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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques (Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires (L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre sixième : Les mythes grecs

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« Le monde où je suis le plus à l’aise : le mythe grec » (IV, 1085). remarque Camus dans ses Cahiers en 1950. Cette déclaration est claire et incontestable ; elle est aussi sans équivoque. La seule question que le chercheur doit se poser est la suivante : pourquoi Camus est-il plus à l’aise dans le mythe grec ? Nous avons déjà constaté que les relations de Camus à la philosophie et à la tragédie grecques avaient été particulièrement fécondes. Quel autre bénéfice tire-t-il donc des mythes grecs et pourquoi la pensée mythique lui semble-t-elle préférable ? La réponse à ces interrogations est simple : si la philosophie et la tragédie grecques enrichissent la pensée de Camus, elles n’inspirent pas pour autant, comme nous venons de le montrer, l’artiste ; elles ne l’incitent pas à créer de grandes œuvres identiques aux modèles grecs. On peut s’inspirer de la philosophie aristotélicienne ou de la poésie pindarique, mais on ne peut plus les reconstituer. La création artistique moderne s’est complètement émancipée, depuis le début du XIXe siècle, des canons philosophiques, des modèles et des règles de l’esthétique grecque. La pensée mythique est par contre moins rigide et plus universelle ; par conséquent, on l’acclimate dans une autre époque et on se l’approprie plus facilement. On peut toujours insuffler une vie nouvelle aux mythes anciens. C’est ainsi que Nietzsche a réanimé les mythes dionysiaques de la Grèce de l’ombre....

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