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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques ( Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires ( L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre troisième : La pensée grecque

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Il est indubitable que la pensée grecque a fondamentalement déterminé la création et l’être de Camus. Lui-même s’est identifié, par delà le temps historique, aux grandes figures de l’Antiquité hellène. « […] [J]e me sens un cœur grec » (II, 476) déclare-t-il au cours d’une interview. Mais comment comprend-il le message grec ? Pour quelles idées se passionne-t-il ? Quelles sont, selon lui, les données fondamentales de la civilisation grecque ? C’est ce que nous nous proposons d’analyser dans ce chapitre.

Il nous faut poser dès le départ que Camus n’a jamais limité sa connaissance de l’Antiquité à une seule thèse ou une seule interprétation. Au contraire, la variété et la richesse du message grec le ravissent. Il avait déjà remarqué dans son mémoire ce caractère plurilatéral : « Eschyle près de Sophocle, les masques primitifs et les Panathénées, les lécythes du Ve siècle à côté des métopes du Parthénon, les mystères enfin en même temps que Socrate, tout porte à mettre en valeur près de la Grèce de la lumière une Grèce de l’ombre, moins classique, mais aussi réelle » (I, 1000). Il n’y a pas un enseignement grec mais des enseignements. C’est la raison pour laquelle les penseurs et artistes occidentaux ultérieurs ont pu, chacun à sa façon, comprendre et ressusciter la pensée grecque. Montaigne, La Bruyère, Spinoza, Hölderlin,...

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