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Les pionniers de la Nouvelle peinture en Iran

Œuvres méconnues, activités novatrices et scandales au tournant des années 1940

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Alice Bombardier

« Nous avons vécu une période particulièrement difficile. Il n’y avait aucune direction connue dans notre travail. Pas à pas, nous avons dépassé l’effroi de l’égarement et découvert le plaisir de domaines nouveaux... Mais les critiques n’étaient pas de notre côté, aucune valeur sociale n’était attachée à nos travaux. » C’est en ces termes que le peintre Ahmad Esfandiari (1922-2012) décrit l’effervescence des années 1940 durant lesquelles un style pictural novateur – la Nouvelle peinture – apparaît en Iran.
A l’appui d’archives et d’entretiens, cet ouvrage tente de restituer la flamme qui a animé ces artistes-pionniers : leur esprit d'innovation face à une tradition artistique multiséculaire ; les risques pris, les transgressions osées et soutenues contre vents et marées. Ils furent les premiers à explorer des terres inconnues, annonciatrices de la modernité. Nombreuses furent les résistances : procès en justice, vandalisme, censure, interdiction de publier leurs revues. Aujourd’hui encore, leur héritage demeure paradoxalement occulté. Leur détermination et leur force de conviction ont pourtant suscité des mutations artistiques majeures, sources de changements sociaux non moins importants.

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Le Club Mehregan : la difficile reconnaissance de la Nouvelle peinture

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Mais poursuivons à présent notre tournée des clubs iraniens où s’effectue le lent travail, initié par ces artistes pionniers, de changement des mentalités dans le domaine de l’art. Ici affleure à nouveau la dimension politique de l’art, partie prenante du « monde public » tel que le qualifie Hannah Arendt.1 Les débats soulevés par Djalil Ziapur, Mahmud Djavadipur, Hosein Kazemi et les autres jeunes diplômés de la Faculté des Beaux-Arts sont allés croissants tout au long des années 1950. Une ligne de démarcation tend à se dessiner de plus en plus clairement entre les « anciens » (miniaturistes et peintres du réel) et les « modernes » (partisans de la Nouvelle peinture). Ceux-ci s’affrontent dès la fin des années 1940 et jusqu’au milieu des années 1950 dans un autre club, le Club Mehregan (Bashgah-e Mehregan) qui, à cette époque, fait office à la fois d’école de peinture, de galerie et de salle de réunion. Il n’est pas indifférent non plus qu’il constitue alors le siège de l’Association Nationale des Enseignants. Mohammad Derakhshah, un temps Ministre de l’Education Nationale sous le gouvernement du Docteur Halimi, y organise des expositions annuelles de peinture.2 D’autres expositions mais de moindre envergure ont également lieu dans d’autres clubs à Téhéran au début des années 1950, notamment les Clubs Giti et Anatole France.3

Jusqu’en 1958, date à laquelle la première Biennale de Téhéran est organisée – celle-ci vaut acte de...

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