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L’opéra expressionniste

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Eric Lecler

Cet ouvrage entend montrer que l’opéra expressionniste, inventé par Schönberg avec Die glückliche Hand et Erwartung, s’inscrit dans l’histoire littéraire et musicale de l’héritage wagnérien, ou plutôt dans la critique contre Wagner. La critique de l’idéal wagnérien du drame total a déjà eu lieu dans le symbolisme de Mallarmé et Maeterlinck, et il s’agira d’y débusquer l’origine de la refondation de la dramaturgie opératique et, plus généralement, de l’esthétique moderne.
L’objectif est de lire les opéras de Schönberg, Berg, Schreker, Bartók, Hindemith, comme autant de manifestes, de les réinscrire dans une esthétique commune dont les enjeux sont philosophiques et politiques. Le postulat est qu’il existe une continuité entre les œuvres d’une première période néo-symboliste et celles de l’expressionnisme réaliste.
La lecture proposée est fidèle aux intuitions fondamentales d’Adorno, mais s’appuie aussi sur Freud, Rosenzweig ou Benjamin, pour comprendre comment cette histoire de l’opéra s’achève sur le silence éloquent de Schönberg, « inachevant » le dernier opéra, Moses und Aron.

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Conclusion 101

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101 Conclusion Il lui faut à l’opéra non un livret préformé pour être mis en musique, comme le fit Wagner, mais un texte au contraire, qui enregistre déjà la discordance que l’œuvre portera à la lumière : un texte dont la formulation ne porte pas à son achèvement la pensée, mais dise la contingence du monde. Maeterlinck, Büchner, Wedekind, Balász ont fourni aux compo- siteurs des drames qui fussent déjà fragmentation du sens, enregistrement d’une rupture originaire dans l’unité du Logos : la discordance. À défaut, le compositeur écrit lui-même ce drame non de l’artiste, mais de l’acte créateur lui-même (Chausson, Schreker, Schönberg). Musique et parole n’y sont plus liées par le lyrisme, cette puissance romantique qui renfermait tout l’au-delà du langage dans la poésie. Franz Schreker est le témoin de cet échec de l’artiste à la recherche d’un idéal lointain (Der ferne Klang). L’idéal n’est plus la musicalisation de la prose, ni la transposition de l’histoire dans le mythe. Ce qu’offre le son, rendu à la naturalité depuis Debussy, c’est au contraire le proche, l’immédiat présent jusqu’à la nausée. L’opéra expressionniste se révèle être doublement l’héritier du symbo- lisme : non seulement en intériorisant le drame, mais en révélant l’envers des choses, l’universalité qui traverse les destins singuliers. Cependant, le geste expressionniste va plus loin que le symbolisme dans l’expression du pathétique du drame, parce qu’il rend...

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