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Vox & Silentium

Études de linguistique et littérature romanes – Studi di linguistica e letteratura romanza – Estudios de lingüística y literatura románicas

Edited By Gina Maria Schneider, Maria Chiara Janner and Bénédicte Élie

Voix et silence se considèrent traditionnellement comme deux phénomènes opposés, s’excluant l’un l’autre. Les contributions contenues dans ce volume se proposent de dépasser une telle conception, en se centrant non seulement sur la valeur et les fonctions que les deux concepts peuvent recouvrir, mais aussi sur la relation complexe qui existe entre eux en linguistique et en littérature. Outre les deux pôles constitués par la voix et le silence, on peut repérer dans le domaine des langues romanes une grande variété de voix silencieuses ou de silences expressifs : la communication non verbale et son interaction avec le langage verbal, les différentes voix (plus ou moins silencieuses) donnant expression à ce qui ne peut pas être dit, ou bien la représentation graphique – et donc apparemment « muette » – d’un phénomène potentiellement acoustique. Le cri silencieux de Daphné, rendu visible dans la sculpture de Gian Lorenzo Bernini illustrant la couverture, est la manifestation figurative de cette rencontre oxymorique entre la voix et le silence.
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La Voix et le Silence : l’envers et l’endroit du Verbe fin-de-siècle

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JULIEN MARSOT

(Université du Québec à Montréal)

À la fin du XIXe siècle, la poésie tributaire de l’esthétique décadente valorise « non le dit, mais le non-dit, non la parole, mais le Silence » (Palacio 2003, 81). Ce faisant, elle participe d’une redéfinition de notions architectoniques du matériau culturel occidental et de ses héritages judéo-chrétien et gréco-latin. Ceux-ci postulent selon l’enseignement de Saint-Jean et la métaphore néoplatonicienne qu’au commencement était le Verbe (λóγος). Plus généralement, depuis l’Antiquité, c’est toute la sphère de l’intelligible qui demeure placée sous les auspices de ce Logos dont la définition demeure hésitante autant qu’elle s’adapte aux épistémès. Ainsi, le logos est tour à tour « langage ou discours, verbe ordonnateur et créateur, verbe incarné, parole ou voix divine, intellect divin, proportions harmonieuses du monde, raison immanente à l’univers ou raison humaine » (Lachenaud 2013, 154). Selon cette tradition, le langage de l’humain (envisagé comme le seul être vivant doté de parole) constitue une exception au sein de la création, exception qui « tient du miracle et de la profanation, du sacrement et du blasphème » (Steiner 2010, 52). Le langage serait ainsi preuve d’une élévation élective de l’humain au-dessus de la condition animale, mais néanmoins toujours en deçà du divin qui le fédère. De tout temps, le poète est évidemment tenté de croire que « le travail poétique vise à réduire la...

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