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« De l’âme à la plume ». Les lettres de Charles Gounod à la duchesse Colonna, dite Marcello

Edited By Delphine Vincent

Les lettres de Charles Gounod à la duchesse Colonna, sculptrice de renom sous le pseudonyme de Marcello, sont d’un immense intérêt. De caractère intime, elles offrent également des informations sur les projets du compositeur (dont un opéra inachevé d’après l’histoire de Francesca da Rimini), les détails matériels de son activité, son manque d’inspiration, ainsi que sur ses conceptions esthétiques et philosophiques. Entre la création de Roméo et Juliette en 1867 et la fuite de Gounod en Angleterre en 1870, les deux amis partagent leurs joies et leurs préoccupations tant artistiques que personnelles. Cet échange épistolaire enrichit considérablement la compréhension de la personnalité humaine et créatrice de Gounod, ainsi que de son milieu culturel.

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Glossaire

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17, Rue La Rochefoucault, adresse des Gounod à Paris dès 1855.

Comtesse d’Affry (1816-1897), née Lucie de Maillardoz, épousa le comte Louis d’Affry (1810-1841) en 1833. Elle donna naissance à Adélaïde Nathalie Marie Hedwige Philippine le 6 juillet 1836, puis à Cécile Marie Philippine Caroline (1839-1911). Après le décès de sa fille aînée, le 16 juillet 1879, elle s’occupa de la mise en valeur de ses œuvres.

Albergo di Roma, la duchesse Colonna y logea dans un petit gîte.

Comte Alexandre Apponyi (1844-1925), fils du comte Rodolphe II Apponyi, chambellan impérial, diplomate, membre héréditaire de la deuxième Chambre hongroise. Le comte fut très proche de la duchesse Colonna.

Marquis et marquise de Beaucourt, amis les plus proches de Gounod. Édith de Montigny épousa, en 1854, le comte de Beaucourt (1833-1902), historien français. Gounod a séjourné à de nombreuses reprises chez eux à Morainville, généralement durant l’été. Il évoque sa rencontre, enfant, avec Gaston de Beaucourt dans ses Mémoires d’un artiste, op. cit., pp. 131-132.

Comte Friedrich Ferdinand von Beust (1809-1886), homme d’État saxon et autrichien, ministre des affaires étrangères de la Saxe entre 1849 et 1866, ministre des affaires étrangères de l’Autriche entre 1867 et 1871, chancelier dès 1866.

Princesse Mathilde Bonaparte (1820-1904), fille de Jérôme Bonaparte, ex-roi de Westphalie (1807-1813) et de sa seconde épouse, la princesse Catherine de Württemberg. La princesse Mathilde fut élevée à Rome et à Florence, où ses parents étaient en exil. En 1840, elle épousa le comte Anatole Demidoff. Fuyant un mariage malheureux, elle s’installa à Paris en 1846, auprès de son amant le comte Émilien de Nieuwerkerke, surintendant des beaux-arts de la Maison de l’Empereur. Sous le Second Empire et la Troisième République, elle tint à Paris un salon fort couru. Elle entretint une amitié et une correspondance avec Ernest Hébert. Elle fréquenta la duchesse Colonna, notamment lors des séries de Compiègne. Toutefois, cette dernière relate l’animosité←147 | 148→ de la princesse Mathilde, qui était également artiste (elle exposa des peintures et des aquarelles), à son égard.

Caroline (Miolan)-Carvalho (1827-1885), soprano française, étudia le chant avec Gilbert Duprez, engagée à l’Opéra-Comique en 1850, épousa la basse Léon Carvalho en 1853 qu’elle suivit au Théâtre-Lyrique (dont il devint directeur en 1856). Elle y créa les rôles de Marguerite dans Faust (1859), de Juliette dans Roméo et Juliette (1867), ainsi que le rôle-titre de Mireille (1864) de Gounod. Par la suite, elle chanta également à l’Opéra de Paris et sur les scènes internationales.

