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Sagesse et résistance dans les littératures francophones

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Edited By Marc Quaghebeur

Après avoir abordé les modalités des relations entre Violence et Vérité dans les littératures francophones, ce volume s’attache à des formes littéraires de Résistance. Celles-ci entendent souvent dépasser les réponses purement violentes et manifester ainsi leur refus de l’assujettissement, par des Sagesses – répliques souvent plus subtiles à la barbarie et à la domination. Elles circonviennent beaucoup mieux l’adversaire, comme le « sujet supposé savoir » dont parlent les psychanalystes. Ce parcours se fait au travers de textes francophones venus de latitudes très diverses : du Vietnam au Liban, du Maghreb à l’Afrique centrale, de la Suisse et de la Belgique aux Amériques. Ce faisant, c’est à un florilège d’esthétiques diverses que se voit convié le lecteur. Ce livre touche en effet aussi bien au symbolisme qu’à la postmodernité, en passant par les grandes voix du Maghreb ou des Antilles dans le contexte du dernier demi-siècle. Le propos ne s’organise pas pour autant en fonction des aires géographiques. Il montre que les soi-disant opacités francophones, leurs poét(h)iques, leurs hybridations ou leurs chemins de traverse constituent toujours des réponses à des situations historiques. Elles sont, qui plus est, très révélatrices de la dynamique du système franco-francophone. Trente-cinq études, pour ce faire, et qui font saisir de près le fait que ces œuvres sont loin d’être périphériques.

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L’art d’être un « sage ennemi » Kateb Yacine face aux « vaincus d’Hitler » (Chloé Money)

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L’art d’être un « sage ennemi »

Kateb Yacine face aux « vaincus d’Hitler »

Chloé MONEY

Université Michel Montaigne (Bordeaux – France)

« Mieux vaudrait un sage ennemi » …

Jean de La Fontaine, dans sa fable L’Ours et l’Amateur des jardins, raconte l’histoire d’une amitié entre un ours et un jardinier – amitié très brève puisque l’animal fracasse la tête de son camarade en voulant écraser une mouche posée sur le nez de ce dernier à l’aide d’une énorme pierre. La Fontaine conclut sa fable ainsi : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; / Mieux vaudrait un sage ennemi. »1 C’est la façon dont le poète Kateb Yacine a incarné cette position de sage ennemi que je voudrais mettre en lumière, à travers l’étude de deux exemples : le traitement par Kateb de la torture et de la répression du 17 octobre 1961. Pour saisir la force de cette position, qui fut aussi, parfois, une posture d’auteur2 – celle du redresseur de torts de la France, il est important d’établir un dialogue entre l’œuvre et les faits historiques.

De quoi Kateb Yacine fut-il le sage ennemi ? Il ne s’opposa jamais à la France, mais à la férocité et au racisme dont elle s’était rendue coupable, à la violence avec laquelle elle se livra aux pires atrocités, et en particulier à la torture. Il s’opposa à son aveuglement, qui lui masquait sa propre trahison, sa d...

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