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Choricios de Gaza, « L’Apologie des mimes »

Texte, traduction française princeps et commentaire. Étude sur le mime

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Christian Pernet

L’Apologie des mimes tient une place particulière dans le corpus des œuvres de Choricios de Gaza (VIe siècle). Composée au début du règne de Justinien, cette pièce reflète des réalités contemporaines et constitue à ce titre un témoignage de première importance pour notre connaissance des mimes et du théâtre au VIe siècle en général. L’orateur présente néanmoins sa défense des mimes comme un exercice. Comment dès lors lire et interpréter ce discours ? L’Apologie des mimes se situe à la frontière des genres, entre les pièces à caractère officiel et les exercices oratoires sous forme de déclamations.

Le présent volume offre une édition nouvelle du texte grec accompagnée d’une traduction française princeps et inédite du discours. Un commentaire et une étude approfondie sur le mime permettent de comprendre les enjeux essentiels du texte. Héritière de Libanios pour son inspiration et sa structure rhétorique, L’Apologie des mimes répond également aux attaques « coutumières » des prédicateurs chrétiens, en particulier Jean Chrysostome, avec qui les correspondances sont remarquables.

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8 Les exempla dans l’Apologie des mimes

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8 Les exempla dans l’Apologie des mimes

De manière générale, les sources utilisées par Choricios pour rédiger ses différentes pièces et discours sont nombreuses. L’Apologie des mimes ne déroge pas à cette constatation. D’ailleurs, Graux fait précéder l’editio princeps des nouveaux fragments qu’il a pu y trouver, ce qui constitue déjà une indication de leur importance1. Le premier inventaire établi par Malchin a permis de préciser l’objectif poursuivi par Choricios : utebatur enim sententiis, exemplis, verbis optimorum vetustissimorumque Graecae linguae scriptorum et ex eis sua fecit quae et ad amplificandam et ornandam orationem pertinent, ita ut opera ejus quasi reddere imaginem studii quod in illis collocavit contendi possit2. Choricios possède une large culture classique, ce que prouve l’importante liste de citations que la critique a pu établir : 29 citations d’Éschine, 47 d’Aristophane, 142 de Démosthène, 274 d’Homère, et 536 de Platon !3 C’est d’ailleurs cet emploi de mythes et d’exemples païens qui a provoqué l’incompréhension de Photios : « toutefois, par je ne sais quelle négligence et irréflexion, il mêle à ses écrits des fables et des récits païens mal à propos, même parfois en traitant des sujets sacrés »4.

D’un point de vue rhétorique, Lausberg5 explique que Quintilien analyse l’exemplum – παράδειγμα sous trois angles de vue6. L’exemple a une source pour son contenu (res gesta) ; il est utile pour persuader (utilis ad persuadendum) ; sa commemoratio a une ← 369 | 370 → forme littéraire7. Contrairement à l’argument, l’exemplum trouve sa source en dehors de la cause. Les exempla peuvent alors être historiques, ou poétiques8. La commemoratio peut prendre elle la forme d’une narratio ou d’une plus brève allusion (significatio)9.

L’analyse de Lausberg nous conduit à distinguer deux grandes catégories d’exempla, historiques et mythologiques. Nous y avons adjoint deux cas particuliers, l’allusion aux courses de chars et l’évocation des comédies de Ménandre, car les deux thèmes sont présents au titre d’exemplum dans l’Apologie des mimes. Seuls sont étudiés dans ce chapitre les exempla qui présentent un intérêt particulier en raison du traitement que Choricios leur a réservé, que l’allusion soit la plus brève possible, un mot, ou constitue une narratio, comme c’est le cas pour Satyros. Lorsque cela se révèle intéressant, l’utilitas ad persuadendum de chaque exemplum traité est également mise en évidence.

8.1 Les exempla mythologiques

8.1.1 Homère et les dieux imitateurs

La première série d’exemples que Choricios avance pour défendre sa cause est de nature mythologique. Ramassés dans un seul paragraphe10, tous les exempla que nous présentons ci-après sont tirés d’Homère, quoique le poète ne soit pas mentionné par son nom. Les citations ou les épisodes suffisent à rendre leur auteur manifeste. ← 370 | 371 →

La déesse Athéna ouvre la voie des dieux imitateurs11. Choricios fait allusion au passage dans lequel Athéna prend les traits de Déiphobe pour convaincre Hector de livrer un combat singulier contre Achille : « Cependant Athéna le quitte et va trouver le divin preux Hector. De Déiphobe elle a la voix forte et la taille »12. Pour rappel, Déiphobe est le fils de Priam et d’Hécube et apparaît à plusieurs reprises dans l’Iliade13. Sous les traits de son frère, Athéna tente donc de tromper Hector pour le convaincre de combattre. Notons encore que cet exemple pourrait également avoir été inspiré par la diatribe chrétienne14, dont nous trouvons une trace chez Tatien15.

Le deuxième exemple trouve également sa source dans l’Iliade. Son contexte est également révélateur. Aphrodite, « sous les traits d’une vieille femme »16, s’approche d’Hélène pour la convaincre de rejoindre Pâris dans sa chambre. Or, Hélène reconnaît la déesse « à sa gorge splendide, à sa belle poitrine, à ses yeux fulgurants »17. Nous sommes à nouveau confrontés à une tromperie : mais cette fois, elle est mise à jour.

À la différence des deux précédents, l’Iliade est citée directement pour le troisième exemple : Poséidon, prend « les traits d’un vieillard »18. Choricios fait dans ce cas référence à un passage précis, car la formule n’apparaît nulle part ailleurs dans le corpus homérique ; elle n’est pas reprise non plus dans l’intervalle sauf chez Hésychios, où elle est glosée par l’expression πρεσβύτῃ γεγονότι19. Contrairement aux deux premiers exemples qui dans la source montrent une ← 371 | 372 → tromperie visant à duper un héros, Poséidon ne cherche ici qu’à galvaniser les troupes d’Agamemnon.

C’est encore l’Iliade qui fournit le quatrième exemple, là aussi cité directement d’après sa source. Par souci de variatio, Choricios paraphrase ici l’original Ἄρης βροτῷ ἀνδρὶ ἐοικώς20 avec l’expression Ἄρης ἀνδρὸς ἔχων ἰδέαν, tandis qu’il cite textuellement le vers λοιγὸν ἀμύνει21.

Contrairement aux premiers exempla, le dernier provient de l’Odyssée ; Antinoos, qui vient d’insulter Ulysse et de le frapper, est réprimandé pour ses agissements. Il pourrait se cacher un dieu sous les traits du vieillard : « Les dieux prennent les traits de lointains étrangers et, sous toutes les formes, s’en vont de ville en ville inspecter les vertus des humains et leurs crimes »22. Pour Choricios, il s’agit de montrer que les dieux pratiquent l’imitation, de même que les hommes. Ainsi, selon Tierney, c’est pour cette raison que notre sophiste aurait laissé tomber le dernier vers homérique23.

Cet extrait revêt également la particularité d’être cité dans la République de Platon. Le philosophe met en effet poètes et mythes sur la balance. Après avoir disserté sur des récits jugés mensongers, il promulgue une première loi : « Dieu n’est pas cause de tout, mais seulement du bien »24. Une deuxième proposition est immédiatement amenée, celle qu’un dieu ne peut se transformer lui-même et nous tromper par ses changements. Notre citation homérique vient couronner le raisonnement, mais sans le dernier vers qui est soigneusement laissé de côté. ← 372 | 373 →

Pour ce dernier exemple, nous sommes d’avis que la citation remplit une double fonction. Certes le texte est homérique et le référent primaire reste le même. Cependant, la lecture de Platon offre un parallélisme frappant. Non seulement la citation est identique avec la coupure au même endroit, mais le raisonnement même de Choricios semble imiter celui de son illustre prédécesseur. Platon utilise lui aussi dans son argumentaire une série d’exempla mythologiques, au nombre desquels figurent Protée, Thétis, « Héra métamorphosée en prêtresse qui mendie »25. Dissimulé par ses allures homériques, c’est un développement semblable à celui de Platon qui est amené par Choricios. Mais sa finalité y est opposée. Platon veut, par ses exemples, chasser les poètes de sa cité. À titre d’exemple, le raisonnement développé dans la République a été repris par Eusèbe pour montrer comment Platon « repousse la théologie des premiers poètes »26.

Choricios veut au contraire montrer que les dieux eux aussi pratiquent l’imitation. Cela lui permet d’amener l’analogie suivante : si les dieux usent de l’imitation, alors il n’est pas possible d’en faire un reproche aux hommes27. Or, à bien lire les exemples fournis par notre orateur, le verbe « imiter » n’est employé que pour le premier (μιμεῖται γὰρ Δηίφοβον μὲν Ἀθηνᾶ). Il est sous-entendu pour le deuxième (ἡ δὲ Ἀφροδίτη γυναῖκα πρεσβῦτιν). Ailleurs, c’est le verbe ἐοικέναι qui est utilisé. On ne pourra pas opposer une mauvaise compréhension ou lecture des sources. Les propos tenus dans la déclamation du Spartiate viennent le confirmer : le citoyen y accuse son contradicteur, acculé dans ses derniers retranchements, de « trouver refuge dans un usage précipité des mythes et d’affirmer que souvent les dieux ont estimé convenable de ressembler aux hommes »28. Viennent alors une série d’exemples tous tirés de l’Iliade, mais la conclusion est sans appel : ← 373 | 374 → « Mais si un amoureux des mythes suppose que les dieux ressemblent souvent aux hommes, ton erreur est pareillement maintenue »29. Ici non plus, ce n’est pas le verbe μιμεῖσθαι qui est utilisé, mais ἐοικέναι. En définitive, on voit bien comment Choricios passe d’une imitation à une similitude pour justifier son propos.

8.1.2 L’adultère dans la mythologie

Nous venons de montrer comment Choricios fait de l’imitation produite par les dieux un précédent à celle des hommes, présentée en définitive comme naturelle et normale. Dans les évocations qui suivent, la même analogie est appliquée. L’adultère des dieux précède celui des hommes, dans des récits mythologiques que les jeunes gens doivent de surcroît apprendre30. À titre d’exemple, un catalogue de personnages mythologiques adultères est présenté. Choricios commence par une triade féminine : Hélène, Clytemnestre et Pasiphaé. Le lien unissant les deux premiers personnages est facile à comprendre, puisque les deux font partie du cycle troyen et sont demi-sœurs. Hélène n’est évidemment pas citée comme exemple de vertu : le texte laisse sous-entendre que sa relation avec Pâris constitue un adultère coupable, même si elle est le fruit d’un enlèvement. Le cas de Clytemnestre est plus facile à présenter puisque dans son cas, l’adultère coupable avec Egisthe produit l’assassinat d’Agamemnon à son retour de Troie.

Le dernier exemple rappelle la passion amoureuse de Pasiphaé pour un taureau. On connaît la version du mythe transmise par la Bibliothèque où la femme de Minos demande à Dédale de lui construire une génisse en bois pour que le taureau puisse la monter31. Détaché des deux autres d’un point de vue thématique, on peut supposer que ce dernier exemplum a été inspiré par Libanios, qui en fait également usage pour présenter un exemple potentiellement négatif de ← 374 | 375 → représentation tragique32. La tragédie en question est connue : il s’agit des Crétois d’Euripide33. Un des fragments présente une plainte de Pasiphaé : la folie dont elle souffre n’est pas de sa responsabilité, mais est envoyée par Poséidon pour punir l’impiété de son père Minos34.

La liaison entre les différents exemples peut s’expliquer par une gradation. Le premier exemple présente un dénouement heureux puisque Ménélas peut revenir à Sparte avec Hélène. Le deuxième est nettement plus sombre puisque, comme nous l’avons dit, il évoque le crime crapuleux d’Égisthe et de Clytemnestre. Quant au troisième, il est à ranger dans la monstruosité, puisque l’adultère prend la forme de la zoophilie, avec l’union d’une femme et d’une bête.

Après les femmes adultères, l’orateur enchaîne avec deux exemples masculins célèbres35. Malgré la lacune dans le manuscrit, Graux identifie le premier exemple comme étant celui de Térée. D’après la Bibliothèque, Térée, après avoir épousé Procné, prétend que celle-ci est morte pour épouser Philomèle dont il est tombé amoureux. Térée abuse de Philomèle et pour lui faire garder le silence, il lui coupe la langue. Philomèle tisse alors une toile racontant ses malheurs. Procné découvre la vérité et met à mort son propre fils Itys pour se venger. Térée, fou de rage, se met à leur poursuite. Procné est transformée en rossignol, Philomèle en hirondelle, tandis que Térée est métamorphosé en huppe36. Comme pour Pasiphaé, on peut se demander si Choricios n’a pas également puisé cet exemple chez Libanios37. Celui-ci fait également allusion à une tragédie. Peut-être ← 375 | 376 → s’agit-il ici de la pièce de Sophocle intitulée Térée dont nous avons également conservé des fragments38.

Choricios termine la première partie de son catalogue avec un mythe dont la célébrité n’est pas à démontrer. Avec l’allusion à Œdipe, on franchit encore un pas dans la gradation des exemples, puisque l’adultère se double d’une relation incestueuse. La formulation finale souligne avec vigueur le paradoxe que revêt cette situation : par son acte, Œdipe devient à la fois le frère et le père de ses enfants39.

8.1.3 Archiloque ?

Les paragraphes que nous venons de commenter énumèrent une série d’adultères mythologiques respectivement féminins (§ 36) puis masculins (§ 37), avec dans chaque série une gradation vers un dernier exemple monstrueux (Pasiphaé) ou incestueux (Œdipe). Le catalogue mythologique se poursuit (§ 39) avec les Ὁμήρου μῦθοι et le fameux exemple d’Arès et Aphrodite. Intercalée dans le cours de ce raisonnement, l’allusion à Archiloque (§ 38) est difficile à justifier d’un point de vue strictement thématique. Archiloque n’est évidemment pas un personnage mythologique. Les fragments conservés ne présentent pas la thématique de l’adultère. Celle-ci apparaît uniquement dans un témoignage de Critias que nous a transmis Élien. Selon ce texte, Archiloque avoue lui-même être un adultère : « En plus de cela, dit-il (Critias), nous ne saurions pas qu’il était adultère à moins de l’apprendre chez lui »40.

On pourrait déceler ici, comme le fait Stephanis, une allusion au programme des auteurs étudiés à Gaza à l’époque de Choricios41. Les exemples des paragraphes précédents feraient référence aux ← 376 | 377 → poètes tragiques tandis que celui du suivant représente les épopées homériques.

Ici, il semble bien qu’Archiloque ne soit mentionné que pour son αἰσχρολογία42. En tout cas, cette violence d’Archiloque est connue et renommée, puisque Pindare fait du poète un parangon de médisance :

Mais pour moi, je dois fuir la médisance à la dent insatiable. J’ai vu – quoique de bien loin – Archiloque l’insulteur lutter sans cesse avec la misère et ne s’engraisser que de haines farouches.43

Enfin, il faut se poser la question de savoir si Choricios a pu consulter les poèmes d’Archiloque directement ou si sa connaissance en est indirecte44. Car à part Pindare, les lyriques sont presque totalement absents du corpus de Choricios45. Comme Schneider l’a proposé, le passage est peut-être une réminiscence littéraire de Plutarque, qui mentionne Archiloque parmi les poètes capables de charmer le lecteur et dissocie le plaisir de la lecture du jugement moral à porter sur l’écrivain46.

8.1.4 L’adultère chez Homère

Un mot (εἶεν) suffit à clore la parenthèse sur Archiloque, tandis que le raisonnement est relancé par une question oratoire demandant que faire des mythes homériques. L’exemplum, tiré de l’Odyssée47, narre les aventures d’Arès et d’Aphrodite et leur union adultère découverte par Héphaïstos48. Le choix réalisé par Choricios n’a rien ← 377 | 378 → d’anodin. L’anecdote figure déjà dans la République de Platon. Pour montrer que certains passages doivent être écartés de la poésie parce qu’ils ne disposent pas le jeune homme à la maîtrise de lui-même49, le philosophe avance comme exemple qu’« Arès et Aphrodite furent enchaînés par Héphaïstos pour des faits du même genre »50. La suite du texte de Choricios se situe dans la même ligne puisque notre orateur fait explicitement référence aux jeunes hommes préparés à déclamer ces mythes51.

Selon les sources, l’épisode fait partie des thèmes mythologiques favoris de la pantomime52. Lucien en livre une représentation qui fait, selon lui, sensation auprès du public et plus particulièrement de Démétrios le Cynique53. La diatribe chrétienne fait également allusion à cet épisode mythologique quand il s’agit de dénoncer le caractère nuisible des spectacles. Ainsi, Jacques de Saroug : « Consentez-vous à chérir des dieux qui aiment l’adultère ? […] est-ce que ton oreille est encline à obtenir la nouvelle que l’adultère tombe sur la maison de Zeus ? Es-tu croyant quand tu en apprends sur la déesse qui commit l’adultère ? Est-il bon pour toi d’entendre que le zèle pour l’adultère prévaut chez les dieux ? »54. Les propos du polémiste chrétien montrent à nouveau la popularité du thème de l’adultère, mais également l’importance de l’épisode mythologique qui fait l’objet de notre développement. Il suffit en effet d’évoquer « la déesse qui commit l’adultère » pour que l’on puisse reconnaître une allusion aux aventures d’Arès et Aphrodite. ← 378 | 379 →

8.2 Les exempla historiques

8.2.1 Sophron à la chandelle

Le premier exemple à nature historique évoqué dans l’Apologie des mimes a pour sujet Sophron55. Choricios le présente comme un auteur dont la poésie porte le nom de « mimes »56. La Souda nous apprend que Sophron est un auteur de mimes contemporain d’Euripide et que ses œuvres portent le titre de μῖμοι ἀνδρεῖοι et de μῖμοι γυναικεῖοι et sont rédigées en dialecte dorien57, ce que confirme un sillybos mentionnant Σώφρονος μῖμοι γυναικεῖοι58. Cette différenciation dans les genres de mimes rédigés par Sophron permet d’expliquer la même distinction présente chez Choricios entre imitation d’hommes et de femmes59.

