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Rhétorique et cognition - Rhetoric and Cognition

Perspectives théoriques et stratégies persuasives - Theoretical Perspectives and Persuasive Strategies

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Edited By Thierry Herman and Steve Oswald

Ce volume met l’accent sur le lien entre démarches cognitives et art du discours qui a toujours été un des enjeux de la rhétorique. Sans ajouter une nouvelle couche à l’examen critique des sophismes, les contributions de cet ouvrage n’ont pas pour but de dénoncer les effets de certains schèmes argumentatifs que d’aucuns jugeraient fallacieux, mais d’étudier leur fonctionnement et leurs effets cognitifs hic et nunc. Quels sont les mécanismes qui expliquent la « performance » des arguments réputés fallacieux ? Comment fonctionnent les stratégies rhétoriques à l’intersection entre cognition, sciences du langage et société ?

This volume gathers contributions from two disciplines which have much to gain from one another – rhetoric and cognitive science – as they both have much to say in the broad realm of argumentation studies. This collection neither condemns the fallacious effects of specific argument schemes nor adds yet another layer to fallacy criticism, but studies how argumentation and fallacies work, hic et nunc. What are the linguistic and cognitive mechanisms behind the «performance » of fallacious arguments? How do rhetorical strategies work at the interface of cognition, language science and society?
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Résumés / Abstracts

Résumés / Abstracts

La vigilance épistémique

Dan SPERBER, Fabrice CLÉMENT, Christophe HEINTZ, Olivier MASCARO, Hugo MERCIER, Gloria ORIGGI et Deirdre WILSON

Les êtres humains dépendent massivement de la communication avec autrui, malgré le risque que cela comporte d’être accidentellement ou intentionnellement mal informé. Pour conserver le caractère avantageux de la communication, en dépit de ce risque, nous défendons l’idée que les êtres humains disposent d’une série de mécanismes cognitifs dédiés à la vigilance épistémique. Nous développons cette idée ici et illustrons comment cette vigilance épistémique fonctionne dans plusieurs aspects de la vie mentale et sociale en examinant des questions, recherches et théories dans différents domaines de la philosophie, de la linguistique, de la psychologie cognitive et des sciences sociales.

Manipulation et cognition

Didier MAILLAT

Cette contribution propose un modèle cognitif pour une catégorie de phénomènes langagiers qui appartiennent au discours manipulatoire (voir Saussure & Schulz 2005, van Dijk 2006, van Eemeren & Grootendorst 2004). Elle offre une nouvelle approche de la manipulation dans le cadre d’un modèle pragmatique cognitiviste inspiré des travaux en théorie de la pertinence (Carston 2002, Sperber & Wilson 1995). L’argument central consiste à traiter la manipulation comme une stratégie discursive visant à exploiter de façon systématique les limitations cognitives affectant les processus d’interprétation. Sperber, Girotto & Cara (1995) ont fait référence à ces limitations du système cognitif comme étant la résultante indésirable d’un ‘optimisme cognitif’. La manipulation est envisagée comme une manœuvre visant à contrôler le processus de sélection de contexte décrit dans la théorie de la pertinence, de manière à empêcher le locuteur par un processus de contrainte cognitive à opérer une sélection optimale des éléments de son environnement cognitif. La manipulation est ainsi présentée ← 345 | 346 → comme exploitant des ‘défauts’ inhérents aux processus cognitifs qui gouvernent l’interprétation (voir Maillat & Oswald 2009, 2011).

Dans ce cadre, le chapitre présente un modèle pragmatique des stratégies manipulatoires a) dont les hypothèses sont testables expérimentalement b) et qui dresse un parallèle systématique entre ces dernières et une catégorie de phénomènes qui a déjà été abondamment étudiée dans le domaine de la psychologie cognitive, à savoir les illusions cognitives (voir Pohl 2004).

Par le biais de ce rapprochement, une ré-analyse de motifs manipulatoires connus, tels que les arguments fallacieux (van Eemeren & Grootendorst 2004), peut être entreprise dans le cadre du modèle pragmatique proposé, laquelle ne se contente pas de décrire des phénomènes linguistiques de surface, mais propose de les expliquer au travers de certains mécanismes cognitifs sous-jacents. Dans cette dernière partie, je m’intéresserai donc plus spécifiquement aux bases cognitives d’arguments fallacieux (e.g. ad verecundiam, ad populum) et – inversement – aux échos dans le discours manipulatoire de certaines illusions cognitives (e.g. mere exposure effect, labelling effect, anchoring effect).

