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Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
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Chapitre 1: Malaise Dans La Vie Et Dans La Ville

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« C’est la faiblesse de l’homme qui le rend sociable ; ce sont nos misères communes qui portent nos cœurs à l’humanité » écrivait Rousseau, ([1762] / 1914, p. 144) dans Émile ou De l’éducation. Tant qu’Émile n’a pas conscience de ce que ressentent les autres, aussi longtemps qu’il n’a pas ressenti lui-même de l’angoisse devant le spectacle de la douleur et de la mort, il sera « indifférent à tout, hors à lui-même ». Il faut, pense Rousseau, être en mesure de s’identifier à l’être souffrant et pour cela, quitter « notre être pour prendre le sien ». On a davantage affaire ici à l’empathie qu’à la sympathie, car il s’agit avant tout d’éprouver l’état d’un autre individu ; ce n’est pas non plus une démarche fondée en raison – il faut « que l’imagination s’anime et commence à le transporter hors de lui » ; on tient là une ébauche de théorie de l’esprit. Dans bien des cas, comme le jeune enfant de Rousseau, l’individu « postmoderne » échouerait, non seulement à se représenter ce que l’autre ressent, mais plus largement à éprouver de l’appétence pour les autres et pour le monde dans lequel il essaie de vivre. Ainsi Michel, dans Les particules élémentaires de Houellebecq, sur le point de partir en Irlande, se rend un soir chez Annabelle et lui explique son « projet » (pp. 274-276) :

Pour lui maintenant, le programme à remplir était tracé […]. L’essentiel était de ne pas se polariser sur l’ADN, d’envisager dans toute sa généralité l’être...

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