Show Less

« En Espagne » d'Henri de Régnier

Édition établie, présentée et annotée par Carlota Vicens-Pujol

Carlota Vicens-Pujol

Au printemps 1930 Henri de Régnier visita l’Espagne pour la première fois, plus particulièrement Madrid, Tolède, Avila, L’Escurial, Burgos. Cette même année, entre la mi-octobre et la mi-novembre, un deuxième voyage allait suivre : l’écrivain parcourut cette fois-ci la Catalogne et Majorque. Un troisième tour dans la péninsule, à l’automne 1932, mettait fin au périple espagnol de l’auteur : de Barcelone il descendit jusqu’en Andalousie pour s’arrêter à nouveau à Madrid avant de rejoindre Paris.

Sous le titre général En Espagne les récits de ces voyages furent publiés par la Revue des Deux Mondes (quatre livraisons entre novembre 1933 et octobre 1935). Nous présentons aujourd’hui au public un voyage qui n’a jamais été publié en livre et dont le dernier chapitre, « Tarragone – Saragosse – Valence », conservé parmi les papiers de Mme Tremblot-Bougeneaux, qui aurait accompagné l’écrivain au cours de ces voyages, est inédit.

Ces pages découvrent aux lecteurs un voyageur raffiné qui savait jouir de chaque moment du voyage, un grand amateur d’antiquités et d’art particulièrement épris du Gréco, un écrivain toujours en quête du mot juste, d’un lyrisme simple et sans artifice.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

En Espagne – Henri de Régnier

Extract

33 I. Vers Fontarabie C’est à Fontarabie55 où j’ai voulu mettre pour la première fois le pied sur la terre d’Espagne que mon arrière-grand-oncle François de Régnier de Vigneux avait foulée, deux cents ans auparavant, en son bel uniforme du régiment de Touraine. Déjà cependant j’avais approché de la frontière es- pagnole et voici en quelles circonstances. Invité par des amis, j’étais allé les rejoindre à Cauterets. Ils y occupaient une grande villa devant laquelle, d’un vaste bassin s’élevait la fusée intarissable et violente d’un puissant jet d’eau dont le bruissement liquide se mêlait à la rumeur du gave qui coulait en bordure du jardin. Cette rumeur, je la retrouvais dans la chambre que j’avais louée au-dessus du magasin d’un libraire. C’était une pièce bizarre, toute en longueur, dont le gave remplissait le torrentueux silence de sa voix rauque et caillouteuse. La fenêtre ouverte, cette voix grondait assourdis- sante, mais, derrière la vitre close, elle se transformait en un bourdonne- ment continu auquel on finissait par s’habituer. D’ailleurs, je ne séjournais guère dans cette chambre que pour dormir et je passais les journées et les soirées dans l’accueillante et amicale villa que parait la fête continuelle de son jaillissant jet d’eau. Ce furent de douces journées de repos et de loisir, de lectures ou de rêveries, de douces soirées d’exaltation ou de silence, de musique et d’en- tretiens,...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.