Biased argumentation and critical thinking

Vasco CORREIA

Assuming that logical and dialectical theories suffice to ensure the rationality of argumentation, the problem remains that arguers systematically transgress these rules in real-life debates. This may happen, to be sure, because arguers deliberately resort to illegitimate means of persuasion, but there is considerable evidence that fallacious reasoning is also rooted in a variety of cognitive illusions that tend to occur unintentionally (biases and heuristics). Insofar as these illusions typically occur without the arguer’s awareness, even those who try to follow the proper rules of reasoning may end up arguing in a biased manner. The person who “rationalizes”, for example, genuinely tries to justify her attitudes in a logical and reasonable fashion but typically commits the fallacy of misidentifying the cause. Furthermore, certain biases do not even entail a clear violation of argumentation rules, and yet lead to partial and unreasonable views. There is nothing illogical, for example, about focusing too much on evidence that confirms our own preconceptions (confirmation bias), but this gives rise to all sorts of prejudiced and blinkered views. Some of these biases are due to cognitive malfunctioning, while others ← 346 | 347 → seem to be motivated by the arguer’s emotions and interests. In either case, biased argumentation undermines the reasonableness of discussions and tends to aggravate the problem of polarization of opinions. I argue that if normative theories of argumentation are to be effective instruments with practical significance, rather than mere ideals of how people ought to argue, they need to take into account what empirical findings reveal regarding the type of errors that people actually commit in everyday life debates. More specifically, my hypothesis is that there are numerous correlations between specific types of fallacies and specific types of cognitive illusions, and that an understanding of the mechanisms underlying such illusions is key to preventing irrational thinking in argumentative contexts. Although cognitive and motivational biases typically occur at a sub-intentional level, it remains possible to counteract such biases indirectly, through the adoption of second-order strategies of argumentative self-control.

Vers une naturalisation de la rhétorique ? Problèmes épistémologiques

Emmanuelle DANBLON

Ce chapitre à l’ambition de défendre un projet de naturalisation de l’activité rhétorique en cherchant à surmonter une série d’écueils qu’une telle démarche peut occasionner :

Le réductionnisme (naturaliser, c’est réduire au biologique)

Le post-modernisme (naturaliser, c’est sortir de sa discipline et utiliser des concepts que l’on ne maîtrise pas ou, pire, que l’on utilise de façon métaphorique)

A ces deux critiques qu’il faut prendre au sérieux, je voudrais répondre de la façon suivante. Tout d’abord, l’attention portée à l’ancrage biologique ne nous condamne pas à nous contenter de ce seul niveau de description, au contraire. Ensuite, le projet de naturalisation de la rhétorique nous engage à une réflexion épistémologique sur le statut de la rhétorique comme discipline. Est-elle une pratique (technique), un art, une science ou une philosophie ? Ce débat conduit à un développement spécifique sur le statut de la raison pratique au regard de la culture de l’artisanat dans laquelle est née la rhétorique avant de proposer une description de la persuasion dans le cadre de cette réflexion générale. Le principal argument est que cette description ← 347 | 348 → de la rhétorique engage à un élargissement du concept de rationalité qui doit tenir compte davantage de l’intelligence pratique. Pour ce faire, les développements actuels en sciences cognitives sont reliés à la description aristotélicienne, elle aussi naturaliste. Enfin, le chapitre conclut pour une pratique sérieuse de l’interdisciplinarité qui offre, à nos yeux, une voie nécessaire au développement humaniste de la recherche.

A case for emotion awareness

Evgenia PAPAROUNI

The purpose of this paper is to discuss the question whether a boundary can be drawn between a rational and an unreasonable (dysfunctional, or unethical) appeal to emotion.

Data reported by experimental psychologists (as summarized by De Houwer & Hermans 2010; Blanc 2006) show that emotion, far from being a noise in a vacuum of pure thought, interacts with cognition at “low” and “high” levels in the construction of meaning. Such findings contribute to revisiting the notions of bias and subjectivity. Yet literature and our common experience provide a lot of examples where people and peoples have been driven astray by skilful communicators, even if they came to realise it with the benefit of time and hindsight. Beliefs and desires coexist in a set of multiple phenomena such as wishful thinking, self-deception, autosuggestion, stereotypic classifications (Elster 1978, 1983), motivational beliefs (Clément 2006) and, last but not least, in the expression of preferences grounded on values that may lead to self-abnegation and sacrifice; (Livet 2002). The philosophical tradition of dualism and, in some cases, argumentation studies consider it fallacious to rely on emotions. If research stuck to this belief in an ideal speech, it would be at a loss in front of real-life situations. On the opposite side, rhetoric from its very beginnings did study the use of pathos.

