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Le passé des Khmers

Langues, textes, rites

Nasir Abdoul-Carime, Grégory Mikaelian and Joseph Thach

Ce livre offre les premiers résultats d’une enquête sur les pratiques et les représentations du passé chez les Khmers. Elle s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire collective qui fait le choix d’un pas de côté, à distance de l’historiographie récente traitant de cette question à l’intérieur d’une chronologie très restreinte, couvrant les 40 ans qui nous séparent du régime khmer rouge. Ici comme ailleurs, considérer les phénomènes de la vie sociale pour leur seule contemporanéité ou ériger les événements contemporains comme fondateurs à l’exclusion des autres ne permet guère une pleine compréhension du fonctionnement de la mémoire collective. Il n’est sans doute pas de problème plus complexe que celui du rapport qu’entretient, sur la durée, une société à son passé. À commencer par celui des mots qu’elle se choisit pour le dire et qui le déterminent en partie. Ceux que les auteurs ont tirés de la langue des locuteurs, des textes historiques et de l’exercice des rites suggèrent d’autres chemins à frayer. Une dizaine d’articles de linguistes, d’historiens et d’ethnologues nous invitent ici à les parcourir, en regard des expériences du passé propres aux mondes indien et européen.

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ANG CHOULÉANYāy Mau

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ANG CHOULÈAN*

Yāy Mau

Mau1, « foncée, basanée (de peau) », est un nom propre assez courant chez les Khmers des deux sexes, de même, mais dans une moindre mesure, que son dérivé Khmau, « noir, noirâtre ». Sans doute, comme beaucoup d’autres noms propres, il procède du sobriquet. Le monde dit surnaturel étant le reflet du monde social, Mao est aussi un nom propre assez banal chez les esprits, peut-être féminin de préférence. C’est ainsi qu’on entend parler ici et là de Yāy Mau, de Jaṃdāv Mau, souvent comme des esprits présidant aux lignées familiales.

« Dame Mau » dont il est question ici n’englobe pas toutes les Yāy Mau du Cambodge, loin de là. La présente étude préliminaire ne concerne que celle du littoral au sens strict. En effet, toute la région côtière du Cambodge sans exception est marquée par la croyance en un génie féminin du nom de Yāy Mau, en particulier chez les pêcheurs en mer. Or depuis environ une quinzaine d’années il s’est passé un phénomène remarquable : Yāy Mau, jusque-là non représentée iconographiquement, ni même matériellement, voit son image anthropomorphe se multiplier, parfois de taille véritablement ← 249 | 250 → imposante. De plus, son prestige s’étend dans les arrière-pays, loin des côtes. Mais, fait important à noter, ces...

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