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Lire des textes réputés littéraires : disciplination et sédimentation

Enquête au fil des degrés scolaires en Suisse romande

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Bernard Schneuwly and Christophe Ronveaux

Mesure-t-on assez ce qu’il y a d’étrange au projet d’émancipation d’enseigner la littérature à tous ? Ce livre documente cette singularité en décrivant ce qui s’enseigne effectivement dans les classes au primaire, au cycle d’orientation et au gymnase. Il vise à comprendre comment se transforme l’objet d’enseignement, la littérature, pour une génération d’élèves. Notre dispositif de recherche quasi expérimental a fait passer auprès de trente enseignant·e·s deux mêmes textes contrastés. L’un, classique, Le loup et l’agneau de La Fontaine, est bien connu des enseignant·e·s et bardé d’apprêts pédagogiques et didactiques. L’autre, inconnu, tiré de la littérature romande, La négresse et le chef des avalanches de Lovay, ne fait l’objet d’aucun accompagnement préalable. Les enseignant·e·s s’y prennent-ils différemment pour enseigner un texte classique et un texte contemporain ? Quelles variations constate-t-on d’un degré à l’autre ? Qu’est-ce qui se construit graduellement pour des élèves de 11 à 17 ans ?

Au départ des soixante séquences d’enseignement qui ont été rassemblées, le livre envisage tour à tour trois focales : un grand angle pour les séquences d’enseignement, un angle moyen pour les instruments de l’enseignant·e et un angle micro-analytique pour les activités langagières. Deux processus sont mis en évidence : les élèves transforment leur rapport au texte à travers une « disciplination » croissante suivant leur scolarité ; dans leurs pratiques, les enseignant·e·s disposent d’une large panoplie d’instruments et des dispositifs issus par « sédimentation » d’une histoire parfois lointaine, plus récente ou contemporaine.

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Partie I. Instituer la littérature en disciplinant les élèves

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PARTIE I

INSTITUER LA LITTÉRATURE EN DISCIPLINANT LES ÉLÈVES

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Dès lors que s’est imposé au milieu du 19e siècle le projet d’instituer l’école pour tous, l’une des préoccupations majeures, pour le prescripteur tout d’abord, a été d’établir la progression des contenus d’enseignement pour toute une génération. Les moyens pour ce faire sont les disciplines scolaires. Elles ont pour fonction de « discipliner »5 les élèves, à savoir de leur donner accès à des modes de penser, parler et faire propres à la discipline. Appliquée à la discipline français qui a pour objet le rapport à la langue, cette préoccupation s’est déclinée sur trois ensembles de problèmes. Le premier concerne les capacités fondamentales à développer. Apprendre le français à l’école, la langue d’une nation, d’une région, d’un canton, est-ce par priorité apprendre à lire ou apprendre à écrire ? Y aurait-il une capacité fondamentale, la lecture, sur laquelle développer toutes les autres, la production de texte et l’interprétation, puis la formulation écrite des jugements de gouts ? Deuxième ensemble, l’élémentation des contenus et leur mode de structuration. Sur quelles unités faire travailler les élèves ? Faut-il enseigner la lecture au primaire, à partir des lettres, des sons, des mots, des phrases, et réserver l’interprétation des textes aux élèves du secondaire ? Sur quelles modalités th...

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