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Un dénuement fastueux

Les œuvres d’art dans les chartreuses médiévales

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Cristina Dagalita

En 1385, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi fonde la chartreuse de Champmol, près de Dijon. Les œuvres somptueuses réalisées pour ce monastère reflètent-elles la spiritualité des chartreux ? Cet ouvrage propose un regard transversal sur l’art produit pour les moines chartreux au cours du Moyen Âge. Il analyse la manière dont ceux-ci envisageaient la création artistique, d’après le témoignage de leurs textes normatifs ou mystiques. Peut-on dire qu’il y a eu un « art chartreux » ? La présent livre explore les mécanismes de la commande artistique en se plaçant du point de vue d’un ordre placé sous le sceau de l’austérité, mais destinataire de nombreuses œuvres d’art.

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Introduction

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« Comment pourrais-­je [en] parler dignement ? », écrivait Bruno, le fondateur de la Grande Chartreuse, à son ami, Raoul le Verd, lorsqu’il essayait de lui décrire la beauté du pays de Calabre, où il s’était installé avec quelques moines, vers 1090, après avoir suivi dans le sud de l’Italie le pape Urbain II, son ancien disciple de l’école-­cathédrale de Reims. La même question peut se poser devant les nombreuses et remarquables œuvres d’art qui se trouvaient à l’époque médiévale dans les monastères de cet ordre.

En 1084, Bruno de Cologne avait initié dans le massif de la Chartreuse une expérience monastique originale, combinant le mode de vie érémitique avec la vie en communauté. Les chartreux s’y établirent, chacun dans une cellule, ne se retrouvant que deux fois par jour à l’église, pour l’office. Les moines devaient garder le silence, mais il leur était permis de se parler le dimanche, après le repas de midi, le seul qu’ils prenaient ensemble au réfectoire, et dans certaines autres situations. Leurs petites maisons avec jardin étaient disposées autour du grand cloître, tandis que les bâtiments conventuels, l’église, le chapitre et le réfectoire longeaient les galeries du petit cloître.

Étant données les contraintes liées aux ressources disponibles à cet endroit, seuls douze ou treize moines, gouvernés par un prieur, pouvaient y vivre. Leur isolement était rendu possible par la...

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