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De Kleist à Döblin

Littérature, Histoire, Politique

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Michel Vanoosthuyse

Cet ouvrage réunit des études sur la littérature de langue allemande écrite à l’orée du romantisme jusqu’au XXe siècle. Le but est d’explorer les rapports complexes entre le texte littéraire de fiction et l’Histoire. Quelques études, moins centrées sur la thématique historique, envisagent le travail littéraire dans sa dimension d’identification et d’interrogation du sujet sur lui-même. Mais quelle que soit la thématique, le texte de fiction est ici compris comme un acte, un processus singulier de connaissance. Aucune différence d’approche n’existe dès lors entre des œuvres définies, par exemple, comme des processus compliqués d’affranchissement des idées révolutionnaires françaises et des textes interprétés comme des quêtes de solution aux problèmes personnels posés par la vie.

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Tucholsky voyageur ou le regard décentré

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Les livres m’ont appris tant de choses sur les Pyrénées. Mais qu’ai-je vu ? Qu’est-ce qu’un étranger peut d’ailleurs voir ? Si un Berlinois lit la description qu’un Américain fait de sa ville, il sera amusé, blessé, flatté – mais aussi quelque peu insatisfait. L’homme du Midi qui aura ce livre entre les mains, le Parisien à qui je montre ce que je ramène chez moi de sa ville, ils diront dans le meilleur des cas : « Il n’y a pas d’erreurs grossières dans votre récit. Les choses sont à peu près comme ça. » Mais – mais ce n’est pas ça. Pour le lecteur autochtone il manque quelque chose, il connaît autrement les choses ; c’est un étranger qui a écrit ça137.

Voilà, posé par Tucholsky dans son Pyrenäenbuch (1927), le problème central du voyageur qui passe les frontières et se propose de relater ce qu’il a vu : comment rendre compte de l’autre, quand on est étranger au lieu, à son histoire, à ses mœurs, à ses coutumes, et que le regard que l’on pose est extérieur ? Comment parvenir alors au propre, à ce qui semble au regard autochtone immédiatement identifiable, au « je ne sais quoi » ou au « presque rien » qui font toute la différence ? Problème comparable à celui que trouve sur son chemin l’historien quand il parle d’un passé qui a cent, deux cents ou cinq cents ans d’avance. L’historien a une solution, que résume Taine, après d’autres :

L’historien aura...

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