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«Jean Barois», centenaire d’un roman-monstre

Lectures à vif, lectures actuelles

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Edited By Hélène Baty-Delalande and Jean-François Massol

Jean Barois participe de l’effervescence esthétique qui caractérise 1913, en multipliant les expérimentations formelles, telles que la composition hybride, l’art du collage, le régime dialogué, l’esthétique documentaire, les jeux typographiques et le style coupé. Chronique mélancolique du modernisme intellectuel, faisant l’inventaire de l’affaire Dreyfus, s’interrogeant sur la puissance des liens religieux, c’est aussi un roman de la conscience malheureuse, méditant sur l’identité perdue et la responsabilité impossible. Arracher des bribes au réel, pour constituer une masse puissamment vivifiante, capable de remémorer le passé et de porter le lecteur à approfondir sa propre conscience de soi, et cela dans une forme neuve, composite et expressive : l’ambition de Roger Martin du Gard a fortement retenu la critique contemporaine, et continue, cent ans plus tard, à nous requérir.

Ce livre réunit ainsi des analyses nouvelles sur les enjeux de la fragmentation et de la composition dans Jean Barois, et les archives d’une réception critique singulièrement attentive à l’originalité de ce roman.

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La réception critique de Jean Barois : modernité d’un roman-monstre ? (Hélène Baty-Delalande)

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HÉLÈNE BATY-DELALANDE

(Université Paris-Diderot)

La réception critique de Jean Barois : modernité d’un roman-monstre ?

Parler de « réception critique » à propos de Jean Barois, publié en novembre 1913 par Roger Martin du Gard aux toutes jeunes éditions de la Nouvelle Revue Française1, peut s’entendre en plusieurs sens. Après le demi-échec de Devenir ! et le désastre de L’Une de nous, le romancier est enfin adoubé par la critique littéraire d’avant-guerre. C’est avec Jean Barois que l’écrivain entre en contact avec Gide et le groupe de La NRF. Auguste Anglès souligne l’étonnante discordance entre les choix esthétiques de la revue et l’accueil fait au nouveau venu : « l’idée que le groupe se faisait du roman s’était trop modifiée pour qu’à ces cœurs avides d’aventures une telle œuvre parût renouveler le genre. Ce n’est pas comme romancier que Martin du Gard fut accueilli à bras ouverts, mais pour sa conscience et son caractère2 ». Si le roman est tardivement remarqué, la plupart des critiques s’accordent néanmoins sur son caractère prometteur et y reconnaissent déjà une qualité qui restera associée à Martin du Gard tout au long de sa carrière d’écrivain : la « probité ». Jugée curieuse dans son propos comme dans sa forme, l’œuvre provoque des débats à la fois esthétiques et politiques sur ce que doit être un roman, ses rapports avec l’histoire, les...

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