Il est intéressant de rapprocher le passage d’Athénée citant Aristote : « Par conséquent, ne dirons-nous pas non plus que lesdits mimes de Sophron, composés en mètres sont des discours en prose et des imitations »60. Dans ce texte, la notion d’imitation est intimement liée aux textes de Sophron. Le passage provient, aux dires d’Athénée, du περὶ ποιητῶν d’Aristote. Comme l’a noté Janko, Aristote devait y lancer une attaque contre Platon, dont il compare les dialogues aux mimes ← 379 | 380 → de Sophron, en ajoutant que le premier auteur de dialogues fut de toute façon Alexamène de Téos (et non Platon !)61. Le fait que c’est bien au titre de poète que Sophron est cité chez Aristote est d’ailleurs confirmé par l’écho de Philodème dans son traité Sur les Poèmes62.

Selon Choricios, l’admiration de Platon pour les mimes de Sophron est telle qu’il décide de l’introduire à Athènes63. Les mimes de Sophron sont même présentés comme le livre de chevet de Platon64. Dans la version de notre auteur, non seulement Platon passe sa journée entière à la lecture de Sophron, mais glisse dans sa couverture un exemplaire pour l’avoir à portée de main la nuit65. Comme le note Riginos, l’anecdote est volontairement caricaturale, afin d’en renforcer l’effet. Jamais Platon ne cite Sophron, ni même ne cite son nom66. La mention la plus ancienne de cet épisode peut être lue chez Douris, cité par Athénée ; selon Douris, Platon avait toujours dans la main (αἰεὶ διὰ χειρός) les mimes de Sophron67. Le récit de Diogène Laërce témoigne quant à lui d’une version plus proche de notre texte : « Platon fut aussi, paraît-il, le premier à faire venir à Athènes les livres comportant les œuvres de Sophron, l’auteur de mimes qu’on avait jusque-là négligés, et à s’inspirer des personnages inventés par cet auteur ; et ces livres, on les trouva sous son oreiller »68. Cet épisode a joui d’une grande popularité ; outre l’article de la Souda cité ci-dessus, on peut également le lire chez ← 380 | 381 → Hésychios69 ou encore Olympiodore chez qui Aristophane est joint à Sophron70. Les écrivains latins semblent également avoir connu cette anecdote célèbre71 citée par Valère Maxime72 et Quintilien73.

L’épisode permet d’effectuer un rapprochement intéressant. En effet, les mimes auraient donné naissance au genre dialogique. Un premier élément dans ce sens a été donné par Aristote : « En effet, nous n’avons pas de terme commun qui s’appliquerait à la fois aux mimes de Sophron et de Xénarque et aux dialogues Socratiques »74. Dans les prolégomènes anonymes néoplatoniciens, on trouve un témoignage plus direct : « Platon imita aussi Sophron l’auteur des mimes, comme s’il désirait mener à la perfection son art de l’imitation. Écrire des dialogues amène en effet, à imiter des personnages »75. Preuve de sa célébrité, on retrouve cette idée chez Jean Tzetzes, au XIe siècle : Ἐκ μίμων δὲ τοῦ Σώφρονος μιμεῖται διαλόγους. | Ὁ Σώφρων ὅσα γράφει γαρ εἰσὶ τῶν ἀμοιβαίων, | ἐρώτησιν, ἀπόκρισιν, σύμπαντα κεκτημένα76. ← 381 | 382 →

8.2.2 Satyros au banquet

L’exemplum de Satyros tient une place particulière dans le développement de l’argumentation. Notre orateur n’évoque pas simplement Satyros ; il a calqué son anecdote sur son modèle Démosthène pour nous en offrir une paraphrase. Avant toute chose, il convient de présenter l’original. À l’aide d’une analyse comparative, nous allons ensuite présenter la paraphrase réalisée par Choricios. Nous pourrons ainsi mettre en évidence la fonction de cette narration dans l’Apologie des mimes.

8.2.2.1 L’original

L’original qui constitue notre modèle est tiré de Démosthène, Discours sur les forfaitures de l’ambassade, 192–195. La scène a lieu en 348, lors des fêtes Olympiennes données à Dion pour la prise d’Olynthe par Philippe. Ayant convié les artistes pour un concours, le roi distribue des couronnes lors d’un banquet et laisse chacun lui faire une demande. Mais, un acteur de comédie nommé Satyros demeure silencieux. Philippe s’inquiétant de cette attitude, Satyros lui rétorque alors n’avoir besoin d’aucun des présents que recherchent les autres. Piqué, Philippe s’engage à accorder à Satyros ce qu’il désire. Ce dernier demande alors la libération des filles d’Apollophane, un meurtrier d’Alexandre, frère de Philippe. Devant cette demande audacieuse, Philippe ne peut refuser et libère les jeunes femmes.

À ce stade, trois remarques s’imposent. Les Olympiennes dont il est question ici n’ont rien à voir avec les jeux Olympiques. La scène se déroule à Dion, ville de Piérie, sise au pied de l’Olympe qui est un des centres religieux principaux de Macédoine77. Les jeux Olympiens y ont été institués par Archélaos, puis renouvelés, par exemple par Alexandre le Grand en 335. Comme Diodore de Sicile le précise, il s’agit bien de concours scéniques, σκηνικοὶ ἀγῶνες78. ← 382 | 383 →

Quant à Satyros, c’est un acteur comique79 qui remporta sa première victoire aux Lénéennes de 375 av. J.-C et qui aurait plus de six victoires à son actif80. Selon Athénée, il serait originaire d’Olynthe81. Il est encore possible que le Satyros dont il est fait mention dans la vie de Démosthène soit le même personnage. L’acteur serait venu donner des leçons de récitations à l’orateur, et ce dernier, selon Plutarque, aurait fait construire un souterrain pour s’entraîner82.

Enfin, on trouve le pendant de cette histoire dans la réplique d’Éschine qui qualifie le procédé utilisé par Démosthène d’« artifices abominables dont cet homme fait profession devant la jeunesse et qu’il déploie aujourd’hui contre moi »83. Il met en évidence pour sa défense, le fait qu’Aristophane n’ait pas apporté son témoignage aux faits rapportés par Démosthène84.

8.2.2.2 La paraphrase

Une analyse comparative du récit de Démosthène et de l’anecdote rédigée par Choricios permet de mettre en évidence à quel point les deux textes sont semblables. De manière générale, le second en a simplement réduit la longueur pour mieux l’insérer dans le discours. Cela répond également au principe de l’émulation tel que décrit par Quintilien : « Et je ne veux pas que la paraphrase se réduise à une simple interprétation, mais qu’il y ait autour des mêmes pensées, ← 383 | 384 → lutte et émulation »85. Voici quelques exemples où la parenté et l’emprunt sont évidents :

Chor., Apol. mim., 44Dem., Fals. Leg., 192–193
Ἐπεὶ οὖν εἷλεν Ὄλυνθον Φίλιππος, ἑορτὴν ἦγεν Ὀλύμπια καὶ πάντας μὲν τοὺς τεχνίτας εἱστία, στεφάνοις δὲ τοὺς νενικηκότας ἐτίμα.Ἐπειδὴ γὰρ εἷλεν Ὄλυνθον Φίλιππος, Ὀλύμπι’ ἐποίει, εἰς δὲ τὴν θυσίαν ταύτην καὶ τὴν πανήγυριν πάντας τοὺς τεχνίτας συνήγαγεν. Ἑστιῶν δ’ αὐτοὺς καὶ στεφανῶν τοὺς νενικηκότας.

Ce qui frappe dans ce premier exemple, c’est la construction identique utilisée comme pour mieux nous introduire dans l’anecdote. Dès la fin de la phrase, Choricios prend en revanche ses distances avec son modèle.

Voici un autre exemple :

Chor., Apol. mim., 45Dem., Fals. Leg., 193
Φιλίππου δὲ πυθομένου, τί δὴ τῶν ἄλλων αἰτούντων, ὅ τι βούλοιτο ἕκαστος, μόνος οὐδὲν ἐπαγγέλλεται, οὐ μικροψυχίαν, ἔφη, σοῦ τινα καταγνούς – ἡ γάρ σοι τῶν δωρεῶν πολυτέλεια πρέπουσά ἐστι βασιλεῖ καὶ Ὀλυμπίων ἀγῶνι –, δέδοικα μέντοι, μὴ διαμάρτω.ἤρετο Σάτυρον τουτονὶ τὸν κωμικὸν ὑποκριτήν, τί δὴ μόνος οὐδὲν ἐπαγγέλλεται; ἤ τιν’ ἐν αὐτῷ μικροψυχίαν ἢ πρὸς αὑτὸν ἀηδίαν ἐνεορακώς; εἰπεῖν δή φασι τὸν Σάτυρον ὅτι, ὧν μὲν οἱ ἄλλοι δέονται, οὐδενὸς ὢν ἐν χρείᾳ τυγχάνει, ἃ δ’ ἂν αὐτὸς ἐπαγγείλαιθ’ ἡδέως, ῥᾷστα μέν ἐστιν Φιλίππῳ δοῦναι καὶ χαρίσασθαι πάντων, δέδοικε δὲ μὴ διαμάρτῃ.

On peut constater que les mêmes éléments se retrouvent, avec notamment la μικροψυχία dont ferait preuve Philippe. Comme dans le premier exemple, une certaine forme de variatio a été appliquée. Le discours de Satyros qui est simplement rapporté chez Démosthène passe à la première personne dans notre texte : Satyros prend la parole pour présenter lui-même sa demande. ← 384 | 385 →

Nous pouvons encore mettre les éléments suivants en parallèle :

Chor., Apol. mim., 47Dem., Fals. Leg., 194–195
τῆς γὰρ Ἀπολλοφάνους φιλίας οὐδὲ τεθνεῶτος ἐπελανθάνετο, τὰς ἐκείνου δὲ θυγατέρας – καὶ γὰρ ἔτυχε ταύτας αἰχμαλώτους Φίλιππος ἔχων – ἠξίου λαβεῖν ἐπαγγειλάμενος, εἰ λάβοι, προῖκα προσθεὶς ἐκδιδόναι· ἤδη γὰρ ἀνδρὸς ἦσαν ὡραῖαι.[…] εἰπεῖν φασιν αὐτὸν ὅτι ἦν αὐτῷ Ἀπολλοφάνης ὁ Πυδναῖος ξένος καὶ φίλος, ἐπειδὴ δὲ δολοφονηθεὶς ἐτελεύτησεν ἐκεῖνος, φοβηθέντες οἱ συγγενεῖς αὐτοῦ ὑπεξέθεντο τὰς θυγατέρας παιδί’ ὄντ’ εἰς Ὄλυνθον. « αὗται τοίνυν τῆς πόλεως ἁλούσης αἰχμάλωτοι γεγόνασι καὶ εἰσὶν παρὰ σοί, ἡλικίαν ἔχουσαι γάμου. ταύτας, αἰτῶ σε καὶ δέομαι, δός μοι. βούλομαι δέ σ’ ἀκοῦσαι καὶ μαθεῖν οἵαν μοι δώσεις δωρειάν, ἂν ἄρα δῷς· ἀφ’ ἧς ἐγὼ κερδανῶ μὲν οὐδέν, ἂν λάβω, προῖκα δὲ προσθεὶς ἐκδώσω, καὶ οὐ περιόψομαι παθούσας οὐδὲν ἀνάξιον οὔθ’ ἡμῶν οὔτε τοῦ πατρός ».

La différence de longueur frappe de prime abord, mais on remarque bien les éléments conservés : l’amitié d’Apollophane, ses filles retenues prisonnières en âge de se marier et promesse de dot qui en découle. À noter à nouveau l’inversion de style : alors que Démosthène fait glisser son récit au discours direct, Choricios revient à un récit à la troisième personne.

8.2.2.3 Valeur textuelle

Pour définir la fonction du passage dans notre texte, il faut définir celle qu’il revêt chez Démosthène : il s’agit d’un récit, ce que la scholie au passage précise clairement avec l’expression διηγηματικὸν χωρίον86. Au début du paragraphe 192, Démosthène cherche en effet à discréditer son contradicteur et adversaire Éschine :

Pour que vous sachiez que, parmi les gens qui sont allés trouver Philippe, non seulement à titre officiel, mais à titre privé, ces individus ont été de tous ← 385 | 386 → les plus vils et les plus criminels, entendez quelques mots que je vais dire, bien qu’ils n’aient pas rapport à cette ambassade87.

Et c’est ainsi que le personnage de Satyros est introduit, pour montrer la sagesse d’un acteur, alors qu’Éschine a dû tenir les troisièmes rôles dans des représentations pour gagner son pain. Tout est minutieusement mis en scène pour que Satyros apparaisse comme une personnalité pleine de sagesse et de bon sens. Tout acteur qu’il est, il fait la demande la plus audacieuse, mais aussi la plus humaine : doter des jeunes filles pour les marier. La comparaison avec la jeune femme qui aurait été battue lors du banquet auquel Éschine avait participé est éloquente : « L’ivresse de cet être ordurier est effrayante »88, conclut Démosthène. Ainsi, la sagesse de l’acteur comique Satyros est mise en forte opposition avec le tempérament d’Éschine, dépeint comme un ivrogne qui fait battre une femme, parce que celle-ci, par pudeur, refuse de s’exécuter. Pour Paulsen, ce passage sert de « positive Kontrastfolie »89 au personnage d’Éschine. Comme l’a fait remarquer Frazier, la mise en scène de ce moment d’égarement d’Éschine est un « prélude au grand développement sur l’immoralité de son adversaire »90. Notons enfin que le caractère caricatural et fallacieux de l’épisode aurait plutôt desservi les intérêts de Démosthène.

8.2.2.4 Le choix du passage

Le récit que nous venons d’analyser était un modèle présenté comme tel dans les théories sur la rhétorique. Ainsi, Aelius Théon, dans ses Progymnasmata en fait un exemple de récit : « On trouvera aussi dans le Sur l’ambassade infidèle de Démosthène le récit simple et élégant des jeux Olympiques célébrés par Philippe après la prise ← 386 | 387 → d’Olynthe »91. Pour Rufus, c’est l’exemple même de la παραδιήγησις, digression narrative92.

On trouve aussi mention de cet épisode chez Hermogène : « Démosthène a fait un emploi captieux de cette antithèse, en opposant à un fait vrai un fait mensonger ; ainsi, dans le Sur l’ambassade, il présente le banquet qu’offrit Philippe aux vainqueurs olympiques et la conversation que celui-ci eut avec Satyros, l’acteur comique, et il charme tant ses auditeurs qu’il croient assister au banquet ; ensuite, il y oppose mensongèrement un deuxième banquet auquel aurait assisté Éschine et qui n’a jamais existé ; son but est que les juges, charmés par les premiers propos, croient aussi aux suivants comme pareillement vrais »93.

C’est là que se situe la grande divergence entre les deux discours. Là où Démosthène oppose deux banquets pour donner un contraste, Choricios n’a gardé que la première partie du récit pour présenter un acteur comique en pleine possession de ses moyens94. À la lecture de cet exemple, on ne saurait déprécier le métier de mime et reléguer ses adeptes au ban de la société. ← 387 | 388 →

8.2.3 L’image de Philippe dans l’Apologie des mimes

8.2.3.1 Présentation générale du passage (§ 60–67)

Après un argument roulant sur l’amour de l’empereur pour les mimes, Choricios revient sur l’image de Philippe, accusé, de s’être entouré de mimes et d’en avoir fait ses proches alors que la région est en temps de guerre95. Choricios défend le point de vue de Philippe en montrant qu’il est possible d’aimer les bouffonneries. Il montre également que l’accusation portée concernait le fait de fréquenter les mimes, non le spectacle. Dans la suite, notre orateur va même renverser l’accusation en affirmant que Philippe est un argument en faveur des mimes et non contre eux96. Si Philippe est paresseux, les mimes dont il s’entoure doivent également l’être. Mais ce n’est pas le cas : puisque Philippe a sacrifié son intégrité corporelle pour assurer sa gloire, alors les mimes ne sauraient être vils. L’image finale va même jusqu’à opérer un renversement total de situation : les ambassadeurs athéniens sont sous le charme de Philippe, présenté comme un fin négociateur, modèle de l’ardeur à l’effort et de l’affabilité97.

8.2.3.2 Philippe de Macédoine et son entourage

L’analyse sommaire posée, il est nécessaire de présenter les sources du passage. L’image initiale est tirée de la Deuxième Olynthienne. Croiset situe le discours dans l’année 349 av. J.-C. alors qu’une nouvelle ambassade olynthienne est venue à Athènes demander du secours98. Comme l’a noté Libanios dans son ὑπόθεσις, les Athéniens avaient déjà décidé de porter secours aux Olynthiens99. Et Démosthène qui ← 388 | 389 → agit ici en conseiller du peuple athénien apporte son soutien aux ambassadeurs, en insistant sur une idée : « Je dis qu’il faut expédier du secours aux Olynthiens – plus ce secours sera important et prompt, mieux cela vaudra »100. Pour arriver à ses fins, Démosthène cherche à rassurer les Athéniens en dépréciant leur adversaire, Philippe, et en montrant toute la fourberie du personnage dont les mensonges se sont retournés contre lui101. L’entourage de Philippe est à ce titre l’objet des attaques de l’orateur athénien :

Que lui reste-t-il donc ? Des pillards, des flatteurs, des gens capables de se livrer, quand ils sont ivres à des danses que je n’ose nommer devant vous. Et s’il faut une preuve de la vérité de ces assertions, la voici. Des hommes que tout le monde repoussait comme plus éhontés encore que des bateleurs, un Callias, cet esclave public, d’autres du même acabit, des bouffons des auteurs de chansons obscènes qu’ils composent pour faire rire un public à leurs dépens, tels sont ceux qu’il goûte et dont il fait sa société.102

Preuve de l’assertion de l’orateur athénien en sont les témoignages de Théopompe de Chios (378–320 av. J.-C.)103. Dans ses fragments, l’historien dresse un tableau identique à celui que nous venons de présenter. Allant même plus loin que Démosthène, Théopompe va jusqu’à affirmer que l’entourage peu recommandable de Philippe avait même la fonction d’un conseil :

Le Μacédonien (scil. Philippe) avait toujours dans son entourage des hommes de ce genre avec lesquels il passait le plus clair de son temps par amour du vin et des bouffonneries, et dans ses délibérations sur les sujets les plus importants, il était conseillé par eux.104 ← 389 | 390 →

Pour Théopompe, cette compagnie des bouffons tient au naturel bouffon de Philippe en personne :

De nature bouffonne, il s’enivrait quotidiennement et avait de la joie dans les activités qui tendent vers ces plaisirs et avec les hommes que l’on dit doués pour dire et faire des bouffonneries.105

Pour nos deux sources, les fréquentations du Μacédonien sont donc la preuve évidente de la dépravation de ses mœurs : le dernier extrait met même clairement en évidence le naturel de Philippe, qui explique ses fréquentations.

