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Les origines du baby-boom en Suisse au prisme des parcours féminins

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Aline Duvoisin

L’ampleur et l’exceptionnalité qui ont caractérisé le baby-boom ont concouru à en construire une représentation dénuée de nuances. L'ouvrage interroge alors l'hétérogénéité qui a caractérisé ce phénomène dans le contexte suisse. Dans une perspective de parcours de vie et en recourant à des méthodes mixtes, l'interrelation des trajectoires familiales et professionnelles des cohortes féminines est examinée au regard du système de valeurs promulgué dans la société suisse de l'époque pour montrer comment un phénomène d’ampleur a pu être le produit d’une diversité de parcours de vie. Si l'ouvrage se concentre sur la Suisse, le développement de l’approche méthodologique mixte qu'il propose offre un cadre d’analyse renouvelé, dont les apports pour la compréhension du baby-boom peuvent être transférer à divers contextes nationaux et à l'étude d'autres phénomènes démographiques.

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5. Les mères des baby-boomers : quelles conciliations entre sphères familiale et professionnelle ?

5. Les mères des baby-boomers : quelles conciliations entre sphères familiale et professionnelle ?

“Understanding socialization over the life course is not only about how individuals are initiated into society by various socializing agents and institutions, but also by their own life histories, which are expanded and revised in light of an experienced past and an anticipated future” (Settersten, 2002, p.20)

Les différents processus de socialisation en œuvre dans une société donnée n’ont pas le même impact sur tous les individus qui la constituent. De même, leurs contenus ne sont pas uniformément transmis (Settersten, 2002). C’est pourquoi il est essentiel d’approcher le pouvoir socialisateur des institutions, non seulement du point de vue de leurs caractéristiques propres et des objectifs qui les définissent, mais aussi dans la perspective des individus sur qui cette influence s’exerce (Darmon, 2010). A ce titre, le chapitre précédent a permis de mettre en lumière l’influence diffuse et congruente des messages délivrés par les agents socialisateurs auxquels les mères des baby-boomers ont été confrontées durant leur enfance et leur adolescence. Toutefois l’hostilité face à l’emploi féminin et la forte valorisation de la famille et de la maternité qui ont raisonné durant leur jeunesse ne supposent pas que chacune d’elles ait appliqué le parcours standard promulgué d’épouse-mère-ménagère, ni même que celles qui l’ont adopté l’aient fait de manière identique.

En outre, les mécanismes de socialisation ne s’arrêtent pas à l’orée de l’âge adulte mais constituent un processus continu tout au long du parcours de vie des individus (Darmon, 2010 ; Settersten, 2002). Ce caractère implique une potentielle évolution dans la perception et l’assimilation des discours, qui peut à son tour induire une modification de son influence sur les trajectoires des individus au fil de leur avancée en âge (Darmon, 2010), notamment en fonction d’événements ponctuels. De cette façon, la manière de réagir et de gérer un événement, bien qu’a priori intimement personnelle, dépend de la socialisation antérieure et participe à renforcer, créer ou renouveler des dispositions. Les individus sont en outre amenés au fil de leur avancée en âge à côtoyer de nouveaux agents socialisateurs (le conjoint, le milieu professionnel, de nouveaux groupes de pairs, etc.). Selon Darmon (2010), ce développement de la socialisation peut ainsi résulter en trois produits distincts : une socialisation de renforcement où chaque processus contribue à « fixer » les dispositions déjà acquises par le passé, une socialisation de conversion qui implique un changement radical et durable des dispositions, et enfin une socialisation de transformation lorsque l’individu modifie ou efface certaines de ses dispositions.

Le présent chapitre interroge dès lors l’articulation des trajectoires familiales et professionnelles des générations de femmes à l’origine du baby-boom. De quelle façon ces dernières ont-elles concilié les nombreuses injonctions sociales en faveur d’une vie centrée sur le mariage et la famille tout en étant bénéficiaires et actrices de la démocratisation des études secondaires et de la tertiarisation de l’emploi féminin ? En d’autres termes, l’objectif est tout d’abord de démontrer la diversité sociale des trajectoires et d’identifier si des groupes particuliers de la population présentent des comportements que l’on pourrait qualifier de « familialistes »74 (Commaille, 1993), reflétant un suivi sans faille des normes dominantes. Puis, d’analyser dans quelle mesure des marqueurs de la socialisation de l’entre-deux-guerres se retrouvent dans les trajectoires de ces femmes à l’âge adulte.

Le présent chapitre reprend donc la dualité qui existe entre d’une part, l’uniformité constituée par un contexte de socialisation globalement identique et a priori assez prééminent pour avoir transcendé les groupes sociaux, et d’autre part, l’hétérogénéité résidant dans le fait non seulement que chaque individu vit ses propres expériences mais aussi qu’il se situe dans les structures sociales.

Pour apporter un éclairage sur ces questionnements profondément liés, nous mobilisons simultanément des analyses de séquences sur les trajectoires familiales et professionnelles des mères de baby-boomers présentes dans l’échantillon VLV, ainsi que les témoignages recueillis dans le volet qualitatif complémentaire. Cette démarche « mixte » participe ainsi à mêler des facteurs explicatifs objectifs de différenciation sociale des trajectoires de ces femmes et un éclairage plus subjectif apporté par le discours rétrospectif de ces dernières, qui nous permettra de repérer si la socialisation transparait dans la manière dont elles rapportent cette période de leur vie.

5.1 Analyses de séquences de la constitution de la famille75

Pour éclaircir ces interrogations, nous nous penchons plus en détail sur les séquences d’événements participant à la constitution de la famille, ainsi qu’aux trajectoires professionnelles des femmes appartenant aux cohortes 1910–1941 de l’échantillon VLV.

Nous procédons alors à une analyse de dispersion par arbre d’induction. Cette méthode exploratoire qui se base sur une matrice de dissimilarité, regroupe dans un premier temps toutes les trajectoires individuelles, puis les scinde en deux groupes (nœuds enfants) selon un prédicteur (une covariable) de façon à maximiser la différence entre eux. Cette procédure est ensuite répétée de manière récursive sur chacun des nœuds enfants76 (pour une explication détaillée de la procédure, voir M. Studer et al., 2011, 2010, 2009). De cette façon, l’analyse permet de mettre à jour quels facteurs sont les plus discriminants pour expliquer les dissimilarités entre les trajectoires féminines.

Le choix de cette méthode se fonde sur plusieurs éléments. D’une part, dans une perspective holiste et contrairement à une analyse en cluster, cette méthode ne demande pas au chercheur de construire a priori une typologie de « séquences types » (M. Studer et al., 2009). Or, cette réduction préalable de l’information peut mener à de mauvaises conclusions puisque la diversité des trajectoires présente au sein de chaque groupe est effacée par une telle procédure (M. Studer, 2013). D’autre part, l’analyse de dispersion par arbre d’induction permet de mettre en évidence l’éventuelle présence d’effets d’interaction entre les variables explicatives du modèle (M. Studer et al., 2009), ce qui nous indiquera si certaines d’entre elles ont une influence spécifique sur certains sous-groupes de la population étudiée77.