Cauterets, station thermale des Hautes-Pyrénées, très fréquentée au XIXe siècle.

Georges Clairin (1843-1919), peintre orientaliste et illustrateur français, étudia à l’École des beaux-arts de Paris, commença à exposer en 1866. En 1869, il visita l’Espagne avec Regnault et la duchesse Colonna. En 1895, il voyagea en Égypte avec Camille Saint-Saëns. Il réalisa de nombreux portraits de Sarah Bernhardt, avec laquelle il fut ami. Il peignit le plafond du foyer de l’Opéra Garnier (1874).

Directeur, voir Hébert.

Ernest Fillonneau (1838-?), auteur de comptes rendus des salons parisiens pour Le Moniteur des Arts.

Mariano Fortuny (1838-1874), peintre catalan, élève de Claudi Lorenzale. En 1860-1862, il voyagea au Maroc, un séjour qui le poussa à réaliser des toiles orientalistes. En 1866, il étudia à Paris avec Jean-Léon Gérôme. De retour à Madrid, il épousa la fille de Federico de Madrazo, peintre et directeur du Prado. Il possédait, à Rome, un atelier voisin de celui de Marcello. Ses tableaux de genre rencontrèrent un immense succès dans les années 1870.

Gabriel, surnom que se donne Gounod lorsqu’il écrit à Marcello, qu’il appelle alors « Michel ». La foi de Gounod est semble-t-il à l’origine de cette appellation. En effet, Hébert le qualifie plusieurs fois d’« ange » dans ses lettres à la duchesse Colonna. Il est donc probable que ces surnoms datent de leur séjour commun à Rome au début de 1869. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le surnom choisi signifie « homme de Dieu » ou « homme à qui Dieu fait confiance ». En outre, l’archange Gabriel est le messager de Dieu. Il a également la fonction de gardien et, avec saint Michel, protège les portes des églises contre les démons.←148 | 149→

Charles Louis Gay (1815-1892), évêque auxiliaire de Poitiers. Il avait été condisciple de Gounod au collège Saint-Louis (cf. l’évocation de leur rencontre par Gounod dans ses Mémoires d’un artiste, op. cit., pp. 129-131). Doué pour la musique, il effectua des études supérieures au Conservatoire de Paris, où il se lia avec Franz Liszt. Il fut ordonné prêtre le 17 mai 1845. Il participa, en tant que théologien du pape Pie IX, au Concile Vatican I. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité, dont De la vie et des vertus chrétiennes considérées dans l’état religieux (1874), qu’il écrivit dans la propriété de Traforêt, située au nord de Limoges, dans laquelle Gounod lui rendit visite, notamment lors de sa crise conjugale en 1868.

La Gorgone, sculpture de Marcello qui rencontra un grand succès au salon de 1865. Cette œuvre fut suscitée par Mme Revirard, une élève de Pauline Viardot, qui chanta, alors que la duchesse Colonna séjournait à Aix-les-Bains, un air, « J’ai perdu la beauté qui me rendait si vaine » (Méduse, acte III, scène 1), du Persée (1682) de Jean-

Baptiste Lully. Marcello se lança alors dans la réalisation de cette pièce, reproduite à de nombreuses reprises.

Auguste Gratry (1805-1872), prêtre et philosophe français, restaurateur de l’Oratoire de France, élu en 1867 à l’Académie française au fauteuil du baron de Barante. Lors du concile Vatican I, le Père Gratry contesta la proclamation de l’infaillibilité pontificale, avant de se ranger. Il était le guide spirituel et le confident de la duchesse Colonna. Il fut également en relation avec Gounod.

Ernest Hébert (1817-1908), peintre français, Grand Prix de Rome en 1839, pensionnaire de l’Académie de France à Rome entre 1840 et 1844 (séjour qu’il dut prolonger pour des raisons de santé), directeur de cette institution entre 1867 et 1873, puis entre 1885 et 1891. Amateur de musique, Hébert jouait du violon et fréquenta assidûment Gounod à la Villa Médicis. Dans sa correspondance, Gounod l’appelle souvent le Directeur ou le Petit Directeur.