Emotions can be reasons to act and can be expressed in a propositional form, which makes them objects of study. They are subjective and situational, a fact that faces us with methodological constraints to be met by case studies from a multidisciplinary perspective. Such an approach paves the way for a Topic of Emotions that may elaborate on the one proposed by Aristotle. Such a Topic may acquire a predictive character, e.g. by linking fear with risk aversion and conservative choice. If we systematically take into account the ← 348 | 349 → specific audience at hand, we can supplement “epistemic vigilance” (Sperber et al. 2010) with “emotion awareness”. In this sense, manipulation could be defined as an appeal to the unconscious, non-“adult” part of personality, through means that fail to keep balance between logos, ethos and pathos (Adam 2002: 46).

L’argument d’autorité: de sa structure à ses effets

Thierry HERMAN

L’argument d’autorité, schème argumentatif fréquent et occupant une place de choix dans toutes les typologies de types d’argument, est ici revu à l’aune des définitions qu’on lui donne. Partant d’une définition classique articulant une proposition P, un locuteur expert X et la conclusion Q «P est vrai», notre analyse suggère que la conclusion de l’argument d’autorité est moins une question de vérité que d’indubitabilité postulée. Cette force rhétorique de l’argument présenté, qui agit comme si toute mise en doute était exclue, est d’autant plus prégnante que la structure même de l’argument d’autorité ne permet pas de mettre en discussion le propos autorisé. En effet, l’immense majorité des exemples d’argument d’autorité dans les manuels d’argumentation montre que l’autorité est assurée au niveau d’une prémisse au sein d’une argumentation d’un autre type, ce qui sert la tentative d’imposer P à l’allocutaire comme allant de soi. Sans considérer le schème comme un sophisme, nous observerons s’il reste un schème identifiable en tant qu’argument d’autorité quand on lui retire les constituants classiques de ce type d’argumentation. Que se passe-t-il si l’expert cité n’est pas présenté comme tel ? Si le locuteur ne prend pas en charge le contenu référentiel de P ? Si P est un fait attesté par un expert et non une opinion ? Si, enfin, le locuteur compte sur sa propre autorité ou présuppose son autorité sans recourir à un tiers expert ou témoin ? Nous interrogeons ces différentes perspectives sur la base d’exemples tirés de la presse écrite, en insistant sur les effets rhétoriques de ce schème plutôt atypique dans son fonctionnement et en montrant l’importance de la modalité épistémique dans l’assertion autoritaire dont le schème de l’argument d’autorité serait une sous-catégorie. ← 349 | 350 →

Argumentation from expert opinion in science journalism: The case of Eureka’s Fight Club

Sara GRECO MORASSO

Carlo MORASSO

This paper sets out to analyse fallacious uses of the locus from authority in science journalism based in particular on vague appeals to expert opinion. To do so, we adopt a case-study approach (Flyvbjerg 2001), focusing our analysis on the column Fight Club published by the monthly scientific supplement Eureka to the British newspaper The Times (issues published from October 2009 to November 2010). We analyse scientific journalism as a context of argumentation (Rigotti and Rocci 2006, van Eemeren 2010), considering its goals and the roles fulfilled by scientists, journalists and the public (Lesnher 2003, Bubela et al. 2009). A sound approach to expert opinion is crucial in this context, as laypersons have normally no choice but trusting scientific journalists to understand data which would otherwise be inaccessible to them but which can bear important consequences for their present and future lives.

From the theoretical point of view, we start from Douglas Walton’s well-documented approach to appeals to expert opinion (Walton 1997). Yet we extend and complement this approach in two important respects. First, we follow Goodwin’s (2010) suggestion to reinterpret the expert-layperson relationship as an agency relationship. The layperson is the principal in a relationship in which she needs to retain the agent, i.e. the expert, to do something she cannot do for herself. Goodwin’s hypothesis inserts appeals to expert opinion in the bigger picture of a human relationship in which both principal and agent have their own rhetorical goals, which sometimes may not be aligned, thus explaining possible origins of fallacious uses of the locus from expert opinion as derailments of the arguers’ strategic manoeuvring (van Eemeren and Houtlosser 2002).

