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Pour une histoire connectée et transnationale des épurations en Europe après 1945

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Edited By Marc Bergère, Jonas Campion, Emmanuel Droit, Dominik Rigoll and Marie-Bénédicte Vincent

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe libérée est traversée par une même soif de justice à l’égard des anciens ennemis et de leurs collaborateurs. Ce livre interroge ce « moment 1945 » comme une expérience, sinon totalement commune, du moins largement partagée par delà la coupure Est-Ouest du continent qui s’installe rapidement. Dans une perspective d’histoire comparée, son objectif premier est de faire dialoguer des historiographies nationales des « épurations » déjà riches mais qui s’ignorent le plus souvent. Au-delà, le pari de cet ouvrage collectif réside dans sa capacité à proposer de manière originale les bases d’une histoire connectée et transnationale des épurations européennes. Pour ce faire, les auteurs portent une attention particulière aux phénomènes de circulation et de transferts en matière de normes, de pratiques, voire d’acteurs des épurations, puis des « dés-épurations ». De même, ils accordent une place privilégiée aux populations « déplacées » dans ce contexte, en considérant les expulsés, exilés et réfugiés comme un autre phénomène marquant de l’histoire chaotique de l’Europe post-1945 qu’il convient de relier à l’histoire des épurations.

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Chapitre 11 — L’épuration tchécoslovaque et la question allemande (1945-1955) (Ségolène Plyer)

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CHAPITRE 11

L’épuration tchécoslovaque et la question allemande (1945-1955)

Ségolène PLYER

Faculté des sciences historiques, EA 3400, Université de Strasbourg

L’épuration fit partie des modalités de reconstruction de la Tchécoslovaquie après 1945. Le but était de se défendre contre un nouveau Munich : d’une part en adoptant une démocratie d’inspiration socialiste, proche de l’URSS, d’autre part en expulsant les minorités germanophone et magyarophone1 pour les regrouper dans leur État d’origine sous haute surveillance et les empêcher de donner prétexte à une autre guerre. Après le Coup de Prague eut lieu une seconde épuration (1948-1955), chargée d’approfondir et d’infléchir politiquement la première. L’après-guerre tchécoslovaque se place donc au croisement de plusieurs phénomènes transnationaux : l’épuration européenne après 1945, les migrations forcées de minorités en Europe centrale et orientale, enfin la construction du Bloc de l’Est. De l’un à l’autre de ces épisodes, le devenir des germanophones sera notre fil rouge pour saisir toute la portée du processus d’épuration2, qui contribua non seulement à réformer ← 179 | 180 → l’ordre intérieur, mais aussi à établir un nouvel ordre international entre 1945 et 1955.

Concevoir l’épuration

À partir de 1942, le gouvernement tchécoslovaque en exil (dirigé par l’ancien président Edvard Beneš) et le Conseil d’État, substitut du parlement, décidèrent à Londres...

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