8.2.3.3 L’éloge de Philippe

Choricios va donc, pour démonter le préjugé négatif qui pèse sur les danseurs, mimes et autres bouffons, reverser l’image d’un personnage précédé d’une réputation hautement défavorable. Une allusion à Isocrate fait office de premier argument (§ 60). Or, l’orateur athénien n’est pas cité nommément. Une périphrase efface le nom d’Isocrate et le présente comme l’éducateur de Démosthène. Cela laisse supposer que Choricios a consulté Plutarque. Ce dernier rapporte en effet que, ne pouvant payer les dix mines de salaire que demandait Isocrate, Démosthène aurait obtenu de Callias de Syracuse les Ἰσοκράτους τέχναι106. Carlier relève avec raison les doutes de Plutarque lui-même107, qui a lu chez Hermippe que Démosthène aurait plutôt eu Platon pour maître108. ← 390 | 391 →

Or, l’oeuvre d’où est tirée l’allusion contient une périphrase mentionnant le fils d’Hipponicos. Tout suggère donc de l’identifier avec les Conseils à Démonicos. Voici le passage en question : « ne prends pas non plus un air sérieux quand ton entourage est gai, ne te plais pas aux plaisanteries lorsqu’il est triste, les fautes de tact blessent toujours »109. Il s’agit de montrer que Philippe peut lui aussi profiter des bouffonneries des mimes, si l’occasion se présente à lui.

Le discours opère ensuite un retour à l’idée de départ. Ce n’est pas le spectacle des mimes qui est l’objet du blâme, mais le fait que ceux-ci constituent l’entourage proche de Philippe (§ 61). Le paragraphe suivant (§ 62) marque un véritable retournement de situation. S’inspirant très probablement de la République de Platon110, Choricios veut montrer que la vérité a plus de valeur que l’argument d’autorité avancé avec Démosthène.

Comme l’a montré Milazzo, Choricios cherche à justifier la position intransigeante de Démosthène envers Philippe111. D’une part, l’orateur athénien s’adressait en tant que conseiller à une assemblée découragée par les succès macédoniens, ce qu’avait bien mis en exergue Libanios qui avait parfaitement compris l’enjeu essentiel de la Deuxième Olynthienne112 : « Démosthène monte à la tribune et s’efforce de rassurer le peuple en lui montrant quelle est la faiblesse réelle du Macédonien »113. ← 391 | 392 →

D’autre part, la haine contre Philippe constitue l’essentiel de la harangue. Carlier résume bien les choses en affirmant que « Démosthène consacre l’essentiel de sa Deuxième Olynthienne à montrer que la puissance de Philippe est fragile. Philippe a constitué son empire par le parjure et le mensonge »114. Cette haine de Démosthène pour Philippe est d’ailleurs si forte qu’Éschine n’hésite par à qualifier son adversaire à trois reprises de μισοφίλιππος115.

Selon Choricios, Philippe n’est pas un argument contre les mimes, mais bien pour les mimes. Loin de réfuter l’association entre les mimes et Philippe, Choricios va choisir le parti de Philippe, en développant un « excursus encomiastique »116, dont la facture est purement sophistique. Si Philippe est cet homme oisif par excellence, alors il serait lui-même une preuve du caractère vil des mimes. La thèse qui soutient le raisonnement est la suivante : « On aime vivre avec qui a même naturel que soi »117. On peut faire remonter cette allusion au Phénix d’Euripide dont la réplique est la suivante : « [un homme] ressemble à ceux en compagnie desquels il se plaît »118. Le principe du « qui se ressemble s’assemble » contenu dans le fragment a connu une belle postérité et les reprises en sont nombreuses119.

Mais le contexte d’apparition semble plutôt indiquer que la source de notre orateur est à chercher du côté d’Éschine ou de Démosthène, car les deux font un usage particulier de cette même citation. Dans le Contre Timarque, Éschine donne la réplique à la graphê-presbeias intentée par Démosthène. Comme Carlier l’a souligné, Éschine veut démontrer que Timarque « n’a pas la qualité pour intenter un procès parce qu’il s’est prostitué dans sa jeunesse et tombe donc dans un des cas d’indignité civique »120. La citation d’Euripide est utilisée ← 392 | 393 → pour montrer à quel point le naturel de Timarque est mauvais ; cela est dû aux mauvaises fréquentations du personnage :

Examinez, Athéniens, les pensées qu’exprime le poète (scil. Euripide). Il déclare qu’il a déjà été juge de bien des litiges, comme vous l’êtes maintenant, et que pour juger il se fonde, non sur des témoignages, mais sur les mœurs et les relations de l’inculpé, en considérant quelle est sa conduite au jour le jour, comment il administre son bien […] quels sont les gens qu’il fréquente de préférence.121

Démosthène réutilise également cette citation dans son plaidoyer Sur les forfaitures de l’ambassade pour renvoyer la balle à Éschine qui a fréquenté Philocrate122 pendant l’ambassade et est accusé d’avoir touché de l’or comme lui123. Chez Choricios, l’association du même au même se fait entre Philippe et sa société. Alors que Démosthène blâme Philippe à cause de sa fréquentation des mimes, Choricios, prenant le même exemple, opère un tour de force pour présenter l’argument contraire : Philippe est un modèle de vertu, prêt à tout sacrifier. Partant du même principe, les mimes qu’il fréquente ne peuvent donc que lui ressembler. Autrement dit, Démosthène attire la mauvaise réputation des mimes sur Philippe tandis que Choricios présente toutes les qualités de Philippe pour les associer aux mimes.

Le paragraphe suivant fait étalage du sacrifice auquel Philippe a consenti. L’expression κατὰ τὴν αὐτοῦ <τοῦ> δυσμενοῦς μαρτυρίαν montre bien que le point de vue adopté est celui de son ennemi, en l’occurrence Démosthène. Pour Milazzo, cela renforce subitement ← 393 | 394 → le ton sophistique de l’éloge paradoxal mis en œuvre par notre orateur, souligné par la triple opposition lexicale des paragraphes 63–64 (ἀργία τρυφή αἰσχύνη / εὔκλεια δόξα εὐδοξία)124. De manière générale, Choricios semble pour tout ce passage avoir composé un véritable centon constitué d’une mosaïque de citations démosthéniennes125. Ainsi, un premier parallèle montre comment Choricios a intégré le texte de la Deuxième Olynthienne :

Chor., Apol. mim., 64Dem., Ol. II, 15
ἐπεὶ δὲ τὴν δόξαν ἀντὶ τοῦ ζῆν ἀσφαλῶς ᾕρητο κατὰ τὴν αὐτοῦ τοῦ δυσμενοῦς μαρτυρίαν […]ἀλλ’ ὁ μὲν δόξης ἐπιθυμεῖ καὶ τοῦτ’ ἐζήλωκε, καὶ προῄρηται πράττων καὶ κινδυνεύων, ἂν συμβῇ τι, παθεῖν, τὴν τοῦ διαπράξασθαι ταῦθ’ ἃ μηδεὶς πώποτ’ ἄλλος Μακεδόνων βασιλεὺς δόξαν ἀντὶ τοῦ ζῆν ἀσφαλῶς ᾑρημένος.

Démosthène ne voit dans l’attitude de Philippe que le résultat de son ambition dévorante. Celle-ci est soumise ensuite au feu de sa critique. Ainsi, ses sujets ne partagent pas les mêmes sentiments. Choricios, lui, réutilise le matériau à des fins encomiastiques, pour mettre en relief l’εὐδοξία de Philippe, qui ne peut pas être en opposition avec le caractère ἄδοξος des mimes.

Le maillage de citations démosthéniennes continue dans la suite du texte de Choricios qui est tirée du paragraphe 67 du discours Sur la Couronne. À nouveau, la comparaison des textes démontre bien leur parenté et la manière dont notre sophiste a intégré les éléments de son modèle dans son discours : ← 394 | 395 →

Chor., Apol. mim., 64Dem., Cor., 67
ἐπεὶ δὲ τὴν δόξαν ἀντὶ τοῦ ζῆν ἀσφαλῶς ᾕρητο κατὰ τὴν αὐτοῦ τοῦ δυσμενοῦς μαρτυρίαν καὶ πᾶν ὅπερ ἤθελε μέρος ἡ τύχη τοῦ σώματος ἑτοίμως ἐκείνῃ προεῖτο, ὥστε τῷ λοιπῷ σεμνῶς βασιλεύειν.ἑώρων δ’ αὐτὸν τὸν Φίλιππον, πρὸς ὃν ἦν ἡμῖν ὁ ἀγών, ὑπὲρ ἀρχῆς καὶ δυναστείας τὸν ὀφθαλμὸν ἐκκεκομμένον, τὴν κλεῖν κατεαγότα, τὴν χεῖρα, τὸ σκέλος πεπηρωμένον, πᾶν ὅ τι βουληθείη μέρος ἡ τύχη τοῦ σώματος παρελέσθαι, τοῦτο προιέμενον, ὥστε τῷ λοιπῷ μετὰ τιμῆς καὶ δόξης ζῆν.

L’exemple cité ci-dessus fait état des blessures de Philippe126 : selon Démosthène, l’homme a sacrifié son œil, sa clavicule, son bras et sa jambe sur l’autel de sa gloire personnelle. Ce motif est également présent dans la Réplique à la lettre de Philippe attribuée à Démosthène, dans laquelle le roi de Μacédoine « se jette si allègrement dans les dangers (φιλοκίνδυνον) que, pour agrandir son empire, il s’est fait cribler de blessures en combattant »127. Plus récemment, Riginos a fait un état de la question, en inventoriant la majorité des textes relevant de la tradition des blessures de Philippe de Macédoine128. L’auteur relève en particulier l’importance du passage Sur la Couronne. L’image du corps du roi de Macédoine mis à mal est une source d’inspiration pour tous ceux qui fabriquent du matériel biographique au sujet des blessures de Philippe129. C’est clairement le cas dans notre texte, mais Riginos n’opère pas ce rapprochement.

Le dernier élément de notre mosaïque est constitué du participe ἠκρωτηριασμένος130. Ce dernier doit également avoir été relevé par Choricios dans le discours Sur la Couronne 296, puisque c’est la ← 395 | 396 → seule autre utilisation du terme au participe parfait passif131. Le seul paragraphe 64 fait donc référence à la Deuxième Olynthienne, ainsi qu’à deux passages du discours Sur la Couronne, Choricios faisant fi de toute chronologie puisque le second discours date de 330132.

L’excursus encomiastique de Choricios se poursuit au paragraphe 65, dont le contenu est uniquement sophistique. Si la gloire doit être préférée au salut, comme c’est le cas pour Philippe, il faut également prendre part au repos offert par les mimes133. Cela permet d’aboutir à la conclusion de cet éloge, mis dans la bouche des ambassadeurs athéniens.

La scène mentionnée par Choricios est liée à la première ambassade dépêchée par Athènes en 346 av. J.-C. Contrairement aux témoignages précédents où notre orateur se calque presque exclusivement sur les discours de Démosthène – l’orateur athénien est à ce titre mentionné à deux reprises nommément (§ 60, 62), et une fois sous le couvert d’une paraphrase (§ 64) – c’est cette fois-ci du côté de son éternel rival, Éschine, qu’il faut chercher notre source. Ce dernier narre avec précision la première ambassade athénienne134. Reçus à Pella en présence du Macédonien, les ambassadeurs prennent la parole par rang d’âge. Éschine prend la parole en avant-dernier, tandis que son rival parle le dernier. Selon Éschine, Démosthène aurait été complètement ridicule, bafouillant quelques mots après un exorde diffus et s’arrêtant net alors qu’Éschine met en valeur la qualité de son propre exposé. Ainsi, lorsque Philippe répond aux différents ambassadeurs, pas un mot n’est adressé à Démosthène qui « étouffe de dépit », comme le souligne Carlier135. Sur le chemin du retour, Démosthène change d’attitude, « de la façon la plus inattendue, prend ← 396 | 397 → le ton aimable »136. Il reconnaît même en Philippe « l’homme au monde le plus merveilleusement doué »137. Quant à Ctésiphon « qui était le plus âgé de nous tous, [il] exagérait sa vieillesse et le nombre de ses années pour nous assurer que dans une existence d’une aussi longue durée, jamais il n’avait vu un homme aussi agréable et séduisant »138. Lors du rapport de l’ambassade devant l’assemblée du peuple, le même Ctésiphon fait même l’éloge « de la beauté du prince et de ses brillantes qualités de convive »139.

Tous les éléments mentionnés ci-dessus se retrouvent dans le désordre dans l’Apologie. Le tableau comparatif ci-dessous met en évidence comment notre orateur a travaillé sur ses sources :

Chor., Apol. mim., 66Aeschin., Amb., 41
τοιγαροῦν τῶν Ἀθηναίων οἱ πρέσβεις, οὓς ὑπὲρ εἰρήνης ἡ πόλις ἀπέστειλεν, οὐ τὴν ἐν τοῖς πράγμασι μόνον Φιλίππου δεινότητα θαυμάσαντες ἐπανῆλθον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν τοῖς πότοις αὐτοῦ δεξιότητος ἀγασθέντες, ὥστε τὸν ἐν ἐκείνοις πρεσβύτατον εἰπεῖν, ὡς τυγχάνοι μὲν εἰς μακρὸν ἤδη γῆρας ἐλάσας, οὔπω δὲ οὕτως ἡδὺν καὶ ἀστεῖον ἑωρακὼς εἴη.τὸν δὲ Φίλιππον τῶν ὑπὸ τὸν ἥλιον ἀνθρώπων ἔφη πάντων εἶναι δεινότατον.
Aeschin., Amb., 47

καὶ τῆς ἰδέας αὐτοῦ καὶ τῆς ἐν τοῖς πότοις ἐπιδεξιότητος.
Aeschin., Amb., 42

Κτησιφῶντος δέ, ὅσπερ ἦν ἡμῶν πρεσβύτατος, ὑπερβολήν τινα ἑαυτοῦ παλαιότητος καὶ πλήθους ἐτῶν εἰπόντος, καὶ προσθέντος ὡς ἐν τοσούτῳ χρόνῳ καὶ βίῳ οὐ πώποθ’ οὕτως ἡδὺν οὐδ’ ἐπαφρόδιτον ἄνθρωπον ἑωρακὼς εἴη. ← 397 | 398 →

Alors que plus haut le nom de Démosthène se laissait deviner par une mention évidente, ici, rien ne laisse deviner que la source est Éschine. Choricios a sans doute passé sa source sous silence pour éviter un discours contradictoire. Car l’éloge du caractère de Philippe par Démosthène ne sert qu’à masquer sa propre déconvenue durant l’ambassade. Selon Éschine, il leur tend un piège sans qu’ils s’en aperçoivent.

On remarquera sans doute que dans le dernier extrait, le mot ἐπαφρόδιτος n’est pas repris. Choricios a en réalité réservé le terme pour le paragraphe suivant qui conclut l’éloge dont le but est de présenter Philippe comme un modèle de φιλοπονία et de χάρις aux yeux des ambassadeurs. Le terme φιλοπονία, leçon du manuscrit, est central pour la compréhension du passage ; c’est la raison pour laquelle la correction de Foerster-Richtsteig qui proposent de lire φιλανθρωπία doit être rejetée140. Dans toute la section que nous venons d’analyser, il est en effet question d’un Philippe devant gagner la gloire à force de peines et de dangers (δεῖ δρέπεσθαι πόνοις καὶ κινδύνοις τὸ κτῆμα), en opposition avec sa prétendue fainéantise présentée au paragraphe 63. En définitive, Philippe est donc selon Choricios un homme charmant : ἐπαφρόδιτος, et il en est redevable aux mimes dont il a pu tirer bénéfice. Ardeur au travail, gloire et gaieté ne sont donc pas incompatibles : ces qualités sont présentées comme l’apanage de Philippe, qui devient à ce titre un véritable ambassadeur des mimes.

8.2.4 Le rasage des Égyptiens

L’exemplum suivant nous amène quasiment à la fin de l’Apologie. Ayant pour objectif de mettre en valeur les qualités du rasage, Choricios cite en exemple les Égyptiens, présentés comme les plus sages d’entre tous141. Au premier abord, il semble évident que la citation provient d’Hérodote qui a mot pour mot le même texte142. ← 398 | 399 → Néanmoins, il est possible de considérer la citation comme une réminiscence d’Aelius Aristide : Αἰγύπτιοι δὲ οἱ σοφώτατοι πάντων μίαν τῶν πασῶν μηχανὴν οὐχ εὗρον143. Ceci est intéressant, car ce n’est pas le seul passage où la source pourrait être le sophiste du IIe siècle et attesterait donc une lecture attentive de ses textes144.

Choricios fait ensuite référence au fait que les Égyptiens se rasaient la tête, et cela dès la plus tendre enfance145 : cette affirmation sera même renforcée. Ce ne sont pas les simples particuliers qui sont les seuls à se raser la tête, mais c’est aussi le cas des prêtres146. À nouveau, Choricios témoigne d’une lecture attentive de l’Enquête. Au livre III par exemple, on trouve une explication sur le fait que les Égyptiens ont un crâne très dur en comparaison de celui des Perses147. C’est « que les Égyptiens dès leur première enfance se rasent la tête, et que les os de leurs crânes épaississent au soleil »148. L’allusion au rasage des prêtres est, elle, tirée du livre II : « Dans les autres pays, les prêtres des dieux portent les cheveux longs ; en Égypte, ils se rasent »149. Comme le souligne Lloyd, durant la période gréco-romaine porter des cheveux était pour les prêtres égyptiens une offense punissable150. ← 399 | 400 →

Les deux extraits que nous venons de présenter permettent encore de relever un parallélisme étonnant. Synésios, dans son Éloge de la Calvitie151, utilise ce même passage d’Hérodote pour valider sa thèse sur la qualité d’une tête chauve : « celle-ci est forte »152. À la suite de cette assertion, l’auteur décrit la scène de théâtre que nous avons présentée à propos du μῶρος φαλακρός, et son acteur a pour but de « montrer la force de sa tête qui, parmi les épreuves, n’en redoute aucune »153. Devant traiter du thème du rasage, ou de la calvitie, Choricios avait très certainement dû ou pu prendre connaissance du texte de Synésios dont il s’est peut-être indirectement inspiré.

