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Le passé des Khmers

Langues, textes, rites

Edited By Nasir Abdoul-Carime, Grégory Mikaelian and Joseph Thach

Ce livre offre les premiers résultats d’une enquête sur les pratiques et les représentations du passé chez les Khmers. Elle s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire collective qui fait le choix d’un pas de côté, à distance de l’historiographie récente traitant de cette question à l’intérieur d’une chronologie très restreinte, couvrant les 40 ans qui nous séparent du régime khmer rouge. Ici comme ailleurs, considérer les phénomènes de la vie sociale pour leur seule contemporanéité ou ériger les événements contemporains comme fondateurs à l’exclusion des autres ne permet guère une pleine compréhension du fonctionnement de la mémoire collective. Il n’est sans doute pas de problème plus complexe que celui du rapport qu’entretient, sur la durée, une société à son passé. À commencer par celui des mots qu’elle se choisit pour le dire et qui le déterminent en partie. Ceux que les auteurs ont tirés de la langue des locuteurs, des textes historiques et de l’exercice des rites suggèrent d’autres chemins à frayer. Une dizaine d’articles de linguistes, d’historiens et d’ethnologues nous invitent ici à les parcourir, en regard des expériences du passé propres aux mondes indien et européen.

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CHARLES MALAMOUDHistoire, géographie, rituel.Note sur l’espace sacrificiel dans l’Inde védique

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CHARLES MALAMOUD*

Histoire, géographie, rituel.Note sur l’espace sacrificiel dans l’Inde védique

Sylvain Lévi écrivait en 1898 : « Ainsi, de l’aveu même des Brâhmaṇas, le cours du temps modifie et transforme les rites du sacrifice. Par une singularité notable, l’Inde, qui n’a pas d’histoire, sait l’histoire du rituel1 ». Que l’Inde n’ait pas d’histoire est une idée à laquelle Sylvain Lévi semble tenir. Il l’exprimera plusieurs fois dans ses écrits2. C’est, du reste, un lieu commun de l’indianisme occidental, qui donnera matière à des discussions infinies et passionnées3. Bien entendu, ce que vise ici Sylvain Lévi, c’est ← 237 | 238 → moins une sorte d’immobilité objective de la société indienne que l’absence d’historiographie, le peu d’intérêt des Indiens, au cours des siècles, pour l’histoire en tant que manière de penser le temps.

On voudrait ici s’arrêter sur ce que Sylvain Lévi présente comme une singularité étonnante : il y a une histoire du rituel, en ce sens que les auteurs indiens qui enseignent ce que sont et doivent être les rites indiquent aussi que les rites n’ont pas toujours existé, qu’il a fallu les instituer, et qu’ils n’ont pas toujours eu la forme qu’on leur connaît aujourd’hui (dans l’aujourd’hui védique, bien entendu). L’institution et la transformation des rites fait l’objet de récits. Ces récits sont les éléments d’un corpus de textes que Sylvain Lévi décrit et...

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