Comme énoncé dans le chapitre 2, les données présentes dans les calendriers de vie VLV permettent de reconstituer les trajectoires familiales et d’activité de 1184 femmes nées entre 1910 et 1941. Dans les analyses, nous considérons les séquences s’inscrivant durant leur vie féconde, soit entre 15 et 49 ans révolus. Leur situation nuptiale et féconde est décrite selon un calendrier annuel en fonction de 10 états (tab. 5.1). Quant aux trajectoires professionnelles, elles rapportent également de manière annuelle l’insertion de ces femmes sur le marché de l’emploi en termes binaires (activité ou inactivité)78.

Tab. 5.1: Etats retenus dans les séquences familiales

Célibataire

Mariée

En rupture (divorcée ou veuve)

• Sans enfant

• Avec enfant(s)

• 0 enfant

• 1 enfant

• 2 enfants

• 3+ enfants

• 0 enfant

• 1 enfant

• 2 enfants

• 3+ enfants

Afin de tenir compte de l’interrelation entre ces deux trajectoires, nous avons construit la matrice de distance entre les parcours féminins en multichannel, soit à partir des trajectoires familiales et professionnelles, de façon conjointe (Gauthier, Widmer, Bucher, & Notredame, 2010; Pollock, 2007). Celle-ci a en outre été calculée selon les distances de Hamming. Le choix de cette mesure s’explique par les étapes de la constitution familiale des femmes de notre échantillon qui étaient encore très standardisées et dépendantes de la nuptialité. De ce fait, le choix d’une mesure de distance privilégiant l’ordonnancement des séquences ne fait pas beaucoup de sens au contraire d’une mesure qui compare le positionnement des états (M. Studer & Ritschard, 2016, 2014).

L’arbre de séquences qui résulte de l’analyse de dissimilarités en multichannel peut ensuite être représenté en fonction de la trajectoire désirée. Ainsi la fig. 5.1 présente l’arbre en fonction des séquences familiales et la fig. 5.2 en fonction des trajectoires d’activités. Ces figures étant deux représentations du même arbre, les femmes se trouvant dans un nœud spécifique de l’un, appartiennent exactement au même nœud dans l’autre. Chacun des nœuds de l’arbre est en outre représenté selon le chronogramme79 des trajectoires du groupe de femmes qu’il représente. Afin de faciliter la lecture, le tab. 5.2 représente en outre les états familiaux en fin de trajectoire, soit à l’âge de 49 ans, ainsi que divers paramètres sélectionnés de nuptialité, de fécondité et d’activité pour l’ensemble des nœuds.

Enfin, les femmes qui ont participé au volet qualitatif de VLV possèdent un identifiant unique qui permet de les situer dans l’arbre et ainsi lier leurs témoignages aux nœuds spécifiques.

Note : Les abréviations des modalités de la variable csp1 sont : Professions dirigeantes, libérales, intellectuelles, d’encadrement, intermédiaires (a) ; non manuelles qualifiées (b) ; manuelles qualifiées (c) ; non manuelles non qualifiées (d) ; manuelles non qualifiées (e) ; inactives (f)

Note : Les abréviations des modalités de la variable csp1 sont : Professions dirigeantes, libérales, intellectuelles, d’encadrement, intermédiaires (a) ; non manuelles qualifiées (b) ; manuelles qualifiées (c) ; non manuelles non qualifiées (d) ; manuelles non qualifiées (e) ; inactives (f)

Tab. 5.2: Caractéristiques des nœuds de l’arbre de séquences : fréquences des états familiaux à 49 ans, paramètres sélectionnés de nuptialité et de fécondité, temps moyen en activité

5.2 Un pôle a priori familialiste

En premier lieu, il ressort que la position d’entrée sur le marché de l’emploi, mesurée par la première catégorie socioprofessionnelle occupée juste après la fin des études (csp 1 dans les figures ci-dessus), est le facteur le plus discriminant pour différencier les trajectoires familiales et professionnelles des femmes. Se distinguent ainsi, au premier niveau de l’arbre, celles qui ont exercé un premier emploi à la sortie de leurs études (nœud 3, [a, b, c, d, e]) de celles qui ont été inactives (nœud 2, [f]). Ces dernières constituent d’emblée un nœud terminal représentant 8.4% de l’échantillon analysé. Elles se différencient par une nuptialité et une fécondité à la fois importantes et précoces (fig. 5.3)

En effet, seules 4% de ces femmes sont restées célibataires définitives et 3% sans enfant, ce qui correspond aux taux de célibat définitif et d’infécondité les moins élevés de tous les nœuds terminaux. La moitié d’entre elles ont en outre donné naissance à 3 enfants ou plus. A priori, ces femmes sont celles qui ont le mieux répondu aux normes prédominantes dans la société de leur enfance, en étant le groupe qui s’est marié en moyenne le plus tôt (22.8 ans), en constituant une descendance relativement nombreuse (2.93 enfants par mère) et en se détournant d’une activité lucrative, du moins dans un premier temps.

Pour autant, il s’agit d’un groupe hétérogène du point de vue du niveau d’instruction (fig. 5.4), à l’instar des six femmes qui ont livré un témoignage lors du volet qualitatif et qui se retrouvent dans ce nœud terminal (tab. 5.3).

Elles proviennent en effet de milieux sociaux variés et bien que leurs trajectoires répondent à des circonstances et des motivations distinctes, elles évoquent la normalité que constituaient à cette époque le mariage et la maternité pour la vie d’une femme. Marguerite (1921, 5 enfants) qui a suivi une formation supérieure de commerce en France avant de venir s’établir en Valais pour se marier à l’âge de 22 ans, se rappelle notamment :

Marguerite :« J’avais envie de me marier comme toutes les jeunes filles, bien sûr ».

Int :« Et comment vous pouvez décrire le climat social et économique. Ça vous donnait confiance pour avoir des enfants? »

Marguerite :« Oh, je ne sais pas si je me suis posée des questions avec ça. On avait des enfants, c’était normal ».

Jeanne (1922, 6 enfants) issue d’une famille aisée rapporte également l’automaticité existant entre le mariage et la venue des enfants, qui traduit une absence d’alternative à la maternité pour une femme mariée, même si dans son cas elle ne désirait pas forcément devenir mère :

Int :« La première fois que vous avez été enceinte, donc vous avez bien réagi, vous étiez contente ? »

Jeanne :« Ah oui, c’était normal. C’était normal puisque j’étais mariée, c’était pour avoir des enfants, fonder une famille. Mais même si j’avais pas eu d’enfant, ça m’aurait été égal. Je n’avais pas le besoin d’un enfant vraiment. C’était la filière. Si je n’avais pas eu d’enfant, je ne sais pas ce que j’aurais fait, car je ne savais rien faire, même pas cuire un œuf, toute ma vie, j’ai appris tout sur le tas ».

L’horizon des possibles de ces femmes à l’entrée dans l’âge adulte se limitait donc à la formation d’une famille. Pour certaines, le mariage constituait même une alternative à la pauvreté. Ce fut le cas de Simone (1929, 5 enfants) qui était la 14e enfant d’une famille paysanne pauvre. Elle se remémore ainsi être « partie dans les bras du premier venu » lorsqu’elle se retrouva orpheline à l’âge de 18 ans. Ursula (1936, 3 enfants) justifie également son second mariage pour améliorer sa situation financière qui était très difficile en étant mère seule, malgré son emploi de vendeuse.

« Oui mais après, financièrement il [son deuxième mari] s’est toujours bien occupé de nous [ego et ses deux enfants]. Je n’aurais sinon, oui parce que… je l’ai vraiment déjà à l’époque, après coup épousé pour des raisons financières. Parce que j’étais seule avec ces deux enfants, et la pension alimentaire on en recevait pas beaucoup n’est-ce pas ».

