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Cinéma dans la Tête

L’esthétique du film à la lumière des neurosciences

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Emmanuelle Glon

L’approche cognitiviste proposée dans cette étude vise à inscrire l’expérience que nous avons du film dans le prolongement créatif et ludique de notre activité générale de compréhension du monde et de l’esprit. De ce point de vue, l’image filmique n’est ni un objet de signification langagière, ni une cause de marginalité mentale, mais un vaste champ expérimental où s’élaborent et se révèlent la complexité et la finesse de la mentalisation humaine. Par la variété de ses formes, ses particularités techniques et scéniques ainsi que sa nature mouvante, le film est une subversion de la nature. En lui imposant ses prérogatives, le film permet au cerveau humain d’exploiter sa propre créativité, au-delà de ses propres lois et sans lequel l’expérience esthétique n’aurait jamais pu exister. En associant à la réflexion esthétique les apports explicatifs des neurosciences cognitives, l’analyse de l’expérience du film en général et du cinéma en particulier participe à un tournant dans la réflexion philosophique sur l’esprit.

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II. Imagination et cognition - 27

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II. Imagination et cognition Lors d’une interview, le cinéaste britannique Peter Greenaway affirma que le ci- néma était resté extraordinairement pauvre en inventivité si on le comparait à la série des révolutions incroyables qui avaient jalonné les arts plastiques depuis un siècle et demi, soit quasiment depuis sa naissance. Depuis Entrée du train en gare de la Ciotat des frères Lumière jusqu’aux performances de la technologie du nu- mérique, tout se passe comme si le cinéma s’était résolument tourné vers la re- production mimétique du réel, et que les énergies artistiques déployées n’avaient pour seule fin que la mise en œuvre des narrations, lesquelles se devaient d’être transparentes aux schèmes parfaitement rôdés du raisonnement humain. La vi- tesse de défilement des photogrammes à 24 ou 25 unités par seconde par exem- ple, offre à la réception visuelle du spectateur un double quasi-parfait du mou- vement réel. Contrairement aux arts plastiques, qui virent défiler tout au long du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui, une fascinante enquête expérimentale sur leurs moyens d’expression, il semble que le septième art ne se soit consacré à une élaboration réflexive pareille à la peinture qu’au compte-gouttes, à titre d’al- ternative dont le mode de visibilité reste pour le moins confidentiel. Il est assez révélateur que les travaux des Montagistes se soient effondrés avec l’invention du parlant, à croire que l’exploitation...

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