À propos de cet artifice, nous pouvons encore mentionner deux passages intéressants d’Artémidore. Dans l’extrait qui suit, il est question des cheveux longs : « Avoir les cheveux longs […] est également bien pour un savant, un prêtre, un devin, un roi, un magistrat, et pour les acteurs de théâtres – pour les uns avoir des cheveux longs est imposé par l’habitude, pour les autres, c’est par l’emploi »154. Dans le second, il est question de la tête rasée : « Rêver qu’on a la tête entièrement rasée est bon pour les prêtres égyptiens, les pitres et ceux dont c’est la coutume d’être ainsi rasés ; pour tous les autres, c’est dangereux »155. Les deux passages, très rapprochés traitent finalement une thématique en tout point semblable que notre texte, et se répondent l’un à l’autre tout comme Choricios et son rasage fait une réponse à Libanios et aux cheveux longs des danseurs. On retrouve en effet l’opposition entre l’acteur de théâtre et le pitre. ← 400 | 401 →

8.3 Le destin de Ménandre dans l’Apologie des mimes

Il faut en tout premier lieu reconnaître que le traitement de Ménandre au sein de l’Apologie des mimes est particulier, car Choricios fait à plusieurs reprises allusion au poète comique pour démontrer l’innocuité des mimes. Le cas de Ménandre est également intéressant dans la mesure où Choricios est certainement un des derniers auteurs à avoir pu consulter un choix de pièces de Ménandre ou des extraits de recueils anthologiques156. Comme l’a souligné Cantarella avec beaucoup de justesse, « la storia della fortuna di Menandro dimostri che, in Oriente e in Occidente, le commedie erano scomparse fin dal sec. V-VI »157.

8.3.1 Les personnages de Ménandre et leurs caractéristiques

Un passage en particulier a retenu l’intérêt des chercheurs, car il présente une série de rôles ou de personnages tirés des comédies de Ménandre158. Il s’agit d’un témoin unique pour la réception de Ménandre qui avait notamment permis à Ribbeck, avant les découvertes papyrologiques, d’identifier le personnage principal du Dyskolos comme étant Cnémon et ainsi attribuer un treizième fragment à la pièce159.

Le premier personnage présenté apparaît plus fréquemment que tous les autres personnages dans les comédies de Ménandre160 : il s’agit de Moschion, que Choricios dépeint comme l’archétype du violeur161. Dans la Samienne, il est le caractère principal de la pièce. Rongé par le remords et la honte, Moschion fait comprendre (81–86) qu’il a violé Plangon lors de la fête des Adonies et que celle-ci ← 401 | 402 → est devenue enceinte et a donné naissance à un enfant. Le même rôle est attribué au personnage dans la Fabula incerta du Caire où Moschion a violé Chéréas162 ; dans la Cithariste et le Plokion, le personnage apparaît encore comme un violeur163. Si les fragments conservés des Sicyoniens ne permettent pas de déduire qu’il y a une affaire de viol, les qualificatifs employés pour décrire le personnage ne sont guère reluisants. Ainsi Moschion est-il le jeune homme de la pièce, le μειράκιον (109, 200, 274) à la peau blanche λευκόχρως (200, 258) ; cet adjectif dénote, comme le dit Blanchard, non seulement la jeunesse du personnage, mais surtout son trait de caractère : la débauche164. À ce titre, celui-ci est traité de « vil séducteur » μοιχώδης (210), ou encore de « pédé » λάσταυρε (266)165. Dans les autres pièces, le rôle de Moschion ne peut pas être déterminé avec certitude. Dans La Tondue, il n’est certainement pas un violeur, bien que son rôle y soit également peu reluisant166.

Chérestrate, cité en deuxième exemple, est présenté comme amoureux d’une harpiste167. Il apparaît dans la pièce intitulée l’Arbitrage (Ἐπιτρέποντες) et y est effectivement amoureux d’une harpiste dénommée Habrotonon, qu’il croit être la maîtresse de son fidèle ami, Charisios. Le début de l’acte V de la pièce offre par exemple un dialogue intérieur auquel se livre Chérestrate au sujet de son amour pour Habrotonon168. Dans les autres pièces, Chérestrate n’est en revanche pas amoureux d’une harpiste. Il est même marié dans Le Bouclier169. Il est encore intéressant de relever qu’à part dans l’Arbitrage, le terme ψαλτρία n’apparaît qu’une seule fois dans les fragments conservés de Ménandre, mais sans rapport avec Chérestrate170. ← 402 | 403 →

Le cas de Cnémon171, troisième personnage présenté, est plus simple puisque ce personnage n’apparaît que dans le Dyskolos de Ménandre et c’est à ce titre qu’il apparaît dans l’Apologie des mimes. Son caractère de misanthrope a donné son nom à la comédie de Ménandre. D’ailleurs, dès le début de la pièce, ce trait est souligné dans l’intervention du dieu Pan : « Le domaine que voici à ma droite, c’est Cnémon qui l’habite, un homme plein d’aversion pour la société des hommes, bourru avec tout le monde et n’aimant pas la foule »172.

Enfin, le dernier personnage présenté est le type de l’avare, Smicrinès173. Celui-ci apparaît également à diverses reprises dans les comédies conservées de Ménandre. L’hypothesis de l’Arbitrage présente par exemple un personnage φιλάργυρον λογισμ[ὸν ἔχοντα], trait qui doit être associé à notre personnage. Le Smicrinès, qui apparaît dans la pièce des Sicyoniens, est également du type de l’avare174. Enfin, le Smicrinès le plus célèbre est sans doute le personnage du Bouclier, où ce dernier est clairement présenté dans le prologue de Tychè comme un φιλάργυρος175 voulant tout posséder176. D’ailleurs Smicrinès se défend lui-même d’être un avare dès sa première intervention177.

Choricios ajoute encore au sujet du dernier personnage une citation qui a fait couler beaucoup d’encre : « [Smicrinès] redoutait que la fumée n’emportât quelque chose de la maison en s’en allant ? »178. Ussing est le premier à avoir mis en évidence la proximité du texte de Choricios avec un passage de l’Aulularia de Plaute : quin divom atque hominum clamat continuo fidem, | de suo tigillo fumus si qua exit foras179. ← 403 | 404 →

Sur la base de cette citation, le savant a tenté d’identifier une comédie de Ménandre comme modèle de l’Aulularia de Plaute180. C’est également l’opinion de Walther, pour qui il est tout à fait vraisemblable que l’auteur de l’« Aulularia-Originals » soit Ménandre et que Plaute ait modifié et adapté la citation de Ménandre à ses besoins181. Quant au titre de l’original en question, différentes hypothèses ont été avancées182. Nous passons sur les pièces intitulées le Thesauros et l’Hydre, exclues des originaux possibles. Pour Webster et Gaiser, l’original devrait être la pièce intitulée Ἄπιστος, mais un seul fragment de celle-ci nous est parvenu183. Pour Walther, il pourrait s’agir d’une pièce intitulée Φιλάργυρος184, dont nous ne connaîtrions que le titre, mentionné par Alciphron185. Pour Jacques, tous ces éléments mènent au « soupçon que le Smicrinès de Choricios, faute d’être l’original d’Euclion, ce qui n’est pas exclu, pourrait bien être l’avare du Bouclier »186. Les différences entre le texte de Plaute et de Choricios incitent en définitive plutôt à nier un lien quelconque187.

Tous les éléments que nous venons de présenter ont amené MacCary à supposer que les caractères de Ménandre n’étaient pas uniquement des types, mais étaient identiques ou quasiment, dans toutes ses pièces188. Ainsi, Choricios n’aurait pas fait référence à des pièces ou à des passages en particulier, mais à des personnages du corpus de Ménandre189. Or, sur les quatre personnages, Moschion est le seul qui apparaisse dans diverses pièces avec des rôles proches, comme nous l’avons montré. L’amour de Chérestrate pour une joueuse de harpe est propre à la pièce de l’Arbitrage, tandis que Cnémon ← 404 | 405 → n’apparaît pour nous que dans la seule pièce du Dyskolos. Quant à la citation de Smicrinès l’avare, elle indique clairement une référence à une pièce précise. Pour Dain, l’allusion claire à ces pièces de Ménandre semble même indiquer que celles-ci étaient jouées190.

Pour confirmer l’hypothèse de MacCary ou l’infirmer, il faut encore à notre sens se demander dans quelle mesure Choricios a pu lire des pièces de Ménandre. De manière générale, il est admis que Choricios ou Theophylacte Simocatta, au VIIe siècle, aient pu avoir accès à certaines comédies de notre poète comique191. Pour Canfora, « Coricio di Gaza aveva letto Menandro »192. Nervergna, quant à lui, a montré que les élèves du grammairien recopiaient des extraits de Ménandre comme exemples de portraits de caractères. Ces extraits servaient ensuite à la rédaction des différents exercices préparatoires, les progymnasmata193. Il est d’ailleurs admis que ce n’étaient pas seulement quelques courts extraits qui devaient circuler, mais des pièces entières. Ainsi, dans ce cadre, Choricios tirerait ces exemples d’un choix des comédies les plus connues de son époque, la Samienne, l’Arbitrage, le Dyskolos et le Bouclier194. Körte avait d’ailleurs noté que trois des pièces mentionnées par Choricios figurent dans le Papyrus du Caire daté du Ve siècle195 ; selon lui, cette coïncidence ne peut pas résulter du hasard196. Cet argument conforte à notre sens l’idée selon laquelle les allusions font plutôt référence à des pièces ou à des passages précis, sans pour autant pouvoir totalement écarter l’idée de personnages types, comme cela ← 405 | 406 → est manifestement le cas pour Moschion et Smicrinès197. Une autre question doit encore de rester ouverte : Choricios a-t-il eu entre les mains des pièces complètes ou des argumentaires ou peut-être même des résumés198 ?

8.3.2 Une tragédie ?

Désireux de montrer que le spectacle allège les soucis de la vie quotidienne, Choricios cite un vers qui a fait couler beaucoup d’encre : « chez tous, la plupart des indispositions sont, selon la tragédie, les conséquences du chagrin »199. La mention κατὰ τὴν τραγῳδίαν a conduit Graux à indiquer ici la citation d’un fragment tragique ἀδέσποτον200 ; cette information a conduit Nauck à rapprocher ce fragment d’un autre cité par Stobée et attribué à Euripide201. Foerster-Richtsteig renvoient simplement à Nauck202. Or, le même fragment apparaît également sous le nom de Ménandre203 et cette information conduit Stephanis à opérer un autre rapprochement avec un passage du Bouclier de Ménandre, où le vers est cité textuellement : τὰ πλεῖστα δὲ ἅπασιν ἀρρωστήματ’ ἐκ λύπης σχεδόν ἐστιν204. La mention κατὰ τὴν τραγῳδίαν serait due selon lui à une erreur de Choricios, même s’il ne faut pas exclure la possibilité d’une parodie d’un vers tragique, peut-être un fragment de Sophocle205. ← 406 | 407 →

Sideras a repris le dossier à son compte. Pour lui, la mention κατὰ τὴν τραγῳδίαν ne peut pas être le fruit d’une erreur et doit nécessairement renvoyer à une tragédie206. Sur la base d’une « Invective byzantine » citant un vers d’Euripide qui se rapproche d’un vers auparavant attribué à Philémon207, le savant a proposé de voir dans le texte de Choricios une allusion à ce vers d’Euripide, en accord avec la tragédie dont il serait question208.

Un examen du contexte dans lequel s’insère la citation reprise par Choricios s’avère très instructif. Dans la scène du Bouclier de Ménandre d’où est tiré ce fragment, Daos présente un stratagème destiné à faire croire à la mort de Chérestrate. Il affirme : « jouez-lui une tragédie de votre façon »209. Chérestrate devra alors simuler un état dépressif et c’est dans ce cadre qu’il affirme que « la plupart des indispositions, pour tous les hommes, viennent du chagrin, ou c’est tout comme »210. La tragédie pourrait donc ne pas être celle d’un grand tragique comme Euripide, mais peut-être simplement une allusion à la scène du Bouclier de Ménandre. Comme l’a montré Puppini avant nous, il s’agirait dans ce cas de théâtre dans le théâtre211. Corcella a cependant mis en doute cette hypothèse en soutenant que la « tragédie » mise en scène par Daos pourrait très bien avoir une source tragique, reprise telle quelle par Ménandre, mais également par Choricios212. Là aussi, la question doit rester partiellement ← 407 | 408 → ouverte. Choricios avait-il conscience, en citant Ménandre, que le passage provenait d’une tragédie ?

8.3.3 Des hommes « un peu gris »

Une des accusations portées contre les mimes est de les considérer comme des buveurs. Pour l’accusateur, c’est quand ils sont un peu gris (ὑποβεβρεγμένοι) […] qu’ils exhibent leurs productions pour les spectateurs »213. Le terme ὑποβεβρεγμένοι est rare. On en trouve par exemple deux occurrences chez Lucien214. Or, ce participe apparaît également chez Ménandre, de manière très circonstanciée. Dans le Dyskolos, le terme est employé par Daos à la fin d’une de ses répliques :

Aussi bien, voici que je vois approcher des dévots de Pan, qui viennent en ce lieu, légèrement imbibés (ὑποβεβρεγμένους) : ce n’est pas le moment, il me semble, de se trouver dans leurs jambes !215

On comparera cette réplique avec les vers suivants tirés de l’Arbitrage, mis dans la bouche de Chérestrate :

Entrons, car de petits jeunes gens en troupe serrée vers ce lieu se dirigent. Ils sont un peu éméchés (ὑποβεβρεγμέν[ων]), et les ennuyer n’est pas indiqué, à mon avis.216

Dans les deux pièces, ces passages apparaissent à un moment identique : ils marquent dans les deux cas la fin du premier acte et sont suivis par la mention ΧΟΡΟΥ dans le papyrus. Le même procédé est également employé dans la Tondue ; Daos annonce l’arrivée de ← 408 | 409 → jeunes gens en état d’ivresse (μεθύοντα μειράκια)217 et la scène se termine. Comme l’a noté Jacques, « le texte des interludes choraux n’était plus transmis. La simple mention ΧΟΡΟΥ y supplée »218. Dans ce sens, le chœur n’a plus de place propre dans l’action et son intervention est marquée par des « vers formulaires »219 : les mêmes expressions sont reprises d’une pièce à l’autre. Pour Blanchard, qui relève également la parenté des expressions entre les différentes pièces, c’est « un intermède dansé (et mimé ?) que signale dans le manuscrit la mention ΧΟΡΟΥ »220.

Cette dernière affirmation est très intéressante, car elle montre bien que c’est précisément ce qui peut justifier l’emploi du terme par Choricios dans l’Apologie des mimes. D’ailleurs, notre orateur utilise expressément dans le paragraphe qui suit les verbes ᾄδειν et χορεύειν, qui dénotent bien l’activité chorale et orchestique des mimes.

8.3.4 Ménandre et Philistion

Le paragraphe 145 évoque de manière sibylline deux personnages célèbres, Ménandre et sans doute Philistion. Mais le paragraphe pose de grandes difficultés221. Il s’agit ici de comprendre l’allusion littéraire, car le passage mélange époques et personnages.

Le premier personnage est facilement identifiable. L’expression τὸν παῖδα τὸν Διοπείθους désigne en effet le poète comique Ménandre, comme cela est attesté par de nombreux témoignages222. L’expression τὸν εὑρηκότα τὴν ὑπὲρ ἧς ἀγωνίζομαι τέχνην cache un personnage qui, aux yeux de Choricios, passe pour l’inventeur des mimes et est contemporain de Ménandre (ἐκεῖνον δὴ λέγουσι καὶ τὸν παῖδα τὸν Διοπείθους ἡλικώτας … ὄντας). Graux identifie le personnage ← 409 | 410 → avec Philémon, poète de la nouvelle comédie qui vécut peu avant Ménandre223. Cette première solution concorde avec les données chronologiques et les testimonia sur Philémon224, mais jamais le personnage n’est cité en qualité d’inventeur du mime. Reich identifie le personnage avec Philistion225, considéré comme inventeur du mime par Cassiodore :

Le mime aussi, qui est maintenant considéré uniquement comme objet de moquerie, fut découvert par Philistion avec une précaution si grande, que son action fut mise par écrit : ainsi, avec ses répliques très joyeuses, il tempère un monde bouillonnant, rongé de soucis.226

Mais, selon les informations que nous avons, Philistion vécut à la fin du règne de l’empereur Auguste227. La Souda, dont l’article est confus228, qualifie ses pièces de κωμῳδίαι βιολογικαί229. L’une d’entre elles porterait le titre de Μιμοψηφισταί ; Philistion serait également l’auteur d’un Φιλόγελων230.

Au vu de ce qui précède, il est assuré que Choricios a confondu Philémon et Philistion231. Pour Irmscher, Choricios chercherait d’ailleurs ← 410 | 411 → à masquer par cette formulation son incertitude quant à l’identité du personnage232. Notre orateur se réfère en effet au fait que Ménandre et notre inconnu « opposaient l’un à l’autre leurs caractères et des sentences en vers »233. Cette dernière affirmation fait vraisemblablement allusion à la Syncrisis entre Ménandre et Philistion234. Comme nous l’a indiqué Schamp, la confusion pourrait venir d’une lectio facilior : Philistion est nettement moins connu que Philémon et de surcroît, leurs initiales sont identiques. La confusion était en effet assez fréquente235. À titre d’exemple, la Souda relate que Philistion mourut d’un rire inextinguible236. Or, la même anecdote est également relatée à propos de Philémon, et cela à deux reprises237. La Collectio Vindobonensis comprend également une allusion où la confusion règne : Φιλιστίων, ὁ τῶν κωμῳδιῶν ποιητὴς ἀκούσας ὅτι τέθνηκε Μένανδρος, ἔφη · οἴμοι, ὅτι ἀπωλεσά μου τὴν ἀκόνην238. Ici encore, il ne peut s’agir que de Philémon et non de Philistion239.

Le dernier problème à régler dans le paragraphe concerne l’expression ἐξ οὗ πάντα φησὶν ἀπαγγέλλειν ὁ προσηγορίᾳ μὲν δεύτερος, τὴν τάξιν δὲ πρῶτος. La question qui se pose ici concerne l’identité des deux personnages mentionnés. Graux avoue ne pas comprendre l’allusion et propose deux hypothèses240. Dans la première, on aurait ← 411 | 412 → affaire à un nouveau type de mime, appelé ὁ δεύτερος241, ne faisant que réciter – reproduire – les œuvres du mime ancien de Sophron. Dans ce cas, ajoute Graux, il faudrait insérer ou sous-entendre le terme μῖμος après l’expression ὁ δεύτερος. Cette première hypothèse indiquerait un « renseignement littéraire nouveau » avec deux genres successifs à distinguer dans l’histoire du mime.

