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Figures de l’infini

Du panthéisme de Schelling à Mallarmé

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Morgan Gaulin

Héritier d’une longue tradition pour laquelle la nature est un être vivant en devenir (natura naturans), Stéphane Mallarmé est l’auteur d’une physiologie des lettres qui le mène à concevoir la littérature comme un organisme. Nous inscrivons le poète dans une histoire des idées qui remonte par-delà Poe et Baudelaire à Mme de Staël et au philosophe de la nature Friedrich Schelling, qui voyait dans le concept d’organisme un infini immanent au fini, un infini actuel. S’exprime, dès lors, de Schelling à Mallarmé, un panthéisme organique qui prend tour-à-tour la forme d’un panthéisme de la nature puis d’un panthéisme littéraire qui s’affranchit de la substance fixe du spinozisme. La première partie de cet ouvrage examine les fondements philosophiques et théologiques de ce panthéisme ainsi que son transfert en France chez des auteurs tels que Cousin, Renan, Vacherot, Séailles et Littré. La seconde partie présente cet organicisme en tant qu’il est, chez Mallarmé, le produit d’une doctrine du mot comme dépositaire de la vie (Les Mots anglais).

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Chapitre I – L’élaboration d’un panthéisme littéraire

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Chapitre I L’élaboration d’un panthéisme littéraire

Le rôle de l’imagination : Baudelaire, Poe, Mallarmé

Chez Baudelaire l’imagination ne peut être réduite à une simple poétique de l’inspiration ; elle ne témoigne, en effet, ni d’une fantaisie individuelle, ni d’une sensibilité exacerbée. Sur ce plan, Baudelaire fait remarquer que Poe possède une éloquence « pleine de méthode […]1 » et que celle-ci, ne se réduisant à aucune autre, consiste en une formation d’images peu communes et en « un art prodigieux […]2 » qui déduit, à partir de prémisses générales admises par tous, de nouveaux points de vue. Mallarmé a retenu pour lui-même cette théorie selon laquelle l’imagination n’opère point par une reproduction idéalisante de la nature. Olivier Schefer a rappelé qu’avec le romantisme allemand il s’opère un passage historique allant d’une esthétique de l’imitation à une esthétique de l’imagination3. L’imagination promeut l’instauration d’une liberté individuelle indéniable ; c’est pourquoi, désormais, les formes de l’art ne sont plus empruntées à des modèles généraux (des arts poétiques) mais sont générées à partir de la naissance libre d’images dans la conscience du sujet. Kant, le père spirituel de ce mouvement esthétique, attribue le plus haut degré d’imagination à l’art de la poésie. Ainsi, pour lui, imaginer n’est plus imiter ou reproduire, ce n’est même plus une action qui consiste à fantasmer le réel. C’est...

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