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Nerval. Recherche de l’autre et conquête de soi

Contribution au suivi d’une genèse du "Voyage en Orient</I>

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Aki Taguchi

Le lecteur des huit cents pages du Voyage en Orient de Gérard de Nerval peut difficilement concevoir les étapes de la constitution de ce riche et long récit. Initialement publié dans divers périodiques entre 1840 et 1850, puis « reconstruit » en 1851, l’ouvrage comporte nombre de variantes. Dans les publications antérieures à 1850, Nerval n’a pas donné immédiatement à ses chroniques tout le sens de la version finale. La critique nervalienne a donc souvent pu souligner la nécessité d’une recherche approfondie sur ces variantes. Cette étude tente de combler cette lacune en proposant au lecteur de scruter pas à pas l’élaboration d’une des plus belles invitations au voyage qui soit. En mettant à jour les étapes de la transformation du Voyage en Orient de feuilletons en livre, des variantes des premiers jets aux recompositions ultérieures, l’auteur de cette étude décèle et déploie, sur les traces du voyageur, la naissance progressive de l’écrivain, tout en dégageant la logique interne qui a déterminé son texte définitif.

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* Dernière étape du moi

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267 Image de l’autre et conquête de soi L’admiration de Nerval pour les diverses religions n’est pas seulement une marque de tolérance, mais aussi d’intérêt passionné pour toutes les manifestations du sentiment religieux. Il est en outre convaincu de la parenté et de la permanence de toutes les religions antiques et moder- nes. De là un effort pour dégager ce qu’elles ont de commun et pour s’assimiler ce que chacune contient de meilleur. Toutes représentent pour le voyageur nervalien certes d’abord une tentation ou une solution existentielle, mais aussi des leçons politiques ou philosophiques. Un exemple suffira à illustrer ce point, celui de l’apo- logue du derviche dans un des derniers paragraphes du récit. Quatre compagnons de route sont sur le point d’en venir aux mains lorsqu’un derviche polyglotte leur révèle que, sous des noms différents tous vou- laient la même chose, du raisin. C’est une image de la tolérance par excellence, et aussi d’une tolérance qui dépend de la réussite de la com- munication, en bref, de la transparence des langues chez Nerval : Ces derniers ont une légende des plus belles que je connaisse : « Quatre compagnons de route, un Turc, un Arabe, un Persan et un Grec, voulurent faire un goûter ensemble. Ils se cotisèrent de dix paras chacun. Mais il s’agissait de savoir ce qu’on achèterait : – ‹ Uzum ›, dit le Turc. – ‹ Ineb ›, dit l’Arabe. ‹ Inghûr ›, dit le Persan. – ‹ Stafilion...

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