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Lire des textes réputés littéraires : disciplination et sédimentation

Enquête au fil des degrés scolaires en Suisse romande

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Bernard Schneuwly and Christophe Ronveaux

Mesure-t-on assez ce qu’il y a d’étrange au projet d’émancipation d’enseigner la littérature à tous ? Ce livre documente cette singularité en décrivant ce qui s’enseigne effectivement dans les classes au primaire, au cycle d’orientation et au gymnase. Il vise à comprendre comment se transforme l’objet d’enseignement, la littérature, pour une génération d’élèves. Notre dispositif de recherche quasi expérimental a fait passer auprès de trente enseignant·e·s deux mêmes textes contrastés. L’un, classique, Le loup et l’agneau de La Fontaine, est bien connu des enseignant·e·s et bardé d’apprêts pédagogiques et didactiques. L’autre, inconnu, tiré de la littérature romande, La négresse et le chef des avalanches de Lovay, ne fait l’objet d’aucun accompagnement préalable. Les enseignant·e·s s’y prennent-ils différemment pour enseigner un texte classique et un texte contemporain ? Quelles variations constate-t-on d’un degré à l’autre ? Qu’est-ce qui se construit graduellement pour des élèves de 11 à 17 ans ?

Au départ des soixante séquences d’enseignement qui ont été rassemblées, le livre envisage tour à tour trois focales : un grand angle pour les séquences d’enseignement, un angle moyen pour les instruments de l’enseignant·e et un angle micro-analytique pour les activités langagières. Deux processus sont mis en évidence : les élèves transforment leur rapport au texte à travers une « disciplination » croissante suivant leur scolarité ; dans leurs pratiques, les enseignant·e·s disposent d’une large panoplie d’instruments et des dispositifs issus par « sédimentation » d’une histoire parfois lointaine, plus récente ou contemporaine.

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Chapitre 18. Émotion esthétique en classe de littérature : une tension entre étrangeté et réalité (Irina Leopoldoff Martin)

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CHAPITRE 18

Émotion esthétique en classe de littérature : une tension entre étrangeté et réalité

Irina LEOPOLDOFF MARTIN

Un ermite m’a demandé : combien de fraises poussent au fond de la mer ? Je lui ai répondu : autant qu’il y a de harengs rouges dans la forêt.

– Korneï Ivanovitch Tchoukovski, Lepye nelepicy [Les belles absurdités], in Russkij sovremennik [Le contemporain russe], 4, 1924, p. 76.

Nous traiterons ici la question de l’émotion esthétique en nous basant essentiellement sur le point de vue d’un auteur107, Vygotski, et de ses présupposés théoriques, pour nous aider à analyser les données empiriques recueillies en classe de littérature après la lecture d’une fable de La Fontaine et d’une nouvelle de Lovay. Selon Vygotski (1925/2005), l’expérience esthétique n’est pas naturelle, elle ne peut se transmettre de manière strictement mécanique ou par contagion. Une émotion esthétique implique une contradiction, un conflit dans la rencontre avec l’œuvre, celle de la forme et du contenu, la réponse à cette contradiction étant à la fois émotionnelle et intellectuelle. La finalité est la révélation du conflit et la mise à distance progressive du sentiment spontané qui s’empare du lecteur lors de sa première lecture. L’art, dit Vygotski, est une « technique sociale du sentiment » (1925/2005)108, un instrument ← 389 | 390 → social qui bouleverse les sentiments individuels, les convictions intimes pour les...

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