La deuxième hypothèse consisterait à voir ici une allusion à Ératosthène, surnommé βῆτα parce qu’il avait la réputation d’occuper partout le second rang. On sait qu’il n’écrivit pas moins de douze livres sur la comédie ancienne et fut le premier auteur qualifié de φιλόλογος242. Cela justifierait l’expression τὴν τάξιν δὲ πρῶτος. Sur cette base, Gomperz243 proposa de corriger le terme ἀπαγγέλλειν – tenu pour altéré par Graux également – par la locution ἄστεα γελᾶν. Cette solution est à notre sens à rejeter ; le texte donne un sens satisfaisant en adoptant la correction minime de ἀπαγγέλειν en ἀπαγγέλλειν.

La deuxième proposition de Gomperz est beaucoup plus séduisante, car elle fait de l’expression ὁ προσηγορίᾳ μὲν δεύτερος un jeu de mots destiné à cacher un personnage dénommé Secundus244, sous le nom duqeul l’Anthologie conserve quatre épigrammes245 ; ce Secundus serait, selon Gomperz, un poète contemporain de Choricios à qui notre orateur ferait un clin d’œil246. Il faut cependant noter que Gow et Page ne donnent aucune indication chronologique sur cet ← 412 | 413 → auteur247. Sur cette base, Stephanis248 affirme avec raison qu’il pourrait s’agir d’un autre personnage portant le même nom de Secundus, tant celui-ci est répandu : Secundus d’Athènes à qui Philostrate consacre une brève notice249 ou encore Secundus le Silencieux, philosophe qui vécut à l’époque d’Hadrien et célèbre pour son vœu de silence250. Notons cependant que l’identification des deux Secundus n’est pas assurée et il pourrait bien s’agir, d’après Gallo, d’un seul et unique personnage251.

Le savant grec avance encore une dernière hypothèse, car la mention τὴν τάξιν δὲ πρῶτος mérite également une explication. Si l’on peut retenir le nom de Secundus pour le personnage selon lui, peut-être s’agit-il d’un ἀρχίμιμος ou d’un μῖμος πρῶτος qui tirerait son répertoire entier de l’inventeur du mime. En guise de complément, Stephanis avance, tout en lui reconnaissant un caractère ambigu, une inscription datée du IVe siècle av. J.-C. et dédiée à un acteur comique (?) nommé Εὐθίας, qualifié δεύτερος ὢν τάξει πρῶτος ἔφυς σοφίᾳ252.

8.4 Une allusion contemporaine : les courses de chars

Choricios donne à plusieurs reprises une image extrêmement vivante de l’ambiance qui règne autour des hippodromes et des tensions entre les différentes factions. Les paragraphes 97–99 évoquent les insultes et les cris253, les innombrables faux serments des spectateurs254. De son côté, Jean Chrysostome évoque également avec ← 413 | 414 → vigueur les cris et les blasphèmes proférés par les spectateurs255, tandis que Grégoire de Nazianze compare le comportement des élèves envers leur maître à celui des spectateurs au cirque :

Ce que l’on peut observer dans les courses chez les amateurs de chevaux et de spectacles : ils bondissent, ils crient, ils jettent de la poussière en l’air, ils font les cochers sans quitter leur place, ils frappent l’air et ils frappent les chevaux avec leurs doigts en guise de fouet, ils font des attelages et les défont ; sans disposer de rien, ils ne se gênent pas pour échanger cochers, chevaux, écuries, arbitres – et qui fait cela ? Souvent les pauvres, les démunis et ceux qui ne disposent même pas de la nourriture suffisante pour une seule journée.256

L’image offerte par Grégoire est saisissante de vie. Sa description nous introduit au milieu des spectateurs et donne par là un bel écho au texte de Choricios. Deux lettres de Cassiodore livrent également de précieux renseignements. Dans la première pièce datée de 509 et adressée à Speciosus, Théodoric doit mener une enquête, car la faction des Verts s’est plainte de violentes attaques. Une réflexion est alors amenée sur les spectacles :

Mais qui recherche des mœurs sévères dans les spectacles ? Des Catons ne savent pas se réunir au cirque. Là, tout ce que le peuple dit dans sa réjouissance ne peut pas être mis au compte de l’injure. C’est un lieu qui protège de l’excès. Si l’on accepte patiemment leur caquetage, cela contribue également à montrer l’honneur des princes eux-mêmes. Qu’ils nous répondent de manière certaine, ceux qui sont versés dans de telles études : s’ils souhaitent que leurs adversaires se tiennent tranquilles, ils veulent assurément leur victoire, ← 414 | 415 → puisqu’ils font jaillir les insultes, lorsqu’ils rougissent honteusement d’avoir été battus. D’où vient donc le fait qu’ils veulent se mettre en colère au sujet de ce qu’ils savent sans doute avoir souhaité ?257

L’allusion à Caton le Censeur prouve la célébrité de l’épisode où celui-ci dut quitter les jeux Floraux, car les acteurs n’osaient pas se dénuder en sa présence258. Ainsi, le personnage est pour Cassiodore le modèle de l’austérité et de la chasteté des mœurs259. Cela montre également que les spectacles sont destinés à un public averti ! L’importance du spectacle pour le decorum impérial est également mise en valeur. Le passage qui nous intéresse plus particulièrement fait état des insultes que les deux partis s’adressent pendant les concours hippiques et dont Choricios se fait également l’écho dans l’Apologie des mimes260. Pour Liebschutz, ces insultes ou un événement trivial sont d’ailleurs une des causes possibles des nombreuses émeutes entre les factions261.

Une deuxième lettre de Cassiodore relate quant à elle les exploits d’un cocher dénommé Thomas, dont le nombre de victoires aurait été si grand qu’on les aurait attribuées à quelque magie. L’auteur profite de l’occasion pour rappeler les origines des courses de chars et leur fonctionnement. Après une longue et instructive description, voici comment se poursuit la lettre :

Là (au cirque), plus que dans tous les autres spectacles, les âmes sont entraînées dans un bouillonnement d’une force inconsidérée. Le Vert franchit-il ← 415 | 416 → la ligne, une partie du peuple se lamente : si le Bleu le précède, c’est plus promptement que la foule de la cité est affligée. Sans résultat, les gens se lancent des insultes avec ferveur ; sans rien subir, ils sont lourdement blessés et ils se divisent en de vains conflits, comme s’ils s’inquiétaient du statut de leur patrie en danger262.

Là également, relevons l’animation provoquée par les courses de chars. Les cris et les insultes des deux partis, Vert et Bleu, sont présents, en fonction du camp victorieux, comme c’est le cas chez Choricios. Or, les insultes et les blessures sont considérées avec légèreté. C’est que Théodoric affirme être favorable à de tels emportements, car cela repousse les « réflexions sérieuses »263. En d’autres termes, cela détourne l’attention du peuple, comme nous l’avons vu plus haut264.

Au XIIe siècle, Théodore Balsamon, dans son commentaire au 24e canon du concile In Trullo, explique la raison qui a provoqué l’interdiction des courses à l’hippodrome en 692 :

Ce sont les courses de chars d’alors que le canon interdit, et non pas celles qui se donnent aujourd’hui à l’initiative et en présence de l’empereur. Les dèmes avaient alors tout pouvoir sur les séances de courses. […] À certaines époques éclatèrent même des guerres intestines entre les factions opposées, et les démotes vomissaient contre la sublimité impériale des propos honteux, comme le rapportent diverses chroniques. Il arriva des choses de ce genre sous les règnes de Justinien, d’Anastase, du tyran Phocas et d’autres empereurs. En outre, les gens des factions n’étant pas empêchés de parier, appelaient la victoire en jetant les dés et en invoquant la chance, ce qui est tout à fait interdit par les divins canons265. ← 416 | 417 →

Il faut en premier lieu relever l’exactitude avec laquelle est souligné le pouvoir des dèmes à certaines époques266, et plus précisément à celle où l’Apologie des mimes fut rédigée, c’est-à-dire les règnes d’Anastase ou de Justinien. Il faut encore noter que les jeux et les paris font partie intégrante des courses, puisque les dés et la chance (τύχη) sont invoqués pour obtenir la victoire, alors que Choricios mentionne pour sa part un pronostic engagé par un serment (§ 99 ἐνόρκου μαντεία).

Après les cris, les vociférations et les blasphèmes proférés par les spectateurs, Choricios évoque la dissension politique entre les dèmes, ainsi que les émeutes que leurs rixes ont suscitées. Preuve que les oppositions à l’hippodrome devaient être courantes, Chrysostome compare les disciples qui ne veulent pas tenir leur rang à la foule des spectateurs du théâtre et du cirque : « Et, comme dans ces spectacles du monde, la foule se partage en factions, les uns favorisant celui-ci, les autres celui-là… »267. Vers la fin du IVe siècle, dans ses Iambes à Seleucos, Amphiloque qualifie le spectacle des courses de chevaux à l’hippodrome de « peste, de maladie pour les ← 417 | 418 → âmes »268. La critique prend ensuite une tournure semblable à celle que nous lisons chez Choricios :

[Le spectacle de l’hippodrome] tiraille les villes, sépare le peuple en factions, instruit aux combats, excite la langue aux insultes, rompt les liaisons d’amitié entre les citoyens, secoue les familles, déshonore les vieillards, rend fous les jeunes, rend hostiles les biens plus chers, piétine les lois269.

Comme l’a suggéré Browning, le passage fait probablement référence au massacre de Thessalonique qui eut lieu en 390 sous les ordres de Théodose270. Or, il se trouve que c’est l’unique événement de ce type attesté pour le dernier quart du IVe siècle271. On voit donc comment Amphiloque a généralisé à partir d’un seul cas, grave. Selon Dagron272, il semble bien que la première émeute de type factionnel ait eu lieu dans le cirque en 445273 ; l’hippodrome de Constantinople est encore le théâtre d’une émeute de grande importance en 473, sous Léon Ier274. Comme nous l’avons déjà montré dans notre chapitre traitant des questions historiques, les règnes d’Anastase et de Justin furent le théâtre de violences ininterrompues qui culminèrent avec la sédition Nika sous le règne de Justinien en 532.

Proche de notre auteur, Procope de Gaza livre dans sa première Monodie un témoignage de tout premier plan sur les courses hippiques dans cette région275. Dans sa présentation du défunt, Procope insiste sur ses qualités d’acteur et de cocher : « Sollicité pour participer ← 418 | 419 → aux courses de chars, il était toujours promu à la victoire et aux couronnes de laurier, même quand la cité était en proie aux luttes intestines et divisée en factions »276. Notons que ce n’est pas là la seule allusion du maître de Choricios aux factions. Le Panégyrique pour l’empereur Anastase fait lui aussi référence aux factions qui divisent la ville, mais à propos des pantomimes et de l’excitation que leur spectacle indécent provoque277. Comme l’a montré Cameron278, les pires débordements liés aux factions n’ont pas lieu à l’hippodrome, mais au théâtre. Pour la révolte de 525, nous n’avons pas d’autre indication que l’expulsion des pantomimes de tout l’est de l’empire279. Quand la ville d’Antioche est perturbée, le lieu de ces perturbations est le théâtre280. Ces événements montrent bien le caractère très général de l’allusion de Choricios, à l’image du texte d’Amphiloque. Plus proche encore de notre texte, figure le traité Sur la science politique que l’on date entre 507 et 535281. Celui-ci se présente sous la forme d’un dialogue dans lequel Ménodore présente à son disciple Thômasios les éléments constitutifs de la politique. Or, aux yeux du second, il manque un élément à cette présentation, cause d’une guerre civile (οἰκεῖος πόλεμος) : « le peuple lui-même [est] divisé en factions contre lui-même et contre le reste de la cité »282. Plus tard, ← 419 | 420 → voici comment Procope de Césarée présente le phénomène des factions en introduction à la sédition Nika :

De longue date, le peuple était divisé en factions dans les villes entre Bleus et Verts ; mais il n’y a pas longtemps, que pour ces dénominations et pour les gradins correspondants qu’ils occupent pendant le spectacle, les gens dilapident leur argent et s’exposent aux pires violences physiques et n’hésitent pas à affronter la mort la plus honteuse. Ils luttent contre ceux qui sont assis du côté opposé sans savoir pourquoi ils s’exposent au danger. […] Ils ne se soucient ni de Dieu ni des hommes, pourvu qu’ils gagnent dans cette lutte, même au prix d’un sacrilège contre Dieu, même si les lois de l’État subissent de leur fait une atteinte à l’intérieur ou à l’extérieur. Que leur patrie manque du nécessaire ou même soit réduite à la dernière extrémité, peu leur importe pourvu que leur faction y gagne. […] Si bien que je ne sais quel nom donner à ce phénomène, sinon celui de maladie de l’âme. Voilà ce qui se passe dans la population de chaque ville.283

8.5 Synthèse intermédiaire

L’examen des différents exempla qui émaillent l’Apologie des mimes nous a permis de constater à quel point l’éventail des sources utilisées par Choricios est important et varié. Comme c’est le cas de manière générale, Homère tient une place de choix. Pour autant, ← 420 | 421 → les épopées homériques n’ont droit qu’à de brèves allusions sous forme de significationes. Ainsi, lorsque les amours infidèles d’Arès et Aphrodite sont évoquées, Choricios n’offre pas le récit complet et ne retient que la scène clé du récit. Même si les citations sont parfois courtes, le choix de ces exempla ne doit cependant rien au hasard. On peut en lire certains chez Platon, dans la République. Ainsi le raisonnement de Choricios imite-t-il au moins partiellement celui du philosophe, avec une finalité opposée. Platon cite ces passages car ils montrent selon lui une mauvaise image de l’imitation. Ceux-ci devront donc être écartés.

Les vraies narrationes sont à chercher du côté des exempla historiques. Sophron a droit à un développement plus important (§ 14–16). On a pu constater la célébrité de cette anecdote, qui fait de Sophron l’inspirateur nocturne de Platon. S’agissant de Satyros (§ 44–47), Choricios opère cette fois une pure et simple paraphrase de l’original ; par souci de variatio, on peut néanmoins constater une prise de distance par rapport au texte de Démosthène. Choricios raccourcit l’original, inverse discours direct et indirect. Pour Philippe, c’est un nouveau tour de force qui est réalisé. Du souverain macédonien blâmé à cause de sa fréquentation des mimes, Choricios rédige un excursus encomiastique (§ 60–67)284 et confère à son texte la forme d’un centon, constitué de citations tirées de Démosthène ou d’Eschine (§ 66).

Ménandre tient également une grande importance dans l’Apologie des mimes. Il faut ici rappeler que Choricios est certainement un dernier auteur à avoir eu accès au texte de Ménandre, avant sa disparition des bibliothèques byzantines. On ne peut déterminer avec certitude le corpus de texte qui était à disposition de Choricios. Disposait-il de textes entiers, d’extraits, ou simplement de résumés ? En tout cas, les emprunts sont évidents et montrent que le poète comique était encore connu et lu à l’École de Gaza. On voit cependant que certaines confusions étaient déjà bien établies, comme celle entre Ménandre et Philistion. ← 421 | 422 →

Enfin, la réalité contemporaine est également mise à contribution, ce qui ancre l’Apologie des mimes dans un contexte non seulement plausible, mais également réaliste. Avec l’ambiance des courses de chars (§ 97–99), Choricios nous ramène à un élément clé de la civilisation byzantine : l’hippodrome.


1 Graux 1877a, p. 209–212.

2 Malchin 1884, p. 5.

3 Voir Downey 1963, p. 111.

4 Phot., Bibl., Cod. 160, 102b Bekker : πλὴν οὐκ οἶδ’ ὅπως ὀλιγώρως καὶ λόγῳ σὺν οὐδενὶ μύθους καὶ ἱστορίας ἑλληνικάς, οὐ δέον, ἐγκαταμίγνυσι τοῖς ἑαυτοῦ συγγράμμασιν, ἔστιν ὅτε καὶ ἱερολογῶν (trad. Henry 1960, p. 122).

5 Pour ce paragraphe, voir Lausberg-Kennedy 1998, p. 196–203 n° 410–426.

6 Quint., Inst. Or., V, 11, 1 : tertium genus, ex iis quae extrinsecus adducuntur in causam, Graeci vocant παράδειγμα.

7 Quint., Inst. Or., V, 11, 6 : quod proprie vocamus exemplum, id est rei gestae aut ut gestae utilis ad persuadendum id quod intenderis commemoratio.

8 Lausberg établit cette distinction sur la base de Cic., Rhet. Her., I, 13 : fabula est, quae neque veras neque veri similes continet res, ut eae sunt, quae tragoedis traditae sunt. historia est gesta res, sed ab aetatis nostrae memoria remota.

9 Quint., Inst. Or., V, 11, 15 : quaedam autem ex iis quae gesta sunt tota narrabimus, […] quaedam significare satis erit.

10 Chor., Apol. mim., 11.

11 Chor., Apol. mim., 11 : μιμεῖται γὰρ Δηίφοβον μὲν Ἀθηνᾶ.

12 Hom., X 226–227 : ἣ δ᾽ ἄρα τὸν μὲν ἔλειπε, κιχήσατο δ᾽ Ἕκτορα δῖον Δηϊφόβῳ ἐϊκυῖα δέμας καὶ ἀτειρέα φωνήν (trad. Flacelière-Bérard 1955, p. 479).

13 Kahil 1986, p. 362–363 ; Grimal 1999, p. 326.

14 L’idée a été avancée par Schneider 1994, p. 314.

15 Tat., ad Graecos, 21.

16 Hom., Γ 386 : γρηῒ δέ μιν ἐϊκυῖα παλαιγενέϊ προσέειπεν.

17 Ibid., 396–398 : καί ῥ᾽ ὡς οὖν ἐνόησε θεᾶς περικαλλέα δειρὴν | στήθεά θ᾽ ἱμερόεντα καὶ ὄμματα μαρμαίροντα (trad. Flacelière-Bérard 1955, p. 145).

18 Hom., Ξ 136 : παλαιῷ φωτὶ ἐοικώς.

19 Hsch., π 144 : παλαιῷ φωτί· πρεσβύτῃ γεγονότι.

20 Hom., Ε 604.

21 Hom., Ε 603.

22 Hom., ρ 485–486 : καί τε θεοὶ ξείνοισιν ἐοικότες ἀλλοδαποῖσι, | παντοῖοι τελέθοντες, ἐπιστρωφῶσι πόληας, | ἀνθρώπων ὕβριν τε καὶ εὐνομίην ἐφορῶντες (trad. Flacelière-Bérard 1955, p. 789).

