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Une figure de l’expansion

La périphrase chez Charles Baudelaire

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Federica Locatelli

L’enjeu de cet essai est d’entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie du langage, spécifiquement par l’analyse d’une figure rhétorique dont la fréquence témoigne d’une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement délaissée, au fil des siècles, en tant qu’instrument anodin de l’ornatus, la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire : figure d’expansion par excellence – lexicale, syntaxique et sémantique – la périphrase est exploitée en tant qu’outil propice à l’extension des confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu.
La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à voir l’essence de la quête littéraire moderne, à savoir l’aporétique recherche de l’Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l’écrit Michel Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, « la poésie (la périphrase) nomme, appelle périphrastiquement l’Inconnu. Elle y plonge, dit Baudelaire ».
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1. Un langage de l’expansion

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Il est tout d’abord nécessaire de replacer le corpus baudelairien dans son environnement historique et culturel, c’est-à-dire dans le lieu de sa fabrication et de sa réception, en empruntant autant aux écrits baudelairiens qu’à la réflexion critique de la ‘mêlée’ symboliste, celle de Beauclair, Vicaire, Barrès, Moréas et Ghil. Le présupposé qui fonde notre recherche est de considérer Charles Baudelaire comme le premier symboliste français, fondateur d’une poétique qui a fait du langage même le medium et l’essence de la Poésie, qui a fait coïncider sa quête artistique du Sens avec la recherche du Verbe15.

La publication des Fleurs du Mal chez Poulet-Malassis en 1857 marque notoirement l’entrée dans la modernité poétique, avec l’établissement des fondements conceptuels et formels de la littérature du XXe siècle. La poésie baudelairienne apparaît comme l’expression des changements historiques et sociaux, des bains de foule et des souillures de la grande ville et, en même temps, comme le refus du progrès, comme la réponse aux théories modernistes du Second Empire. Elle se veut aussi l’expression de la beauté moderne extraite du ‘mal’, récusant au préalable tous les canons esthétiques : une beauté qui accepte la laideur, la dissonance, qui se déchire entre absence et présence, qui recherche une «brisure d’éternel dans le présent transitoire». Enfin, elle se pr...

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