Show Less

Le Locus Terribilis

Topique et expérience de l’horrible

Edited By Julian Muela Ezquerra

Les travaux critiques, peu nombreux, sur le locus terribilis ont toujours défini ce topos descriptif comme un simple contrepoint du locus amoenus exploré par H. R. Curtius. Les lieux hostiles détiennent cependant une place importante dans les textes narratifs français ou francophones, et leur fonction dépasse souvent celle de l’ inamoenitas décorative. Les études contenues dans ce volume révisent une double typologie d’espaces : d’un côté, elles analysent les mutations de certains loci « classiques » (enfer, forêt, désert, lieux d’exil …) ; de l’autre, elles montrent comment l’activité humaine redéfinit parfois (par sa seule présence ou par son intervention technique) les lieux de la fiction narrative, provoquant une nouvelle expérience de l’horrible. La hantise de l’hostile demeure donc accrochée à l’univers narratif et peut contribuer même à préciser les limites ou les clichés de certains genres littéraires.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Raconter l’horrible : Antonine Maillet et l’épopée des mots Blanca NAVARRO PARDIÑAS (Université de Moncton) 219

Extract

BLANCA NAVARRO PARDIÑAS Raconter l’horrible : Antonine Maillet et l’épopée des mots L’expérience d’être un homme commence, dès le tout début de notre vie, par une expérience qui nous relie à l’espace. Être un homme, dit Heideg- ger (1954 : 162), c’est d’abord habiter un espace. Or, de prime abord, un lieu n’est, en soi, ni hostile ni heureux. Il est tout simplement là. C’est parce que nous sommes des hommes, et que nous avons à vivre entre des hommes, que ces lieux vont être revêtus des connotations les plus inso- lites, allant d’un extrême à l’autre. Dans un chiasme indissociable, l’espace façonne l’homme, comme l’homme façonne l’espace. Ce chiasme, cet « entrelacs », pour reprendre le beau terme de Merleau- Ponty (1964 : 172), se maintiendra dans une tension constante et ne ces- sera d’être modifié, nuancé, façonné tout au long de l’histoire singulière de chaque individu, et de l’histoire collective d’une communauté. À sa naissance, l’homme est un être jeté dans le monde (Heidegger, 1987 [1927]) et se retrouve de manière soudaine dans un milieu qui lui est étranger, mais qu’il doit habiter, afin de devenir ce qu’il est. Habiter désigne, ainsi, une manière de dépasser cet état initial d’être jeté dans le monde, pour s’ancrer dans un espace ; habiter signifie qu’on n’est pas abandonné n’importe où, en plein milieu d’un endroit hostile. Habiter veut dire plus que simplement bâtir, occuper, s’installer ou prendre pos- session...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.