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Schweizer Jahrbuch für Musikwissenschaft- Annales Suisses de Musicologie- Annuario Svizzero di Musicologia

 Schweizer Jahrbuch für Musikwissenschaft- Annales Suisses de Musicologie- Annuario Svizzero di Musicologia Neue Folge / Nouvelle Série / Nuova Serie- 36 (2016)- Redaktion / Rédaction / Redazione: Luca Zoppelli

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Edited By Luca Zoppelli

Das Schweizer Jahrbuch für Musikwissenschaft hat die Aufgabe, die Ergebnisse musikwissenschaftlicher Forschung zu präsentieren, die im Land zu allen denkbaren Gegenständen betrieben wird. Darüber hinaus werden Beiträge namhafter Kollegen der internationalen Forschergemeinschaft veröffentlicht.

Der vorliegende Band Nr. 36 enthält Studien zur schweizerischen Musik und zu den Identitätsdiskursen, an deren Entwicklung sie beteiligt war (Andrea Kammermann, Yannick Wey und Raymond Ammann über Ferdinand Fürchtegott Huber; Jacques Tchamkerten über Ernest Bloch). Daneben sind Beiträge zu mediengeschichtlichen Aspekten und Diskussionen über kulturelle Verbreitungsformen von Musik im 20. Jahrhundert enthalten (Carlo Piccardi über die Natur des radiophonen Musikhörens, Angela Carone über das Wirken von Roman Vlad). Aus einer anderen methodischen Perspektive analysiert Susan Rutherford die Struktur des Mythos, der die Operndiva und ihr Publikum verbindet. Die Rezension am Ende des Bandes bespricht eine Publikation, die auf die intellektuelle und musikalische Geschichte der Schweiz eingeht.

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Rezensionen / Comptes rendus / Schede critiche

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Rezensionen / Comptes rendus / Schede critiche

Samuel Baud-Bovy (1906–1986) : néohelléniste, ethnomusicologue, musicien, sous la dir. de Bertrand Bouvier et Anastasia Danaé Lazaridis, Genève, Droz, 2016 (Recherches et Rencontres, 34).

Le Genevois Samuel Baud-Bovy est bien connu des mélomanes et des musicologues travaillant sur la Romandie pour son apport diversifié au monde musical. Chef d’orchestre et de chœur, il dirige de nombreux concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande, ainsi que la Société de chant sacré (1938–1976) avec laquelle il crée Golgotha de Frank Martin, préside l’Association des Musiciens Suisses (1955–1960), enseigne au Conservatoire de Musique de Genève, dont il est directeur entre 1957 et 1970. Une énumération impressionnante qui, toutefois, ne rend justice qu’au musicien. En parallèle, Baud-Bovy fut professeur de grec moderne à l’Université de Genève (1931–1957) et reconnu internationalement comme spécialiste de la chanson populaire grecque, dont il a livré de nombreux volumes de transcriptions, faisant figure de pionnier en ethnomusicologie. C’est à cet homme hors du commun que le colloque Samuel Baud-Bovy (1906–1986) : néohelléniste, ethnomusicologue, musicien, organisé les 24 et 25 novembre 2006 par l’Unité de grec moderne de la Faculté des lettres de l’Université de Genève, rendait hommage. Les actes qui en résultent dépassent de loin le domaine musicologique et témoignent – par la diversité des domaines d’études, des angles d’approche et des langues de communication (français et grec) – de la variété des champs abordés par Baud-Bovy durant sa carrière prolifique.

La première partie de l’ouvrage, consacrée à la formation néohelléniste de Baud-Bovy, permet de prendre la mesure tant de l’enseignement qu’il a reçu que de celui qu’il a prodigué (Socrate V. Kougéas, Bertrand Bouvier), mais aussi de l’ampleur de son érudition dans un panorama relatant sa perception du théâtre grec médiéval et des questions évoquées par ce genre à cette période (Michel Lassithiotakis). La présentation des propos tenus par Baud-Bovy sur la poésie de la Grèce moderne, ainsi que de ses réflexions et problèmes de traducteur est intéressante pour le musicologue car elle éclaire notamment son intérêt pour la métrique, nécessairement importante pour le musicien (Anastasia Danaé Lazaridis, Martha Vassiliadi, Grigoris A. Sifakis). L’étude d’Alexis Politis replace la production de Baud-Bovy dans le contexte grec de l’entre-deux-guerres, mettant en lumière les questions idéologiques qui déchiraient les Hellènes, notamment la querelle des Anciens et des Modernes relative à la forme – savante ou populaire – que la langue moderne devait adopter. Cet essai fort passionnant donne les clés au musicologue pour éviter de lire trop hâtivement l’engagement de Baud-Bovy en faveur de la chanson populaire uniquement en lien avec l’intérêt européen pour la musique folklorique (Béla Bartók, Zoltán Kodály, etc.). En soulignant la part spécifiquement grecque dans le rapport à la question nationale – c’est-à-dire la relation ambigüe ou conflictuelle entretenue avec l’idéal de la ← 177 | 178 → civilisation antique – Politis rappelle un point essentiel, tout en remarquant que le tournant vers le populaire est général dans le modernisme européen.

