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L’interrogative en français

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Edited By Marie-José Béguelin, Aidan Coveney and Alexander Guryev

Du fait de leur intrigante variété formelle, les interrogatives totales et partielles du français ont fait l’objet, au cours des années écoulées, d’une foule de recherches en syntaxe et en sociolinguistique, alors que d’autres courants tels que la rhétorique ou la pragmatique rivalisaient d’ingéniosité pour rendre compte de leur variabilité sémantique. Afin d’enrichir le débat, le présent ouvrage propose une réflexion à large spectre sur les tours interrogatifs du français, leur marquage syntaxique et intonatif, les paramètres linguistiques ou sociaux susceptibles de déclencher, dans un contexte donné, le choix d’une variante interrogative plutôt qu’une autre ; l’ouvrage traite en outre des propriétés sémantiques et inférentielles des interrogatives, ainsi que des fonctions discursives et narratologiques qui leur sont dévolues.

Les auteurs appuient leurs analyses sur des exemples attestés, parfois tirés de corpus spécifiques (dialogues de films de banlieue, textos, Fables de La Fontaine, bandes dessinées...). Ils manifestent un éclectisme théorique qui nous semble nécessaire pour appréhender de manière non réductrice cet objet complexe, aux multiples facettes.

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10. Interrogation rhétorique et points de vue énonciatifs (Marc Bonhomme)

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10. Interrogation rhétorique et points de vue énonciatifs

MARC BONHOMME

Université de Berne

1. Introduction

L’interrogation rhétorique est généralement traitée d’une façon sommaire dans les recherches en linguistique, à l’exception de certaines études comme celles de D. Forget (2000) ou de S. Spinola (2005). De plus, elle est souvent considérée comme une tournure énonciative facile à décrire : une pseudo-question est produite avec la valeur d’une assertion inverse et renforcée. La définition de J.-J. Robrieux (1993 : 162) : « La question rhétorique est […] une question qui n’appelle pas de réponse, autrement dit une sorte d’affirmation déguisée en question », ou celle de P. Larthomas (1998 : 101) : « L’interrogation oratoire équivaut à une assertion fortement exprimée » sont symptomatiques d’une telle approche1. Cependant, comme l’ont montré A. Berrendonner (1981), A. Borillo (1981) ou O. Ducrot (1983), l’interrogation rhétorique ne manque pas d’offrir des configurations complexes sur les plans syntaxiques ou pragmatiques. À ← 247 | 248 → partir d’un corpus littéraire représentatif, les Fables de La Fontaine, nous nous proposons de mettre en évidence deux autres facteurs à la base de la complexité de l’interrogation rhétorique : son ambiguïté discursive et surtout son énonciation feuilletée en relation avec l’éthos de ses énonciateurs.

2. L’interrogation rhétorique comme configuration discursive ambiguë

Sur le plan discursif, l’interrogation rhétorique constitue une structure ambiguë, tant en ce qui concerne sa dimension...

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