Ces femmes ne semblent donc pas avoir fait de choix explicite entre la constitution d’une famille et une autre trajectoire. Que ceci apparaisse comme un parcours normal ou qu’il s’agisse d’un moyen d’améliorer sa condition socioéconomique, ces témoignages traduisent bien le sentiment d’une certaine absence d’alternative. Par ailleurs, cette absence de choix apparaît également dans la façon dont elles parlent de leur maternité.

Alors que certaines ont désiré leurs grossesses et les ont perçues de façon positives, d’autres admettent ne pas avoir voulu une descendance aussi nombreuse. Cependant, le tabou qui entourait la contraception et la planification des naissances durant cette période a participé à représenter la maternité sans autre option possible. Ainsi, tout comme Jeanne relate avoir « accepté volontiers » la naissance de ses six enfants sans forcément avoir désiré devenir mère, Simone déclare quant à elle ne pas avoir pu faire autrement par manque de connaissance sur les moyens de contraception :

« Non, mais alors ça on n’a pas commandé, on les a accepté, voilà. Parce qu’on n’avait déjà pas d’argent, pas de la place, de petites maisons, une chambre, une chambre et demie, alors ce serait bête de chercher à avoir beaucoup d’enfants. Mais il n’y avait rien, c’était la vie comme ça. […] Moi, si on m’avait dit combien tu veux, j’aurais pas dit 5. J’aurais dit 2 avec ce que j’avais pour… mais j’ai pris ce qui est venu. Mais ce serait maintenant ce serait différent ».

En somme, ces femmes ont répliqué dans leurs propres trajectoires les normes traditionnelles qui les entouraient durant leur socialisation, en fondant une famille et en se détournant du marché de l’emploi. Toutefois, pour certaines cette inactivité ne fut pas permanente puisqu’en fin de trajectoire, environ la moitié de celles appartenant au nœud 2 de l’arbre ont effectué un retour en emploi (fig. 5.2). Les témoignages montrent à ce propos la concomitance entre la survenue d’une rupture conjugale et cette reprise d’activité. Les femmes veuves ou divorcées ont ainsi « dévié » d’une trajectoire familiale exclusive pour pallier à l’absence de l’époux pourvoyeur de fonds.

Toutefois, seule une minorité de ces femmes80 ont dû faire face à de tels événements. Nous supposons donc que cette application du modèle traditionnel, participant à la division sexuelle de la société, se soit peu à peu relâchée au fil du temps pour certaines d’entre elles. Le parcours emprunté par Janine (1935, 2 enfants) illustre le changement qui a pu survenir dans la vie de certaines femmes. Elle se remémore, elle aussi, la normalité du mariage et de la maternité :

« J’avais pas d’idées particulières sur le mariage vous voyez, je… les enfants, puis après petit à petit bien on évolue. Mais là pof j’avais pas de, pour moi, c’était presque normal vous voyez ? [Rire] ».

Consciente des normes, Janine s’en est d’ailleurs servie pour épouser l’homme de son choix puisque le couple a fait en sorte qu’elle tombe enceinte hors-mariage, afin que sa belle-mère soit mise devant le fait accompli et ne puisse s’opposer à leur union. Toutefois, au fil du temps, elle a ressenti l’envie de s’impliquer plus activement dans la société, à la manière des mouvements de jeunesse qu’elle avait côtoyés durant son enfance.

« […] parce qu’on était mère au foyer et puis c’était normal, on se posait pas de question « ah je suis mère au foyer, je peux pas bosser », c’était normal hein ?! Oui et puis après ?! Après quelques années bien-sûr euh on se disait : « mais mon dieu tous les jours au parc ! » ça commence un peu à nous… à nous gonfler. Et puis euh on commence à faire un peu de bénévolat, vous voyez ? Moi j’étais avec euh Terre des hommes ».

Puis Janine décida de reprendre des études à l’âge de 32 ans pour devenir assistante sociale, et elle s’est engagée en parallèle dans un parti politique où elle a fait carrière.

Ce premier groupe s’oppose ainsi du point de vue des facteurs objectifs aux femmes qui sont entrées sur le marché de l’emploi à la fin de leurs études (nœud 3), sans pour autant que subjectivement, dans le matériau qualitatif, n’émerge une adhésion enthousiaste à des normes familialistes, qui semblent plutôt s’être imposées à elles sans provoquer leur révolte. Leurs homologues du nœud 3 se sont quant à elles mariées en moyenne plus tardivement (25.4 ans au lieu de 22.8 ans) et ont été moins nombreuses à avoir eu une descendance de 3 enfants ou plus (32%). Les trajectoires des femmes de notre échantillon tendent donc à opposer au premier niveau de l’arbre un pôle que nous pouvons nommer « familial » à un pôle dit « professionnel ».

Cependant, l’observation des niveaux inférieurs indique que ce second groupe (le nœud 3) est divisé en plusieurs sous-populations qu’il s’agit d’analyser plus en détail pour bien comprendre la diversité des trajectoires qu’il réunit.

Tab. 5.3: Eléments sélectionnés des trajectoires des femmes interviewées incluses dans le nœud 2

5.3 Un pôle professionnel diversifié

5.3.1 Les femmes actives de formation supérieure et leur contexte de socialisation

Au second niveau de l’arbre, les femmes ayant exercé un emploi à la fin de leurs études sont scindées en fonction du niveau d’instruction : celles au bénéfice d’une éducation tertiaire (école professionnelle supérieure ou université) (nœud 4) s’opposent à celles qui ont un diplôme moins élevé (nœud 7). Les premières ont été davantage concernées par le célibat définitif et moins fécondes que les secondes. Quant aux trajectoires professionnelles (fig. 5.5), une augmentation progressive du taux d’activité au fil du parcours de vie s’observe dans le groupe des femmes dotées d’une éducation tertiaire. Alors que les trajectoires de leurs homologues au bénéfice d’une formation moindre sont marquées par un pic d’activité à l’entrée dans l’âge adulte, qui se réduit ensuite fortement vers 30 ans, et ne retrouve jamais son maximum initial.

Toutefois, chacun de ces deux nœuds regroupe des femmes aux trajectoires hétérogènes qui peuvent à nouveau être distinguées en fonction d’autres facteurs dans les niveaux inférieurs de l’arbre.

De cette façon, parmi les femmes de formation tertiaire qui ont exercé un emploi à la sortie de leurs études, s’observe un clivage au troisième niveau de l’arbre entre d’une part, celles qui ont été socialisées dans un contexte rural (nœud 5, n = 98) et d’autre part, celles qui ont grandi dans des milieux plus urbains ou à l’étranger (nœud 6, n = 120). Avec des âges moyens au premier mariage s’élevant à plus de 27 ans et des âges moyens à la première maternité supérieurs à 28 ans, ces deux groupes, qui représentent respectivement 8.3% et 10.1% de l’échantillon analysé, se détachent fortement des autres nœuds terminaux. Mais les femmes issues d’un milieu rural présentent en outre les taux de célibat définitif (29%) et d’infécondité (35%) les plus élevés de l’arbre ; ce sont également elles qui ont passé en moyenne le plus d’années sur le marché de l’emploi (22 ans). Néanmoins, 34% d’entre elles ont eu, de façon contrastée, une descendance égale ou supérieure à 3 enfants. Ce groupe est donc marqué principalement par deux types de trajectoires familiales contradictoires : le célibat définitif ou une fécondité importante. Cette opposition fait ressortir l’incompatibilité stricte entre vie professionnelle et familiale, et ceci peut se comprendre du fait des contraintes genrées préconisant le célibat féminin pour l’exercice de certaines professions supérieures à cette époque (c.f. chapitre 4). De ce fait, une éducation tertiaire a mené certaines femmes vers une carrière professionnelle tout en les « excluant » d’une vie féconde et en a conduit d’autres vers ce qu’on peut qualifier de « bon mariage », manifeste de la forte homogamie présente alors (section 4.2.3. ci-dessus). Cette apparente dualité ne serait donc que le reflet d’une application différenciée du même modèle traditionnel pour ces femmes d’éducation tertiaire issues d’un milieu rural.

