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Corps écrit, corps écrivant

Le corps féminin dans les littératures francophones des Amériques

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Christine K. Duff and Claudia Labrosse

Cet ouvrage vise à cerner la place qu’occupe le corps féminin dans la production littéraire francophone des Amériques et des Caraïbes en invitant chacun(e) de ses auteur(e)s à s’interroger sur le topos que constitue la chair féminine dans l’écriture fictionnelle. Il est clair que le corps, pour les femmes, est bien un lieu à partir duquel écrire, mais en lui s’inscrivent aussi les enjeux d’une société, d’une culture et d’une poétique. L’écriture du corps féminin, qu’elle définisse la position d’un sujet-corps dans la narration ou l’ensemble de ses représentations textuelles, se transforme-t-elle en fonction de variables comme l’emplacement géographique, la période historique, le cadre socio-culturel (pouvant être marqué par l’expérience de l’esclavagisme dans les Caraïbes ou encore la répression de l’Église catholique dans le contexte canadien français) ? Conserve-t-elle, en dépit de tout, des éléments communs ? Voici les questions auxquelles il devient possible de répondre à la lecture des douze articles colligés dans ce collectif réunissant des chercheur(e)s d’origines diverses.
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Du corps socialisé au corps révolté : l’imaginaire du corps féminin dans Pluie et vent sur Télumée Miracle et Moi, Tituba sorcière… noire de Salem

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Mouhamadou CISSÉ

Pour saisir la caractérisation du corps féminin dans les récits imaginaires des Caraïbes, il conviendrait de retenir deux influences géographiques, qui semblent instituer les thématiques souvent développées par des auteurs originaires de la Guadeloupe comme Maryse Condé et Simone Schwarz-Bart. Premièrement, l’esclavage et la colonisation, deux ordres idéologiques marqués par des inégalités sociales et sexuelles, ont longtemps assujetti la femme caribéenne aux tâches ménagères et rustiques, aux fantasmes des hommes jouissant du droit de cuissage, lequel donnait aux Maîtres la légitimité de jouir de la femme esclave. Deuxièmement, la culture insulaire surgie dans les Plantations et tributaire de la servitude a généré des mœurs sociales qui ont hiérarchisé les rapports humains dans le sens de l’asservissement corporel de la femme. En effet, même après l’esclavage et la colonisation, l’exclusion des femmes, enclines à la domination des mâles souvent considérés comme les nouveaux maîtres, emplit les scènes quotidiennes. Ce passé colonial a fragilisé la filiation, entraînant une altérité rigide qui fait subir aux femmes la violence corporelle, la dépossession de soi par le viol. Frantz Fanon, dans Les damnés de la terre (1961), analyse le système de violence établi à cause du colonialisme et ancré dans les structures culturelles et sociales des îles caribéennes. Le colonisé, ou la victime essouffl...

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