La deuxième partie traite de Baud-Bovy et l’Antiquité. La contribution d’André Hurst permet de comprendre avec le cas concret de l’énigme « tophlaaothrat » dans les Grenouilles d’Aristophane à quel point la formation musicale de Baud-Bovy a influencé et enrichi son approche des textes grecs, antiques ou modernes, en rappelant comment il a opté pour une onomatopée musicale dans la résolution du rébus « tophlaaothrat ». Jean-Jacques Richard se consacre, quant à lui, aux références à la mythologie et à l’histoire ancienne dans la chanson rébétique, c’est-à-dire de marginaux qui rejettent les valeurs de la société contemporaine, s’inscrivant par là même dans le sillage de Baud-Bovy et de ses études de la chanson populaire grecque.

La troisième partie est consacrée à l’ethnomusicologie et à la musique contemporaine grecque. Dans le cadre de la musique populaire, la transmission orale entraîne des défis que les musicologues n’ont pas souvent à relever : la plupart des contributeurs met l’accent sur l’importance des enregistrements sonores pour l’ethnomusicologie et sur les difficultés techniques rencontrées à l’époque par Baud-Bovy. Si Lambros Liavas présente son édition d’inédits figurant dans le Fonds Samuel Baud-Bovy au Conservatoire de Musique de Genève, il souligne également le rôle pionnier et toujours d’actualité des recherches du savant genevois, en publiant un complément – formé tant de traductions de textes théoriques que de notes et d’enregistrements de terrain de Baud-Bovy – à son ouvrage Chansons populaires de Crète occidentale (1972). Les enjeux, dans le cadre de l’édition susmentionnée, soulevés par la numérisation de la notation musicale des enregistrements effectués en Crète par Baud-Bovy en 1954 mettent en exergue sa minutie, surtout dans la transcription verticale des strophes afin de rendre perceptible leurs variations (Thanassis Moraïtis). De son côté, Laurent Aubert évoque les Archives internationales de musique populaire et le rôle que Baud-Bovy y tint : membre du comité lors de leur création en 1944, puis chaînon entre leur fondateur, Constantin Brăiloiu, alors décédé et Aubert lui-même qui lui succéda. Cette contribution souligne également le rôle de passeur de la connaissance que Baud-Bovy assuma avec beaucoup de talent. Quant à Marcos Ph. Dragoumis, il propose la visualisation – par une bibliographie et une discographie jusqu’à nos jours – du stimulus que les recherches de Baud-Bovy sur la chanson populaire du Dodécanèse ont provoqué. Cette partie s’achève par une mise en évidence de l’engagement de Baud-Bovy en faveur des compositeurs grecs contemporains, dont il a dirigé et enregistré une centaine d’œuvres. A nouveau, son éclectisme est remarqué : il s’est intéressé tant à des compositeurs de l’Ecole nationale comme Antiochos Evanghélatos ou Andréas Nézéritis qu’à la musique dodécaphonique de Yorgos Sicilianos. Michel Bischel s’appuie sur la correspondance que ce dernier a échangée avec Baud-Bovy pour documenter certaines créations, dont celle de son Concerto pour violoncelle et orchestre.

La quatrième partie revient sur l’implication de Baud-Bovy dans la vie musicale genevoise. Alors que Claude Viala rappelle l’importance de Baud-Bovy, conseiller administratif aux Beaux-Arts entre 1943 et 1947, pour le développement de l’Orchestre de la ← 178 | 179 → Suisse Romande dans un contexte économique morose conduisant les musiciens à travailler dans des conditions précaires, puis son engagement au sein du Conservatoire de Musique de Genève, Inès Chennaz-Boissonnas et Raymond Jourdan évoquent son côté visionnaire. Appelant de ses vœux un cursus simultané au Conservatoire en classe professionnelle et au collège en latin-grec, Baud-Bovy lança une réflexion qui aboutit à une réforme de l’enseignement gymnasial genevois et à la création d’une maturité artistique qui dépassa ses ambitions initiales. Quant à Jacques Tchamkerten, il brosse le portrait de la relation entre Baud-Bovy et Emile Jaques-Dalcroze, qui a collaboré à plusieurs reprises avec son père Daniel, notamment pour la Fête de juin (1914), spectacle auquel le jeune Samuel participa. Par la suite, il étudia avec Jaques-Dalcroze dans son Institut et fut un fervent défenseur de sa musique, dont il dirigea de nombreuses œuvres. La contribution de Tchamkerten met également en évidence la tendance à l’auto-réélaboration musicale de Jaques-Dalcroze à l’exemple des Tableaux romands redevables au Festival vaudois.

Ces actes se terminent par des témoignages de Jean Starobinski et de Mario Vitti soulignant l’humanité, la disponibilité et la pédagogie hors pair de Baud-Bovy. Enfin, Starobinski montre la connaissance approfondie que Baud-Bovy possédait des écrits sur la musique de Jean-Jacques Rousseau, dépassant de loin la question de son rapport avec la musique grecque antique. Dernière pirouette sur laquelle le lecteur referme un ouvrage qui rend un magnifique hommage à l’érudition multiple et libre de préjugés d’un homme qui a inlassablement contribué au développement de la musique et de son étude tant dans sa ville natale que dans des contrées éloignées et sous des aspects dont la diversité laisse admiratif. Les questions et les pistes de recherche suscitées par cet important volume d’actes laissent la voie ouverte, nous l’espérons, à de nombreux travaux ultérieurs afin de mieux connaître cette personnalité exceptionnelle.

DELPHINE VINCENT

(Fribourg)