Show Less
Restricted access

Transmettre une fidélité

La Contre-Révolution et les usages du passé (France, Espagne, Italie ‒ XIXe-XXe siècles)

Series:

Edited By Bruno Dumons and Paul Chopelin

Ce volume collectif interroge les modalités d’élaboration, de diffusion et de perception des souvenirs historiques dans les milieux contre-révolutionnaires français, italiens et espagnols à l’époque contemporaine. Si la tradition historiographique contre-révolutionnaire, en tant que système de pensée, est aujourd’hui assez bien connue, elle ne doit pas dissimuler la multiplicité des usages militants du passé, à l’échelle individuelle ou collective. Pour ne pas rompre le « fil de l’histoire » et transmettre le flambeau aux nouvelles générations, les contre-révolutionnaires ont tout à la fois exalté la légitimité historique des princes et valorisé le comportement exemplaire de ceux qui ont su leur rester fidèles dans l’adversité. La construction de généalogies, d’armoriaux ou d’histoires familiales permet de conjurer la rupture révolutionnaire ou « l’usurpation » dynastique, tandis que les pèlerinages, auprès des princes en exil, sur des tombeaux ou sur des sites de bataille, se doublent souvent d’une collecte de souvenirs et de reliques. Les contributions réunies dans ce volume témoignent de l’émergence, à l’échelle européenne, d’une véritable contre-culture historique, fondée sur la célébration de la fidélité, érigée en vertu politique fondamentale face à « l’opportunisme libéral » et à la « subversion révolutionnaire ». Tout autant qu’aux supports – livres, monuments ou musées –, une grande attention a été portée aux acteurs de cette « histoire en blanc », leurs circulations et leur insertion dans les réseaux contre-révolutionnaires de leur temps.

Show Summary Details
Restricted access

Introduction

Extract



Paul CHOPELIN et Bruno DUMONS

Opposants aux régimes politiques nés de la révolution, les contre-révolutionnaires entendent promouvoir la restauration de l’ordre ancien dont la légitimité est fondée sur la fidélité à une tradition politique – dynastique et/ou hiérarchique –, nécessaire à la cohésion de la société1. Le discours contre-révolutionnaire est par essence fondé sur l’histoire et la maîtrise du passé. Maîtriser le passé permet en effet de prendre la mesure de l’erreur historique que constituerait la révolution. Les révolutions françaises de 1789 et de 1792 ont ainsi immédiatement fait l’objet de discours interprétatifs fondés sur l’histoire, dans une perspective providentialiste qui lie étroitement la Contre-Révolution politique à la Contre-Révolution religieuse, en tant que refus de la sécularisation des sociétés occidentales2. Ce lien est, par la suite, devenu opérant dans toutes les traditions contre-révolutionnaires occidentales, nourries d’un substrat chrétien fournissant un cadre interprétatif global à toutes les théories antimodernes. La notion de fidélité, à Dieu et au monarque déchu, qui renvoie à un engagement loyal et indéfectible, apparaît ainsi au cœur de la pensée contre-révolutionnaire.

Les contre-révolutionnaires se sont donc tout autant intéressés à démonter les mécanismes historiques de la « subversion révolutionnaire » ← 9 | 10 → qu’à faire l’apologie des combattants de la « juste cause », afin de proposer des modèles d’engagement...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.