par les bouleversements introduits par la mondialisation de la consommation et les nouveaux usages du numérique.

Cette histoire est faite de signaux faibles, de traces anthropologiques, dont le sens social n’apparait bien souvent que plusieurs...

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