Dans ce nœud 5, nous retrouvons Rosmarie (1934, 2 enfants) dont le père était charpentier indépendant dans la campagne zürichoise et la mère s’occupait du foyer, de ses cinq enfants et aidait son époux dans la gestion de son commerce. Elle conserve à ce titre un grand attachement aux valeurs traditionnelles liées au couple et à la place de la femme, de qui, selon elle, dépend le bien-être du ménage :

« Mais voilà en fait ils [les jeunes d’aujourd’hui] se mettent en couple plus tôt qu’à notre époque. Et ceci n’est pas forcément bien et…et même aujourd’hui, la liberté des femmes, quand elles ne veulent plus elles ne regardent pas comment réparer la relation, la position de la femme aujourd’hui est complètement différente qu’à l’époque, c’est à dire des deux, mais aussi celle des femmes. Parce qu’à l’époque la femme était tout simplement la femme au foyer ou en tout cas dans la majorité des cas. […] Au moins une phase. Et ça je trouve bien et c’est beau. Oui il y a vraiment beaucoup de choses qui ont changé. Tout a ses avantages et ses désavantages mais aujourd’hui une femme ne tolère plus qu’on lui dise comment ça marche et elle part ».

Cependant, dans ce nœud 5 nous retrouvons également Gertrud (1927, 0 enfant), qui évoque d’ailleurs l’éducation traditionnelle qu’elle a reçu de sa mère tout en relatant l’existence d’une évolution par rapport aux générations féminines précédentes, justement parce qu’elle a pu bénéficier d’une formation supérieure :

« Ma mère elle n’avait pas appris de métier, c’est encore la génération qui attend jusqu’à ce qu’on se marie. Alors mon père disait toujours : « mes filles doivent apprendre un métier ». Ma mère était contre, elle était un peu traditionnelle. Alors ma sœur a appris jardinière…et elle aimait faire ça. Mais après…elle ne pouvait pas travailler longtemps dans son métier parce qu’elle s’est mariée tôt ».

Gertrud apprit le métier d’institutrice et enseigna l’économie domestique dans une école de filles durant toute sa carrière, tout en restant célibataire et sans enfant. Toutefois, à nouveau ce parcours a priori traditionnel ne traduit pas un conformisme total avec les normes de l’époque ; plutôt un arrangement avec ces dernières. Elle a en effet entretenu une relation durant 40 ans avec un homme marié à une autre femme. Le divorce étant inenvisageable, tous trois s’accommodèrent de cette situation. Mais elle a fortement subi le poids des normes, notamment sur son lieu de travail :

Gertrud :« Oui, eh bien lui il était marié. Evidemment c’était un problème, pour tout le monde. Pour mes parents, pour l’école…mais je n’ai pas perdu mon poste mais j’ai eu l’impression à maintes reprises. Parce que c’était si amoral ce que j’avais fait ».

Int. :« Donc ça venait un peu de tous les côtés ? »

Gertrud :« Oui, et aujourd’hui plus personne ne demande, plus personne demanderait ça. J’étais en fait une pionnière [rire] ».

Une pluralité de situation et de trajectoires se retrouvent également parmi les femmes de formation tertiaire qui ont exercé un emploi à la sortie de leurs études et qui ont été socialisées dans un contexte urbain (nœud 6). Néanmoins, une majorité relative d’entre elles a donné naissance à deux enfants (35%), au contraire de leurs homologues issues d’un contexte rural qui ont surtout engendré des descendances supérieures. Dans cette perspective, il est intéressant de noter que trois des quatre femmes interrogées dans le volet qualitatif appartenant à ce nœud terminal (tab. 5.4) rapportent ne pas avoir forcément désiré d’enfant. Pour Denise (1933, 0 enfant) « ce n’était pas une priorité » et elle préféra s’investir dans son métier de traductrice tout au long de sa carrière. Yvette (1936, 2 enfants), quant à elle, relate avoir reçu une éducation catholique stricte mais que sa mère l’a toujours poussée vers une certaine indépendance :

Elle m’a toujours dit « il n’y a pas d’urgence pour te marier, fais un métier, soit une femme indépendante, prends ton temps ».

C’est ainsi qu’elle refusa plusieurs propositions de mariage, pour pouvoir « garder sa liberté ». Mais lorsqu’elle rencontra son mari à l’âge de 27 ans, elle se souvient qu’ils étaient « comme deux gosses » et qu’elle lui a dit : « ok on se marie mais on ne fait pas d’enfant ». Toutefois, « grâce à Monsieur Ogino », elle tomba enceinte l’année qui suivi et ses convictions religieuses lui firent renoncer à avorter de cette première grossesse non désirée. Son deuxième enfant a ensuite été planifié car elle ne voulait pas élever un enfant unique. Ses aspirations étaient de reprendre un emploi, ce qu’elle fit quelques années après la naissance de ses enfants, d’abord de façon irrégulière à cause de l’absence d’infrastructure de garde, puis lorsqu’ils furent suffisamment grands, elle put se consacrer à l’enseignement de l’Italien. Le contexte ne se prêtait donc pas à une telle démarche. Peu de femmes ont pu mener de front une vie familiale et professionnelle de façon continue. Ce fut pourtant le cas de Anna (1920, 4 enfants), pour qui le mariage évoque « […] une partie de la vie. L’autre partie était le travail ». Cette Bâloise, mère de quatre enfants, n’envisageait pourtant pas de fonder une famille et se concentrait sur sa carrière d’avocate :

« Oui, au début je ne voulais pas d’enfants…alors…on…un moment donné on avait vraiment planifié de ne pas avoir d’enfant parce que je voulais me concentrer sur ma dissertation [thèse de doctorat] et la finir ».

Tab. 5.4: Eléments sélectionnés des trajectoires de femmes interviewées incluses dans les nœuds 5 et 6

Elle explique ensuite avoir pu mener sa vie familiale et professionnelle grâce à son niveau de vie qui a permis au couple d’engager du personnel de maison pour s’occuper des enfants et de l’entretien du ménage. Toutefois, elle aussi a été confrontée aux normes ambiantes durant sa carrière professionnelle :

« Oui. Et en fait je n’ai jamais ouvert mon propre cabinet parce que je voulais, j’ai toujours travaillé en tant que collaboratrice d’un avocat. Parce que premièrement je voulais me garder l’option ouverte d’arrêter mon travail et de m’occuper des enfants et deuxièmement, c’est que à l’époque […] les femmes étaient pour les familles [les affaires juridiques familiales] […] et…comme j’ai travaillé pour un avocat…je pouvais aussi voir d’autres cas ».

