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Cinéphilies et sériephilies 2.0

Les nouvelles formes d’attachement aux images

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Edited By Mélanie Boissonneau and Laurent Jullier

Enfin ! Depuis l’avènement d’Internet, les 99,9% d’amoureux des films et des séries qui n’exercent pas la profession de critique peuvent se faire entendre... Mieux, ils peuvent passer sans effort de la position devant à la position depuis : s’asseoir devant un écran et s’exprimer depuis un écran sont en effet devenus deux attitudes communes. Les films et les séries arrivent sur les terminaux domestiques ; tout de suite après et quelquefois même pendant leur diffusion, les avis et les analyses partent en sens inverse. Une autre nouveauté consiste en la diversification de la parole critique, confinée jusqu’ici à l’écrit ou aux conversations éphémères. Internet et la démocratisation des machines qui accompagne son essor ajoutent aux mots toutes sortes d’images, de sons et de manipulations audiovisuelles, laissant là encore loin derrière le modèle séculaire du critique professionnel écrivant son papier.

Comment étudier ces bouleversements ? Comment réagir devant l’abondance des critiques postées, la variété de leurs formes d’expression, l’interactivité qu’elles engendrent, sans parler du rapport à la professionnalisation qu’entretiennent leurs auteurs, surtout quand ils atteignent le statut de « vlogueur » vedette ? Une seule manière possible : l’interdisciplinarité. Le présent ouvrage réunit donc les contributions de spécialistes en provenance de champs divers (sociologie, Gender et Cultural Studies, Sciences de l’information-communication, etc.), sans oublier les acteurs les plus en vue de cette révolution de la parole critique, les « vlogueurs ».

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Jean-Marc Leveratto: Le cinéma sur Internet. Commerce cinématographique, plaisir artistique, et sociologie de la « cinéphilie »

Le cinéma sur Internet. Commerce cinématographique, plaisir artistique, et sociologie de la « cinéphilie »

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Jean-Marc LeverattoUniversité de Lorraine

Avec un retard notable par rapport au monde anglosaxon, l’observation sociologique des usages culturels d’Internet, et notamment de ses usages cinéphiles, se développe en France. Cependant le poids de certains paradigmes sociologiques qui se sont largement diffusés dans la population du fait de l’accès massif des nouvelles générations aux études universitaires, au point de devenir de véritables lieux communs mobilisés couramment par les médias d’information, limitent souvent l’intérêt des études réalisées1. La concurrence intellectuelle que se livrent, sous couvert d’interdisciplinarité, les chercheurs en sciences humaines et sociales facilite la pérennisation de ces paradigmes, notamment chez les chercheurs en sociologie, en histoire culturelle et en sciences de l’information et de la communication qui se disputent aujourd’hui, en France, l’expertise de la « Culture ». Elle contribue ainsi à orienter ces études vers une évaluation globale des effets d’Internet sur cette « Culture », un type de discours particulièrement adapté tant au marché éditorial qu’à la demande des médias culturels friands de polémiques.

Le caractère dommageable de cette approche globale est son indifférence à l’observation concrète des échanges culturels dont Internet ←43 | 44→est à la fois l’instrument et le lieu, de même qu’à l’identification précise des objets échangés, leur statut de représentants de la « Culture » (ou de ses ennemis) suffisant à fonder, sans égard pour leur spécificité sociale et technique, un diagnostic général sur...

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