Second, we associate Walton’s critical questions to the premises of the argument scheme from expert opinion on the basis of the Argumentum Model of Topics (AMT, Rigotti and Greco Morasso 2011). This allows understanding the kind of premises which vague uses of expert opinion are associated to. What results from our analysis is the weakness of the material component of this argument scheme. From the cognitive point of view, the interest in the locus from expert opinion lays in the fact that, when it is used in a vague way, it may become a sort of cognitive immunisation against ← 350 | 351 → argumentation; in fact, appealing to the authority of experts in argumentative discussions may be used to invite to suspend one’s critical attitude towards his or her decision.

In sum, our paper presents advances on the argument scheme from expert opinion at two levels. At the theoretical level, it contributes to discussion on this specific argument scheme and the cognitive implications of its possible fallacious uses. At the level of the study of argumentation in context, it sheds some light on the debate on science journalism, which is nowadays fiercely open among scientists and the wider public.

Two-sided rhetorical strategies in top management’s letters to shareholders and stakeholders from corporate reports

Ioana Agatha FILIMON

This study explores the use of two-sided rhetorical strategies in two corpora of introductory letters to shareholders, respectively, stakeholders from annual and corporate social responsibility reports. By means of a mixed methodological approach that combines the analytical and evaluative tools of argumentation theory (van Eemeren & Grootendorst 2004, Rigotti & Greco Morasso 2010) with insights coming from the experimental research on message sidedness effects (O’Keefe 1999), the study observes the extent of use, the structure, and the potential impact of the two-sided rhetorical strategies on the communicative effectiveness of the two types of introductory letters (i.e., on the capacity of these letters to provide a credible and persuasive account on the corporate activity). Although the study does not empirically evaluate the persuasiveness and the credibility of the two-sided rhetorical strategies identified in the corpus letters, it does try to make a coarse estimation of their impact, ex hypothesi, by re-interpreting the results of the argumentative analysis in the light of O’Keefe’s (1999) meta-analytical findings and hypotheses about the message sidedness effects in various communicative contexts.

Presupposing redefinitions

Fabrizio MACAGNO

Redefinitions are crucial communicative moves in argumentation. The commonly accepted meaning of a word is replaced by a new one, which is ← 351 | 352 → used to refer to a new concept or fragment of reality. The value judgment commonly associated with the old meaning often survives the redefinition, and can be used by the speaker to influence the interlocutor’s assessment of the new referent. These moves can be extremely dangerous when left implicit and used to introduce ambiguity and take advantage of the equivocation between the accepted definition and the new one. On this view, the concept used to classify reality is different from the one applied for evaluating it. Stevenson analyzed the argumentative use of redefinitions describing persuasive definitions. They are definitions aimed at altering the descriptive content of a word (its denotation) leaving unaltered its emotive meaning. However, Stevenson did not provide any criteria to assess when and why these moves are fallacious. The purpose of this research is to inquire into redefinitions by distinguishing between the propositional, the pragmatic, and the argumentative level. Redefinitions are analyzed as dialogical moves or speech acts used to reach a value judgment. When left implicit, redefinitions may be unduly presumed to be accepted or acceptable. As a consequence, the interlocutor is led to accept unwanted conclusions, or to fulfill the burden of proving that such definition is not commonly accepted.

Présuppositions discursives, assertion d’arrière-plan et persuasion

Louis DE SAUSSURE

La littérature cognitive a documenté une série de biais cognitifs (ou illusions cognitives), i.e. des heuristiques de traitement de l’information spécifiquement génératrices d’erreurs (cf. Pohl 2004 pour un panorama). Nous suggérons que ces biais peuvent s’interpréter, en les croisant dans un autre cadre disciplinaire – la linguistique –, comme directement produits par des effets de présupposition. Plus précisément, nous proposons de montrer en quoi ces biais provoquent des erreurs dans le processus d’attribution de pertinence (au sens de Sperber & Wilson 1995) aux informations présupposées. Nous suggérerons que la présupposition, par nature, échappe à l’extension du contexte de recherche de pertinence, articulant ainsi notre analyse avec le modèle de Maillat & Oswald (2009), pour qui la persuasion repose essentiellement sur des principes de restriction d’accès au contexte.

