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Lorsque le brouillard a cessé de nous écouter

Changement climatique et migrations chez les Q’eros des Andes Péruviennes

Geremia Cometti

Envisager le changement climatique du point de vue des acteurs qui en subissent les effets, tel est le pari de cet ouvrage. Les Q’eros forment une communauté transhumante établie dans la région de Cuzco (Pérou) dont la production agricole et le bétail sont significativement affectés par le changement climatique, notamment la variation du régime des pluies. Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de Q’eros migrent, principalement vers la ville de Cuzco. À partir d’enquêtes ethnographiques effectuées entre 2011 et 2014, cet ouvrage démontre la nécessité d’analyser la manière dont une société se représente le changement climatique afin de comprendre les interactions entre migrations et changement climatique. Par le biais d’une analyse des discours et des pratiques que les Q’eros maintiennent avec et au sein de leur environnement, cette étude révèle que la dichotomie nature–culture sur laquelle reposent les études conventionnelles des effets du changement climatique ne permet pas de rendre compte de la manière dont les Q’eros se représentent le changement climatique.

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Seconde Partie: Vers une anthropologie du changement climatique

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121 Seconde Partie Vers une anthropologie du changement climatique 122 123 4. Les feuilles de coca et les Apu s’expriment D’après les feuilles de coca, ce jeune homme croit désormais plus que nous aux Apu. Rolando, altumisayuq de Q’ero 4.1 L’anthropologie de la nature 4.1.1 L’anthropologie face à la dichotomie nature – culture C’est à partir de la dichotomie entre nature et culture que, dans la deu- xième moitié du XIXe siècle, les disciplines des sciences de la nature et des sciences de la culture se sont définitivement séparées83. Cette délimitation 83 Cette dichotomie trouve son origine dans la Grèce antique. Hésiode, dans Les Tra- vaux et les Jours, mentionne une différence entre les hommes, d’une part, et cer- taines espèces animales prises comme un ensemble, d’autre part (Descola 2005 : 99). Par la suite, Aristote systématise cet objet d’étude encore en phase embryonnaire. L’objectivation de la phusis, la nature, selon Aristote est surtout inspirée par l’orga- nisation politique de la Cité. En effet, la Cité est censée se conformer aux normes de la nature et reproduire au plus près la hiérarchie naturelle. Bien que la phusis d’Aristote ne soit pas aussi englobante que la nature des Modernes, un pas décisif a néanmoins été franchi. Dans la pensée grecque, les humains font encore partie de la nature mais en décontextualisant les entités de la phusis et, en les organisant dans une...

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