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Mobilités et imaginaire identitaire des Roumains dans l’Europe d’après 1989

Carnets de bord et ethnographie des pratiques de voyage en autocar

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Monica Salvan

L’autocar est un mode de transport méconnu des discours sur la mondialisation qui concentre les vécus d’une Europe en construction, ceux des laissés pour compte des mutations géopolitiques ou de ceux qui sont en quête d’un futur que leur pays ne leur promet pas. L’auteure dresse le portrait de ces existences mobiles entrevues dans des voyages entre la Roumanie et la France, en conjuguant une écriture en profondeur et la rigueur d’une observation méthodique et empathique qui s’appuie sur ses carnets de bord. Le résultat est à la hauteur d’une recherche ethnographique novatrice identifiant des pratiques de mobilité inédites, prolongée par des entretiens qui affinent les premiers échanges nés du hasard. A la vitesse bridée du cheminement de l’autocar, on découvre, dans ce va-et-vient entre sociétés, l’économie des dynamiques identitaires telle qu’elle fonctionne au fil des générations migrantes, les logiques qui animent les oppositions entre « Occident » et marges de « l’Orient », espaces réinventés certes après la Chute du Mur mais dont le jeu subtil des décloisonnements identitaires se dévoile progressivement sous la loupe des imaginaires et des appartenances plurielles.
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La place du monde occidental dans l’imaginaire identitaire roumain

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Prenant ses racines dans l’univers cloisonné du totalitarisme communiste, la mobilité roumaine telle qu’elle se manifeste aujourd’hui encore, vingt ans après l’effondrement du système, ne peut pas faire table rase de cette référence originaire. Nous nous proposons d’évoquer dans un premier temps dans ces pages les conditions qui ont fait émerger en Roumanie un imaginaire très actif sur l’Occident. La séparation en deux camps géopolitiques, quand elle n’a pas marqué de façon violente les destinées humaines, a forgé une vision du monde très particulière. La société roumaine était régie par la « non-mobilité » – « depuis la seconde guerre mondiale et jusqu’en 1989, non seulement les migrations mais toute forme de déplacement international étaient restés très réduits » (Diminescu, 2002) – sur laquelle se sont greffés les départs définitifs, exils ou « fuites ». Fortement idéologisée, la fracture Est-Ouest a stimulé le jeu des spéculations et des rumeurs. L’élan des mouvements migratoires après 1990 a continué à nourrir une vision mythique de l’Occident, tout du moins à ses débuts. Nous essayerons dans un deuxième temps d’esquisser une sorte de « carte » de l’imaginaire identitaire roumain, qui informe et structure les premières rencontres des voyageurs roumains avec l’Occident. Elle nous semble utile pour comprendre la manière dont les migrants envisagent leurs premières expériences occidentales et en rendent compte. La découverte de ce monde autrefois interdit se fait dans...

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