23 Tierney 1958, p. 272–273.

24 Plat., R., II, 380c : μὴ πάντων αἴτιον τὸν θεὸν ἀλλὰ τῶν ἀγαθῶν (trad. Chambry 1943, p. 85).

25 Plat., R., II, 381d : ῞Ηραν ἠλλοιωμένην, ὡς ἱέρειαν ἀγείρουσαν (trad. Chambry 1943, p. 87).

26 Eus., PE, XIII, 2, 2 : ὅτι δ’ εὐλόγως τὴν τῶν πρώτων θεολογίαν παραιτεῖται διδάσκει ἐν τῷ δευτέρῳ τῆς Πολιτείας.

27 Chor., Apol. mim., 11 : θεῶν οὖν μιμουμένων τίνα τρόπον ἀνθρώποις ἔγκλημα γίνεται μίμησις ;

28 Chor., Decl. 8, Spartiate (Op. XXIX), 86 : οἶμαι τοίνυν αὐτὸν εἰς ἐσχάτην ἀπορίαν συνελαθέντα καταφεύγειν ἐπὶ τὴν τῶν μύθων προπέτειαν καὶ λέγειν, ὡς ἄρα πολλάκις ἠξίωσαν ἀνθρώποις ἐοικέναι θεοί.

29 Chor., Decl. 8, Spartiate (Op. XXIX), 89 : πλὴν εἴ τις φιλόμυθος ὑπολάβοι θεοὺς ἀνθρώποις ἐοικέναι πολλάκις, τὸ σὸν ὁμοίως ἁμάρτημα σώζεται.

30 Chor., Apol. mim., 36.

31 Apollod., Bibliotheca, III, 1, 3.

32 Lib., Or. LXIV, 73 : μὴ τραγῳδὸς εἰσελθὼν Πασιφάην μιμήσηται τὴν ἐξοκείλασαν εἰς ἀλλόκοτον ἔρωτα. Le passage est cité par Kannicht (TGrF V, 1, p. 504) comme étant une référence à l’argument des Krêtes. Voir encore Lib., Decl. I, 177 : οὐχ ὁρᾶτε τὸν Μίνω δεινὰ πάσχοντα ἐπὶ τῆς σκηνῆς καὶ τὴν οἰκίαν αὐτοῦ διὰ τοῦ τῆς Πασιφάης ἔρωτος ἐν αἰσχύνῃ γεγενημένην;

33 Molloy 1996, p. 238–239 ; Puppini 1999, p. 114–115.

34 Eur., Krêtes, F. 472e Kannicht (TGrF V, 1, p. 512–515) ; trad. Jouan-van Looy 2000, p. 329–332.

35 Chor., Apol. mim., 37.

36 Résumé du mythe d’après Apollod., Bibliotheca, III, 14, 8.

37 Lib., Decl. XIII, 56 : καλῶς ἄρα οἱ τραγῳδοὶ ταῦτα ἐδίδασκον, τὸν Τηρέα, τὴν Πρόκνην, οὐχ ἵνα φυλάττοισθε, ἀλλ’ ἵν’ ἔχοιτε μιμεῖσθαι.

38 Soph., Tereus, F. 581–595b, Radt (TGrF IV, p. 435–445).

39 Chor., Apol. mim., 37.

40 Ael., VH, X, 13 = Critias, 88 B 44 D.-K. : πρὸς δὲ τούτοις’ ἦ δ’ ὃς ‘οὔτε ὅτι μοιχὸς ἦν ᾔδειμεν ἂν εἰ μὴ παρ’ αὐτοῦ μαθόντες. = Archil., F. 255 Lasserre-Bonnard.

41 Stephanis 1986, p. 158.

42 Pizzone 2005, p. 332.

43 Pi., P. II, 53–55 : ἐμὲ δὲ χρεών | φεύγειν δάκος ἀδινὸν κακαγοριᾶν. εἶδον γὰρ ἑκὰς ἐὼν τὰ πόλλ’ ἐν ἀμαχανίᾳ | ψογερὸν Ἀρχίλοχον βαρυλόγοις ἔχθεσιν | πιαινόμενον (trad. Puech 1958, p. 45). = Archil., T. 16 Lasserre-Bonnard.

44 Malchin 1884, p. 56.

45 Pizzone 2005, p. 332.

46 Plut., Per., 2. Voir Schneider 1994, p. 315 ; son opinion est reprise dans Corcella 2016, p. 130.

47 Hom., θ 266–367.

48 Chor., Apol. mim. 39.

49 Plat. R., III, 390b : δοκεῖ σοι ἐπιτήδειον εἶναι πρὸς ἐγκράτειαν ἑαυτοῦ ἀκούειν νέῳ.

50 Plat., R. III, 390c : οὐδὲ Ἄρεώς τε καὶ Ἀφροδίτης ὑπὸ Ἡφαίστου δεσμὸν δι’ ἕτερα τοιαῦτα (trad. Chambry 1943 p. 98).

51 Chor., Apol. mim., 40.

52 Ingleheart 2008, p. 207.

53 Luc., Salt., 63.

54 Jacques de Saroug, hom. 5, fol. 19v°. Notre texte est basé sur Moss 1935, p. 22 et Hall-Wyles 2008, p. 416.

55 Körte 1927, col. 1100–1104 ; Furley-Ameling 2001, col. 736–737. Pour une édition des fragments conservés : Hordern 2004.

56 Chor., Apol. mim., 14.

57 Souda, σ 893 Adler : Σώφρων. Συρακούσιος, Ἀγαθοκλέους καὶ Δαμνασυλλίδος. τοῖς δὲ χρόνοις ἦν κατὰ Ξέρξην καὶ Εὐριπίδην. καὶ ἔγραψε Μίμους ἀνδρείους, Μίμους γυναικείους. εἰσὶ δὲ καταλογάδην, διαλέκτῳ Δωρίδι. καί φασι Πλάτωνα τὸν φιλόσοφον ἀεὶ αὐτοῖς ἐντυγχάνειν, ὡς καὶ καθεύδειν ἐπ’ αὐτῶν ἔσθ’ ὅτε. Pour être précis, il faudrait corriger Ξέρξης en Ἀρταξέρξης (= Artaxerxes I Longue main) car sinon la datation contemporaine avec Euripide pose problème. Voir Hordern 2004, p. 2–4.

58 Il s’agit du P.Oxy II, 301. Voir Andreassi 2001, p. 6.

59 Chor., Apol. mim., 16.

60 Ath., XI, 112, 505c = Arist. F. 55 R. : Ἀριστοτέλης δὲ ἐν τῷ περὶ ποιητῶν οὕτως γράφει « οὐκοῦν οὐδὲ ἐμμέτρους τοὺς καλουμένους Σώφρονος μίμους μὴ φῶμεν εἶναι λόγους καὶ μιμήσεις ; »

61 Janko 1991, p. 52. Voir Narcy 1989, p. 117.

62 Ibid. et la n. 249. Cf. Phld., F. 199 Janko : καὶ γὰρ [τὰ τοῦ] | Σώφρονος καὶ τὰ [τῶν] | ἄλλων μιμογρ[άφων] | ἐνίοτε ποήμα[τ’ εἶναι λέ] | γεται, καὶ μὴ μ[ῖμοι, καὶ] | οἱ συντιθέν[τες αὐτὰ <] | μίμων ποη[ταί.

63 Chor., Apol. mim., 14.

64 Chor., Apol. mim., 15. Pour une analyse complète de cette anecdote, voir Riginos 1976, p. 174 n° 128 ; Reich 1903, p. 380–388.

65 Riginos 1976, p. 175. Cet épisode est une sorte de lieu commun. Voir Phot., Bibl., Cod. 190, 151a Bekker (trad. Henry 1962, p. 64–65) : on y trouve une liste d’œuvres trouvées dans le lit d’hommes célèbres à leur mort.

66 Körte 1927, col. 1100.

67 Douris, FGrH 76, F. 72 : καὶ ὁ τοὺς μίμους δὲ πεποιηκώς, οὓς αἰεὶ διὰ χειρὸς ἔχειν Δοῦρίς φησι τὸν σοφὸν Πλάτωνα. = Ath., XI, 111, 504b.

68 D.L., III, 18 : δοκεῖ δὲ Πλάτων καὶ τὰ Σώφρονος τοῦ μιμογράφου βιβλία ἠμελημένα πρῶτος εἰς Ἀθήνας διακομίσαι καὶ ἠθοποιῆσαι πρὸς αὐτόν· ἃ καὶ εὑρεθῆναι ὑπὸ τῇ κεφαλῇ αὐτοῦ (trad. Goulet-Cazé 1999, p. 404).

69 Hsch., FHG IV (1851), F. 7 no 60, p. 175 : καί φασι Πλάτωνα τὸν φιλόσοφον ἀεὶ ἐντυγχάνειν αὐτοῖς, ὡς καὶ καθεύδειν ἐπ’ αὐτῶν ἔσθ’ ὅτε.

70 Olymp., in Alc., 2, l. 65 (Westerink 1956, p. 3) : ἔχαιρεν δὲ πάνυ καὶ Ἀριστοφάνει τῷ κωμικῷ καὶ Σώφρονι, παρ’ ὧν καὶ τὴν μίμησιν τῶν προσώπων ἐν τοῖς διαλόγοις ὠφελήθη. λέγεται δὲ οὕτως αὐτοῖς χαίρειν ὥστε καὶ ἡνίκα ἐτελεύτησεν εὑρεθῆναι ἐν τῇ κλίνῃ αὐτοῦ Ἀριστοφάνη καὶ Σώφρονα.

71 Westerink-Trouillard-Segonds 1990, p. 50 n. 35.

72 Val. Max., VIII, 7, ext., 3 : altero etiam et octogesimo anno decedens sub capite Sophronis mimos habuisse fertur.

73 Quint., I, 10, 17 : Sophron mimorum quidem scriptor, quem Plato adeo probavit ut suppositos capiti libros ejus cum moreretur habuisse credatur.

74 Arist., Po., 1447a : οὐδεν γὰρ ἔχοιμεν ὀνομάσαι κοινὸν τοὺς Σώφρονος καὶ Χενάρχου μίμους καὶ τοὺς Σωκρατικοὺς λόγους (trad. Hardy 1979, p. 30).

75 Anon. Proleg., 3, l. 11–13 (Westerink 1962, p. 7) : ἐζήλωσεν δὲ καὶ Σώφρονα τὸν γελωτοποιόν, τὴν μιμητικὴν ὥσπερ κατορθῶσαι βουλόμενος· ὁ γὰρ διαλόγους γράφων μίμησιν προσώπων εἰσάγει.

76 Tz., Chil., XI, 1–3.

77 Ernst 1996, col. 984–985.

78 D.S., XVII, 16, 3 : παρορμήσας διὰ τῶν λόγων πρὸς τοὺς ἀγῶνας θυσίας μεγαλοπρεπεῖς τοῖς θεοῖς συνετέλεσεν ἐν Δίῳ τῆς Μακεδονίας καὶ σκηνικοὺς ἀγῶνας Διὶ καὶ Μούσαις, οὓς Ἀρχέλαος ὁ προβασιλεύσας πρῶτος κατέδειξε. Dans l’extrait, c’est Alexandre qui est l’organisateur des concours en 335 av. J.-C.

79 Ghiron-Bistagne 1974, p. 169–170, et catalogue, p. 452. O’Connor 1908, p. 131, n° 429.

80 IG II2, 2325.

81 Ath., XIII, 591e : ἄμφις ἐν Κουρίδι παρεσίτει δὲ τῇ Φρύνῃ Γρυλλίων εἷς ὢν τῶν Ἀρεοπαγιτῶν, ὡς καὶ Σάτυρος ὁ Ὀλύνθιος ὑποκριτὴς Παμφίλῃ.

82 Plut., Dem., 7.

83 Aeschin., Amb., 156 : τὰς δ’ ἀνοσίους ταύτας τέχνας, ἃς οὗτος πρὸς τοὺς νέους ἐπαγγέλλεται καὶ κέχρηται νυνὶ κατ’ ἐμοῦ.

84 Aeschin., Amb., 158 : οὐκοῦν εἰ ὑμεῖς αὐτῷ ἐπιστεύσατε, ἢ Ἀριστοφάνης μου συγκατεψεύσατο, ἐπ’ αἰσχραῖς αἰτίαις ἀπωλόμην ἂν ἀδίκως.

85 Quint., Inst. Or., X, 5, 6 : neque ego paraphrasin esse interpretationem tantum volo, sed circa eosdem sensus certamen atque aemulationem (trad. Cousin 1979, p. 127). Sur cette notion, voir Lausberg-Kennedy 1998, p. 482, § 1101.

86 Schol. in Dem., Fals. Leg., 382b.

87 Dem., Fals. Leg., 192 : ἵνα τοίνυν εἰδῆθ’ ὅτι οὐ μόνον τῶν δημοσίᾳ πώποτ’ ἐληλυθότων ὡς Φίλιππον ἀνθρώπων, ἀλλὰ καὶ τῶν ἰδίᾳ καὶ πάντων οὗτοι φαυλότατοι καὶ πονηρότατοι γεγόνασι, μικρὸν ἀκούσατέ μου ἔξω τι τῆς πρεσβείας ταύτης (trad. Mathieu 1945, p. 84).

88 Dem., Fals. Leg., 198 : ἡ παροινία τοῦ καθάρματος τουτονὶ δεινή.

89 Paulsen 1999, p. 206.

90 Frazier 1994, p. 424.

91 Theon, Prog., 66, 27 Spengel : εὕροις δ’ ἂν καὶ ἐν τῷ περὶ τῆς παραπρεσβείας Δημοσθένους ἰσχνὸν καὶ γλαφυρὸν διήγημα περὶ τῶν ἀγομένων Ὀλυμπίων ὑπὸ Φιλίππου μετὰ τὴν Ὀλύνθου ἅλωσιν (trad. Patillon 1997, p. 10).

92 Rufus, Ars rhet. : παραδιήγησις δέ ἐστιν ἡ πρὸς τὸ χρήσιμον τοῦ ὑποκειμένου λόγου ἔξωθεν προστιθεμένη καὶ παραλαμβανομένη διήγησις ἐν τρόπῳ ἀφηγήσεως. « La narration digressive est la narration sur le mode d’un récit, ajoutée du dehors et employée pour l’utilité du discours qui nous occupe (trad. Brisson-Patillon 2001, p. 280) ».

93 Hermog., meth., 15, 432 Rabe : τοῦτο δὲ τὸ ἀντίθετον ὁ Δημοσθένης ἐποίησε κακόηθες, τὸ μὲν πρᾶγμα ἀληθὲς λαμβάνων, τὸ δὲ ἀντικείμενον ψευδὲς ὄν· ὡς ἐν τῷ Περὶ τῆς παραπρεσβείας εἰσάγει συμπόσιον Φιλίππου καὶ τῶν Ὀλύμπια νενικηκότων καὶ διάλογον Σατύρου τοῦ κωμικοῦ ὑποκριτοῦ, οὕτω δὲ ψυχαγωγεῖ τοὺς ἀκούοντας, ὥστε οἰηθῆναι ἐν συμποσίῳ εἶναι· εἶτα ἀντιτίθησι συμπόσιον ἕτερον ὡς γενόμενον Αἰσχίνῃ ψευδόμενος μηδέποτε γενόμενον, ἵνα ἐψυχαγωγημένοι διὰ τῶν προτέρων λόγων οἱ δικασταὶ πιστεύωσι καὶ τοῖς ἐπιφερομένοις ὡς ὁμοίως ἀληθέσι. τοῦτο κακόηθες ἀντίθετον (trad. Patillon 2014, p. 64).

94 Chor., Apol. mim., 48.

95 Chor., Apol. mim., 60.

96 Chor., Apol. mim., 62.

97 Chor., Apol. mim., 66–67.

98 Croiset 1924, p. 91. Présentation générale du discours, p. 106–109 et dans Carlier 1990, p. 124–125. Pour l’ordre des Olynthiennes, voir Eucken 1984. Selon l’auteur, et sur la base des arguments fournis par Libanios pour chaque discours, l’ordre des trois Olynthiennes tel qu’il nous est parvenu doit être conservé. C’est également l’ordre retenu par Milns 2000, p. 206–207. Ellis (1967) avait au contraire soutenu un ordre II I III, comme chez D.H., Amm., 4.

99 Lib., Arg. Dem. 2, 1 : οἱ Ἀθηναῖοι καὶ βοηθεῖν αὐτοῖς κεκρίκασι.

100 Dem., Or. II, 11 : φημὶ δὴ δεῖν ἡμᾶς τοῖς μὲν Ὀλυνθίοις βοηθεῖν, καὶ ὅπως τις λέγει κάλλιστα καὶ τάχιστα, οὕτως ἀρέσκει μοι.

101 Croiset 1924, p. 107.

102 Dem., Ol. II, 19–20 : λοιποὺς δὴ περὶ αὐτὸν εἶναι λῃστὰς καὶ κόλακας καὶ τοιούτους ἀνθρώπους οἵους μεθυσθέντας ὀρχεῖσθαι τοιαῦθ’ οἷ’ ἐγὼ νῦν ὀκνῶ πρὸς ὑμᾶς ὀνομάσαι. δῆλον δ’ ὅτι ταῦτ’ ἐστὶν ἀληθῆ· καὶ γὰρ οὓς ἐνθένδε πάντες ἀπήλαυνον ὡς πολὺ τῶν θαυματοποιῶν ἀσελγεστέρους ὄντας, Καλλίαν ἐκεῖνον τὸν δημόσιον καὶ τοιούτους ἀνθρώπους, μίμους γελοίων καὶ ποιητὰς αἰσχρῶν ᾀσμάτων, ὧν εἰς τοὺς συνόντας ποιοῦσιν εἵνεκα τοῦ γελασθῆναι, τούτους ἀγαπᾷ καὶ περὶ αὑτὸν ἔχει. (trad. Croiset 1924, p. 115).

103 Pour le personnage, voir Meister 1998.

104 Théopompe, FGrH 115, F. 81 : τοιούτους δ᾽ εἶχεν ἀεὶ περὶ αὑτὸν ἀνθρώπους ὁ Μακεδών, οἷς διὰ φιλοποσίαν καὶ βωμολοχίαν πλείω χρόνον ὡς τὰ πολλὰ συνδιέτριβε καὶ συνήδρευε περὶ τῶν μεγίστων βουλευόμενος. = Ath., Deipn. VI, 260a. Voir Carlier 1990, p. 147.

