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Cinéma dans la Tête

L’esthétique du film à la lumière des neurosciences

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Emmanuelle Glon

L’approche cognitiviste proposée dans cette étude vise à inscrire l’expérience que nous avons du film dans le prolongement créatif et ludique de notre activité générale de compréhension du monde et de l’esprit. De ce point de vue, l’image filmique n’est ni un objet de signification langagière, ni une cause de marginalité mentale, mais un vaste champ expérimental où s’élaborent et se révèlent la complexité et la finesse de la mentalisation humaine. Par la variété de ses formes, ses particularités techniques et scéniques ainsi que sa nature mouvante, le film est une subversion de la nature. En lui imposant ses prérogatives, le film permet au cerveau humain d’exploiter sa propre créativité, au-delà de ses propres lois et sans lequel l’expérience esthétique n’aurait jamais pu exister. En associant à la réflexion esthétique les apports explicatifs des neurosciences cognitives, l’analyse de l’expérience du film en général et du cinéma en particulier participe à un tournant dans la réflexion philosophique sur l’esprit.

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IV. L’expérience du film est-elle une illusion ? - 87

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87IV. L’expérience du film est-elle une illusion ? Inventer, cela consiste précisément à ne pas construire les combinaisons inutiles, et à construire celles qui sont utiles et qui ne sont qu’une infime minorité. Inventer, c’est discerner, c’est choisir. Henri Poincaré (Science et Méthode) 1. Illusion, hallucination, et compagnie Lorsqu’on réussit à identifier le contenu d’une image, la première chose qu’on se dirait si on s’interrogeait sur la manière dont cette réussite a été produite c’est qu’on a réussi à distinguer les caractéristiques pertinentes qu’avait l’image en com- mun avec l’objet dont elle est l’image. Pour certains auteurs, cette identification est possible précisément grâce à un dispositif cognitif nous permettant de voir des ressemblances. En vertu de cette idée, on voit l’objet A dans une représenta- tion B de cet objet parce qu’on voit ce qu’il y a de commun à A et à B. Or, il existe une autre manière d’expliquer notre capacité à reconnaître A dans B ; c’est de dire qu’on ne voit pas ce qu’il y a de différent entre A et B. On a insisté beaucoup sur le pouvoir positif de la discrimination sensorielle pour rendre compte du comportement animal en général, et des finalités évolutionnistes en particulier. On a beaucoup écrit sur l’histoire de l’évolution de l’œil par exemple en termes d’augmenta- tion de la réussite à distinguer parmi les attributs des choses ceux qui sont essentiels. Beau- coup moins d’attention th...

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