L’horizon des possibles était donc limité, même pour des femmes qui ont suivi une éducation tertiaire et exercé une profession libérale.

5.3.2 Les enjeux de la conciliation pour les femmes de formation inférieure

Les femmes qui se sont insérées sur le marché de l’emploi à la fin d’études qui n’étaient pas de niveau tertiaire (nœud 7) sont réparties dans quatre nœuds terminaux, définis en fonction de facteurs distincts.

En premier lieu, parmi celles qui ont exercé un premier emploi ne requérant pas de qualification particulière (nœud 8), les femmes adhérant aux principes religieux (nœud 9, n = 105) s’opposent aux non-croyantes (nœud 10, n = 218). Si ces groupes se caractérisent par des temporalités moyennes de nuptialité et de fécondité similaires (tab. 5.2), ils se différencient en fonction de la taille des descendances et des trajectoires d’activité. Bien que dans ces deux sous-populations, une majorité relative de femmes ait donné naissance à trois enfants ou plus, cette proportion est bien plus marquée parmi les croyantes (47% contre 35%), alors que la descendance finale est plus diversifiée parmi les non-croyantes. D’ailleurs, ces mêmes femmes croyantes sont celles qui présentent la plus forte fécondité de l’arbre, avec une descendance finale moyenne de 2.98 enfants par mère. Du point de vue des trajectoires professionnelles, s’observe également une évolution distincte des taux d’activités par âge entre chacun de ces groupes (fig. 5.6). En effet, après avoir atteint un maximum de plus de 80% de femmes actives à l’âge de 20 ans, ce taux diminue ensuite pour atteindre un minimum de 56% dans le nœud 9 et de 46% dans le nœud 10 à, respectivement, 30 et 33 ans. Si la première phase de la trajectoire est donc relativement semblable entre les femmes des deux groupes, les non-croyantes se distinguent par des reprises d’emploi en fin de vie féconde nettement plus marquées, puisque 71% d’entre elles avaient une activité à 49 ans contre seulement 53% des croyantes.

Comme nous l’avions supposé pour le nœud 2, si une partie des reprises d’activité peut certainement s’expliquer par des ruptures conjugales ayant « contraint » certaines femmes à recommencer à travailler pour subvenir à leurs besoins, les femmes du nœud 10 ont certainement été moins exposées aux ruptures, du fait de la rigidité des valeurs religieuses face aux divorces. Toutefois, même si nous constatons en effet une différence empirique quant à la divortialité entre ces deux sous-groupes de l’arbre (14% chez les non-croyantes contre 7% parmi les croyantes), elle ne peut à nouveau être l’unique cause des reprises d’emploi constatées en fin de vie féconde puisqu’une minorité de femmes ont été concernées par de telles ruptures.

Aucune des deux femmes du sous-échantillon qualitatif appartenant au nœud 9 (tab. 5.5) n’a recommencé à travailler après avoir fondé une famille. Après avoir accompli l’école ménagère, Rosa, qui était issue d’une famille modeste (1929, 2 enfants), trouva un emploi de serveuse. Lorsqu’elle s’est mariée à l’âge de 27 ans, elle se souvient avoir désiré continuer à exercer un emploi, mais ce projet était en inadéquation avec l’organisation du ménage qui reposait essentiellement sur l’activité de son mari qui était mécanicien sur locomotive :

« Moi j’ai voulu m’occuper parce que je n’avais pas d’enfant, hein, j’ai fait fausse couche sur fausse couche deux ans de suite, les premières années [de mariage]. Et puis je voulais un peu m’occuper aussi. Puis j’ai travaillé dans une boulangerie aussi à Bienne […] Mais ! C’était pas vraiment, c’était pas bien, parce que mon mari il aurait pu venir manger à la maison, il avait une pause pour venir manger, j’étais pas là, il allait manger ailleurs, il allait manger au restaurant. Ce que je gagnais moi, il le dépensait. Ce n’était pas, non, moi c’était pour m’occuper. […] mais te dire, vraiment travailler, c’était pas, c’était pas compatible avec ses horaires ».

Les aspirations de Rosa n’étaient donc pas de rester au foyer et elle a plutôt subi cette situation qui la plaçait dans une relation de dépendance vis-à-vis de son mari :

« Moi je trouve que c’est bien qu’elle [la femme] s’émancipe un peu et puis aujourd’hui qu’elle travaille. Parce que moi j’étais dépendante de mon mari pour l’argent et tout, hein. Si elles travaillent, moi je suis contente que mes filles travaillent… ».

Cette incompatibilité entre le travail et la vie de famille se retrouve également dans le témoignage d’Hedwig (1931, 4 enfants), qui décrit son mariage comme une alternative à un emploi non qualifié qui ne lui procurait pas forcément d’intérêt (après avoir accompli la scolarité obligatoire, elle travailla comme manœuvre dans des fermes) :

« […] aujourd’hui les femmes se marient peut-être seulement vers…30 ou 32 ou comme ça…quand moi maintenant, justement voilà…et à l’époque c’était peut-être différent. Ils ont une profession, ben ils veulent encore travailler un peu les jeunes n’est-ce pas. Moi je n’avais pas de profession, je n’avais pas d’argent, alors je pouvais tout aussi bien me marier, n’est-ce pas ».

Le mariage n’évoque pour elle « rien de révolutionnaire. Enfin c’était simplement normal ». Elle affirme d’ailleurs toujours avoir désiré fonder une famille nombreuse :

« Bien sûr qu’on ait des enfants, c’était certainement clair, […] j’ai souvent dit que j’aimerais 12 garçons pour rigoler ».

Cependant, le couple décida de ne pas avoir plus de quatre enfants, par manque de moyens financiers et d’espace dans le logement. L’époux d’Hedwig subit alors une vasectomie.

En ce qui concerne les témoignages issus des quatre femmes appartenant au nœud 10, aucune n’évoque des croyances religieuses pour expliquer ou justifier certains événements de leurs trajectoires. Toutefois, parmi elles, Lucia (1932, 0 enfant) et Carla (1925, 5 enfants) ont grandi dans des familles catholiques où les principes religieux revêtaient une place importante. Toutes deux relèvent à ce propos avoir subi des pressions dans leur entourage au sujet de leur propre avenir familial. Carla était l’aînée de sa fratrie et se souvient des efforts entrepris par son père pour qu’elle ne se marie pas :

[…] il m’en a défaits de… de rendez-vous […] Lui il a toujours voulu que je ne me marie pas, surtout pour pouvoir rester à la maison et aider ma maman. Vous voyez ? Pour l’aider… dans toutes les choses qu’il fallait faire. Car elle était… elle ne faisait rien sans lui demander. Mais elle était, disons, élevée de cette manière.

Au contraire, Lucia se rappelle avoir subi des pressions inverses de la part de sa mère et de ses cousins pour se marier :

« Ce n’est pas qu’ils se moquaient de moi mais… disons que je me sentais presque mortifiée » se souvient-elle. « Mais après papa il a été content car enfin j’ai toujours été ici avec lui, car bref si je n’étais pas là pour papa aussi… ».

