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«Jean Barois», centenaire d’un roman-monstre

Lectures à vif, lectures actuelles

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Edited By Hélène Baty-Delalande and Jean-François Massol

Jean Barois participe de l’effervescence esthétique qui caractérise 1913, en multipliant les expérimentations formelles, telles que la composition hybride, l’art du collage, le régime dialogué, l’esthétique documentaire, les jeux typographiques et le style coupé. Chronique mélancolique du modernisme intellectuel, faisant l’inventaire de l’affaire Dreyfus, s’interrogeant sur la puissance des liens religieux, c’est aussi un roman de la conscience malheureuse, méditant sur l’identité perdue et la responsabilité impossible. Arracher des bribes au réel, pour constituer une masse puissamment vivifiante, capable de remémorer le passé et de porter le lecteur à approfondir sa propre conscience de soi, et cela dans une forme neuve, composite et expressive : l’ambition de Roger Martin du Gard a fortement retenu la critique contemporaine, et continue, cent ans plus tard, à nous requérir.

Ce livre réunit ainsi des analyses nouvelles sur les enjeux de la fragmentation et de la composition dans Jean Barois, et les archives d’une réception critique singulièrement attentive à l’originalité de ce roman.

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Avant-propos (Hélène Baty-Delalande / Jean-François Massol)

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HÉLÈNE BATY-DELALANDE et JEAN-FRANÇOIS MASSOL

(CERILAC, Université Paris Diderot-Paris 7) (UMR 5316 LITT&ARTS CNRS, Université Grenoble Alpes)

Avant-propos

« Je commencerais : une description ; le récit d’un fait ; une analyse de caractère ; un autre fait ; un dialogue ; un fragment de journal ; un monologue ; un bout de lettre ; d’autres faits ; d’autres analyses ; d’autres dialogues… Des documents, enfin, comprends-tu ? Fini, le récit délayé d’où émergent les morceaux qui font le livre !1 » Avec Jean Barois, publié en 1913, Roger Martin du Gard réalise le rêve du héros de Devenir ! (1908), son premier roman. Pari résolument moderne, qui participe de l’effervescence littéraire de 1913, année de toutes les expérimentations esthétiques. Il compose ainsi un récit à la fois éclaté et fortement cohérent, non pas une suite naturaliste de « tranches de vie », mais un ensemble de « documents » à lire sur le vif : la totalité d’une expérience, d’une vie, l’histoire d’une génération, sont ainsi restituées à travers la fragmentation des épisodes, la diversité des formes et des genres. Pour Bernard Grasset, à qui l’écrivain avait promis son roman, l’expérience va trop loin : « Ce n’est pas un roman, c’est un dossier2 », presque illisible et impubliable en l’état. Mais Gide et le groupe de la Nouvelle Revue française ne s’y trompent pas, et s’enthousiasment pour le gros manuscrit. L’histoire a retenu la formule fameuse de Gide : « Celui...

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