Emmanuel Charles Jadin (1845-?), fils de Louis Jadin, peintre français, débuta au Salon de 1868.

Auguste Kaulla (1834-1894), directeur du chemin de fer autrichien en correspondance avec les lignes ferrées françaises. Il écrivit différents mémoires, notamment sur les haras de Hongrie et sur le travail du fer en Styrie. Il fut chargé de conduire l’empereur François-Joseph et son épouse à Salzbourg en 1867. Ami de Mérimée, il est recommandé par ce dernier dans sa correspondance adressée à la duchesse Colonna. Elle doit l’avoir ensuite signalé aux souverains autrichiens pour une distinction, car←149 | 150→ ce dernier écrit à Mérimée, le 26 août 1867, qu’il est débiteur à vie de la duchesse Colonna.

Hermann Kanzler (1822-1888), militaire allemand, ministre de l’armée et commandant suprême des forces armées pontificales dès 1865. Il était le chef d’état-major des Forces armées des États pontificaux au cours de la prise de Rome en 1870.

Michel, surnom donné par Gounod à la duchesse Colonna dans les dernières lettres qu’il lui adresse. Il s’agit d’une allusion à leur passion commune pour Michel-Ange et peut-être aussi au pseudonyme masculin, Marcello, que la duchesse Colonna a choisi comme nom d’artiste. Lorsque Gounod emploie « Michel » pour qualifier la duchesse Colonna, il signe très souvent ses lettres « Gabriel ». Ce surnom évoque donc probablement aussi le fait que saint Michel, avec l’archange Gabriel, protège les portes des églises contre les démons. Étant donné que Gounod utilise également ce surnom dans une lettre à Hébert, il est fort probable qu’il date de leur séjour commun à Rome au début de 1869.

Mary Mohl (1793-1883), née Clarke, épousa l’orientaliste Julius von Mohl (1800-1876), professeur de persan au Collège de France. Dans sa jeunesse, elle avait fréquenté le milieu de Madame Récamier. Elle tint un salon fameux à Paris. Elle était l’amie de la duchesse Colonna, avec laquelle elle entretint une correspondance.

Mont-Cenis, massif situé dans les Alpes du Nord à la frontière entre la France et l’Italie. Le col du Mont-Cenis (2081 mètres) relie la vallée de la Maurienne au val de Suse. Il s’agit de la route traditionnelle au XIXe siècle pour se rendre de Paris en Italie.

Comte Gaston de Nicolaÿ (1812-1895), fils du marquis de Nicolaÿ, pair de France, et d’Augustine de Lévis. La famille s’installa à Givisiez, en 1830, près du château des d’Affry.

Baron Maurice d’Ottenfels (1820-1907), diplomate autrichien, commis de légation au bureau du ministère des affaires étrangères à Vienne (22.07.1843), attaché à l’ambassade d’Autriche auprès du Saint-Siège (7.12.1843), attaché d’ambassade à Turin (3.06.1847), chambellan et conseiller intime de S. M. I. et Apostolique (1849), secrétaire d’ambassade à Paris (1.01.1850-1859), directeur des affaires austro-

hongroises ad interim à Rome (1859), grand fauconnier héréditaire du duché de Carinthie (1851) et envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près la Confédération Helvétique (11.08.1868-1886). En 1859, il épousa Cécile d’Affry, la sœur de la duchesse Colonna.←150 | 151→

Baronne d’Ottenfels (1839-1911), née Cécile d’Affry, sœur de la duchesse Colonna, épousa le baron Maurice d’Ottenfels en 1859. Elle est l’auteur d’un recueil de poèmes, Bouquet de pensées.

Papa Giulio, lieu où se trouve l’atelier de Marcello à Rome, situé à l’extérieur de la Porta del Popolo dans le Casino Poniatowski (près de la Villa Giulia).

