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les commissions d’historiens dans les processus de rapprochement (Pologne-Allemagne, Pologne-Russie)

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Emmanuelle Hébert

Cet ouvrage analyse le travail des commissions d’historiens dans les processus de rapprochement en Pologne. Deux d’entre elles sont privilégiées : la commission polono-allemande portant sur les manuels scolaires et le groupe polono-russe sur les questions difficiles. Cette étude se fonde sur deux sources principales : une série d’entretiens et des recherches dans les archives, auxquelles s’ajoutent des ressources complémentaires : observations participantes et analyse de discours politiques, de sondages et de la presse. Le dialogue sur l’histoire auquel d’aucuns font appel correspond tout à fait à ce qui est demandé aux commissions d’historiens. Dès lors, pourquoi ces commissions ont-elles été créées ? Comment fonctionnent-elles et pourquoi continuent-elles de fonctionner ? Nous formons les hypothèses que, premièrement, ces commissions ont été créées dans un objectif de rapprochement, voire de réconciliation. Deuxièmement, leur fonctionnement — et sa prolongation — dépend de trois variables : le contexte, les mandats, les acteurs.

Cet ouvrage s’articule en cinq axes. Les trois premières parties portent sur chacune des trois variables évoquées : contexte, mandats, acteurs. La quatrième partie concerne les sphères d’influence de ces commissions et les débats qu’elles engendrent : politique et religion, débats publics, débats scientifiques. La dernière partie se concentre sur les projets de ces commissions : l’ouvrage commun ou les centres de dialogue du côté polono-russe, le manuel commun d’histoire du côté polono-allemand. Au travers de toutes ces pratiques, les commissions d’historiens cherchent, dans le cadre de la transformation des conflits, à réconcilier par l’histoire, c’est du moins l’un des arguments défendus dans cet ouvrage.

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Chapitre 2. Le manuel commun d’histoire

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Le projet le plus emblématique de la commission polono-allemande est probablement le manuel commun d’histoire, en quatre volumes, commencé en 2007 et dont le premier est sorti en 2016. Peu d’expériences de manuel bilatéral ont auparavant vu le jour dans le monde. L’Euromanuel178, lancé dans les années 1990, peut être considéré comme une tentative, sous un angle multilatéral, de création d’un manuel d’histoire européen : une douzaine d’historiens et de didacticiens de pays différents s’entendent pour écrire cet ouvrage179. Plus ambitieux, il n’était cependant pas conçu comme un manuel à utiliser comme tel dans les classes de collèges ou lycées.

Le manuel « CJK » – Chine, Japon, Corée – publié dans les trois pays en 2005180, parvient, selon Alain Delissen, à une mise en commun des souffrances, mais n’évoque ni les histoires nationales, ni l’histoire mondialisée. Le lecteur se perd alors, sans pouvoir comprendre les événements « politico-guerriers » longuement expliqués181, en l’absence ←425 | 426→de parties portant sur les États-Unis ou l’Union soviétique par exemple. Delissen ajoute que les enjeux de traduction et d’interprétation ne sont pas pris en compte, alors que les titres et sous-titres « varient sensiblement d’une version à l’autre »182.

Le manuel franco-allemand, publié de 2008 à 2011, en trois tomes, constitue la première expérience de véritable manuel d’histoire respectant les programmes scolaires dans les deux pays.

L’expérience franco-allemande forme un point de référence...

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