Tab. 5.5: Eléments sélectionnés des trajectoires de femmes interviewées incluses dans les nœuds 9 et 10

Finalement, les deux derniers nœuds terminaux de l’arbre, qui sont d’ailleurs les plus importants en termes quantitatifs, réunissent des femmes qui ont exercé un premier emploi qualifié après leurs études (secondaires pour la très grande majorité d’entre elles (97%)) et se distinguent en fonction du contexte dans lequel elles ont passé leur enfance. D’un côté, les femmes qui ont grandi dans un milieu urbain ou à l’étranger (nœud 12), de l’autre celles qui ont passé cette période de leur vie dans un cadre plus rural (nœud 13). Sur le plan familial, la répartition des femmes dans les différents états est relativement similaire entre ces deux groupes. La différence réside alors dans la part de celles ayant engendré des descendances égales à deux enfants et celles qui eurent trois enfants ou plus (fig. 5.7).

La taille modale des descendances du nœud 12 est ainsi de 2 enfants (36%) et elles participent d’ailleurs du groupe où les mères ont été les moins fécondes (2.26 enfants en moyenne) de tout l’arbre. Quant aux femmes réunies dans le nœud 13, une majorité d’entre elles a engendré une descendance égale ou supérieure à 3 enfants (42%). Par ailleurs, l’on retrouve également une distinction sur le plan professionnel (fig. 5.7). Dans les deux groupes, le taux d’activité maximum est atteint à l’âge de 21 ans, puis diminue progressivement jusqu’à environ 30 ans avant de remonter en fin de vie féconde. Une distinction apparaît alors dans ces reprises d’activité au-delà de quarante ans. Dans le nœud 12, 73% des femmes sont actives à 21 ans, puis l’activité diminue jusqu’à atteindre un minimum de 53% à l’âge de 29 ans. En fin de vie féconde, 68% de ces femmes sont en emploi, le taux d’activité étant presque remonté à son maximum initial. En revanche, même si le nœud 13 présente un taux d’activité maximum initial supérieur (77%), la tendance des reprises d’activité en fin de vie féconde est nettement moins soutenue. En effet, après que l’activité de ces femmes ait baissé à 48% à 31 ans, ce taux ne remontera qu’à 56% à 49 ans.

Les témoignages des femmes du volet qualitatif qui appartiennent à ces deux nœuds terminaux ne nous permettent pas d’exemplifier de telles trajectoires d’entrée tardive sur le marché de l’emploi ou de reprise d’activité (tab. 5.6). Toutefois, l’on trouve à nouveau dans chacun d’entre eux le poids des normes qui interviennent à un moment ou un autre au sein des trajectoires de ces répondantes qui ont exercé une activité qualifiée.

Pour certaines, le mariage et la maternité étaient des destinées qu’il était normal de suivre en tant que femme. Monique (1932), qui donna naissance à 6 enfants, ne se rappelle ainsi pas avoir envisagé un autre avenir :

« […] pour moi c’était, c’était normal, enfin c’était un une succession de faits : on était fiancés et puis après on se mariait puis on avait des enfants, et voilà ».

On retrouve alors la normalité ressentie de ce parcours féminin familial et son incompatibilité avec une activité professionnelle externe au foyer. Le mariage de cette traductrice signifia de ce fait, comme pour d’autres femmes, l’interruption de son emploi. La seule alternative possible aurait été d’aider son époux dans la minoterie qu’il gérait :

« J’étais encore dans une tranche de vie où les femmes travaillaient pas tellement, alors euh [silence] c’était c’est pour ça qu’il y avait une bon là je me suis mariée c’était normal, euh au début d’abord je travaillais pas parce que ici euh je savais pas où travailler et il aurait fallu travailler dans l’entreprise de mon mari et ça j’apprécie pas bien [rire]. »

Pour Elisabeth (1930, 2 enfants), cette incompatibilité s’est imposée à elle de façon explicite puisque, comme nous l’avons exposé au chapitre précédent, les mesures politiques visant à restreindre l’emploi féminin dans les administrations publiques ont contraint cette fonctionnaire à quitter son emploi au moment de son mariage. Quant à Jacqueline (1929, 4 enfants), qui était secrétaire de direction, elle évoque elle aussi de façon très explicite avoir répondu aux attentes en vigueur à cette époque :

« J’ai toujours tout fait bien juste. Je souhaitais me marier évidement et avoir une famille, vous savez à l’époque, les femmes ne travaillaient, m’enfin, euh j’ai travaillé entre 19 et 25 ans c’qui me semblait tout à fait normal, mais j’avais pas d’aspiration de euh euh de carrière si vous voulez […] je pensais et je savais normalement qu’une femme se marie et c’est ce que je souhaitais. Et un jour je me suis mariée et j’ai eu quatre enfants ».

D’ailleurs, lorsqu’elle « dévia » du parcours familial standard en divorçant à l’âge de 48 ans, sa mère l’a « mise à la porte pendant trois ans ».

Tab. 5.6: Eléments sélectionnés des trajectoires de femmes interviewées incluses dans les nœuds 12 et 13

5.4 Discussion

Les résultats obtenus par l’arbre de séquences fondent plusieurs constats. Tout d’abord, à l’instar des travaux de Kate Fisher (2006, 2000) sur les générations anglaises qui contribuèrent à la dernière phase de la première transition de la fécondité et de ceux de Caroline Rusterholz (2017) sur les cohortes suisses qui amorcèrent le baby-bust, les femmes de notre échantillon à l’origine du baby-boom n’évoquent en aucun cas avoir consciemment planifié la taille de leur descendance. Une attitude d’acceptation envers les grossesses qui sont survenues se dessine ainsi de manière généralisée parmi les répondantes. La méconnaissance et la fiabilité relative des moyens de contraception induites essentiellement par le tabou entourant ce sujet (chapitre 4) ont sans doute concouru à cette conduite. La diversité est alors limitée : si certaines de nos répondantes ont envisagé chacune de leurs grossesses de façon positive, d’autres ne les ont pas toutes désirées et s’en sont plutôt accommodées, « faisant avec » (nous développerons plus amplement cet aspect dans le chapitre 6).

Par ailleurs, la cohorte de naissance n’apparaît pas parmi les facteurs significativement discriminants au sein de l’arbre. L’absence de cette variable plaide donc pour une certaine homogénéité générationnelle dans le déroulement des trajectoires familiales et professionnelles des mères des baby-boomers en Suisse et réfute l’hypothèse d’une évolution des valeurs au fil des cohortes de mères.

Toutefois, à l’intérieur de cet ensemble générationnel homogène se trouve une forte hétérogénéité sociale des parcours individuels, qui conduit à identifier pas moins de sept nœuds terminaux significativement différents. Parmi les sous-populations ainsi définies, nous retrouvons trois groupes majoritaires qui réunissent de façon cumulée 64% de l’échantillon analysé et quatre moins importants qui regroupe chacun entre 8% et 10% de l’effectif total (fig. 5.8).

Plus spécifiquement, au premier niveau de l’arbre se détache d’emblée un groupe de femmes, hétérogène du point de vue du niveau d’instruction, qui n’est pas entré sur le marché de l’emploi à la fin de leurs études, et qui se distingue à la fois par des transitions précoces au mariage et à la maternité, une fécondité importante, une quasi absence de célibat définitif et un taux d’activité inférieur aux autres groupes. Cette première scission de l’arbre supporte ainsi l’idée d’une certaine polarisation entre un pôle minoritaire, mais socialement diversifié, répondant de façon précoce aux valeurs familialistes (nœud 2, 9% de l’échantillon), et un pôle professionnel majoritaire qui se décompose lui-même en six sous-groupes (nœuds 5, 6, 9, 10, 12 et 13), parmi lesquels les normes et valeurs familialistes ne sont cependant pas absentes, comme le montrent les témoignages des femmes qui ont appartenu à chacun d’eux.

