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La réciprocité et l’alternance

Pierre-André Stucki

La réciprocité est habituellement conçue comme une structure d'échange où ce que l'on rend est de valeur à peu près équivalente à ce que l'on reçoit. Il en est ainsi de la traditionnelle règle d'or, «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse», et de la loi du Talion, «Œil pour œil, dent pour dent». L'idée très répandue de la juste rétribution exprime cette manière de penser. Dès l'origine, le christianisme fait valoir une autre optique : le don ne récompense pas forcément le mérite, il arrive qu'il soit gratuit, et le pardon répond à la faute. C'est donc une interaction asymétrique qui est ainsi impliquée par cette tradition et notre logique habituelle s'en trouve déroutée. Pour pallier cette carence, le présent ouvrage propose de recourir au calcul matriciel élémentaire. Il y puise une petite série de modèles assez simples et il examine s'il est plausible de les appliquer à des manifestations typiques de la pensée chrétienne. Il en résulte l'idée de l' alternance : à tel moment, la conscience est focalisée sur le monde, à tel autre, sur l'écoute de l'Evangile. Un tableau métaphysique intégral est hors de portée.
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Chapitre X : L’alternance comme paradigme doctrinal

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Chapitre X L’alternance comme paradigme doctrinal

Le monde de ce que les gens se disent les uns aux autres est un fouillis mouvant au sein duquel chacun institue ses relations et ses habitudes en fonction de ce qu’il comprend. Il y a des doctrines, dans ce monde, qui se veulent carte et boussole, principe d’orientation, mais comme le fouillis est mouvant, les cartes sont souvent désuètes et les boussoles désaimantées. La forme de l’alternance se propose comme un paradigme si l’on est en attente d’une restructuration de la doctrine : il faut mettre à l’épreuve, à titre d’esquisse, son aptitude à assumer cette fonction. Tel est l’objet de ce chapitre de conclusion. Si la forme convient à cet usage, tant mieux pour la doctrine, dont la forme n’est pas traditionnellement d’une clarté aveuglante, mais tant mieux aussi pour la forme, dont l’intérêt, en l’absence de cet usage, serait assez sujet à caution. Il s’agit, en quelque sorte de la clef de voûte. La tradition de la philosophie dialectique et de la théologie dialectique nous a transmis l’idée de la pertinence de l’aller-retour conflictuel de la pensée, mais elle nous a laissés dépourvus de méthode et par suite rivés seulement à la grandeur des maîtres : « Hegel a dit …», « Marx a dit ….», « Barth a dit …». Si l’alternance s’applique, alors nous voici avec une méthode. Examinons la question.

1 Point de départ : l’alternance de l’...

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