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Prendre la parole en L2

Regard sur la compétence d’interaction en classe de langue

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Evelyne Berger

Par quels moyens parvient-on à prendre la parole et à rebondir sur les propos d’autrui ? Comment peut-on obtenir et garder l’attention des autres participants dans un échange compétitif ? Comment manifeste-t-on une opinion divergente face à son interlocuteur ? Participer à une conversation requiert de prendre la parole au bon moment, tout en enchaînant de façon cohérente sur le fil de la discussion. Cet ouvrage examine ce phénomène auprès d’apprenants de langue seconde dans le contexte du travail en groupe. La recherche se base sur un corpus d’interactions authentiques enregistrées en classe de français L2, à l’école secondaire obligatoire en Suisse. Elle identifie les ressources linguistiques, prosodiques et non-verbales servant à la prise de parole. Les pratiques décrites témoignent d’une compétence d’interaction en développement. L’ouvrage offre également un tableau détaillé des modalités d’interaction du travail en groupe. Il interroge ainsi les opportunités de participation et d’apprentissage de la L2 qu’offre ce dispositif pédagogique.

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4 Concevoir et étudier la compétence d’interaction

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57 4. Concevoir et étudier la compétence d’interaction 4.1 Vers une compétence d’interaction 4.1.1 La compétence communicative de Hymes et ses limites La recherche en linguistique a longtemps été dominée, et l’est d’ailleurs encore à l’heure actuelle, par une vision cognitiviste de la compétence en langue inspirée notamment par les travaux de Noam Chomsky (p.ex. Chomsky 1965). Dans cette perspective, la compétence s’oppose à la performance. La compétence consiste en un dispositif biologique loca- lisé dans le cerveau humain dès la naissance et composé de principes abstraits permettant de produire un nombre infini d’énoncés formelle- ment corrects. La performance consiste en la mise en œuvre concrète de ce savoir grammatical. L’être humain étant ‘imparfait’ de nature, la performance est entachée d’erreurs dues, par exemple, à des problèmes de traitement cognitif (mémoire, attention) et ne rend compte que par- tiellement de la compétence. Prenant position face à une telle conceptualisation de la compé- tence, Hymes (2001[1972]) soulève plusieurs problèmes épistémolo- giques que pose la vision chomskyenne. D’une part, l’argumentation de Chomsky discrimine les pratiques authentiques des acteurs  : du fait qu’elles relèvent de la seule performance, celles-ci sont dénuées d’intérêt pour la recherche. D’autre part, la compétence telle qu’elle est conçue par Chomsky n’est pas compatible avec la réalité des situa- tions de communication puisqu’elle évacue toute dimension sociale de l’usage d’une langue et des variations...

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