Dans ce pôle professionnel, les femmes qui ont obtenu un diplôme professionnel supérieur ou universitaire se caractérisent par la formation tardive de familles de taille réduite et s’opposent donc sur ces points à leurs consœurs qui ont eu une éducation moindre (comme le chapitre 3 l’avait montré sur les données du recensement de 2000). Toutefois, en révélant la diversité des trajectoires, l’observation des niveaux inférieurs de l’arbre permet de nuancer cette opposition devenue classique dans les études suisses et internationales qui portent sur la deuxième transition démographique (Schumacher et al., 2006; Wanner & Fei, 2005).

Parmi les femmes aux niveaux de formation les plus élevés, celles qui ont été socialisées dans un contexte rural (nœud 5) apparaissent avoir répliqué dans leurs vies adultes l’incompatibilité stricte affirmée par les discours de leur jeunesse entre vie familiale et professionnelle. Elles se caractérisent principalement par deux traits opposés, le célibat définitif ou une fécondité égale ou supérieure à trois enfants. En revanche les trajectoires semblent plus variées parmi celles qui sont issues d’un milieu plus urbain (nœud 6) et dont la descendance modale s’est centrée principalement autour de deux enfants. Les témoignages issus de ce groupe de femmes sont d’ailleurs les seuls à révéler ne pas avoir fait de la maternité une priorité, même après leur mariage, et avoir plutôt aspiré à une carrière professionnelle, bien souvent synonyme d’autonomie. Le calcul de l’indice de complexité (Gabadinho et al., 2010) confirme statistiquement la différence entre ces femmes de formation tertiaire puisque la complexité des trajectoires familiales est significativement81 inférieure pour celles qui ont été socialisées dans un contexte rural (fig. 5.9), ce qui traduit globalement un nombre plus restreint de transitions entre les états ainsi qu’une entropie plus faible dans les séquences.

Le contexte de socialisation apporte donc une nuance importante pour caractériser les trajectoires de ces femmes au diplôme tertiaire ayant exercé un premier emploi. Si celles qui ont grandi dans un contexte rural présentent bien les taux de célibat définitif et d’infécondité les plus importants de tous les nœuds terminaux de l’arbre, les mères appartenant à ce groupe n’en restent pas moins parmi les plus fécondes (2,77 enfants par mère), répondant par-là fortement aux normes promulguées durant leur jeunesse. Au contraire, leurs homologues originaires d’un contexte plus urbain ont répondu aux attentes maternelles de façon plus diffuse, l’infécondité étant moins répandue dans ce groupe, mais de manière nettement moins soutenue puisque les mères ont engendré une descendance moyenne de 2.3 enfants, ce qui les situe parmi les moins fécondes de l’arbre.

Les paramètres de nuptialité et de fécondité du nœud 6 ressemblent en outre fortement à ceux qui caractérisent le nœud 12 (tab. 5.1), soit l’ensemble qui réunit les femmes dont le diplôme n’est pas tertiaire82 mais qui ont exercé un emploi qualifié à leur entrée sur le marché du travail et qui, elles aussi, ont été socialisées dans un contexte urbain ou étranger. On retrouve ici un groupe important de femmes (21% de l’échantillon) d’origine urbaine marqué par une prépondérance des descendances finales égales à deux enfants, qui s’oppose au nœud 13 (25% de l’échantillon), d’origine plus rurale et dont la descendance modale égale ou dépasse trois enfants.

Le milieu géographique de socialisation est donc une variable de différenciation majeure pour les trajectoires des femmes d’instruction tertiaire comme pour celles d’occupation qualifiée dans le pôle professionnel. Si de manière générale la fécondité des mères est indéniablement élevée dans chacun des quatre groupes décrits ci-dessus, une socialisation villageoise a eu un effet d’autant plus important sur les comportements familiaux à l’âge adulte. Les incitations maternelles et fécondes relayées par les institutions dès l’enfance de ces femmes (chapitre 4) ont donc eut plus d’impact lorsqu’elles étaient couplées à un contrôle social important, caractéristique des communautés rurales. Le témoignage d’Yvette (1936, 2 enfants) illustre d’ailleurs ce clivage. Elle avait passé son enfance en Egypte et en Italie et avait reçu de fortes valeurs d’indépendance de ses parents. Elle se rappelle ainsi avoir été marquée par les normes en vigueur à son arrivée en Valais au début de sa vie d’adulte : « Quand je suis arrivée ici, je trouvais que les femmes étaient arriérées ». Elle relate avoir été traitée de féministe et de communiste : « Alors je disais si être féministe c’est dire : « oui j’existe » alors ok je suis féministe. Et si avoir le sens de la justice, c’est vouloir que tout le monde soit égal, ait à manger, alors oui je suis communiste ».

Pour autant, les trajectoires professionnelles des femmes appartenant à ces quatre groupes plaident en faveur d’un relâchement du contexte hostile face à l’emploi féminin qualifié au cours du temps, puisqu’elles furent nombreuses à avoir recommencé à exercer une activité en fin de vie féconde. S’il est vrai qu’historiquement, une femme qui se retrouve seule et travaille après une rupture tend à être assimilée à l’image de la « mère courage » qui se sacrifie pour nourrir et éduquer ses enfants (Oris & Ochiai, 2002), force est de constater que les reprises d’activité ont été plus fréquentes que les ruptures. Ceci suggère donc une évolution des mentalités des mères des baby-boomers durant leur parcours de vie, au moment où les enfants ont atteint l’adolescence, elles ont été nombreuses à éprouver le besoin de donner un autre sens à leur vie.

Enfin, les valeurs religieuses affirmées en 2011–2012 constituent un facteur significatif de distinction pour les femmes dont le premier emploi ne requérait pas de qualification particulière83. De cette façon, celles qui possèdent des convictions religieuses marquées au moment de l’enquête (nœud 10) ont eu des trajectoires significativement différentes. Cette sous-population qui réunit 18% des répondantes s’avère être la plus féconde avec près de trois enfants par mère, contrairement à leurs homologues moins croyantes dont les descendances ont été plus variées (fig. 5.10).

Les résultats mis en évidence par la démarche holiste entreprise dans ce chapitre démontrent donc l’existence de comportements familiaux et professionnels diversifiés durant le baby-boom. En même temps, même si chacun des sept nœuds terminaux possède des spécificités qui lui sont propres, force est de constater que des marqueurs de la socialisation de l’entre-deux-guerres se retrouvent dans chacun d’eux, tant du point de vue des facteurs objectifs, comme nous venons de le souligner, que des souvenirs subjectifs issus des témoignages qualitatifs. Ces derniers montrent avant tout la normalité que représentaient le mariage et la maternité pour la vie d’une femme. Cet aspect apparaît en effet de manière diffuse, tant pour des femmes qui ne se rappellent pas avoir envisagé une autre alternative à la formation d’une famille, que dans les pressions rapportées par celles qui ont tardé ou qui n’ont pas suivi ce parcours féminin socialement valorisé. Chacune de ces femmes a connu, à un moment ou un autre de son parcours de vie, un événement leur rappelant quelle place elles devaient tenir dans la société.