Les présuppositions résistent à l’enchaînement discursif (Ducrot 1972) et sont réputées déjà admises dans l’arrière-plan conversationnel (Stalnaker 1978, Merin 2003). De ce fait, les présuppositions résistent normalement à ← 352 | 353 → une évaluation critique approfondie, sauf hypothèses contraires fortes. Les présuppositions, suggérons-nous, sont interprétées selon des routines de traitement superficiel (shallow processing): elles se trouvent automatiquement intégrées comme consistantes et valides. Cependant, il est également connu que les présuppositions sont seulement présentées comme déjà connues alors qu’elles peuvent ne pas l’être en l’espèce, et peuvent à leur tour entrer dans des inférences et intervenir dans des processus heuristiques. Admettre les présuppositions répond à un impératif cognitif simple de pertinence qui consiste à économiser l’évaluation du «déjà connu». De ce fait, elles comportent un risque critique si l’information qu’elles communiquent sont impliquées dans la satisfaction d’objectifs persuasifs : elles ont plus de chances que l’information posée de contourner l’évaluation critique.

Nous suggérons qu’un nombre important de biais documentés dans la littérature psychologique ont directement à voir avec la présupposition : cadrage (Tversky & Kahneman 1974), illusions cognitives de type illusion de Moïse (Reder & Kusbit 1991); les effets de label (Loftus & Palmer 1974), et de mésinformation (Loftus, Miller & Burns 1978) déclenchent des présuppositions encyclopédiques ou existentielles (typiquement avec les descriptions définies). Les biais de confirmation (i.e. la tendance à confirmer les hypothèses préexistantes) peut également s’interpréter comme une forme de biais présuppositionnel relatif au «déjà su», ce qui conduit à suggérer que l’observation de Stalnaker devrait s’étendre au-delà des connaissances «partagées» (common ground).

Après avoir détaillé ce qui précède, nous analyserons le cas spécifique du récent vote de la Suisse contre la construction des minarets par l’effet de pertinence associée à des présuppositions pragmatiques déclenchées non seulement par l’énoncé et son contexte mais spécifiquement par leur valeur présumée pertinente : pour que la question posée aux votants («acceptez-vous d’interdire la construction de minarets») soit pertinente, il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies, qui ont été prises pour acquises par les destinataires alors qu’elles n’avaient pas lieu d’être. ← 353 | 354 →

Pragmatics, cognitive heuristics and the straw man fallacy

Steve OSWALD

Marcin LEWIŃSKI

This paper presents a contextually and cognitively grounded account of the straw man fallacy by addressing two interrelated questions: (i) when can we justifiably say that the straw man occurred? and (ii) how can we explain its remaining covert, its persuasiveness and, in some cases, its manipulativeness? To answer both these questions, we draw on the integrated pragma-dialectical theory of argumentation focused on the concept of strategic manoeuvring (van Eemeren & Houtlosser 1999) and on cognitive pragmatics (cf. Sperber & Wilson 1995) and show that they can consistently be integrated in a comprehensive account of fallaciousness that combines dialectical, rhetorical and pragmatic insights.

The main contribution of this chapter focuses on this second question and lies in its attempt at building bridges between cognitive science and rhetoric. To this end, it considers the role information processing mechanisms may play in argumentative contexts (and fallacious ones in particular). Chiefly, the research presented here considers the role of cognitive biases and heuristics in the success of argumentatively fallacious discourse, that is, in rhetorically significant contexts. The authors defend the assumption that fallacies may be rhetorically effective when they manage to circumvent epistemic vigilance filters, either by managing to divert attention from critical information or by making critical information perceived as irrelevant by the addressee.

More specifically, from a cognitive pragmatic perspective, the authors propose, following Oswald (2010, 2011, forth.), that fallacies can be viewed as an arguer’s attempt at imposing contextual constraints on addressees’ interpretations, the success of which should characteristically exclude information about the fallacious nature of the argument. They accordingly formulate their answer to question (ii) in terms of information processing mechanisms governing utterance interpretation and show, through extensive analysis of a concrete example taken from political discourse, that the straw man operates a constraint that leaves critical information out of the meaning derivation procedure. ← 354 | 355 →

Favoriser la confrontation interdisciplinaire et internationale de toutes les formes de recherches consacrées à la communication humaine, en publiant sans délai des travaux scientifiques d’actualité: tel est le rôle de la collection Sciences pour la communication. Elle se propose de réunir des études portant sur tous les langages, naturels ou artificiels, et relevant de toutes les disciplines sémiologiques: linguistique, psychologie ou sociologie du langage, sémiotiques diverses, logique, traitement automatique, systèmes formels, etc. Ces textes s’adressent à tous ceux qui voudront, à quelque titre que ce soit et où que ce soit, se tenir au courant des développements les plus récents des sciences du langage.

Ouvrages parus

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