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La professionnalisation en débat

Entre intentions et réalisations

Edited By Stéphane Guillon and Najoua Mohib

 La polysémie du terme même de professionnalisation ne permet pas de s’accorder sur un angle d’approche à privilégier. Une telle thématique est source de tensions dans la mesure où elle est le point nodal d’un rapport de forces entre deux systèmes dont les objectifs diffèrent : le marché du travail d’un côté, l’offre éducative de l’autre. Positionner le processus de professionnalisation comme objet central d’un ouvrage en sciences de l’éducation rend possible une lecture plurielle d’une problématique qui interroge le système éducatif en tant qu’il se transforme malgré lui pour répondre à des injonctions parfois paradoxales. Les auteurs ont développé des expertises dans les différents champs concernés ici : enseignement, formation, travail social. On trouvera dans cet ouvrage un effort définitionnel qui montre combien la professionnalisation est perçue à la fois comme un processus d’homogénéisation des pratiques à l’intérieur des groupes professionnels, mais également comme une injonction à modifier le contenu des savoirs transmis, pour répondre aux demandes du secteur productif en termes de compétences professionnelles ; ensuite une description des mécanismes de professionnalisation en termes de mise en oeuvre de dispositifs, d’ingénierie de diplôme, de modalités de financement et d’outillage des établissements d’enseignement supérieur et de ses acteurs ; enfin une réflexion sur les cadres théoriques ou idéologiques sous-jacents à ce processus de professionnalisation et les risques que cette évolution engendre sur le marché du travail et les systèmes de formation.

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Introduction. La professionnalisation, une affaire de valeurs ? (Najoua Mohib / Valérie Ledermann)

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Introduction

La professionnalisation, une affaire de valeurs ?

Najoua MOHIB, Valérie LEDERMANN

Université de Strasbourg

La professionnalisation fait partie de ces mots embarrassants du vocabulaire de la recherche en éducation tant il oblige à se positionner pour ou contre. « Blacklisté » pour les uns, en raison de sa tendance « néomanagérialisée » (Agulhon et al., 2012), il n’en demeure pas moins, pour les autres, un concept utile pour appréhender les mutations du travail et des organisations (Jorro, 2014) ou encore de l’Université (Rose, 2014).

Alors, de quel côté pencher ? À vrai dire, il n’est pas nécessaire de choisir son camp. À regarder de plus près, les réactions contradictoires suscitées par la professionnalisation ne sont pas isolées. Il semble même que ce soit le sort réservé à tous les mots qui se situent à la croisée des champs des pratiques sociales et de la recherche en sciences humaines. La notion de compétence est une parfaite illustration de ce phénomène. Ce « folk-concept », qui a fait couler beaucoup d’encre, a également déchaîné les passions (Oudet & Batal, 2016) et demeure, aujourd’hui encore, une notion clivante (Mohib, 2016).

Deux raisons peuvent être avancées pour comprendre ce rapport ambigu aux mots, et à la professionnalisation en particulier, dont l’impact dépasse la simple valeur sémantique.

La première raison tient sans doute au fait qu’il s’agit...

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