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Mobilités et imaginaire identitaire des Roumains dans l’Europe d’après 1989

Carnets de bord et ethnographie des pratiques de voyage en autocar

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Edited By Monica Salvan

L’autocar est un mode de transport méconnu des discours sur la mondialisation qui concentre les vécus d’une Europe en construction, ceux des laissés pour compte des mutations géopolitiques ou de ceux qui sont en quête d’un futur que leur pays ne leur promet pas. L’auteure dresse le portrait de ces existences mobiles entrevues dans des voyages entre la Roumanie et la France, en conjuguant une écriture en profondeur et la rigueur d’une observation méthodique et empathique qui s’appuie sur ses carnets de bord. Le résultat est à la hauteur d’une recherche ethnographique novatrice identifiant des pratiques de mobilité inédites, prolongée par des entretiens qui affinent les premiers échanges nés du hasard. A la vitesse bridée du cheminement de l’autocar, on découvre, dans ce va-et-vient entre sociétés, l’économie des dynamiques identitaires telle qu’elle fonctionne au fil des générations migrantes, les logiques qui animent les oppositions entre « Occident » et marges de « l’Orient », espaces réinventés certes après la Chute du Mur mais dont le jeu subtil des décloisonnements identitaires se dévoile progressivement sous la loupe des imaginaires et des appartenances plurielles.
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Introduction. Mobilité et construction identitaire

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La question des origines est inévitable et récurrente lorsque l’on quitte l’espace national pour se rendre à l’étranger, comme le laisse entendre d’emblée ce terme cristallisant une vision du monde qui dépossède d’une relation intime avec un territoire autre que celui de sa naissance. Selon une expérience menée en psychologie sociale, « l’identité ethnique ou nationale s’actualise de façon privilégiée dans une situation où elle est confrontée à d’autres identités » (Lipiansky, 1991 : 62). Si les étiquettes qui désignent des communautés permettent de se repérer plus facilement dans le monde social, elles tendent en revanche à « occulter l’individu » : « Elles permettent de réduire le grand nombre des acteurs réels à un petit nombre […] et de faire l’économie d’une prise en compte de la diversité des situations de migration et des parcours » (Peressini, Gilardi, 2008 : 149).

Le contexte de la mobilité favorise la désignation et l’identification réciproque des « porteurs de culture » (Camilleri, Cohen-Emerique, 1989) à travers des catégories toutes faites. L’individu en mobilité est amené à se penser lui-même par le biais des étiquettes qui ont cours dans le monde contemporain, généralement mises à sa disposition par la culture d’origine ou par la culture d’accueil. Invité à se positionner, celui-ci a encore souvent spontanément recours à la réponse qui renvoie à l’appartenance nationale au détriment d’une « approche plurielle de l’appartenance » (Zarate, 2008 : 175). ← 1 | 2 →

Nous interrogeons dans ce travail la fa...

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