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Une figure de l’expansion

La périphrase chez Charles Baudelaire

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Federica Locatelli

L’enjeu de cet essai est d’entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie du langage, spécifiquement par l’analyse d’une figure rhétorique dont la fréquence témoigne d’une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement délaissée, au fil des siècles, en tant qu’instrument anodin de l’ornatus, la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire : figure d’expansion par excellence – lexicale, syntaxique et sémantique – la périphrase est exploitée en tant qu’outil propice à l’extension des confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu.
La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à voir l’essence de la quête littéraire moderne, à savoir l’aporétique recherche de l’Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l’écrit Michel Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, « la poésie (la périphrase) nomme, appelle périphrastiquement l’Inconnu. Elle y plonge, dit Baudelaire ».
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2. Une figure de l’expansion

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2.1 Élargir le rôle de la périphrase

2.1.1 D’ornatus à necessitas

Le processus rhétorique de la périphrase apparaît comme un instrument immédiat, instinctif et très productif. On l’utilise habituellement, par necessitas, dans le langage courant, quand on hésite dans l’expression, quand on ne connaît pas le nom d’un objet, quand on ne sait pas comment l’exprimer et l’expliquer ; en tant qu’instrument de l’ornatus72, en revanche, on l’emploie pour suggérer un surplus sémantique ou créer délibérément de l’ambiguïté discursive, en s’exprimant au moyen d’une tournure qui demande à l’interlocuteur une coopération interprétative. Le langage est d’ailleurs rarement direct, ne serait-ce qu’en raison des nécessités pratiques dictées par les situations qui imposent une certaine réserve.

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