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Transmettre une fidélité

La Contre-Révolution et les usages du passé (France, Espagne, Italie ‒ XIXe-XXe siècles)

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Edited By Bruno Dumons and Paul Chopelin

Ce volume collectif interroge les modalités d’élaboration, de diffusion et de perception des souvenirs historiques dans les milieux contre-révolutionnaires français, italiens et espagnols à l’époque contemporaine. Si la tradition historiographique contre-révolutionnaire, en tant que système de pensée, est aujourd’hui assez bien connue, elle ne doit pas dissimuler la multiplicité des usages militants du passé, à l’échelle individuelle ou collective. Pour ne pas rompre le « fil de l’histoire » et transmettre le flambeau aux nouvelles générations, les contre-révolutionnaires ont tout à la fois exalté la légitimité historique des princes et valorisé le comportement exemplaire de ceux qui ont su leur rester fidèles dans l’adversité. La construction de généalogies, d’armoriaux ou d’histoires familiales permet de conjurer la rupture révolutionnaire ou « l’usurpation » dynastique, tandis que les pèlerinages, auprès des princes en exil, sur des tombeaux ou sur des sites de bataille, se doublent souvent d’une collecte de souvenirs et de reliques. Les contributions réunies dans ce volume témoignent de l’émergence, à l’échelle européenne, d’une véritable contre-culture historique, fondée sur la célébration de la fidélité, érigée en vertu politique fondamentale face à « l’opportunisme libéral » et à la « subversion révolutionnaire ». Tout autant qu’aux supports – livres, monuments ou musées –, une grande attention a été portée aux acteurs de cette « histoire en blanc », leurs circulations et leur insertion dans les réseaux contre-révolutionnaires de leur temps.

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D’une guerre carliste à l’autre. Transmettre le souvenir d’une mobilisation transnationale (Alexandre Dupont)

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D’une guerre carliste à l’autre.

Transmettre le souvenir d’une mobilisation transnationale

Alexandre DUPONT

Le romancier royaliste Pierre Benoit évoque, dans Pour don Carlos (1920), la seconde guerre carliste (1872-1876) et l’aide apportée par une partie de la population française à la cause du légitimisme espagnol1. Figure de proue de ce roman, la belle Allegria Detchart, amazone typique des romans de Benoit, prête main-forte aux carlistes dans leur prise de contrôle de la sous-préfecture imaginaire de Villeléon, près de la frontière. Un soir, elle raconte l’histoire de son engagement à une jeune noble sous son empire, Lucile de Mercœur.

Après avoir rapidement évoqué des motivations politiques plus conformes à l’indépendantisme basque du temps de Pierre Benoit qu’aux raisons du soulèvement de 1872, Allegria évoque son père, Pierre Detchart, contrebandier français originaire d’Iholdy. Celui-ci avait conduit en Espagne la princesse de Beira, femme du premier don Carlos, pendant la guerre de 1833-1840. Dès lors, il avait prêté main-forte au carlisme en guerre, jusqu’à ce que la répression politique liée à la fin du conflit ne le contraigne à l’exil en Amérique du Sud, où il fait fortune avec son frère, en attendant qu’un nouveau soulèvement le rappelle en Europe.

Malheureusement, la nouvelle ne vient pas et Pierre Detchart meurt en terre américaine. Néanmoins, sur son lit de mort, il laisse...

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