Show Less
Restricted access

Vox & Silentium

Études de linguistique et littérature romanes – Studi di linguistica e letteratura romanza – Estudios de lingüística y literatura románicas

Gina Maria Schneider, Maria Chiara Janner and Bénédicte Élie

Voix et silence se considèrent traditionnellement comme deux phénomènes opposés, s’excluant l’un l’autre. Les contributions contenues dans ce volume se proposent de dépasser une telle conception, en se centrant non seulement sur la valeur et les fonctions que les deux concepts peuvent recouvrir, mais aussi sur la relation complexe qui existe entre eux en linguistique et en littérature. Outre les deux pôles constitués par la voix et le silence, on peut repérer dans le domaine des langues romanes une grande variété de voix silencieuses ou de silences expressifs : la communication non verbale et son interaction avec le langage verbal, les différentes voix (plus ou moins silencieuses) donnant expression à ce qui ne peut pas être dit, ou bien la représentation graphique – et donc apparemment « muette » – d’un phénomène potentiellement acoustique. Le cri silencieux de Daphné, rendu visible dans la sculpture de Gian Lorenzo Bernini illustrant la couverture, est la manifestation figurative de cette rencontre oxymorique entre la voix et le silence.
Show Summary Details
Restricted access

Entre ne rien dire et ne dire que des riens : les poétiques de Flaubert, Manzoni et Clarín

Extract

TANJA SCHWAN

(Universität Leipzig)

Cette contribution se propose d’analyser l’interaction entre voix et silence(s) dans trois romans de renommée européenne qui ont marqué le XIXe siècle. Issus de différentes cultures romanes, ces trois romans comportent de nombreux éléments qui trahissent un parler à mots couverts : dans Madame Bovary (1857) – le « livre sur rien » de Flaubert (1980, 31) – ce sont surtout les blancs, ces « intervalle[s] entre les lignes » (Flaubert 1951, 482),1 ainsi que le « ce n’est rien » (ibid., passim), sans cesse répété par ← 113 | 114 →Emma ; dans La Regenta (1884/85) de Clarín, c’est l’épouse adultère qui, après une longue période de réticence, tombe dans les bras de son séducteur en invoquant « ¡Jesús! » (Clarín 41989, vol. II, 507) dans un soupir ; et, dans la version finale des Promessi sposi (1827/1840) d’Alessandro Manzoni, c’est le commentaire aussi laconique qu’allusif du narrateur disant « La sventurata rispose » (‘La malheureuse répondit’; Manzoni 2002, vol. 2.1, 221 ; vol. 2.2, 210) lorsque la religieuse du couvent de Monza est sur le point de rompre ses vœux monastiques pour tomber dans le péché.

C’est au lecteur d’imaginer ce que la malheureuse répond puisque, pareil aux « stores tendus » (Flaubert 1951, 549) de la calèche dans Madame Bovary, le rideau tombe à cet endroit du roman de Manzoni. Chez ce dernier, la tactique du narrateur – par ailleurs assez bavard – consiste à interrompre son...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.