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Octavio Paz

Vers la transparence

Paul-Henri Giraud

Couronnée par le prix Nobel de Littérature en 1990, l’œuvre du poète et essayiste mexicain Octavio Paz (1914-1998) illustre ce qui est peut-être la plus haute ambition de la poésie et de l’art modernes : celle de créer, en marge de toute foi religieuse, un nouveau sacré. Critique du langage, aimantation des mots, le poème, selon Paz, est un exercice à la fois charnel et spirituel, un pont jeté vers l’absolu. Le silence auquel il conduit nous fait entrevoir, par-delà les images et l’Éros, une essentielle transparence.

Cet ouvrage s’intéresse d’abord aux premières années puis à la période centrale de l’œuvre, où Paz définit, dans El arco y la lira (1956), une véritable poétique du sacré, et revisite dans ses poèmes les mythes mexicains (Libertad bajo palabra, 1949) et différentes facettes de la pensée orientale (Ladera este, 1969).

La nouvelle édition de ce livre – les textes étant désormais cités en langue originale – comporte deux chapitres inédits en français. L’un traite de la production poétique des années 1970, qui correspond au retour de l’auteur au Mexique, avec Renga (1971), Pasado en claro (1975) et Vuelta (1976). L’autre est consacré à la dernière étape d’écriture, avec Árbol adentro (1986), Figuras y figuraciones (1999), et enfin les ultimes poèmes.

Au total, c’est l’ensemble de l’entreprise poétique pazienne qui est ici considéré sous un seul regard, dans sa quête de « l’autre temps, le véritable, celui que nous cherchions sans le savoir : le présent, la présence ».

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Chapitre 9. « Analogie : transparence universelle »

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Chapitre 9

« Analogie : transparence universelle »

Go, go, go, said the bird: human kind

Cannot bear very much reality.

Time past and time future

What might have been and what has been

Point to one end, which is always present.1

On peut dire qu’avec Ladera este, le mythe personnel d’Octavio Paz – cette éternelle vivacité de la vie qui apparaît « à la cime du contact charnel ou spirituel »2, en un instant d’amour qui est un sacrifice, du je, du tu, un don de l’un à l’autre, un « saut » vers lo Otro –, ce mythe longuement préparé s’est vraiment incarné dans l’amour d’« une fille réelle »3, laquelle, devenue sa femme, ne cessera plus d’accompagner le poète dans ses pérégrinations, de nourrir sa poésie et de lui faire voir le monde dans une essentielle « transparence ». Transfiguration du visible en un instant total, en un présent perpétuel, en une éblouissante « aérophanie »4, et en même temps clarté fragile, « flamme infime »5, étoile toujours à conquérir sur l’enveloppante opacité du temps, du monde et du langage. Le poète – désormais en Europe, à mi-chemin entre l’Inde et le Mexique – éprouve donc le besoin de faire comme un retour sur son expérience indienne, par le truchement d’un récit qui en offrirait à la fois l’anamnèse, la synthèse et la parabole, en fixerait quelques images fortes, en expliciterait, aussi, certains messages...

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