Émile Perrin (1814-1885), peintre, critique d’art et décorateur de théâtre français, directeur de l’Opéra-Comique de 1848 à 1857, directeur de l’Opéra de Paris de 1862 à 1871, administrateur général de la Comédie-Française de 1871 à 1885.

Duc et duchesse Pozzo di Borgo, amis de Gounod. La duchesse Pozzo di Borgo, née Victurnienne des Balbes Berton de Crillon (1813-1890), fut une amie fidèle de la duchesse Colonna, qui se rendit souvent dans sa propriété de Montretout près de Saint-Cloud. Elle épousa, en 1832, Charles-Jérôme, duc Pozzo di Borgo (1791-1879), officier français, commandant de la place de Barcelone et colonel du régiment de Hohenlohe.

Princesse Schwarzenberg (1812-1873), née Eleonora, princesse Liechtenstein, épousa le prince Johann Adolf II Schwarzenberg (1799-1888) en 1830.

La Pythie, statue de Marcello à laquelle elle travailla en 1869 à Rome. Dans sa correspondance, La Pythie est souvent appelée la « Sibylle ». Exposée au salon de 1870, elle reçut de nombreuses critiques, dont celle de Gounod. Ce fut seulement à l’occasion de son installation sous l’escalier monumental de l’Opéra Garnier lors de son inauguration en 1875, qu’elle fut reconnue comme le chef-d’œuvre de Marcello. Hébert en avait réalisé, en 1869, un dessin pour Charles Garnier, afin de permettre à ce dernier de se rendre compte de l’avancée des travaux. Il existe plusieurs répliques de

la statue.

Henri Regnault (1843-1871), peintre français, Grand Prix de Rome en 1866, mais ne résida que peu à la Villa Médicis, voyageant, notamment en Espagne avec la duchesse Colonna et Georges Clairin en 1869. Les deux compagnons continuèrent leur voyage au Maroc, où Regnault peignit Exécution sans jugement sous les rois maures de Grenade. Au Salon de 1870, sa Salomé et son Général Prim rencontrèrent le succès. Lors de la guerre de 1870, il s’engagea et trouva la mort durant la bataille de Buzenval le 19 janvier 1871. Regnault avait demandé en mariage la duchesse Colonna en 1869.←151 | 152→

Princesse Rospigliosi (1825-1899), née Françoise (dite Fanny) de Nompère de Champagny, épousa le prince Clemente Rospigliosi en 1846. Leur palais romain, situé Via del Quirinale, accueillait de nombreux bals et festins, réputés pour leur splendeur. Elle était l’amie de Franz Liszt.

1, Rue Bayard, appartement parisien, avec atelier, de la duchesse Colonna entre le 1er janvier 1860 et juillet 1871. Elle le louait à Léon Riesener.

Saint-Cloud, propriété acquise en 1856 par la veuve de Pierre-Joseph Zimmerman, Hortense-Victoire Leduc (1801-1888), avec un chalet attenant dans lequel Gounod, après la mort de sa mère en 1858, séjourna avec les siens. Son adresse est alors 39, Route Impériale.

Sibylle, voir La Pythie.

Georgina Weldon (1837-1914), née Thomas, épousa William Henry Weldon en 1860, cantatrice amateur anglaise, dirigea une école de musique pour les orphelins. Gounod fit la connaissance des Weldon le 26 février 1871. Il s’installa chez eux à Londres en juin 1871 et vécut trois ans en leur compagnie. Il rentra en France en juin 1874. Georgina Weldon, blessée par ce départ, refusa de lui rendre ses affaires, dont le manuscrit de Polyeucte (Gounod lui avait destiné le rôle de Pauline). Il s’en suivit un procès retentissant. Elle publia pour sa justification Mon orphelinat et Gounod en Angleterre. Elle avait aidé Gounod dans la gestion de ses affaires en Angleterre, l’entraînant dans des procès avec ses éditeurs. Durant ces années, Gounod traversa une véritable descente aux enfers, jalonnée de crises nerveuses.←152 | 153→