105 Théopompe, FGrH 115, F. 162 : ἦν δὲ καὶ φύσει βωμολόχος καὶ καθ᾽ ἡκάστην ἡμέραν μεθυσκόμενος καὶ χαίρων τῶν ἐπιτηδευμάτων τοῖς πρὸς ταῦτα συντεῖνουσι καὶ τῶν ἀνθρώπων τοῖς εὐφυέσι καλουμένοις καὶ τὰ γέλοια λέγουσι καὶ ποιοῦσι. = Ath., Deipn. VI, 260c.

106 Plut., Dem., V, 7 : Κτησιβίου δὲ μέμνηται λέγοντος παρὰ Καλλίου τοῦ Συρακουσίου καί τινων ἄλλων τὰς Ἰσοκράτους τέχνας […] καταμαθεῖν.

107 Carlier 1990, p. 190.

108 Plut., Dem., V, 7 : Ἕρμιππος δέ φησιν ἀδεσπότοις ὑπομνήμασιν ἐντυχεῖν, ἐν οἷς ἐγέγραπτο τὸν Δημοσθένη συνεσχολακέναι Πλάτωνι καὶ πλεῖστον εἰς τοὺς λόγους ὠφελῆσθαι, Κτησιβίου δὲ μέμνηται λέγοντος παρὰ Καλλίου τοῦ Συρακουσίου καί τινων ἄλλων τὰς Ἰσοκράτους τέχνας καὶ τὰς Ἀλκιδάμαντος κρύφα λαβόντα τὸν Δημοσθένη καταμαθεῖν. = Hermippe de Smyrne, FGrH 1026, F. 49.

109 Isoc., Or. I, 31 : ὁμιλητικὸς δ’ ἔσει μὴ δύσερις […] μηδὲ παρὰ τὰ γελοῖα σπουδάζων, μηδὲ παρὰ τὰ σπουδαῖα τοῖς γελοίοις χαίρων· τὸ γὰρ ἄκαιρον πανταχοῦ λυπηρόν (trad. Mathieu-Brémond 1928, p. 130).

110 Plat., R. X, 595c : οὐ γὰρ πρό γε τῆς ἀληθείας τιμητέος ἀνήρ. « On doit plus d’égards à la vérité qu’à un homme » (trad. Chambry 1934, p. 82). Le rapprochement est dû à Stephanis 1986, p. 164.

111 Milazzo 2004, p. 555.

112 Croiset 1924, p. 106–109 montre que la Deuxième Olynthienne n’est pas régie par des événements nouveaux, mais par la nécessité pour Démosthène de faire appliquer la mesure approuvée précédemment.

113 Lib., Arg. Dem. 2, 1 : παρελθὼν ὁ Δημοσθένης πειρᾶται θαρσύνειν τὸν δῆμον ἐπιδεικνὺς ὡς ἀσθενεῖ τὰ τοῦ Μακεδόνος πράγματα (trad. Croiset 1924, p. 110).

114 Carlier 1990, p. 124.

115 Aeschin., Amb., 14, Ctes., 66, 73.

116 Pour l’expression et l’idée, voir Milazzo 2004.

117 Chor., Apol. mim., 63 : οἷος γὰρ πέφυκεν ἕκαστος, τοιούτοις χαίρει συνών.

118 Eur., Phoinix, F. 812 Kannicht (TGrF V, 2, p. 852) : τοιοῦτός ἐστιν οἷσπερ ἥδεται ξυνών (trad. Jouan-van Looy 2002, p. 333).

119 Jouan-van Looy 2002, p. 332–333.

120 Carlier 1990, p. 178.

121 Aeschin., Tim., 153 : σκέψασθε δέ, ὦ Ἀθηναῖοι, τὰς γνώμας, ἃς ἀποφαίνεται ὁ ποιητής. ἤδη δὲ πολλῶν πραγμάτων φησὶ γεγενῆσθαι κριτής, ὥσπερ νῦν ὑμεῖς δικασταί, καὶ τὰς κρίσεις οὐκ ἐκ τῶν μαρτυριῶν, ἀλλ᾽ ἐκ τῶν ἐπιτηδευμάτων καὶ τῶν ὁμιλιῶν, φησι ποιεῖσθαι, ἐκεῖσε ἀποβλέπων, πῶς τὸν καθ᾽ ἡμέραν βίον ζῇ ὁ κρινόμενος, καὶ ὅντινα τρόπον διοικεῖ τὴν ἑαυτοῦ οἰκίαν, ὡς παραπλησίως αὐτὸν καὶ τὰ τῆς πόλεως διοικήσοντα, καὶ τίσι χαίρει πλησιάζων (trad. Martin-de Budé 1927, p. 72).

122 Voir Carlier 1990, p. 152–156, 186–187.

123 Dem., Fals. Leg., 245 : « ὅστις δ’ ὁμιλῶν ἥδεται », καὶ ταῦτα πρεσβεύων, Φιλοκράτει, « οὐ πώποτ’ ἠρώτησα, γιγνώσκων ὅτι » ἀργύριον εἴληφ’ οὗτος, ὥσπερ Φιλοκράτης ὁ ὁμολογῶν. Entre guillemets, on lit les vers d’Euripide. Voir encore Paulsen 1999, p. 241–242.

124 Milazzo 2004, p. 556.

125 Le concept est de Milazzo 2004, p. 557.

126 Voir Wankel 1976, p. 397–400.

127 [Dem.], Ph. op., 22 : ἀλλὰ τὸν μὲν ἐκ Μακεδονίας ὁρμώμενον οὕτως εἶναι φιλοκίνδυνον ὥσθ’ ὑπὲρ τοῦ μείζω ποιῆσαι τὴν ἀρχὴν κατατετρῶσθαι πᾶν τὸ σῶμα τοῖς πολεμίοις μαχόμενον (trad. Croiset 1925, p. 160).

128 Riginos 1994, p. 103–119. Outre le passage commenté dans le corps du texte, on pourra consulter en p. 104 un inventaire des textes présentant le même motif.

129 Ibid., p. 105.

130 Au sujet du terme, on consultera Wankel 1976, p. 1257.

131 Pour une histoire du verbe ἀκρωτηριάζω jusqu’à Plutarque, voir Muller 2013, p. 61–86. Il est regrettable que l’auteur n’ait pas pris la peine de vérifier l’emploi du participe, ce qui constitue une spécificité du texte de Démosthène.

132 Voir Carlier 1990, p. 251–256.

133 Chor., Apol. mim., 65.

134 Voir Carlier 1990, p. 150–153.

135 Carlier 1990, p. 152.

136 Aeschin., Amb., 40 : ἐξαίφνης κατὰ τὴν ὁδὸν παραδόξως καὶ φιλανθρώπως πρὸς ἕκαστον διελέγετο (trad. Martin-de Budé 1927, p. 122).

137 Aeschin., Amb., 41 : τὸν δὲ Φίλιππον τῶν ὑπὸ τὸν ἥλιον ἀνθρώπων ἔφη πάντων εἶναι δεινότατον (trad. ibid.).

138 Aeschin., Amb., 42 : Κτησιφῶντος δέ, ὅσπερ ἦν ἡμῶν πρεσβύτατος, ὑπερβολήν τινα ἑαυτοῦ παλαιότητος καὶ πλήθους ἐτῶν εἰπόντος, καὶ προσθέντος ὡς ἐν τοσούτῳ χρόνῳ καὶ βίῳ οὐ πώποθ’ οὕτως ἡδὺν οὐδ’ ἐπαφρόδιτον ἄνθρωπον ἑωρακὼς εἴη (trad. ibid.).

139 Aeschin., Amb., 47 : εἶπε παρελθὼν πρῶτος ἡμῶν διὰ τὴν ἡλικίαν Κτησιφῶν ἄλλους τέ τινας λόγους καὶ τοὺς πρὸς Δημοσθένην αὐτῷ συγκειμένους ὑμῖν ἐρεῖν, περί τε τῆς ἐντεύξεως τῆς Φιλίππου καὶ τῆς ἰδέας αὐτοῦ καὶ τῆς ἐν τοῖς πότοις ἐπιδεξιότητος (trad. Martin-de Budé 1927, p. 124).

140 Foerster-Richtsteig 1929, p. 359.

141 Chor., Apol. mim., 148 : οἱ σοφώτατοι πάντων Αἰγύπτιοι.

142 Hdt., II, 160 : τοὺς σοφωτάτους ἀνθρώπων Αἰγυπτίους. Voir Lloyd 1988, p. 166 ; Asheri-Lloyd et al. 2011, p. 360. Selon Froidefond 1971, p. 173–182, la sagesse des Égyptiens était un thème récurrent dans la littérature. Ainsi les Égyptiens sont présentés comme les plus sages, mais également comme les plus savants (λογιώτατοι : II, 77), les « plus scrupuleusement religieux de tous les hommes » (II, 37). Nous citons Froidefond, p. 175.

143 Aristid., Or. III 180 Lenz-Behr.

144 Aristide est par exemple cité au § 49.

145 Chor., Apol. mim., 148.

146 Chor., Apol. mim., 149.

147 Selon Hérodote, le rasage pourrait aider à endurcir le crâne. Voir Asheri-Lloyd et al. 2011, p. 409–410. Ce ne seraient pas tant les os des Égyptiens qui seraient d’une dureté extraordinaire que les Perses qui souffriraient de malnutrition.

148 Hdt., III, 12 : αἴτιον δὲ τούτου τόδε ἔλεγον, καὶ ἐμέ γ᾽ εὐπετέως ἔπειθον, ὅτι Αἰγύπτιοι μὲν αὐτίκα ἀπὸ παιδίων ἀρξάμενοι ξυρῶνται τὰς κεφαλὰς καὶ πρὸς τὸν ἥλιον παχύνεται τὸ ὀστέον (trad. Legrand 1939, p. 45). Pour l’éditeur, ce passage serait en opposition avec un autre où il est aussi question de rasage. Voir Hdt., II, 65.

149 Hdt., II, 36 : οἱ ἱρέες τῶν θεῶν τῇ μὲν ἄλλῃ κομέουσι, ἐν Αἰγύπτῳ δὲ ξυρῶνται (trad. Legrand 1939, p. 90).

150 Lloyd 1988, p. 152. Voir BGU, V, 1210, § οϛ’ : ἱερεὺς ἐρεᾷ ἐσθῆτι χρησάμενος καὶ κόμην φορέσας <κατεκρίθη> (δραχμὰς) Δ̣ Il s’agit de la punition infligée. L’interdiction est formulée en οα’ : ἱερεῦσ[ι] οὐκ ἐξὸν […] ο[ὐ]δὲ κόμην φορεῖν.

151 Nous avons déjà abordé ce texte. Voir p. 288.

152 Synes., calv., XII, 5 : καὶ διὰ τοῦτο καρτερὰ μὲν αὕτη.

153 Synes., calv., XIV, 4 : πάρεισι δὲ εἰς τὸν δῆμον ἐπ’ αὐτὸ τοῦτο, τῆς κεφαλῆς τὴν ῥώμην ἐπιδειξόμενος, ᾗ μηδέν ἐστι δεινὸν τῶν δεινῶν.

154 Artem., Onirocrit, XVIII : ἀγαθὸν δὲ καὶ ἀνδρὶ σοφῷ καὶ ἱερεῖ καὶ μάντει καὶ βασιλεῖ καὶ ἄρχοντι καὶ τοῖς περὶ τὸν Διόνυσον τεχνίταις· τούτων γὰρ οἷς μὲν ἔθος ἐστὶ κομᾶν, οἷς δὲ τὸ ἐπιτήδευμα κομᾶν ἐπιτρέπει (trad. Boriaud 1998, p. 40).

155 Artem., Onirocrit, XVIII : ξυρᾶσθαι δὲ δοκεῖν τὴν κεφαλὴν ὅλην [πλὴν] Αἰγυπτίων θεῶν ἱερεῦσι καὶ γελωτοποιοῖς καὶ τοῖς ἔθος ἔχουσι ξυρᾶσθαι ἀγαθόν, πᾶσι δὲ τοῖς ἄλλοις πονηρόν (trad. ibid.).

156 Voir Cantarella 1954 (= 1970).

157 Cantarella 1970, p. 411.

158 Chor., Apol. mim., 73.

159 Voir Lanowski 1961, p. 283.

160 MacCary 1970, p. 286.

161 Chor., Apol. mim., 73 : Μοσχίων μὲν ἡμᾶς παρεσκεύασε παρθένους βιάζεσθαι.

162 Blanchard 2013, p. 210 et n. 5.

163 MacCary 1970, p. 287–288.

164 Ps.-Arist., Phgn., 808b : λάγνου σημεῖα· λευκόχρως.

165 Voir Blanchard 2009, p. LXXXIX à qui nous empruntons également la traduction des différents termes.

166 Blanchard 2013, p. 152–153.

167 Chor., Apol. mim., 73 : Χαιρέστρατος δὲ ψαλτρίας ἐρᾶν.

168 Men., Epit., 979–989. Voir Blanchard 2013, p. 122.

169 MacCary 1970, p. 284–285.

170 Voir Körte 1944, p. 207. Il s’agit de Men., F. 319.4 Kock = 264 Körte.

171 Chor., Apol. mim., 73 : Κνήμων δὲ δυσκόλους ἐποίησεν εἶναι.

172 Men., Dysc., 5–7 : τὸν ἀγρὸν δὲ τὸν ἐπὶ δεξί’ οἰκεῖ τουτονὶ | Κνήμων, ἀπάνθρωπός τις ἄνθρωπος σφόδρα | καὶ δύσκολος πρὸς ἅπαντας, οὐ χαίρων τ’ ὄχλωι (trad. Jacques 1963, p. 67).

173 Chor., Apol. mim., 73 : Σμικρίνης δὲ φιλαργύρους.

174 Blanchard 2009, p. LXXXILXXXII.

175 Men., Aspis, 123 : ἀδελφὸς οἰκεῖ τοῦδε τοῦ φιλαργύρου.

176 Men., Aspis, 119 : ἀλλὰ βούλεται ἔχειν ἅπαντα.

177 Men., Aspis, 153 : ἵνα μή τις εἴπῃ μ’ ὅτι φιλάργυρος σφόδρα.

178 Chor., Apol. mim., 73 : ὁ δεδιώς μή τι τῶν ἔνδον ὁ καπνὸς οἴχοιτο φέρων.

179 Plaut., Aul., 300–301.

180 Ussing 1878, t. II, p. 587.

181 Ludwig 1961, p. 253–254.

182 Stockert 1983, p. 13–16 pour toute la discussion sur l’auteur et le titre de l’original de Plaute.

183 Il s’agit du F. 64 Körte. Voir Webster 1950, p. 121 ; Gaiser 1966, p. 191–194.

184 Ludwig 1961, p. 254.

185 Alciphr., Ep. IV, 19, 6 : βουλόμενα ἰδεῖν Μένανδρον καὶ ἀκοῦσαι φιλαργύρων καὶ ἐρώντων καὶ δεισιδαιμόνων καὶ ἀπίστων.

186 Jacques 1998, p. XLIX.

187 Corcella 2016, p. 136 avec renvoi à Lefèvre 2001, p. 11–12.

188 MacCary 1970, p. 278.

189 MacCary 1970, p. 289.

190 Dain 1963, p. 299.

191 Körte-Thierfelder 1953, p. 13 T. 61 ; Cantarella 1970 ; Dain 1963, p. 298–299 et 306.

192 Canfora 1995, p. 156–157.

193 Nervegna 2013, p. 217.

194 Nervegna 2013, p. 220–221. C’est également la conclusion de Puppini 1999, p. 126. Del Corno 1964, p. 133 insiste sur le fait qu’il ne devait plus y avoir à cette époque d’édition complète de Ménandre. Uniquement un choix de pièces devait être en circulation.

195 P.Cairo inv. JE 43227 (Mertens-Pack3 n° 1301).

196 Körte 1944, p. 207.

197 Voir Corcella 2016, p. 136 ; Wiles 1991, p. 92–93 ; Del Corno 1964, p. 134 n. 11.

198 Nervegna 2013, p. 253 note 4. Voir déjà auparavant l’avis de Gallavotti 1965, p. 145–146. L’auteur a également mis en évidence la popularité de Ménandre dans l’École de Gaza, en particulier chez Procope de Gaza, p. 138–145.

199 Chor., Apol. mim., 112 : τὰ πλεῖστα δὲ ἅπασιν ἀρρωστήματα λύπῃ κατὰ τὴν τραγῳδίαν συμβαίνει.

200 Graux 1877a, p. 211.

201 Eur., F. 1071 Nauck2 avec renvoi à Stob., IV, 35, 10 : λῦπαι γὰρ ἀνθρώποισι τίκτουσιν νόσους où la citation figure sous le nom d’Euripide. Voir Eur., F. 1071 Kannicht (TGrF V, 2, p. 1007).

202 Foerster-Richtsteig 1929, p. 370.

203 Men., Sent. mon. 440 Jäkel.

204 Men., Aspis, 336–338.

205 Soph., F. 663 Radt (TGrF IV, p. 470), 602 Nauck2 : τίκτουσι γάρ τοι καὶ νόσους δυσθυμίαι. Voir Stephanis 1986, p. 180.

206 Sideras 1987, p. 189–190 ; Sideras 1999, p. 420–421.

207 Anon., Invective byzantine, 11, l. 82–84 Sideras : σκυθρωπάζοντες καὶ μηδὲ τὸ Εὐριπίδειον ἐκεῖνο γιγνώσκειν ἔχοντες, ὡς « διὰ λύπην καὶ μανία γίνεται πολλοῖς καὶ νοσήματ’ οὐκ ἰάσιμα. Voir Sideras 2002, p. 54 et 97. Philem. F. 106 Kassel-Austin (PCG VII, p. 285) ; Eur., F. 1128d, Kannicht (TGrF V, 2, p. 1029). Pour Kannicht, l’anonyme byzantin a attribué de manière fautive le fragment à Euripide, alors que le vers est de Philémon.

208 Voir Sideras 1999 pour une démonstration complète.

209 Men., Aspis, 329–330 : δεῖ τραγωιδῆσαι πάθος ἀλλοῖον ὑμᾶς (trad. Jacques 1998, p. 23). L’expression a également posé problème à Jacques qui indique contra vocem τραγῳδίαν dans l’apparat critique.

