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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques ( Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires ( L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre premier : Nietzsche et Grenier

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On peut dire avec une certitude presqu’absolue que le premier philosophe qui suscita l’admiration de Camus pour l’Antiquité est Nietzsche. L’image de la Grèce du soleil et de l’ombre nietzschéennes ne s’est jamais tout à fait effacée de sa mémoire. Après Nietzsche, il répétait, que « [L]a Grèce à laquelle il faut toujours revenir […] c’est l’ombre et la lumière » (E 1343).1 Paul Mathieu, son professeur de français et de latin au lycée Bugeaud d’Alger, souligne fortement la passion que le jeune lycéen vouait au penseur allemand : « Nietzsche était alors pour lui la loi et les prophètes. Il le citait à tout propos et même hors de propos… » (E 1172-3).

Pour mesurer l’étendue de ce nietzschéisme, nous avons par chance à notre disposition le texte qui témoigne le mieux de l’importance révélatrice qu’eut la Naissance de la tragédie pour le jeune Camus. Il s’agit d’un article « plutôt ambitieux que profond » (Viallaneix, 1973, 28), l’« Essai sur la musique ». Le chapitre qui nous intéresse surtout dans cette longue étude s’intitule « Nietzsche et la musique ». L’ambition de Camus dans ce texte est d’entreprendre, d’après ses propres termes, « une longue analyse de la Naissance de la tragédie » (I, 531). Aussi reprend-il les définitions nietzschéennes de l’instinct dionysiaque et de l’apollinisme. Ce dernier est surtout conçu comme « le besoin de métamorphoser la Réalité par le Rêve...

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