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Pour une histoire connectée et transnationale des épurations en Europe après 1945

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Edited By Marc Bergère, Jonas Campion, Emmanuel Droit, Dominik Rigoll and Marie-Bénédicte Vincent

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe libérée est traversée par une même soif de justice à l’égard des anciens ennemis et de leurs collaborateurs. Ce livre interroge ce « moment 1945 » comme une expérience, sinon totalement commune, du moins largement partagée par delà la coupure Est-Ouest du continent qui s’installe rapidement. Dans une perspective d’histoire comparée, son objectif premier est de faire dialoguer des historiographies nationales des « épurations » déjà riches mais qui s’ignorent le plus souvent. Au-delà, le pari de cet ouvrage collectif réside dans sa capacité à proposer de manière originale les bases d’une histoire connectée et transnationale des épurations européennes. Pour ce faire, les auteurs portent une attention particulière aux phénomènes de circulation et de transferts en matière de normes, de pratiques, voire d’acteurs des épurations, puis des « dés-épurations ». De même, ils accordent une place privilégiée aux populations « déplacées » dans ce contexte, en considérant les expulsés, exilés et réfugiés comme un autre phénomène marquant de l’histoire chaotique de l’Europe post-1945 qu’il convient de relier à l’histoire des épurations.

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Chapitre 8 — Les épurations au Luxembourg (1944-1955). Purifier, enquêter, oublier (Vincent Artuso)

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CHAPITRE 8

Les épurations au Luxembourg (1944-1955) Purifier, enquêter, oublier

Vincent ARTUSO

C2DH (Center for Contemporary and Digital History), Université du Luxembourg

L’épuration a été peu étudiée au Luxembourg. Ce sujet est forcément dérangeant dans un pays où la résistance au régime nazi a été interprétée comme l’accomplissement du processus de formation nationale. Selon le récit officiel, qui s’est cristallisé à la fin des années 1940 et a dominé jusqu’au début des années 2010, le gouvernement ainsi que la Grand-Duchesse avaient quitté le pays le jour de l’invasion allemande, suivant un plan arrêté à l’avance, afin de continuer le combat au côté des Alliés. Cette résistance « extérieure » était relayée à l’intérieur par une population soudée dans son hostilité à l’occupant – à l’exception d’une poignée d’opportunistes, de marginaux et de traîtres d’origine allemande. Quant à l’administration du pays, elle avait disparu à la suite de l’annexion de fait par le « Troisième Reich », remplacée par une administration civile allemande1. Le souci de ce récit est qu’il rendait incompréhensible le fait que, après la guerre, 10 000 personnes aient fait l’objet d’une procédure dans le cadre de l’épuration pénale et 20 000 dans celui de l’épuration administrative, soit 10 % de la population totale du pays à cette époque.

Le premier auteur qui s’intéressa...

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