210 Men., Aspis, 336–338 : τὰ πλεῖστα δὲ ἅπασιν ἀρρωστήματ’ ἐκ λύπης σχεδόν ἐστιν (trad. Jacques 1998, p. 24).

211 Puppini 1999, p. 124.

212 Corcella 2016, p. 137.

213 Chor., Apol. mim., 123 : ἀλλ᾿ ὑποβεβρεγμένοι […] τὰ αὑτῶν ἐπιδείκνυνται τοῖς θεωμένοις.

214 Luc., DDeor., XXIII, 2 et Icar., 27.

215 Men., Dysc., 229–232 : ἤδη δὲ τοῦτ’ ἐλθὼν ποήσειν μοι δοκῶ. | καὶ γὰρ προσιόντας τούσδε Πανιστάς τινας | εἰς τὸν τόπον δεῦρ’ ὑποβεβρεγμένους ὁρῶ, | οἷς μὴ ‘νοχλεῖν εὔκαιρον εἶναί μοι δοκεῖ (trad. Jacques 1963, p. 80).

216 Men., Epit., 169–171 : [ἴωμ]εν· ὡς καὶ μειρακυλλίων ὄχλος | [εἰς τὸ]ν τόπον τις ἔρχεθ’ ὑποβεβρεγμέν[ων] | [οἷς] μ[ὴ] ‘νοχλεῖν εὔκαιρον εἶν[α]ί μο[ι δοκεῖ] (trad. Blanchard 2013, p. 80).

217 Men., Pk., 261 : παῖδες· μεθύοντα μειράκια προσέρχεται | πάμπολλ’.

218 Voir Jacques 1963, p. 16–18.

219 C’est ainsi que Jacques désigne l’expression commune aux deux textes.

220 Blanchard 2013, p. 222 n. 4.

221 Les difficultés textuelles sont abordées dans le commentaire. Voir supra p. 194.

222 Blanchard 2013, p. xi. Voir Men., T. 1–5, 24, 46, 142 Kassel-Austin (PCG VI, 2, p. 1,2, 12 et 38). T 142 correspond à Chor., Apol. mim., 145.

223 Nesselrath 2000, col. 784–785.

224 Sur les testimonia mettant en relation Philémon avec Ménandre, voir Philem., T. 1–2, 7, 10, 22–32, 34 Kassel-Austin (PCG VII, p. 220–227).

225 Reich 1903, p. 220–221, testimonia p. 426–430. Sur Philistion, voir Grysar 1854, p. 302–310 ; Wüst 1932 ; Furley 2000 ; Cicu 2012, p. 55–58.

226 Cassiod., Var., IV, 51, 10 : mimus etiam, qui nunc tantummodo derisui habetur, tanta Philistionis cautela repertus est, ut ejus actus poneretur in litteris, quatenus mundum curis edacibus aestuantem laetissimis sententiis temperaret.

227 Hier., ad. Euseb. chron., Ol. 196, 2 = 5 a.p. J.-C. : Philistio mimographus, natione Magnesius, Romae clarus habetur.

228 Wüst 1932, col. 2402.

229 Souda, φ 364 Adler.

230 Voir encore Nicoll 1931, p. 113–114.

231 Rohde 1901, p. 372 n. 1 qualifie le passage de Choricios de « deutlichste Vermischung ». Cette opinion est reprise par Wüst 1938, col. 2403 et par Stephanis 1986, p. 190–191. Criscuolo 1970–1971, p. 465–466 se montre très critique par rapport à cette interprétation. Selon lui, il pourrait s’agir d’une allusion à une autre composition du genre, dans laquelle Ménandre apparaissait avec un autre personnage, dont l’identité reste inconnue pour nous. Schouler 2001, p. 252 n. 11 est d’avis que Choricios confond Philistion fondateur du genre avec un homonyme contemporain de Ménandre, à qui il donne le surnom de Secundus (voir l’expression ὁ προσηγορίᾳ μὲν δεύτερος). À notre avis, cette solution est à rejeter.

232 Irmscher 1965, p. 21 ; Corcella 2016, p. 137.

233 Chor., Apol. mim., 145 : τὸν τρόπον καὶ γνώμας ἐμμέτρους ἀλλήλοις ἀντιτιθέναι.

234 Jaekel 1964, p. 87–120. En fait, il y a plusieurs pièces du même genre. I : p. 87–101 ; II : p. 102–113 ; III : p. 114–117 ; IV : p. 118–120.

235 Körte 1938, col. 2144 note que la confusion entre les deux était devenue usuelle à l’époque de rédaction de la Syncrisis. Wüst 1938, col. 2403–2404 a établi un catalogue de sources où la confusion entre les deux personnages est patente.

236 Souda, φ 364 Adler : τελευτᾷ δὲ ὑπὸ γέλωτος ἀπείρου.

237 Luc., Macr., 25 ; Val. Max., IX, 12 ext., 6.

238 Gnom. Vind. 130. Édition dans Wachsmuth 1882, p. 24. Après le mot Φιλιστίων, l’éditeur indique entre parenthèses « vielmehr Philemon ».

239 Philem., T. 25 Kassel-Austin (PCG VII, p. 226) qui intègrent ce texte dans les testimonia sur Philémon.

240 Graux 1877a, p. 212.

241 À la manière de la comédie nouvelle appelée νέα. Voir Plut., Quaest. Conv., VII, 8, 3, 712B : περὶ δὲ τῆς νέας κωμῳδίας τί ἂν ἀντιλέγοι τις;

242 Tosi-Zaminer 1998, col. 46–47. À propos du terme, voir également Hummel 2003, p. 9–12. Ce n’est pas la première apparition du mot φιλόλογος qui figure déjà chez Platon. Plat., La. 188c, Tht. 146a, Phdr. 236e, R. IX, 582e, Leg. 641e.

243 Gomperz 1878, p. 14.

244 Geffcken 1921, col. 992.

245 [Secundus], AP, IX, 36, 260, 301, XVI, 214.

246 Gomperz 1878, p. 14 se base sur une datation donnée par Fabricius, Bibliotheca Graeca, T. IV, p. 494 Harless. L’éditeur semble lui-même réfuter cette datation dans la suite de la notice ; il indique en effet que Brunck situe l’auteur à peu près à la même époque que ceux qui constituent la couronne de Philippe.

247 Gow-Page 1968, p. 406.

248 Stephanis 1986, p. 192.

249 Philostr., VS I, 26, 544.

250 Follet et Overwien 2016.

251 Gallo 1980, p. 402–403.

252 IG II2 11387 = GVI 1495 Peek ; SEG 52, 217. Ghiron-Bistagne 1974, p. 416.

253 Chor., Apol. mim., 97 : δύσφημα βοᾶν.

254 Chor., Apol. mim., 98 : τίς ἄν ἐξαριθμήσειε τὰς ἑκατέρων ἐπιορκίας. 99 : εἰς ἐπιορκίαν ἐκφέρονται […] ἀνάγκη τοὺς ἑτέρους ἐπιορκεῖν.

255 Chrys., hom. in. Gen., VI, 2 (PG 53, 56) : οὐ μόνον γὰρ ἵππους τρέχοντας ἔστιν ἰδεῖν, ἀλλὰ καὶ κραυγῶν, καὶ βλασφημιῶν, καὶ μυρίων ἀκαίρων ἔστιν ἀκοῦσαι λόγων, καὶ γυναῖκας ἡταιρηκυίας εἰς τὸ μέσον παριούσας ἰδεῖν, καὶ νέους πρὸς τὴν τῶν γυναικῶν ἁπαλότητα ἑαυτοὺς ἐκδιδόντας. Voir commentaire ad 116.

256 Gr. Naz., or. XLIII, 15 : ὅπερ οὖν πάσχοντας ἔστιν ἰδεῖν περὶ τὰς ἀντιθέτους ἱπποδρομίας τοὺς φιλίππους τε καὶ φιλοθεάμονας· πηδῶσι, βοῶσιν, οὐρανῷ πέμπουσι κόνιν, ἡνιοχοῦσι καθήμενοι, παίουσι τὸν ἀέρα, τοὺς ἵππους δὴ τοῖς δακτύλοις ὡς μάστιξι, ζευγνύουσι, μεταζευγνύουσιν· οὐδενὸς ὄντες κύριοι ἀντιδιδόασι ἀλλήλοις ῥᾳδίως ἡνιόχους, ἵππους, ἱπποστασίας, στρατηγούς· καὶ ταῦτα τίνες ; οἱ πένητες πολλάκις καὶ ἄποροι καὶ μηδ’ ἂν εἰς μίαν ἡμέραν τροφῆς εὐπορήσαντες (trad. Bernardi 1992, p. 150–153). Voir également Gr. Naz., or. XLII, 22 : οὐ φέρω τοὺς ἱππικοὺς ὑμῶν, καὶ τὰ θέατρα, καὶ τὴν ἀντίῤῥοπον ταύτην μανίαν ἔν τε δαπανήμασι καὶ σπουδάσμασι.

257 Cassiod., Var., I, 27 : mores autem graves in spectaculis quis requirat? ad circum nesciunt convenire Catones. quicquid illic a gaudenti populo dicitur, injuria non putatur. locus est qui defendit excessum. quorum garrulitas si patienter accipitur, ipsos quoque principes ornare monstratur. respondeant nobis certe qui talibus studiis occupantur : si tranquillos optant adversarios suos, certe volunt eos esse victores, quando ad injurias tunc prosiliunt, cum se superatos turpiter erubescunt. unde ergo irasci volunt, quod sine dubiu se optasse cognoscunt? Traduction anglaise : Barnish 1992, p. 19.

258 Val. Max., II, 10, 8. Nous avons déjà cité ce texte ; voir p. 315 n. 278

259 L’anecdote des jeux floraux figure dans l’avertissement au premier livre des Épigrammes de Martial. Elle est même le sujet de sa première Épigramme.

260 Chor., Apol. mim., 97.

261 Liebeschuetz 1998, p. 175, 177.

262 Cassiod., Var., III, 51, 11 : quod illic supra cetera spectacula fervor animorum inconsulta gravitate rapiatur. Transit prasinus, pars populi maeret : praecedit venetus et potius turba civitatis affligitur. Nihil proficientes ferventer insultant : nihil patientes graviter vulnerantur et ad inanes contentiones sic disceditur, tamquam de statu periclitantis patriae laboretur. Traduction anglaise : Barnish 1992, p. 70.

263 Cassiod., Var., III, 51, 12 : haec nos fovemus necessitate imminentium populorum, quibus votum est ad talia convenire, dum cogitationes serias delectantur abicere.

264 Voir notre point 6.4.4, p. 255.

265 Balsamon, In can. 24 Conc. in Trullo (Rhallès-Potlès 1852, t. 2, p. 357 = PG 137, 592–593) : ὁ γὰρ κανὼν οὗτος, φασί, τὰς ποτὲ γινομένας ἱπποδρομίας ἀπαγορεύει, οὐ μὴν τὰς σήμερον τελουμένας κατ’ ἐπιτροπὴν καὶ παρουσίαν βασιλικήν. τότε μὲν γάρ, τῶν δήμων κατεξουσιαζόντων ἐν ταῖς ἱπποδρομίαις […]. ἐν καιροῖς δέ τισι καὶ πόλεμοι συνεκροτήθησαν ἐμφύλιοι μέσον τῶν αντιθέτων μερῶν, καὶ κατὰ τῆς βασιλείου περιωπῆς ἀναιδῆ ῥήματα οἱ δημόται ἀπηρεύξαντο, καθὼς ἀπὸ διαφόρων χρονικῶν τοῦτο παρίσταται· οἷόν τι γέγονε ἐπὶ τοῦ βασιλέως Ἰουστινιανοῦ, ἐπὶ τοῦ Ἀναστασίου, ἐπὶ τοῦ Φωκᾶ τοῦ τυράννου, καὶ ἐπὶ ἑτέρων βασιλέων. ἀλλὰ καὶ συνθηκίζειν τὰ μέρη μὴ κωλυόμενα, διὰ κόττου καὶ τύχης τὴν νίκην ἀνεκαλοῦντο· ὅπερ τοῖς θείοις κανόσι παντελῶς ἀπηγόρευται (trad. Dagron 2011, p. 151). Voir Mango 1984, p. 349–350. L’auteur relève que Balsamon a de la peine à justifier l’interdiction formulée, en fonction du contexte de son époque. L’information citée ici provient donc de la lecture des chroniques faite par le commentateur.

266 Dagron 2011, p. 152.

267 Chrys., Sac., 5, 1 (PG 48, 672–673) : πρῶτον μὲν γὰρ τὸ πλέον τῶν ἀρχομένων οὐκ ἐθέλουσιν ὡς πρὸς διδασκάλους διακεῖσθαι τοὺς λέγοντας, ἀλλὰ τὴν τῶν μαθητῶν τάξιν ὑπερβάντες ἀντιλαμβάνουσι τὴν τῶν θεατῶν τῶν ἐν τοῖς ἔξωθεν καθεζομένων ἀγῶσι. καὶ καθάπερ ἐκεῖ τὸ πλῆθος μερίζεται, καὶ οἱ μὲν τούτῳ, οἱ δὲ ἐκείνῳ προσνέμουσιν ἑαυτούς.

268 Amph., Seleuc., 152 : καὶ τοῦτο λοιμός ἐστι καὶ ψυχῶν νόσος.

269 Amph., Seleuc., 152–157 : πόλεις διασπᾷ, δῆμον εἰς στάσεις φέρει, | μάχας διδάσκει, λοίδορον θήγει στόμα, | τέμνει πολιτῶν φίλτρα, συγκρούει γένη, | καταισχύνει γέροντας, ἐκμαίνει νέους, | ἔχθρας ἀνάπτει φιλτάτων, πατεῖ νόμους.

270 Browning 1971, p. 138. Voir Soz., H.E., VII, 25 ; Thdt., H.E., V, 17–18. Sur cet événement, voir encore Maraval 2009, p. 227–234.

271 Cameron 1976, p. 229.

272 Dagron 2011, p. 154.

273 Marc. Comes, anno 445 : apud Byzantium populari orta in circo seditione multi sese invicem occiderunt multaque intrinsecus hominum pecudumque morbo corpora perierunt.

274 Marc. Comes, anno 473 : Constantinopoli seditione in circo orta multi Isaurorum a populo interempti sunt.

275 Amato-Maréchaux 2014, p. 468 n. 21.

276 Procop. Gaz., Monodie I (Op. XIV Amato), 4 : πρὸς ἵππων ἀγῶνας καλούμενος, ἅπας ἐνέκειτο νίκῃ καὶ στέμμασιν, ὅτε καὶ ἡ πόλις πρὸς ἑαυτὴν ἡμιλλᾶτο, διαιρουμένη τοῖς πλήθεσιν (trad. Amato-Maréchaux 2014, p. 460).

277 Procop. Gaz., Panégyrique pour l’empereur Anastase (Op. XI Amato), 16. Amato-Maréchaux 2014, p. 323 n. 101.

278 Cameron 1976, p. 226–229. Dagron 2011, p. 153 démontre qu’à Constantinople, la distinction entre claque de théâtre et de l’hippodrome perdit rapidement tout son sens.

279 Mal., XVII, 12 (417 Bo, 343 Th) : καὶ ἐπήρθησαν τὰ θεώρια, καὶ οἱ ὀρχησταὶ ἐκ τῆς ἀνατολῆς καὶ πάντες ἐξωρίσθησαν, δίχα μέντοι τῆς μεγάλης Ἀλεξανδρείας τῆς πρὸς Αἴγυπτον.

280 Mal., XVIII, 41 (448 Bo, 376 Th) : ἐν δὲ τῷ αὐτῷ χρόνῳ ἐγένετο ταραχὴ ἐν Ἀντιοχείᾳ τῇ μεγάλῃ ἐν τῷ θεάτρῳ. καὶ τὰ τῆς ταραχῆς ἀνηνέχθη τῷ αὐτῷ βασιλεῖ. καὶ ἀγανακτήσας ἐξ ἐκείνου ἐκώλυσε τὴν θέαν τοῦ θεάτρου πρὸς τὸ μὴ ἐπιτελεῖσθαι τοῦ λοιποῦ ἐν τῇ τῶν Ἀντιοχέων πόλει.

281 Voir Dagron 2011, p. 164–165.

282 Anonyme, Sur la science politique, V, (Mazzucchi 1982, p. 33) : ὁ̣ εἰς̣ μ̣έρη αὐτὸς κ̣α̣θ̣’ αὑτοῦ̣ τ̣ε καὶ τῆς ἄλλης πόλεως διῃρημένος δῆμος, ο̣ἰ̣κεῖος̣ ὄ̣ντως ὢν πόλεμος (trad. Dagron 2011, p. 165 adaptée).

283 Procop., Pers., I, 24, 2–6 : οἱ δῆμοι ἐν πόλει ἑκάστῃ ἔς τε Βενέτους ἐκ παλαιοῦ καὶ Πρασίνους διῄρηντο, οὐ πολὺς δὲ χρόνος ἐξ οὗ τούτων τε τῶν ὀνομάτων καὶ τῶν βάθρων ἕνεκα, οἷς δὴ θεώμενοι ἐφεστήκασι, τά τε χρήματα δαπανῶσι καὶ τὰ σώματα αἰκισμοῖς πικροτάτοις προΐενται καὶ θνήσκειν οὐκ ἀπαξιοῦσι θανάτῳ αἰσχίστῳ· μάχονται δὲ πρὸς τοὺς ἀντικαθισταμένους, οὔτε εἰδότες ὅτου αὐτοῖς ἕνεκα ὁ κίνδυνός ἐστιν. […] μέλει τε αὐτοῖς οὔτε θείων οὔτε ἀνθρωπείων πραγμάτων παρὰ τὸ ἐν τούτοις νικᾶν, ἤν τέ τι ἀσέβημα ἐς τὸν θεὸν ὑφ’ ὁτουοῦν ἁμαρτάνηται ἤν τε οἱ νόμοι καὶ ἡ πολιτεία πρὸς τῶν οἰκείων ἢ τῶν πολεμίων βιάζωνται, ἐπεὶ καὶ τῶν ἐπιτηδείων σπανίζοντες ἴσως κἀν τοῖς ἀναγκαιοτάτοις ἀδικουμένης αὐτοῖς τῆς πατρίδος, οὐ προσποιοῦνται, ἤν γε αὐτοῖς κεῖσθαι τὸ μέρος ἐν καλῷ μέλλῃ· οὕτω γὰρ τοὺς συστασιώτας καλοῦσι. […] ὥστε οὐκ ἔχω ἄλλο τι ἔγωγε τοῦτο εἰπεῖν ἢ ψυχῆς νόσημα. ταῦτα μὲν οὖν ταῖς τε πόλεσι καὶ δήμῳ ἑκάστῳ ὧδέ πη ἔχει (trad. Dagron 2011, p. 165–166).

284 Pour rappel, l’expression est de Milazzo 2004.