Cette diffusion du modèle familial traditionnel se traduit également dans le discours des femmes interrogées par une incompatibilité vécue et ressentie entre famille et emploi, qui s’est manifestée la plupart du temps par une interruption d’activité au moment du mariage ou, pour celles dont l’époux était indépendant, par l’exercice d’un travail au sein de l’entreprise de ce dernier ; ce qui s’apparentait ainsi plus à un soutien familial qu’à une activité rémunérée sur le marché et était donc toléré (Head-König & Mottu-Weber, 1999; Jobin, 1995). Des répondantes (de formation élevée) ont pour leur part privilégié leur carrière en se détournant d’une vie familiale qu’elles associaient explicitement à une perte d’indépendance. Alors que d’autres issues de milieux plus pauvres ont envisagé leur union comme une alternative à un emploi non qualifié, voire à la pauvreté.

Toutefois, comme évoqué précédemment, l’évolution des trajectoires professionnelles au cours du temps montre dans chacun des nœuds terminaux une augmentation du taux d’activité en fin de vie féconde. Si certains témoignages ont souligné l’obligation d’une reprise à la suite d’un divorce ou d’un veuvage, l’ensemble ne peut être imputé à une telle situation. D’ailleurs certaines racontent avoir recommencé une activité, voire repris des études dans le but d’un retour en emploi, une fois leur « devoir » familial accompli, lorsque les enfants avaient grandi84. Ces situations, même si elles sont spécifiques, plaident donc en faveur d’un relâchement des normes hostiles vis-à-vis de l’emploi qualifié des épouses et des mères de famille au cours du temps. Tout comme ce qui a pu être démontré dans le cas de la France et du Québec (Bonvalet, Olazabal, & Oris, 2015; Bonvalet et al., 2011), nous pouvons supposer à cet égard, qu’en Suisse aussi, les mères des baby-boomers ont été les initiatrices de dynamiques que leurs filles ont consolidées et normalisées ensuite, en l’occurrence ici le retour des femmes sur le marché du travail (Le Goff, 2005).

La lecture et le jugement de la société actuelle vis-à-vis de la place de la femme que nous donnent nos répondantes, montre d’ailleurs une évolution des valeurs partagées par certaines d’entre elles, qui jugent l’émancipation féminine de façon positive et sont « contentes » que leurs filles puissent travailler et être indépendantes économiquement. Si les trajectoires de ces dernières sont à approcher d’un processus de socialisation de transformation ou de conversion (Darmon, 2010), d’autres témoignent au contraire d’un ancrage profond dans les normes de la société de l’entre-deux-guerres à l’instar de ce que peut résulter d’une socialisation de renforcement (Darmon, 2010). Certaines estiment en effet que « les femmes sont peut-être trop indépendantes » (Madeleine, 1925, 0 enfant) ou qu’« aujourd’hui une femme ne tolère plus qu’on lui dise comment ça marche et elle quitte [son conjoint] » (Rosmarie, 1934, 2 enfants), ce qui se traduit par l’augmentation des divorces. Pour d’autres, « il y a trop de femmes qui travaillent, elles devraient plus s’occuper de leurs enfants » (Jacqueline, 1929, 4 enfants). L’hétérogénéité de ces discours montre à nouveau la diversité des valeurs partagées ainsi que leur progression dans la société ou chez un individu qui peut être empreint d’ambivalence : « Parce que c’est clair que l’homme et la femme sont égaux. C’est la même dignité. Mais ils sont différents, ils ont des rôles différents, il n’y a rien à faire ! » (Jeanne, 1922, 6 enfants).

Les normes et les valeurs promouvant la division sexuelle comme organisation sociale ont donc bien transcendé les strates sociales et influé sur les parcours de vie adultes des générations de femmes à l’origine du baby-boom en Suisse. Ces valeurs se sont souvent imposées à ces dernières sans qu’elles n’en aient réellement conscience. Toutefois, l’approche méthodologique mixte adoptée ici nous a permis de montrer que certains parcours qui semblaient suivre la destinée féminine promulguée par les institutions de leur jeunesse ont caché en réalité plus un accommodement aux normes qu’un conformisme total. La pluralité des trajectoires des femmes durant le baby-boom en Suisse confirme avec force l’hétérogénéité de ce phénomène. Cette analyse exploratoire sur l’ensemble de la période féconde ouvre ainsi des pistes de réflexions quant aux facteurs ayant influencé les comportements familiaux des femmes durant cette période, notamment en ce qui concerne l’interrelation marquée avec la vie professionnelle. L’étape suivante est de progresser dans la compréhension des différentiels de fécondité durant cette période en interrogeant plus en profondeur cet entrelacement entre famille et emploi, en analysant non plus les trajectoires dans leur ensemble, mais les événements particuliers qui les constituent.


74 Commaille (1993) envisage la compatibilité entre la vie familiale et l’emploi féminin dans une société donnée comme le résultat d’une confrontation entre deux conceptions de l’ordre social qui ont traversé l’histoire des pays occidentaux : le « familialisme » et le « féminisme ». Dans la perspective familialiste, la famille possède une fonction sociale essentielle pour l’équilibre de la société. Au contraire, la vision féministe (au-delà de son acceptation militante), considère la famille comme une sphère parmi d’autre de l’existence individuelle.

75 L’ensemble des analyses de ce chapitre ont été réalisées à l’aide du package « TraMineR » (Gabadinho, Ritschard, Studer, & Müller, 2011) du logiciel libre R.

76 Plus précisément, à chaque nœud l’ensemble des regroupements possibles en deux catégories pour chaque prédicteur est testé et le meilleur est conservé. Les critères d’arrêt utilisés sont : p-valeur = 0,01 ; taille minimale d’un nœud = 5% de l’échantillon (soit environ 60 individus).

77 Outre l’ensemble des variables explicatives présentées au chapitre 2, nous avons également testé dans le modèle l’impact potentiel de la catégorie socioprofessionnelle du premier emploi que les femmes ont occupé, soit directement à la fin de leur formation. La codification correspond à la typologie des catégories socioprofessionnelles helvétiques (Joye, Schuler, & Meier, 1995). Les huit variables explicatives étant introduites dans le modèle, la méthode permet de repérer celles qui possèdent le plus grand pouvoir discriminant à chaque niveau de l’arbre. L’absence de certaines dans les résultats obtenus est donc due au fait que d’autres ont un pouvoir discriminant plus important.

78 Cette codification ne tient pas compte du taux d’activité sur le marché de l’emploi. De ce fait, les années d’emploi à temps partiel sont considérées comme des années en emploi.

79 Ce type de représentation cumule à chaque âge la proportion de femmes dans les divers états.

80 21.3% d’entre elles ont connu un divorce ou un veuvage au cours de leur vie féconde.

81 Une régression de l’indice sur le milieu de résidence durant l’enfance a été menée et résulte en un coefficient égal à -0.0295 (p-valeur = 0.0247) pour les femmes issues d’un contexte rural.

82 97% d’entre elles ont accompli un apprentissage ou une formation secondaire supérieure

83 85% d’entre elles n’ont accompli que l’école obligatoire.

84 Elles ont à cet égard bénéficié des opportunités des mutations du marché du travail suisse alors en situation de quasi plein emploi (Oris, Gabriel, Ritschard, & Kliegel, 2017).