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Figures de l’infini

Du panthéisme de Schelling à Mallarmé

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Morgan Gaulin

Héritier d’une longue tradition pour laquelle la nature est un être vivant en devenir (natura naturans), Stéphane Mallarmé est l’auteur d’une physiologie des lettres qui le mène à concevoir la littérature comme un organisme. Nous inscrivons le poète dans une histoire des idées qui remonte par-delà Poe et Baudelaire à Mme de Staël et au philosophe de la nature Friedrich Schelling, qui voyait dans le concept d’organisme un infini immanent au fini, un infini actuel. S’exprime, dès lors, de Schelling à Mallarmé, un panthéisme organique qui prend tour-à-tour la forme d’un panthéisme de la nature puis d’un panthéisme littéraire qui s’affranchit de la substance fixe du spinozisme. La première partie de cet ouvrage examine les fondements philosophiques et théologiques de ce panthéisme ainsi que son transfert en France chez des auteurs tels que Cousin, Renan, Vacherot, Séailles et Littré. La seconde partie présente cet organicisme en tant qu’il est, chez Mallarmé, le produit d’une doctrine du mot comme dépositaire de la vie (Les Mots anglais).

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Introduction

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« Il est plus facile de réfuter le panthéisme que d’y échapper. »

(Duc de Broglie cité par Charles Renouvier, Critique Philosophique, 1885, I, 166)

Deux intuitions sont à l’origine des pages qui suivent. La première est que le poète Stéphane Mallarmé nous semble partager avec les philosophes postkantiens, ces penseurs qui, venant après Kant, ont voulu critiquer, améliorer ou simplement prolonger sa philosophie, une conception voisine de ce que ces derniers, Schelling en tête, entendent par les termes religion et nature. La seconde consiste à remarquer qu’il y a pour Mallarmé deux figures capables d’incarner ce qu’il nomme dès 1867 dans une lettre à Lefébure une « vue très-une de l’univers1 ». La première de ces figures consiste en une une forme de piété qui voit partout l’infini dans le fini et qui postule que toute chose fait partie d’un tout. La seconde est une façon nouvelle de se représenter la nature comme force auto-productive. La nature est alors, à la fois, natura naturans et natura naturata, sujet et objet ; bref, c’est un être en devenir. Nous montrerons que Mallarmé conçoit la littérature à l’instar de cette nature vivante venue du panthéisme, c’est-à-dire comme un être doué d’un corps d’os et de chair. Mallarmé est en cela le continuateur fidèle du schellingien Gabriel Séailles pour lequel en art la nature est comme une personne2. Le poète remplace de la sorte...

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